G VIE DU CHEVALIER
vous trouveriez le moyen de me venir joindre ici, malgré vos deux pères. Je ne lui répondis que par mes vives caresses; et, la forçant de reprendre 1 attitude qu'elle avait quittée pour me recevoir, je lui prouvais déjà que se- leçons n'étaient pas oubliées . lorsque nous entendimes du bruit dans la pièce voisine. Tremblant d'être surpris dans une dtuation qui n'était pas équivoque, j^e me levai brusquement, et, grâce à mes habits très-commodes , je n'eus besoin que de changer de postui*e pour que mon désastre lût repavé. La marquise, sans paraître troublée, ne rétablit que ce qui pressait le plus ; tout cela fut laflfaire d nn moment. La porte s'ouvrit; c'était le marquis. Je comprenais bien, lui dit-elle, monsieur, qu'il n'y avait que vous qui puissiez entrer ainsi chez moi sans vous laire annoncer; mais je cinvais qu au moins vous fr^ippcricz à cette porte; avant de louvrir : cette chère enfant avait des inquiétudes secrètes à confier à sa maman; un moment plus tôt vous la surpreniez!.... on n'entre pas ainsi chez de? femmes. Bon ! i-eprit le marquis , je la surprenais!.... lié bitu , je ne l'ai point surprise, ainsi il n'y a pas tant de mal à tout cela; d'ailleurs, je suis bien sûr que cette chère enlant me le pardonne; elle est plus indulgente que vous : mais convenez que son pèi-e a bien raison de ne pas vouloir qu elle porte cet habit d'amazone ; elle est à croquer comme la voilà !
Il reprit avec moi ce mauvais ton de galanterie qui nous avait déjà tant amusé; il trouva que j'étais parfaitement bien remise, que j'avai* les
veux bvillans, le teint fort animé, et inêœe qm-ique c)iose d'extraordinaire et d'un fo-rt bon augure dans la physionomie. Ensuite il nous dit % Belles dames, vous allez au bal aujourd'hui? La marquise répondit que non. — -Vous vous moquea de moi, je suis revenu tout exprès pour vous j conduire. — 'Je vous assure que je n'irai pas. — . île! pourquoi donc ? ce matin vous disiez. ..Je» disais que j'j pourrais aller par complaisance pour mademoiselle Duporiail ; mais elle ne s'en soucie pas, elle craint de retrouver là le comte de llosambort, qui s'est fort mal comporté la dernière fois; J'interrompis la marquise : certainement sou procédé avec moi est assez mailionnéle, pour qug désormais je craigne de le rencontrer, auiant (\n*i je me plaisais autrefois à me trouver avec lui. Voms «vez raison , dit le marquis , le comte est un de ces petits merveilleux qui crcvent qu'une femme n'a des ytiix que pour eux; il est bon <juc ces messieurs apprennent qTielquefois qu'il y a dans le monde des gens qui les valent bien. . . Je compris Bon idée ; et , pour justifier ^;es propos , je lui lan^-
çai à la dérobée un coup d'œil expressif Et qui
Talent peut-être mieux, ajouta-t-il aussitôt en l'entor^ant sa voix, en s'éievant sur la pointe du pied , et en prenant son élan pour faire une lourde pirouette qu'il acheva très-malheureusement. Sa lète alla frapper contre la boiserie trop dure , qui ne lui épargna une chute pesante, qu'en lui faisant au front une large meurtrissure. Honteux de son juallieur, mais voulant le dissimuler, il parut insensible à la douleur qu'il r.;sseutait. Charm^utc