‹ Vie du chevalier de Faublas (volume 3)Chapitre 9 sur 12 · VIE DU CKEYALIEir · texte numérisé non relu

VIE DU CKEYALIEir

enfant, me dit-il avec plus de sang-froid, mais e« faisant de temps en temps de laides grimaces qui le trahissaient , vous avez raison d'évitev le comte; mais n'ayez pas peur de le renconti'er ce soir , il y a bal masqué : la marquise a justement deux doniinos , elle vous en prêtera un , elle prendra l'autre , nous irons au Lai , vous reviendrez soupep avec nous : et si vous n'avez pas été trop mal couché avant hier-.. Gh, oui, cela sera charmant* m'éciiai-je avec plus de vivacité que de jjrudence, allons au bal. Avec mes dominos que le comto connaît? interrompit la marquise plus réfléchie que moi. — Et oui, madame, avec vos dominos? 11 laut donner à cette enfant le plaisir du bal masqué , elle n'a jamais vu ;cela; le comte ne vous reconnaîtra pas; il n'y sera peut-être pas même. La marquise paraissait incertaine, je la voyais balancer entre le désir de me garder encore la nuit prochaine, et la crainte d'aller, en présence du marquis, s'ofiru- aux sarcasmes du comte. Pouit moi, reprit .:i'un ton mysLénetix le commode mari, je vous j < onduirai bien; mais j'ai quelques affaires , je n,- pourrai pas rester avec vous ; je vous laisserai ià pour revenir à minuit vous chercher. Cfcttc raison du marquis , pins que toutes ses instances , détermina la mai-quise ; elle refusa quelque temps encore , mais d'un ton qui m'annonçait assez qu il fallait la presser, et qu'elle allait consentir.

Cependant la contusion nue le marqiîis s'était faite devenait plus apparente, et sa b'Os.se grossissait à vue d œil. Je lui demandai d un air étoiini

ce qu'il avait au fi:ont; il y porta ia main : ce n'est rien, me dit-il arec un vire loi'cé ; quand on est marié , on est exposé à ces acridcns-là. Je me souviens du supplice qu'il m'avait fait éprouver quand ma main était dans les siennes; et, résolu çle me venger, je tirai de ma bourse une pièce de monnaie, je la lui appliquai sur le front; et me voilà serrant de toutes mes forcer pour aplatir la bosse. Le patient pressait ses flancs de ses poings fermés, grinçait des dents, soulTiT.it douloureusement, et faisait d'iiorrililes contorsions. Elle a, dit-il avec peine , elle a de la vigueur dans le poignet : je redoublai d'efforts ; il fit un cri terrible, et, m'échappant avec violence, il serait tombé à la renverse , si je ne l'avais promptcmeut retenu. Ah, la petite diablesse! elle m'a presque ouvert le crâne. La petite espiègle l'a fait exprès , dit la marquise , qui se contraignait beaucoup pour ne pas rire. Vous croyez qu'elle l'a fait exprès? Hé bien, je vais l'embrasser pour la punir. — Pour me punir, soit; je piésentai la joue de br.nne grâce , il se crut le plus heureux des hommes ; si j'avais voulu l'écouter, je n'aurais cessé de mettre au même prix son courage à l'épreuve.

Finissons ces folies, dit la marquise, en ofTcctant un peu d'humeur, et Densons à ce bal puisqu'il y faut aller. Oh ! madame se lâche , répondit le mai-quis ; soyons sages , me dit-il tout bas ; il y a un peu de jalousie ; il nous regarda d'un air de satisfaction. Vous vous aimez bien toutes les deux, poursuivit-il; mais, si vous alliez vous Lroiulier un iouv à cause de jnoi 1 cela serait

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h'icn singiilier ! Allons-nous au bal, ou n'y

allons-nous pas ? interrompit la marquise. Elle se mit h sa toilette : on lui apporta ses dominos qu'elle ne voulut point mettre; elle en envoya chei-clier deux autres , dont nous nous aftublâmes gaiement. Vous connaissez le mien, dit le marquis, •je le prendrai pour vous aller chercher; je ne .crains pas dcîrc reconnu , moi I II nous conduisit âu bal , et nous promit de revenir à minuit préci*î., Dès que nous r)ariimes à la porte de la salle , la foule des masques nous environna; on nous exaznina curieusement, on nous fit danser : mes yeux lurent d'abojd agréablement flattés de la nouveauté du spectacle. Les habits élégans , les riche» parures, la sino;ularité des costumes grotesques, la laideur même des travestisscmens baroques , la bizarre représentation de tous ces visages cartonnés et peints, le mélan£;e des couleurs, le murmure de cent voix confondiies^ la multitude des objets, leur mouvement perpétuel qui variait sans cesse le tableau en l'animant; tout se réunit pour surprendre mon attention bientôt lassée. Quelqu^^i nouveaux masques étant entrés, la contredanse fut interrompue , et la marquise , profitant du moment, se inèla dans la foule; je la suivis en silence, curieux d'examiner la scène en détail. Je ne tardai pas à m'apercevoir que chacun des acteurs S occupait beaucoup à ne rien faire , et bavardait prodigieusement sans rien dire. On se chexchait avec empressement, on s'observait avec inquiétude, on se joicjnait avec familiarité, on se quittait saus savoir pourquoi; l'instant d'après, on se repre-

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naît de mAme en ricanant. L'un vous étourdissait du Lnijanl éclat de sa voix clapissante; l'autre, d'un ton nasillard, Lrodouillait cent platitudes qu à peine il comprenait lui-xiiême : celui-ci balbutiait un bon mot grossier qu'il accompagnait de gestes ridicules; celui là taisait une queslion sotte, à laquelle on répondait par une plus sotte plaisanterie. Je vis pourtant des gens cruellement tourîiientés , qui certainement auraient acheté bien chèrement l'avantage d'échapper aux propos malins , aux regards persécuteurs. J'en vis d'autres bien ennuyés , dont apparemment l'objet principal avait été de passer la nuit au bal , de quelque manièix; que ce lût , et qui n'y restaient sans doute que pour se raiénager la petite consolation d'as-iiver , le lendemain , qu'ils s'étaient beaucoup îiiuusés la veille. \ oilà donc ce que c'est qu r.u bal masqué, dis-je à la marquise? Ce n'est doue que cela? Je ne suis pas étonné qu ici de braves gens puissent être bafoués par des faquins , et des gens d'esprit mystifiés par des sols? Je ne resterais sûrement pas , si je n'étais point avec vous. Taisezvous , me répondit-clie; nous sommes suivis, et peut-être reconnus : ne vojez-vous pas le masque qui s'attache à nos pas? Je crains bii-n que ce luî hoil le comte j sortons de la foule, et ne vous étonnez pa^.

C'était en effet M. de Rosambert : nous n'eûm<'s pas de peine à le reconnaître; car, ne prenant pns même celle de déguiser sa voix, il eut seulement l attention de parler assez bas, pour qu'il n'y eùi que la marquise et moi qui puissions l'enleudrc. I. (i

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