VIE DU CHEVAL I EU
rindiscrction de ma part à pousser leiï questions plus loin. Je veux bien penr.er que je n'ai point à me plaindre de tant de réserve. Je vais donner les ordres les plus pressans pour que Duportail soit gardé à vue dès ce soir, et ne puisse faire un pas dont je ne sois instruite sur-Ie champ , moi ......
ou la petite Monidéslr en mon absence, ajoutat-ell.e, avec un profond soupir. — En votre norenc? , maman! vous quittez Paris? — Tout à
l'heure, mon ami Quel malheur pour moi 1
que je suis fâché de vous perdre, dans ce moment surtout où vos conseils et vos secours m'eussent été isi nécessaires. Où donc allez-vous? — A Versailles, d abord A Versailles, avec cet habit I Maman . c'est , ce me semble , le frac
anglais du charmant vicomte qui m'a donné son nom ; ce frac que vous embellissiez le jour que nous ftimes ensemble à Saint-Cloud? — Cela se peut, dit-elle en affectant de n'en être pas sûre.
Oui je crois qu'oui. — Et de Versailles, vous
partez pour......? — Chevalier, je me vois, à
regret , forfce de répéter vos propres expressions : Croyez cjue je ne tnc console pas d'êlre obligée d'avoir un sccrpt peur vous. — Mais encore, ce voyage
doit-il être bleu long? — Rien lonril Peut-
être moiî*ami , peut-être , dit-elle dune voix tremblante , et c'est pour ct-la qu'avant de l'entreprendre, j'ai vivement souhaité de vous faire mes adieux. — Vos adieux 1 Maman, ma chère maman,
vous m'inquiétez , vous paraissez triste - de
grâce , confiez-moi — Elle m'interrompit :
Respectez mon secret; je n'ai point tâché àe sur-
DE FAUBLAa. o5
pi'endre le vôtre. Je ne vcnx pas mc*me le deviner; ]c ne veux pas. AJlez , Faablas, allez et revenez
content, s'il est possible Je ne puis m'expli-
quer, je ne puis dire quel événement se prépare. . . » Quelles icraintes m'agitent.... quels vœux j'ose
former! Mais , mon ami , mon aimable ami ,
qu'il serait cruel de ne 'se plus voir!^ — Grands dieux , vous gémissez ! vous avez les larmes aux yeux ! — Adieu , Faublas : Trop cher enfant , adieu 1 Je ne vous quitte qu'avec douleur ; souve-nez-vous-en , si quelque grand malbeuL- arrive. ]N'oubliez pas que la marquisse de B*** vous perdit par une trahison , et devint elle-mc:me la victime d'un lâche qui se disait votre ami. IN oubliez ]^as surtout qu'elle ne cessa de vous conserver l'am. . . l'amitié la plus tendre. La plus tendre, répéta-t-elle , en me serrant la main.
Elle me donna un baiser , et m'échappa.
J» demeurai confondu de ce que je venais d'en^tendre ; et, dans le premier moment de ma surprise, je répétai quelques-unes des expressions <iui venaient d'échapper à madame de B*** : Aile':. et revenez content. ... Je ne puis dire, (fuels vœux j ose former. . . . Qu'il serait cruel de ne se pi us. voir l ïl n'est plus douteux que madame de B**'' sait nue je vais me battre, et connaît mon ennemi. ,. . Quels vœux j'ose former! Ces vœux, elle ne pourrait , sans crime , les exprimer clairement. Maispeut-être suis-je excusable, moi, de chercher » pénétrer le secret de son cœur, sa pensée la plus cachée. . . . Qu'il serait cruel de ne se plus voir! \ ousnwî reverrez, madame de B*** , vous me reverrez .
56 ViK DU CHEVALIER
n'eu cloutez pas. Je sortirai vainqueur d'un coin,-
bat dont vous êtes le prix.
Imprudent marquis , quelle audace est la vôtre d'appeler Faublas au champ de l'honneur I Quelle témérité d'attaquer des jours si Lieu défendus; Lea destinées de trois femmes charmantes tiennent à mes destinées.
Justine, qui survint, avait peut-être aussi l'intention de me donner, à sa manière, quelque cnçoura'jemerdj mais il était déjà si tard, que je n'aurais pu l'entendre , quand même j'en aurais cu ia fantaisie.
A la porte Saint- Martin je trouvai mon d-omesîique qui me suivit jusquiiu Donrget; là, je lui ordonnai de ramener mou cheval à Paris, et je pris la poste.
Avant cinq heures du soir, je me trouvai , dans la foret de Compiègne, au lieu désigné. Je m\ promenais depuis quelques minutes, lorsque deu.v hommes tout à coup m'abordèrent et me mirent le pistolet sur la gorge. Ils rae demandèrent si j'éiais iientilhomme. Je ne balùn^^ai point à répondre oui. En ce cas, me dirent-ils, veuillez., monsieur, mettre ce masque sur votre visage, e! demeurer lémoin d'uu combat que vont se livret lout à l'heure ici deux personnes de grande qua iilé. Donnez votre parole de ne pas vous permettre un seul geste , un seul mot pendant l'action , et quel qucaoit l'événement, d'en garder un profond aecret. — Je ne me v-ante pas , monsieur , d'être un homme de grande» qualité; mais il est vrai que je y obsède , av«c quelques richesses , un ancien iiorn.
DE FAUELAS. '3j
J'ai moi-mome rendez-vous ici pour me battre. lt'cut-C(.re vous tvompez-vods , jicul-ètre strai-jc 1 un des deux acteurs de la scène malueurcuso dont vous exigez que je reste spectateur tranquille.— Mousieur, nous saurons bientôt si cola doit êire : en attendant, meUez ce masque, et donne/, votre parole d'honneur.
On conçoit que je fis et que je promis tout cer qu'ils voulurent.
Près d'une heure s'était passée depuis que je me trouvais dans cette situation, qui commençait à me paraître inquiétante , quand je crus entendre quelque bruit vers l'extrémité de l'ailée qui aboqtissait à la grande route. Un moment après je vis entrer du même coté , dans le chemin de traverse où j'étais, une chaise de poste, environnée de plusieurs hommes armés et masqués, l'i me parut que cette troupe , que je crus d abord toute coinr.osée d'assassins , venait de s'assurer du larj^uaïs et du postillon, et forçait 'le maiîrc à mettre pied à terre. Tremblant qu'il ne lut massacré devant moi , je voulus, dans le premier mouvement d'un zèle téméraire , m'élancer à son secours : les deux hommes qui veillaient siu" moi se contentèrent de ïue retenir, en me disant: Voici le moiuent critique, songez à ce que vous avez promis.
Cependant l'inconnu, toujours entouré, savançait vers nous d'un pas Icrnie et d'un air délibéré. Plus il approchait, plus je croyais reconnaître les traits d'un jeune iiorame que ie n'avais pas vu depuis long-temps. Lorsqu'il fut. à très-peu de diitauce, l'un de nies gardiens alla droit à Ini ,
le pria de s'arrètei' , et lui dît : Un homme d'honneur se plaint que vous lui avez fait une mortelle injure, et prétend tout à l'heure en obtenir la réparation. S il tombe sons vos coups, il promet qu'aucun détail de ce combat ne sera jamais su de personne; s il ne meurt pas de ses blessures, il s'engage à revenir dans le même lieu, aussitôt qu'il sera guéri , pour y soutenir encore sa querelle , qui ne peut être complètement vidée que par la moi*t de l'un des deux champions. Prenez les mêmes engagemens , monsieur le comte, et jurez, sur votre honneur, de les remplir. Quoi! répondit le jeune homme, myJord Barrington se fâche de ce que j'ai quitte l'Angleterre, sans faire mes adieux à son augxiste épouse 1 II fput convenir que ces maris font partout un singulier peuple ! Cet époux d'outre-mer surtout me paraît d'une bonne force : voulait-il que je Ijrùlasse d'une éternelle flamme pour sa langoureuse moitié? D'ailletirs , s il me gardait rancune, que ne me l'a-t-il dit dans son pa^s? que ne s'cst-il ensuite rendu à Bruxelles, où je me suis arrêté long-temps, par<".o qu'on m'a dit qu'il me cherchait I Pourquoi venir, après six semaines , avec cet épouvantable attirail, m'attaquer dans ma patrie, au moment où ]y rentre.. . Ah! çà, mais j'espère que ce n'est pas à coup de poings que nous nous battrons?
A sa voix, comme à sa figure, à la gaieté de ses discours, comme à son sourire moqueur, il na me fut plus permis de méconnaître Fiosambert. Alors seulement je commençai à soupçonner l'étrange vérité : O! madame de BT**, ce fut pour
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vou^ que mon cœur tressaillit! mais je me gardai Lieu de montrer par quelques gestes , ou d'exprimer par quelques mots ma surprise extrême et ma terreur profonde; j étais lié par mes sermens.
Déjà pourtant on présentait à Rosauribert un cheval qu'on l'invitait à monter^ et un pistolet qu'on le priait de charger lui-même. Le comte, aussitôt à cheval, tout en chargeant son arme 7 dit à ceux qui lenvironnaîent : Oui, vous avez raison , voici le comLat si cher à messieurs d'Albion. . .Au pistolet près , je dois de grands remei'cîmens au magnifique lord 3 il me rajeunit de plus de mille ans. En vérité, messieurs de la table vonde, l'héroïque parade que le prud'homme nous fait jouer ici , ressemble tout-à-fait à une aventure du roi Artus. Comme les pieux de son temps , vous arrêtez les passans sur les grands chemins, pour les forcer gracieusement à rompre des lanceà avec vous. En jetant les yeux sur moi , Rosambert continua : Ce cavalier si joliment tourné, qui fait 1 ande à part, qui ne dit mot, qui ne se mêle en rien de vos forfanteries , est-ce un gentil damoiseau qu'il faut que je délivre? ou quelque grande princesse en homme travestie? Je l'aimerais mieux, moi I et le géant que je dois pourfendre , le fameux géant, où donc est-il? L'étranger qui avait jusqu'alors porté la parole, dit à Rosambert : M. le comte, jurez de remplir les conditions prescrites'. — Foi de gentilhomme! messieurs, s'écria-t-il.
L'un de mes gardiens donna le signal ])ar ua coup de feu. Nous vîmes aussitôt un cavalier accourii à toutes bridgs dç Tautrc extrémité de Vu-
6o VIE DU CnEYALIER
it'^. IiOS?>inl)ert l'attendis sans s'él)ranlcr; Tn?Âs soit qu'il présumât beaucoup de lui-niOme, soit qu'il ne conservât pas tout le sanij-froid nécessaiie en ces occasions, il fit feu de trop loin sur son ennemi, qu il manqua. L'autre, au contraire, montrant et pins d'adresse et plus d'intrépidité , tira prcsqu'aussitôt , mais eniin tii'a le dernier. La balle silTIa aux oreilles de îîosambert, emporta une boucle de ses cheveux, et frappa son chapeau de manière qu'elle le fit sauter. Le comte, en le reprenant, s'écria : Ceci devient sérieux; c'est à ma cervelle qu'il en veut, le beau masque!
Son adversaire, en effet, s'était comme' moi couvert le visage d'un mince carton; mais je ne pus m'empcchcr de frémir en reconnaissant le frac anglais sous lequel , ce matin même, la marquise avait paru devant moi chez Justine!
Le vicomte de Florville, car je ne doutais plTis que ce fût lui, venait de retourner son cheval et regagnait au galop le bout de l'allée, d'où tout à l'heure il était venu. Rosambert, qui le suivait des yeux, reprit : Voilà bien le frac national de mylord; mais de par Saint-George, ce n'est pas là son épaisse encolure. Messieurs , ajouta-t-il d'un ton où perçaient le dépit et l'audace, je n'aurais point osé faire à la nation anglaise cette injure, de croire que ses braves fussent dans l'usage de se battre par mascarade et par procuration. Au reste je vais tâcher, m'eût-on prudemment détaché le plus habile arquebusier des trois royaumes , je vais tâcher de faire en sorte qu'un étranger, fût-il le diable, n'ait pas à se g'oriher d'avoir remporte
DE FAUBLAS. Gi
sur un Français une vicloive sans clanjer O
toi \ qui ne manquas jamais une hiioudeile au voî, juon cher Faublas, où cs-tu ? que n'ai-je pour le châtiment d'un traître et pour l'honneur do la France, c^ue n'ai -je en ce moment ton coup d'oeil si prompt et ta main toujours sure!
Le comte ajant vechnvsjc son arme, un nouvoai» signal fut donné. Rosambcrt cette fois ne demeura pas immobile; il poussa vigoureusement son cheval , et les deux adversaires , s'étant rencontrés à pf'U près au milieu de la lice, se tirèrent à la dis"taiice de cinq ou six pas. Le comte ne perça (|ue le collet de l'habit de son ennemi , qui , plus heureux, lui fracassa l'épaule droite et le jeta parterre.
Le vainqueur, aussitôt se démasquant, lit voir au vaincu stupéfait le visage de madame de B***. Tiens , lâche , dit la marquise, regarde, reconnaismoi , meurs de honte. C'est une femme qui t'imjaiole ! Tu n'as eu du courage et de l'adresse que pour l'insulter!
Rosambert parut un moment accablé de la douleur de sa blessure et de l'ienominie de sa défaite; un moment il fixa sur la marquise des yeux égarés. Mais bientôt, reprenant son caractère, il hii adressa, d'une voix éteinte, ces mots entrecoupés : Quoii ]»elle dame. . . c'est vous. . . que j'ai eu. . . le honheur de revoir ! . . . Que les temps. . ^ sont. . . changés , cependant ! . .. notre dernière. . . entre. . . vue. . ^ m'amu. ., sa davantage..!, et vous... aussi, friponne... quoi que... vous en T)uissiez. . . . dire. Ingrate! est-ce ici , est-ce ainsi.. . que vous deviez •Mettre. . . hors de comJ.)at. . , un bon jeune hojnme^ 6. 6
jadis venu. . . tout exprès de Paris à Lu a
Luxembouri^. . . . pour vous procurer.... ua.... doux. . . passe-temps 1 — liosambert, lui répliqua la marquise, tu voudrais en vain dissimuler ta rage et tes doulcui-s. Le ciel est juste; je puis m'applaudir d'une double vengeance: ton châtiment, qui déjà commence, n'est pas prêt à s'achever. Souviens-toi de nos conditions; souvienstoi que mon ennemi doit garder mon secret partout, et me ramener ici ma victime.
X.e comte , soulevant sa tète avec effort, la toui'na de mbn côté : Ce jeune homme, dit-il, c est
&ùi-e ment le chevalier dcFaublasl — Faa
blas ! J ôtai mon masque , je fus à lui. Embrassonsnous d'abord, continua-l-il. Elle m'a... vaincu,
mon ami n'en soyez point étonné;..... ce
n'est pas la prfmière fois qu'elle.... m'abat. Et
vous, pendant que j'invoquais bonnement
votre nom, vous étiez là, qui faisiez des
voeux. ..contre moi ;... mais je vous le pardonne... Elle est si. . . . aimable 1 venez. . . . me voir. ... à
Paris , si je n'y arrive pas. . . . justement pour
m'y faire. . . . enterrer- La marquise alors me prit à l'écart , et me dit : Chevalier, pardonnez-moi le mystère que je vous ai fait du péril où j allais m'exposcr, et la ruse dont je me suis servie pour vous en rendre le témoin. Mon amant, hélas I ... . avait vu l'ontragc ; mon ami devait être présent à la réparation. Fûublas, je le sais bien, me gardait encore tant d'attachement, qu'il se fût volontiers chargé d'épouser ma qucrclU; mais il ne m'eût peut-être
point assez estimée pour me juger cligne de la soutenir moi-même. Cependant, ajonta-t-elle avec in;c joie mêlée de Ilcrté, je viens de prouver qu'il V a six mois je ne prenais point un engagement au-dessus de mes forces , lorsque , réduite à l'affi'euse nécessité de vivi'e seulement pour ma vengeance, je jurais de vous étonner en l'accomplissant. Maintenant, Faublas , tout ce qu'il j avait d'équivoque ou d'obscur pour vous dans mes discours de ce matin s'explique de soi-même : vous sentez de quelle ci'ainte je ne pouvais me défentir(;, quand, les larmes aux yeux, je demandais à mon ami s'il ne serait pas cruel de ne se voir plus., Vous concevez de quelle espèce d'inquiétude j'ai dû sentir l'atteinte , quand l'amant de Sophie m'aiinonça qu'il venait de la retrouver. Ah ! croyez-moi, j'ai d'abord compris qvie Duportail avait pu vous reconnaître sur la route de Montcour, et je serais vraiment désolée que ce vovago de Compicgne eût laissé le temps à votre, beaupère de vous enlever encore votre épouse. Faublas, si ce malheur était arrivé, n'ajez pas l'injustice d'en accuser votre amie. Dites-rous, pour ma justification , qu'au moment où je vous fis remettre , sous le nom de M. de B*^**^, ce prétendu cartel, rien ne pouvait donner à deviner qu'en revenant avec madame de LignoUe, vous retrouvei'iez Sophie. Dites-voîis qu'il n'était plus , ce matin , nécessaire de vous renvoyer à Fromonviile, puisqu'il ne vous eût jamais été possible, quelque diligence que vous eussiez faite, d'j arriver avant les émissaires fidèles , qu'aussitôt j'y ai dépêchc>
e^i VIE DU CHEVALIER
avec l'oi'clre exprès de viiller sur les dêmai'chcs de Duportail, s'il habitait encore sa retraite, ou de le poursuivre s'il l'avait déjà quittée. Maintenant que rien ne vous retient plus , allez et. . .
Madame de B*** fut interrompue par des cris perçaus qui semblaient partir de la chaise de poste de Rosambert , restée dans le chemin de travt rse , du côté, mais à quelque distance de la gr^rnde route. !?>ous courûmes tous au bruit; il no resta près du blessé que le chirurgien qui bandait sa plaie. En approchant, nous vimes derrière la voiture du comte un cabriolet , dans lequel se débattait une femme retenue par les mêmes hommes qui s'étaient assurés du laquais et du postillon de Rosambert. Grands dieux! s'écriait-elle, des gens masqués! C'en est donc fait! Ils n'auraient pu le
vaincre; ils l'ont assassiné! Ah! dit-eJIe en
2")Oussant un cri de joie, le voilà! le voilà! Puis, d'un ton douloureux : Perfide, il est donc vrai que vous avez eu l'inhumanité de profiter de mon «ommeil?...
La marquise me demanda tout bas si ce n'était pas la petite comtesse ? Je réponds , oui : et je m'élançai dans les bras de ma maîtresse.
Est-ce fini , me demanda-t-ellc. J'ai entendu tirer plusieurs coups ? Quels sont ces gens qui m'ont arrêtée? C'était à l'épée que vous deviez vous battre! Je suis tremblante... saisie dVlTroi. . Ton ennemi, où est-il? es-tu vainqueur? Il ne devait amener personne? pourquoi tout ce monde?
ces armes ? ces masques ? Mon ami , que je
suis contente de te voir!.... que j'ai peur!....
DE l'AUBLA^^. 6S
ci'uel.I. que je vous en veux de m'avoir lâcliemem; ebaudouucc 1
Ainsi laaclame de Lignolie annonçait, par 1:^ désordre de ses questions , le désordre de ses idées; il me sera plus difficile de peindre celui de sa personne : dans son regard , tout à ilicure attendri, maixitenant terne et bientôt étincelant^ vous eussiez vu tour à tour et presqu'en 1311:016 temps les douces erreurs de l'espérance, les moi'-, telles, rêveries de la crainte, l'ivresse de l'amouv heureux et les fureurs, de l'amour trahi. Vous, eussiez vu , sur son visage dont l'é'tonnaute mobilité m'glfrajait , toutes les passions hupétiuuseà se livrer de rapides combats. Chaque muscle semblait tourmenté d'un mouvement convulsif , rexpressipn. de cliaquç scniimeni passait comme un éclair.
Le croirais-tu, rontinua-t-elle , j'ai pu donnir quand tu i) 'étais plus làl j^'ai pu dormir jusqu à inidi I mais de quel sommeil , grands dieux! quels horribles songes le troublaient! tu nv'échappais à: chaque instant; et je ne voyais plus auprès de moi que des objets affreux : le marquis , la mar^ quise , ta feipme ! .... ta feipmc ! c'est moi qui suis ta femme ! rj'est-il pas vrai., mou ami ? . . . uc 1 oubliiez jamais^ jamais, monsieur! et le marquis, l'as-tu tué ? — ]Non , mon amie. — Allons , dit in»damede B*** , que cet entieiicn sansdoute inquiétait, allons, Floi'ville 1 à cheval , à cheval! vous n'avez pais de tenjps à perdre ?—r-Qu;appelez-vou3, du temps à perdre ? s'écria la comtesse en lan* cant un regard terrible au vicoiRKi de Florvilltt,
66 VIE DU CnEVALIEK
est-ce cuil perd son temps quand il est avec moi? Quel est crt impertinent jeune homme ? me demand.'î-:-ellc. — îJn parent de M. de B***. — Tiens , mon ami , tous ces gens-là me font peur. . . Oii! que je souffre depuis hier! Trembler sans cesse pour moi! pour lui! quel supplice! Perpétuellement m'occupcr de cette rivale qui veut me l'enlever! de cet ennemi qui menace ses joxirs! tu i'as blessé? — IVon mon amie. — -Vous ne l'avez pas blessé, monsieur?... Regardez; je lui avais tant reco'uimandé! . . . . Mais comment? Il n'est donc pas encore arrivé, le marquis ? — Florville! reprit madame de B*** ; les heures s'envoient, la nuit s'approche. — Eh! de quoi sa mêle donc cet étranger ? répliqua la comtesse. . . Faublas , ne l'écoute pas^ reste là. . Que je souffre depuis hier ! que l'amour devient fatal, dès qu'il cesse d'être heureux! que ses tourmens paraissent insupportables quand ils ne sont pas partagés! — Que distu, mon Lléonore! mon cœur est navré de tes peines. — Oui! Eh bien, si cela est, me voilà consolée. Je suis contente, allons-nous-en. — Je répétai avec elle : Allons-nous-en.
Chevalier, s'écria la marquise, oubliez- vous qu'un devoir pressant vous appelle? — Hélas! — Ce n'est point à Paris que vous êtes attendu.
Je me dégageai des bras de la comtesse; et du brancard de son cabriolet je sautai sur le cheval que me présentait la marquise. Il va se battre, dit madame de Lignolle. Je veux le suivre! Je veux être présente à ce combat! — Le vicomte, pïompt à la rassurer, lui repondit : Calracz-vous ,
DE FAUBLA,S. 67
il li y a ras de claiiofr pour lui ; ce combat est fini. • — Fini! répéti-t-elle donloiireusement , fini...','.
c'est donc à Fronionville ? l'inî^rat m aban-
donne encore ! le barbare me sacrifie !
Elle voulut s'élancer après moi ; les gens du vicomte la retinrent. Elle poussa des cris d'inquiétude et de fureur ; elle tomba sans connaissance au fond de son cabriolet. >
Alîl qui n'eût plaint cet enfant trop sensible? qui ne se fût ému de ses douleurs? qui n'eût frémi de son danger? La marquise ne fit aucun effort pour m'empcchcr de descendre de cheval et de remonter dans l'a voiture de la coiutesse : je fus même extrêmement touché de voir madame de B*** prodiguer ses soins à madame de Lignolle. D'une main elle soutenait la tête de mon amante; de l'autre elle lui vidait ses flacons sur le visage, elle essujait avec un mouchoir la sueur froide qui coulait sur son fi'ont : Pauvre enfant! disait-elle, reîrardez comme ils, se sont éteints , ces veux crui brillaient tout à l'heure du plus vit éclat! Quelle pâleur couvre ses joues que j'ai vues colorées d'un rose si tendre! pauvre enfant! — Mon dîeul vous m'alarmez , mon amie! croyez-vo s qu'il j ait du danger? — Du danger ?.. .«peuL-êttC. La comtesse est d'un caractère violent et paraît vous aimer déjà beaucoup. — Oh! oui, beaucoup. D ailleui-s, elle a depuis hier des indispositions légères, mais fréquentes; des maux de cœur.... — Elle serait déjà enceinte! Ah,- tant mieux, s'écria madame de B***, dans l'effusion d'une vive joie; puis tout à coup elle léprima ce mouvement, et
G8 VIE DU CHEVALIEIl
duu ton de commiséraiiuu , elle reprit : Tan.t mieux. . . . pour vous. . . non pour eilt 1 . . . Pour elle , c'est un événement fâcheux qui l'expose dp Lien des manières. . . . — Qui l'expose I ... Et moi , que je suis à plaindre aussi I Dans quel emLarra3 nouveau je me trouve ! l'une est ici qui se meurt de la seule crainte que je ne la quitte I l'autre est là-bas qui se désespère que je l'aie quittée : ditesmoi donc comia<,'nt je vais faire? apprenez-mqi quel parti. . . ? — Toi*t à l'heure, intcrrompit-i Ile , je vous engageais à partir; j'avoue que maintenant, à votre place , je me trouverais moi-même fort empêchée. Sans doute il faut consulter votre cœurl mais vous devez aussi prendre conseil des circon-^
stances Consulter mon cœurl je n'y trouye que
des irrésOjlUitions , des combats. Prendre conseil des circonstances I ne sout-elles pas de l'un.e et de l'autre part également inquiétantes, pressantes,, impérieuses ? O l moa amiel je vous, eu coirjurcj prenez pitié de ma situation vraimeiu cruelle ^ finissez mes perplexités , conseillez-moi. — Que i pourrai-je vous dire? S il ne s'agit, que des lois quy le devoir vous impose,, elles oe sont point équivoques..... 11. est pourtant vrai qu'il parait cruel d abandonner la comtesse dans létat où la voilà.... Elle est. très-vive. . .. Vous 1^ croyci
enceinte .... et la pauvre petite vous aime
comme il faut vous aimer, beaucoup tropl
Partir dans ce moment-ci, c'est, certainement, la livrer à des agitatioiiS qui peuvent lui. coûter là vie... li seudjle plus probable que Sophie, d'un caractère beaucoup plus doux... Sophie,, accou-^
tuintje depuis long-temps ù l'absence... à l'aDaudon peut-être. . , . supportera moins impatiemment. . . . Cependant ce n'est pas une chose cjue je veuille garantir. Il est tout-à-fait possible que votre épouse , ne vous vojant pas revenir , et se crojant délaissée pour toujours , en soit au désespoir. — Au désespoir I — Oui , répéta d une vois. laible madame de Lignolle , qui reprenait enfin 1 usage de ses sens, au désespoir! Elle me reconnut , elle me dit : C'est vous , Eaublas , vous ne m'avez pas quittée? vous avez bien lait, restez là, je le veux, restez là. Elle dit à la marquise : Et toi, farouche étranger, laisse-nous. Cruel! mes maux te trouvent insensible! tu n'as donc jamais eu besoin de la pitié de personne, toi? tu n'as donc jamais aimé? — Si vous savie?; à qui vous faites ces reproches, répondit le vicomte^ on lui prenant la main; si vous saviez que madame de Lignolle , quoique bien malheureuse , est moins h plaindre que l'infortunée qui lui parle. Et moi aussi , j'ai brûlé de cet amour qui vous consume I Et moi aussi, j'ai connu ses passagères délices et «es inconsolables regrets. Comtesse, infortunée comtesse , vons avez encore beaucoup à souffrir, fi vous devez souffrir autant que moi I
Ici mes jeux rencontrèrent ceux de la marquise; ils étaient humides, les siens, et leur regard fit palpiter mou cœur!
Serait-il vrai , continua-t-elle avec plus de vébémence ; serait-il vrai qu'une divinité maligne présidât aux humaines destinées, et prît un horrible plaisir à faire de Sfs doxas rirécicux la '"..Ivs
^o VIE DU CHEVALIER
inégale distribution? Serait-il vrai que, par 1-. rafllnèment d'un calcul barbare , elle ne se montrât si prodigue envers un très-petit nombre d'êtres privilégiés , que pour tourmenter plus sûrement la foule immense des autres individus maltraités de son avarice .' Quoi 1 jeune homme trop favorisé, les grâces qui attirent, l'esprit qui séduit, les talens qu'on envie, la beauté qu'on admire, la sensibilité ani nlaît aux yeux et charme l'ûme, toutes ces qualités et mille autres dont l'assemblage n'a peut-être jamais brillé qu'en toi ; ouoi donc 1 un impitoyable dieu ne te les aurait données que pour le désespoir de tes rivaux, et le supplice de tes amantes? Et la constance, cette vertu- qui seule manque à toutes tes vertus; la constance , il ne te l'aurait refusée, ce dieu jaloux, qu'afin qu'il n'y eût sur la terre, pour aucune lemrae, l'espoir d'une grande félicité sans un grand mélange de peines, et dans aucun homme un modèle absolu de perfection. Quoi! ceux de ton sexe, qui, ne te connaissant pas encore, oseront te disputer le prix de la valeur ou de la tendresse, tous ceux que la nature aura le plus favorablement distingués, doivent-ils nécessairement paraitre n'avoir encouru que sa 'disgrâce, quand le moment sera venu de les comparer? Quoi! toutes les mortelles qui t'auront vu seraientelles invinciblement contraintes au plus prompt amour, hélas! et foi'cées au plus long repentir? O destinée !
La comtesse avait écouté la marquise avec une aiteuiion mêlée d'étonuemeat. Qui que vous soy?i;^
lui dit-elle , il vous est bien connu. Vous parlez de lai comme j'en aurais parlé moi-même. Me voilà un peu réconciliée avec vous ; mais permettez que nous nous quittions. Allons-nous-en, Faublas , allons-nous-en... Hé bien! vous ne dites mot ! vous ne voulez pas ?
Toujours combattu de plusieurs craintes et de plusieurs désirs , je jetai sur la marquise un regard qui lui annonçait mes irrésolutions et le besoia que j'avais d être déterminé par ses avis. Le vicomte me comprit, et s'expliqua : — V^raiment 1 je ne balancerais plus ; j'irais à Fromonville. . .— - A Fromonville! interrompit la. comte'îsc ^-Demain, reprit l'autre; et ce soir, je rentrerais dans Paris avec madame de Li.î^nolle. — Yoilà ce qu'on appelle un bon conseil! s'écria la comtesse ; j'en a,pprouve fort la dernière partie ; et toi , Faublas ? — Moi aussi , mon Èléonore.
Dans le transt>ort de sa joie, madame de LignoUe embrassa madame de B*** , et je l'avoue, ce ne fut pas sans un vif plaisir, que, pendant quelques minutes, je sentis unies et px'essées dans mes heureuses mains , les mains de ces deux charmantes femmes.
Monsieur , reprit la comtesse en s'adVessant au vicomte : Nous allons vous dire adieu; mais permettez auparavant une question que je vais vous faire, parce que je suis jalouse, .le le suis, je n'en fais pas mystère. Tout à l'heure, vous pleuriez presque : vous êtes malheureux en amour, et c'est la faute du chevalier. Keiidez-moi le service de m'apprendre près do qui le wlievaiier vou.i ai sup-
planté ? . . . . Monsieur , poursuivit madame de Lignolie, qiii ne pouvait deviner la véritable cause de l'embarras que la marquise laissait paraître, vous pardonnerez à son amie d'imaginer qu'en effet il méritait la préférence; mais au moins je crois, et je ne cherche pas à vous faire un compliment ; je crois que vous étiez fait pour qu'on balançât quelque temps entre vous et lui. . . . Monsieur, reprit-elle encore^ je vous supplie d'achever la confidence que je ne vous demandais pas, ne craignez rien pour votre secret , vous avez le mien. — IMadame, répondit le vicomte, enfin déterminé sur la réponse qu'il devait faire à l'embarrassante question dans un moment de trouble, on se plaint de mille choses... — Ahl je vous en prie, ditesmoi quelle maîtresse Faublas vous a. . . — ^Madame, je suis comme monsieur vous le disait tout à l'heure, parent de M. de B***. J'adorais sa femme. . . . — Sa femme ! ne m'en parlez pas ; je la déteste ! — Vous êtes donc une ingrate, car elle vous fiimc. — Qui vous l'a dit? — Elle-m<*me. — Ell« me connaît? — Elle a eu le plaisir de vous voir et
de vous parler Où cela? — Voilà ce que je n«
pTiis vous dire. — Hé bieni oui, clic a tort d«
în'aimer; car je vous le répète, je la déteste
Peut-on vous en demander la raison? — La raison?... c'est une femme dangereuse.... — Ses
«nnemis l'assurent. — Intriguante — Les cour-
lisans le publient... — Pas assez jolie pour faire tant de bruit.-— Les femmes le disent. — Galante d'ailleurs. — Elle ne manque ni d'attraits , ni d'esj th. Comment ne lui prôterait-on pas quelques
DE FAUBLAS.' y^l
aventures? — Quelques! Elle en a eu mille! — * Désisne-t-on quelc[u'un? — Je le crois! moi qui ne vais pas souvent clans le monde , je lui en coa-« nais trois. —-Youlez-vous nommer? — -Le comte de Rosambert. — II est bien fat; et elle l'a toujours nié. — La bonne raison!.... — Faublas — • Oh! celui-là, je ne conteste pas! Le troisième!-—- M. de ***. — M. de *♦*:! répéta la marquise, qu» je vis dans le même moment plusieurs fois rougir et pâlir, — Oui , M, de *♦*, le nouveau ministre, à qui elle s'est donnée pour obtenir la liberté du chevalier. . .\. Ce que je vous dis là vous fait de la peine? — M. de ***, répéta la marquise, avec moins de trouble et un étonnement plus marqué. . — Gela vous fait de la peine. Je vois que vous êtes encore bien épris. — M. de ***! voici une; accusation bien ncuvelle. — C'est que Tintrigue n'est pas ancienne. — Mais au moins, a-t-on quelques preuves? — Comment voulez- vous qu'on en ait? Ils uont pas appelé de témoins. — Cependant, madame, vous osez assurer cela? — Monsieur j parce que tout le monde l'assure. — Tout le monde? Chevalier, vous le saviez donc? — Vicomte. . . , on me l'a dit , raai.^ je ne le crois pas. — Cela ne fait lieu , me repliqua-t-il d'un air mécon- Itent, vous dévie/, m'en avertir. — Oui, dit la comtesse, c'est rendre service à un galant homme, que de l'éclairer sur la conduite d'une coquettô qui le trompe. Monsieur, je vous plains sinccrument d'être toml)é dans les filets de celle-là; vous paraissez mériter de rencontrer mieux.... Mais Vtinons à ce qui me louche. Le clievalier ue vou? <i. ■ 7
fj^ VIE DU CHEYALIEll
cfonne plus d inquiétude? — Paidonnez-moi , niadame. — Voyez-vous , monsieur ! s'écria la -comtesse en me regardant. ... Il y va donc souveui
chez la marquise? demanda-t-elle au vicomte
Quelquefois. — Voyez-vous, monsieur, vous y allez quelquefois!... — li est doiic amoureux d elle encore ? — Encore un peu , je crois. — » Voyez -vous, monsieur, vous en êtes amoureux! — Cependant, reprit la marquise, il ne faut pas, tout-à-fait s'en rapporter à moi. J'y suis intéressée; je vois peut-être mal. — Oh! vous voyez bien, monsieur , vous voyez tiop bien. . . Faubias , laissez-moi faix-e, je saurai vous empêcher d'aller chez cette coquette, et de l'aimer! . . . Nous vous quittons , poursuivit-elle en «adressant à madame de B***. Après la scène dont vous venez d'être témoin, je ne vous demande pas le secret et j'y compte; car tout en vous, monsieur, prévient
favorablement S'il y avait une troisième place
.^dans mon cabriolet , je me ferais un vrai plaisir d« TOUS l'olTriv.. .. Je vous avoue que je serai charmée de cultiver votre connaissance. Venez me voir à Paris. Le chevalier m'obligera, s'il veut bien vous amener. . . Ou faites mieux, venez seul ; vous n'avez besoin d être. présenté par personne. Venez , et je vous promets , si cela vous fuit décidément trop de peine, je vous promets de ne jamais vous dire de mal de la marquise, quoique e<? isoit une méchante femme.
Nous partîmes. Je donnai quelques louis au
postillon , qui nous conduisit à la Croix Saint-
'Oucu, où la comtesse l'avait pris, et qui promit
c!b ne rien dire de tout ce qu'il avait vu. Madame de LianoUe aussi crut devoir acheter la discrétion fie son laquais Lafleur , qxi'elle s'était vue forcée de faire son compagnon de voyage , et par conséquent le confident de nos amours.
Ma jeune amie cependant m'accablait de caressés que je lui rendais, de reproches que je ne méritais plus, et de questions auxquelles il m'était impossible de répondre. En vain je lui représentais qu'il devait lui suffire que son amant ne fût ni mort, ni blessé , ni forcé -de la quitter en quittant ?on pajs : elle n'était pas contente du secret auquel m'obligeait cette parole d honneur, que j» ne devais pas donner , disait-elle.
La conversation tomba naturellement sur le vicomte de Florville. Il est fort aimafble, ce jeune homme , s'écria la comtesse , qui paraissait observer curieusement l'impresîion que ses discours faisaient sur moi Fort aimable Il a des grâces !
beaucoup. — De la tournure ! — Vraiment î — • Une très-jolie figure.' — Très- jolie. —Une voix douce comme toi. — Oui, la sienne est un peu trop claire cependant; il y manque quelque chose. • — C'est un enfant. — Sans doute. — Que peut -il avoir? seize ans? — Tout au plus. — jN'inijîorte, reprit-elle avec affectation, il est charmant! — Charmant. — Il paraît plein d'esprit et de sensibr* lité.' — Comme tu dis , mon amie.
Ainsi , je ne parlais que par monosyllabes , de peur de trop parler, et j'affectais beaucoup d'in-i différence, afin d'éloigner toute espèce de soup-
» on.
^15 YIE DU CHEVALIER
Youlfz-voiis bien me rénonrlve autrement? s'éeiia madame de Lignolle — Qu 7 a-t-il donci — Il y a quf; votre sang-froid me désespère 1 — Mon fang-froid... — Moi , j ai l'air d'avoir remarqué ce jeune homme; j'en dis beaucoup de bien: Tout? cela ne vous émeut seulement pas I — Je ne vois pas ce qui pourrait me fâcher... — C'est de quoi je me plains. Vous ne témoignez point la moindre inquiétude? — C'est qu'en vérité, mon amie, je n'en puis prendre aucune, lui répliquai-je en riant. — Pourquoi cela, monsieur? pourquoi n'auuez-vous pas un peu de jalousie? J'en ai bien, moi! — Élconore^ je te répète que le vicomte ne peut Bi'alarmer.- — ]\c riez pas, monsieur, je n'aime pas qu'on rie quand je parle raison. Dites -moi, s'il vous plait, pourquoi le vicomte... — Pourquoil... Parce que c'est... un enfant. — Et vous? neidiraiton pas que vous êtes vieux? — Et puij ma sécurité se fonde sur l'estime que tu m'inspires. — L'estime I l'estime ! . . . Pas tant d'estime , monsieur , et plus d'amour. Je l'ai souvent entendu dire dans le temps que je n'y comprenais rien ; et , maintenant que je m'y connais , je sens que cela est trop vrai : on n'qst bien amoureux que lorsqu'on est bien jaloux. Devenez jaloux si vous voulez me plaire. — - Soyez donc contente , madame ; je vous avoue que je n'étais pas tranquille pendant que vous examipi(!z le vicomte avec une attention — — Voilà , interrompit-elle en m'embrassant , voilà ce que j'apjclle parler! voilà ce qu il fallait dire tout de »uitc... Cependant , Faublas , ne t'alarmc pas 1 Va, I» n'admirais le vicomte que pour t admirer da-
vnntagel je me clisiiis : Il est bien ce jeune lioniine ! fort bien! Mais mon amant est mieux! beaucoup mieujt ! Mon amant n'a pas une figure moins charmante! et sa taille est plus belle! On remarquedans son air, dans son maintien, dans tonte sa personne, je ne sais quoi de phis imposant, de plus fier , qui étonne sans effrajer... Cel*^ -le m'ef-r fraie pas, moi ! cela me fait plaisir... de l'esprit^ de la sensibilité? Pourrait-if en avoir autant que toi, le vicomte? alitant que coi, qui toute la jourijée' me fais rire , et de temps en temps me fais pleurer I . . . . C'est alors que je suis bien contente , car tu ne te moques pas counme les autres hommes , qui rient de nos larmes : au contraire , mon ami , tu me consoles en te chagrinant avec moi ; tu sais pleurer, toi, tn sais pleurer!... Va, sois parîaitemeirt tranquille. Je te reconnais aussi supérieur à ce joli garçon que lui-même me parait l'être à tous ceux que j'ai vus... Dis-moi , ton père l'aime-t-il le vicomte ? — Beaucoup I — Eh bien , il devrait marier ta sœur avec ce jeune homme -là. Cela ferait un charmant coiî]>le. — Yoilà une idée qui parait toute simple, et que pourtant je n'aurais pas eue! — Vraiment , je vois à cela ouelque obstacle : le vicomte est engoué de cette marquise. C'est bien dommage... Tiens , sais-tu pourquoi je l'ai engagé à venir chez moi ? je vais te le dire , car le moyen' de te rien cacher! Il est jaloux de toi, puisqu'il est amoureux de madame de B***. Il me dira si tu vas chez elle. — Fort bien trouvé! — Certainement! je ne. suis point la dune de votre fausse'
-3 VfE ru CHEVALIER
gaieîé;'c€ n'est pas de boa cœur que vous riez. J'ai toujours eu le projet de vous empêcher d aller chez cette méchante femme , ei le hasard vient d« n>'en offrir un mojen que je ne me consolerais pas d'avoir négligé.
Cependant nous avancions. . . . .7. . . du côté d« Paris, il est vrai, ma Sophie! mais console -toi, c'était fmssi du côté de Fromonville. Sophie! j'allais encore chercher dans la maison de ta rivale, uue de ces nuits que je trouvais si courtes; mais pardonne! Va, je songeais moins aux plaisirs de la nuit prochaine, qu'aux délices du jour qui devait lui succéder, de ce jour, où, dans les bras de ma femme, je pourrais goûter enfin le suprême bonheur, depuis si long- temps désiré. Réjouistoi , ma Sophie : il est vrai que dans ce moment même je reçois un baiser de madame de Lignolle ; il est vrai que cette douce faveur est la récompense d un ioupir qu'L'léonore vient de surprendre; mais , ô ma Sophie! réjouis-toi : ce soupir si tendre , il ne m'était pas échappé pour elle !
Nous quittâmes la poste au Bourget, à ce même village où j avais renvoyé Jasmin : les chevaux de la comtesse y étaient restés dans une auberge : nous les reprîmes; ils nous eurent bientôt ramenés dans Paris. On conçoit que Faublas , maintenant vêtu comme il lui convenait de l'être toujours , ne jiouvait , sans avoir auparavant changé d'habits, îdier chez madame de Lignolle , représenter mademoiselle de Brumont : ce fut donc chez madame de Fonrose que nous primes le parti de de.''cen:lre.
DE FAUBLAS. rg
Cviiels enfans , dit la baronne , d'où venez-vou» donc ? — Nous mourons de faim, répondit la com-» tesse. Faites-nous donner à souper.
Pendant que nous commencions à dépecer la poularde qu'on venait d'apporter, înadame do Fonrose disait à madame de LignoUe : Je me suis vendue chez vous à l'heure du diner. On m'a beaucoup inquiétée en m'apprenant qtie , désespérée lie la fuite de mademoiselle de Brumont, vous veiniez de sortir pour l'aller chercher. Il y avait déjà quelques heures, poursuivit-elle, en s'adressant à moi, que M. de Belcour, accompagné de mademoiselle de Faublas , était venu me faire une courte visite. Tous deux partaient pour Fromonville, persuadés que vous étiez allé vous battre. Ils n'imagiiiaient pas qu'un inférèt moins cher que celui de l'honneur pût vous empêcher de courir avec eux vous jeter aux pieds de votre épouse. Tous deux tiemblent pour vous ; tous deux, je ne j)uis vous le dissimuler, seront en proie aux plus mortelles inquiétudes , si vous ne les avez pas rejoints avant le milieu du jour qui va bientôt paraître.
Déjà la comtesse ne songeait plus à son repas à poine commencé. Elle interrompit la baronne pour lui déclarer qu'elle ne souffrirait pas que je la quittasse , et elle ajouta qu'il lui paraissait très-» étonnant que madame de Fourose, qui se prétendait son amie , se permît de donner en sa présence même de tels conseils à son amant. L'a baronne ne fut point embarrassée de se justifier : Si vous adorée le fils , dit -elle , j'aime le père ; M. de Belcour
So VIE DU CHEVALIER
«c lac pavaonncrais pas d'avoir contribué, dans une circonstance aussi grave, à tenir son fils éloicué de lui. D'ailleurs, ma chère enfant , qu'exige/.- Tous du chevalier? qu'il viole inutilement toute-» les Jtienséancesl Je suis loin de lui conseiller une infamie; je ne lui dis pas de vous abandonner ^ mais d'aller trouver Sophie, de la ramener, et de faire ensuite comme les gens du monde , comme les meilleurs maris , qui savent concilier l'amour qu'ils ont pour leurs maîtresses et les bons procédés qu'ils doivent à leurs femmes. Se conduire autrement, ce serait vous perdre. Je vous demande, par exÉ^mple, si le chevalier peut continuer à demeurer chez sa maîtresse , lorsque sa femme n'est plus absente ? s'il doit ainsi publiquement afficher le désespoir de l'une et les bontés de l'autre? Eu supposant que vous fussiez assez aveuglée par Yoîre passion pour attendre de lui cette extravagance , et qu'il fût assez faible pour ne vous la point refuser, je demande si tout le monde ne saurait pas bientôt que M. de Faublas s'est fait demoiselle chez vous, parce qu'il s'ennuyait d'être homme chez lui? Je ne parle pas de M. de Lignolle; espérons que le dieu protecteur des amans, fera pour ce mari-là ce qu'il fait communément pour les autres : espérons que ce digne époux sera le dernier de Paris qui apprendra que vous l'en avez rendu la fable; mais sa famille verra- 1 -elle franquillement 1 ineffaçable ridicule dont chaquei jour le couvrira.
Sa famille I que m'importe sa famille? répondit îaeomtcs.?Cj qui u'aval opposé jusqu'alors aux
DÉ FAUBLAP. 8i
pvTxJens avis de la baronne , que des cris , des pleurs, et îniile exclamations déraisonnables.— Oue vous importe? répliqua' madame de Fonrose. Eh! mais, comptez -vous retenir le chevalier, nudgré les gémissemens de sa vf uve',' qui ne man-i quera pas de le reclamer en criant au scandale , malgré l'intarissable bavardage de votre sempiternelle tante , qui viendra chaque matin vous radoter ses gothiques principes ; malgré le fameux capitaine Lignolle , capable de laisser ses flibustiers pour accourir en [loste vous épouvanter de sa large mcustache et de sa longue épée; malgré le puidic aussi , le public jaloux , inconséquent , indiscret, fjui va sans cesse ébruitant les folies cin il devrait taire, et ressuscitant les scandales qu'il faudrait ensevelir; le public qui , ne respectant p'rsonne, et ne se respectant pas lui-même, ridiculise les maris qu'il plaint , protège les femmes qu'il blâme, et condamne sévèrement les fautes dont pourtant il ;tmuse journellement et nourrit sa malignité; eniin , malgré le baron
qui.'* — Malgré tout l'univers, madame. —
Quelle réponse î Avez-vous perdu T'esprit ? ou crovez-vous que J'exagère? M. de Belcour, dont j'allais vous parl(;r , vous ne le connaissez pas! 1! est homme, si vous le poussez un peu à venir reprendre son hls jusque dans votre chambre à coucher! — Et moi , si l'on ne craint pas non plus lie me porter aux dernières extrémités. . . . — Que forez vous? — Je me tuerai. — La belle ressource ! Je vous plains... je vous phuiis, puisque vous ne sentez pas qu'il vaut mieux laire un moment le
î^a \li: DU CnKVALi:- R
sacriuce d'un Ineu précieux, pour le retrouTcr ensuite et le posséder sans obstacle, que de s exposer , en le gardant quelques jours de trop , à mourir de regret de sa perle.
Madame de Fonrose parlait encore et parlait vainement , quand nous entendîmes un carrosse eî>trer dans sa cour. Ce ne pou\ ait être que celui de M. de LignoUe. J'eus le temps d'embrasse? jnon amie, de saisir un membre de la volaille et de me sauver daus ie cabinet de toilette de là baronne.
Un moment après j'entendis le comte souhaite* le bon soir à ces dames. Étonné de ce que sa femme, qui mangeait rarement en ville, n'ctail pas de retour à trois heures du matin , il avait do-viné qu'elle soupait chez la baronne, et qu'elle »'y trouvait indisposée. Il lui demanda si elle avait pu rejoindre mademoiselle de Brumont dans la journée. — Gui, monsieur, répondit la comtesse, et j'espère qu'elle revienrira chez moi. . •
Elle y reviendra certainement! interrompit- il , parce que je i ai fait prometli'e à M. son père. En attendant, comtesse, songez qu'il est tard, acceptez une place dans ma voiture , et venez. ... — Bien obligé, répliqua-t elle sèchement, je ne «oanpte pas l'entrer avant le j^ur.
J 'agirais pu facilement écouter la fin de cciî« conversation qui me touchait d'assez près... Sophie! des intérêts plus chers occupent ma pensée. Un moment, la séduction toute puissante de l'objet présent cesse d'agir immédiatement sur moi; et ce momeut décisif peut fixer en ta faveur la
Ij ■>
victoire trop long-temps incertaine. Ta rivale n'est plus à mes côtés, pour me faire oublier tes tourmens par ses peines , et ton amour par ses tendresses. Sa voix seulement frappe mon oreille et ne Ta pas jusqu'à mon cœur plein de ton souvenir! Sophie, je viens de te x-evoir évanouie, mourante, j'ai contemplé tes charmes, et me suis pénétré de ton désespoir! J'ai frémi des maux qiie tu souffres ; l'idée du bonheur qui nous attend ma fait tressaillir.
Quiconque me lit avec quelque attention , doit se souvenir qu'il y a peu de temps , une jolie femme de chambre m'a coiffé précisément dans ce cabinet où je me retrouve. U doit se souvenir que, pressé ce jour-là du désir de revoir la comtesse et d'échapper au baron, je me suis fait conduire^, par uii escalier secret, dans la cour.de madame tle Fonrose. Maintenant, au contraire, poui- rejoindre mon père, et fuir ma maîtresse, je cherche à tâtons le même chemin , dans cette partie de la maison dont je connais un peu les êtres. Me voilà sur l'escalier dérobé , puis dans la cour, et bientôt dans la rue.
Plein dune tendre solliciRidc, M. de Belcour avait deviné ce que tout autre qu'un père n'eût pu prévoir. Comme il n était pas impossible, avait-il dit en partant, que des raisons particulières me forçassent à repasser par la capitale, le Suisse devait veiller toute la nuit pour m'attendie, et mon domestique me tenir une chaise de posta toute prête. On aimait trop le baron et son (ils pour oublier les ordres de l'un et ics intérêts d«
l'autre. En arrivant à lliôtel , je n'eus qu'à monter en voiture, et mon fidèle Jasmiu voulut absolument courir devant moi. Aussi je trouvais à chaque ];Osle des chevaux tout préparés; les postillons, grâce à mes prodigalités , ne se plaignirent pas d'avoir été réveillés trop tôt; ils m'appelaient mons;ei£;neur , et nous allions comme si nous eussions eu des ailes.
L'aurore vint qui me promit le plus Leau jour. Voilà cette route si péniblement parcourue la surveille, dans un sens contraire. Quel heureux changement trente-six heures ont apporté dans ma situation! Je ne vais point, sous un ciel étranger, regretter ma patrie; je n emj)orte pas le remords tl'avoir immolé tel ennemi qui me poursuivait da sa juste vengeance. Cest à Fromonville , que mon père, tout à l'heure rassuré, me pressera sur sou seinl C'est là que tout à l'heure ma femme cousolée. .. Nous n'arriverons jamais I Va donc, postillon!... Tout à l'heure, je la couvrirai de mes l)aisers, j'embrasserai ses genoux, je solliciterai
le prix de ma tendresse extrême Il est vrai
ou Adélaïde sera là... Ne pourrons-nous pas la l'cnvorer , Adélaïde ? Quoi ? làudrait-il différer jusqu'à la nuit?... Un siècle d'attente!... Mais la nuit ! la nuit ! jamais je n'en aurai passé de plus délicieuse ! . . . . que ces rosses me traînent lentement ! Postillon , va donc ! ... et demain ! demain , je serai sur cette route encore! mais j":;i!rai Sophie près de moi I je ramènerai ma femme à Paris ; je l'établirai dans la maison paternelle! dans la chambre de l'hymen , à côté Je ccillo du c^ilbut , qui
DE FAUBLA9. 85
sera «îéseite. Je ne sortirai plus de l'appartemciu de ma femme! j'j passerai mes jours, ma vie! je l'entendrai me faii'e et me i-épétor le long récit des maux qui l'ont accablée pendant l'absence! el moi, moi, je lui raconterai cent fois ce que j'ai souffert , tous les malheurs qui me sont arrivés . . . Tous ? non : je ne lui dirai pas comment la marquise est à plaindre, et quelle tendre commisération je lui qarde. Sophie naturellement soupçonneuse pourrait s'inquiéter; et je veux non-seulement lui conserver la plus exacte fidélité , mais encore lui épargner les touvmens de la jalousie.. . Je ne lui prrrlerai pas non plus de la comtesse. . . ♦ La comtesse ! elle est maintenant bien seule ! bien «tonnée ! bien triste ! elle pleure, elle se désespère, elle m'accuse de barbarie î . . . Vraiment je devais» au moins lui dire quelques mots , la prévenir , la préparer. . . Quel train cet homme me mène ! Postillon, tu vas comme le vent! Un moment donc^ un moment ! Où me conduis-tu si vite ? — A Ville- ■neuve-Saint-Georges, mon beau seigneur, répondit- il en retenant ses chevaux , route de Fontainebleau, route de Fromonville. — ^DeFromonville ! bon l . . . — Ht bien ! quel démon t'arrête ? . — Dame! n'est-ce pas vous? — Regarde que dt» temps perdu! Allons, des coups de fouet! et va plus vite. — Va plus doucement! va plus vitcî accordez-vous. Jusqu'à présent , je n'avais paa quitté le grand galop; je ne puis faire mieux. — Tu as raison , mon ami , tu as raison ; mais , je l'en prie, va plus vite.
La voiture mille fois maudits çoulc encore peœi^ 6. g
S:3 VIE DU CnEVALIEK
dant sept mortelles lieui'es. Enfin , je vois le pont de Montcour, et sur la route de Fromonville, deux personnes chéries. Bientôt je reçois leurs emsirassemens et je partage leur joie. L'une me demande si je n'ai pas reçu de coups dangereux, l'autre, s'il faut encore sortir de France? — Non , ma chère Adélaïde, je ne suis pas blessé! Non, muii père , n lUS ne q^iiitcrons pas notre patrie. . . , mais courons ,,je vons prie. . . Que je vous dois de rcmercîmensl vous avez pu la quitter pour aller an devant de moi. . . Venez, volons, présentez-lui sork «poux, soyez témoin... Quoi, mon pè;e, vou» baissez les veux d'un air consterné! Qtioi. ma sœur, vous pleurez ! . . . C en est fait ! . . . Sophie. . . . l'alv sence I . ., l'abandon! elle n'a pu résister, elle n'eSit plus î — Elle inspire, s'écrie le baron ; mais...
— Elle vous aime, interrompu ma sœur, mais....
— Je vous entends! c'est donc pour la troisième fois que son tjran me la ravit.
Tous deux ne me répondent que par leur silence. Tous deux attentifs à prévenir l'effet d^'ua premier mouvement, empêchent que mon désespoir ne me «oùte la vie. M. de Belcour se saisit de mes pistolets et de mon épée; Adélaïde avance ua bras tremblant pour soutenir son Irère, qu'elle voit pâlir et chanceler: Ma chère amie, tu n'es pas assez forte I Faublas vient de tomber presque mourant sur ce même gazon que la surveille il eilleurait à peine, quand, pour suivre une maitresse, abandonnée maintenant, il fujait d'un pas rapide sa femme , aujo ''.rd hui vainement regrettée.!
Adélaïde! ah! je t'en conjure, prends pitié de
ton frère ! . . . . Mon père ! iaissez-moi , laissez- moi mourir ! . . . . Elle m'est enlevée ! elle me croit coupable! Sophie ne sait pas qui j'abandonne pour elle. Sophie ne sait pas que je donnerais la moitié de ma vie pour qu'il me fût permis de lui consacref l'autre moitié. . . Elle m'est enlevée! elle me croit coupable! laissez-moi, laissez-moi mourir!
Adélaïde cepexrdant me tenait dans ses bras , et me prodiguait les plus tendres caresses : les larmes que je lui voyais répandre adoucissaient l'amertume de celles que je versais; et mon père calmait no3 douleurs en les partageant : Enfant trop ehtr et trop malheureux, disait-il, les plus ardentes passions ne cesseront-elles point de tbarmenttr ta jeunesse orageuse ? et l'adversité qui depuis quelque temps s'est chargée du soin de te donner elle-mcme de cruelles leçons, l'adversité ne veutelle plus me l'aisser désormais que le devoir rigoureux de t offrir des consolations , ou trop faibles , ou tout-à-fait impuissantes? O mon fils, je îoplains ; mais tu me dois aussi quelque pitié.
Mon père, sait-on au moins ce qu'elle est devenue? sait-on sur quelle route son ravisseur la traîne?.. . Yous ne répondez rieni ... Il est dono vrai que je l'ai tout-à-fait perdue; qu'aucun espoir ne me reste. ..... Maintenant un long intervalle nous sépare; avant-hier, je l'ai vue là-bas!... là-bas, ma sœur.... Tiens, rçgarde , ma chère Adélaïde, regarde, et tes sanglots vont redoubler d ici tu peux la voir, cette grille que
j'ébranlai d'une main trop faible, cette grille qxic j'aurais du briser ïa bonne amie était-là.
rs ViE DU CHEVALIEll'
ina Lieii-aimée ! . . . . Maiutcnant, un Ion£? inteu^
valle nous sépare! Sophie, Sophie, un dieu
persécuteur préside à nos amoui-s. On dirait qu'il te montre quelquefois ton époux, seulement pour te faire plus vivement sentir l'ennui de son ah-* scnce; on dirait qu'il me permet quelquefois dé l'apercevoir, seulement pour réveiller dans mon cœur le desespoir de ta perte. Oui, le cruel, de temps en temps ne nous rapproche qu'afin de se c'oiiiif'r l'affieux plaisir de nous séparer aussitôt. . ; Je fuis à Luxembourg, mon amante m'y suit : peu d heures après elle retrouve un père qui le lendemain l'arrache à son époux! A travers milld périls , je pénètre jusqu'au couvent qui la renferme : il ne m'est permis de l'admirer qu'un moment! Enfin , le hasard me conduit près de sa prison nouvelle ; un cri douloureux m'avertit que ma femme est là, qu'elle me reconnaît; moi-même je l'entrevois, je l'entrevois mourante, et cependant l'honneur. . . . l'honneur? du moins , je le croyais. Fatale marquise, ce n'est pas la première fois qiier tu fais tous nos malheurs. . , L'honneur impérieux m'entraine : et, quand je reviens , j'ai tout perdu J
Le ravisseur de Sopliie Est-il possible qu'un
père soit à ce point dénaturé? Le barbare! qne reproche-t-il encore à son adorable et malheureuse lille? De quelle faute m'accuse-t-il , que n'ait réparé mon hjmen ? de quel ciime que mes reverjr n'aient expié ? pourquoi veut-il que deux époux amans périssent consumés de leurs vains désirs? pourquoi veut-il précipiter ses deux enfans dans le même tombeau? O mon père! mon père!
Cette fois , dit-il, Duportail ne s'est point éloigné de nous 5ans m'instvuire de ses motifs et def ses résolutions. Une lettve ! qu'il a laissée pour moi.... — Uno lettve! Vojons , vojons donc. — - Mon ami , commençons par gagner le procliaiuf village.
Nous entrâmes dans une auberge de Montcour, Le baron voulait lire lui-mt;me la lettre de mon b*;au-père ; mais , obligé de céder à mes instances ,il me la confia*
« Puisque votre fils vient de découvrir encore' a ma retraite , puisqu'il s'obstine à poursuivra « partout ses victimes, il faut, M. le baron ^ (j^ue « je vous instruise enfin de tous les malbeurs de (f ma fiiie ; il faut (jue je vous apprenne des hor- « reurs.
« Vous savez dans quel piège presque inévitablo a Sopbie fut attirée; vous n'oublici-ez jamais ei> (( quels lieux et comment l'infortuné Lovzinski «retrouva sa Dorliska si désirée, sa Dorliska « moins oigne de blàmç que de pitié, même au <c sein du crime. Baron , l'enlèvement de cette (( enfant malbeureuse autant que respectable,, (c n'était pas le plus grand des foi-faits de votro c indifTjne fils »
Le plus grand des forfaits da votre indigno fils! quelles expressions! quel horrible mensonge! Vous-même , mon père , vous-même frémissez de
cette injure! M. le baron, je vous proteste
qu'elle sei-a lavée dans le sang du calomniateur. . . Mais que dis-je ? il est votre ami , il est le père de-
^:o 'VIE DU CHEVALIER
Sophie Uassure-toi , ma sœur ; rcon père ,
rassurez-vous , excusez le premier transport de la
surprise et de la colère. Excusez — Donnez,
me dit le baron , donnez , que je iinisse cette lecture Oh 1 non permettez.... je vous en
supplie !
(f .... Le jour que je lui donnais son amante , < à l'instant même où tout se piéparait pour leur (' union , j'entends , dans la principale rue de « Luxembourg, un étransfer demander le cheva- (; lier de Faublas : et, malgré son travestissement «nouveau, je reconnais celle qui la première u forma votre fils dans l'art détestable de corronia pre des femmes et de tromper des ra.ari5. Elle <: accourrait , cnmmc ils en 'étaient sans doute («convenus ensemble, rejdind'-c au lieu de son « exil le meuruier de son mari »
Grands Dieux! mon père, je vous jure
qu'il n'en est rien I j'ignorais que la marquise dût me suivre à Luxembourg. J'ignorais. . , .—;— J'aime à le penser, mon ami. Je ne puis vous croire capable des noirceurs que Duportail a si proraptcment supposées. Mais il est père, et père malheureux : nous devons lexcuser, le plaindre, nous efforcer de le retrouver et de le flécbir. Continuez.
« . . - . A cette apparilioti fatale, je pressées loua « tous les malheurs qui menacent ma .Doriiska; <f je ne vois qu lin moven de larracher au près- (> saut danger d'un opprobre et d'un alîandou pu- «' blics ; et cependant j'arrive au temple , ne «sachant encore si je dois me hâter de prcadi-e
DE FAIBLAS. 91
f. un parti qui me semble extrême. Une auda- <f cieuse rivale qui ne respecte rien , que rieir u n'étonne , paraît presqu'en mtnie temps que (c nous à l'autel de l'hyménée. La sacrilège qu'elle (c est, c'est à la face du Dieu qui reçoit les sermeus a deS; époux, qu'elle vient sommer celui-ci de vio> « 1er tous les siens I
(C Cependant , qu'espérait-il , votre cruel fds , le <c digne élève d'une femme sans pudeur, le làcho <( suborneur d'une fille sans défense? Qu'espérait- (( il, quand il arrachait l'une à la respectable re- *( traite que ses vertus embellissaient-,' quand il c. obtenait de l'autre l'éclatant sacrifice d'un (( monde covrompù dont elle était lidolè? Ce qu'il (C espérait! Se donner en spectacle à "ouïe l'JEuu rope; s'enivrer de la gloire de traîner enchaînées (.au m. me char, Une fille séduite, une femme t( adultère; associer ses deux maîtresses à de semée blablcs plaisirs , à une ignominie pareille ; prq^ <c mener de (L'outrées eu contrées mademoiselle de- (C Pontis , partageant un amant banal et le nièce pris public , avec la marquise tie B***. n
Mademoiselle dé Pontis, partageanî: le mépris publi' avec la marquise de B*** 1 Ahl mon père , quelle imiDÔsture ! ahl ma sœur , quel blas-
p'uème!.
(( Tels étaient ses desseins que }'ai prévenus,
« que j'ai renversés. Grâce à ma vic^ilauce, Dor-
<( liska fut sauvée; mais les évéuemens ont d'ail-
* «.leurs justifié tous mes soupçons. Jamais pu n'a
çc su bien précisément ^e que la marquise. é.^t;,ait
52 Vl£ DU CHEVALIER' ic devenue , pcnclant les six semaines que votre fil» « a passées dans les environs de Luxembourg : a sans doute ils j vivaient ensemble » ■
Est-ce vrai cela, me dit Adélaïde. — Ma sœur,il est vrai que madame de B*** venait me voir de temps en temps; mais je ne savais pas que c'éiaic file qui me rendait visite. — Comment ne le sa-
vicz-vous pas, mon frère.'- — Mon amie voilà
ce que je ne puis t'expliquer; ce serait trop long. — Je ne suis pas conltnle de cette réponse , repliqua-t-eile, je la trouve obscure; ce qui me fùchei davantage , c'est que M. Duportail ait quelquefois raiàon quand il vous fait de tels reproches. Cclar prouve que vous avez réellement de grands torts avec ma bonne amie. Je vous impatiente, mon Irère ? eh bien , voyons , finissez.
« Chacun la vit effrontément reparaître à la
«« cour, quelques jours après le retour de son' (c amant dans la capitale; et, si toutes ses intrigUL'S <( ne purent empocher que le chevalier ne fût mis « in prison , personne du moins n ignore que c'est « eu se prostituant qu'elle vient de l'en faire sorti tir »....
En se prostituant ! . .. non , mon père , non , ^e ne puis me le persuader. Il me serait trop douloureux de le croire. — Insensé! lue répondit-il. Que m importe, je vous prie, la douleur que vous en pourriez ressentir.' Lisez ^ liiez donc.
....« Quel usage a-t-il fait de sa liberté? Sophie V ne revenant pas , il a fallu qu'une autre prît sa
IDE FAUDLAâ. 9^
<( place. Le chevalier de Faublas n'est pas homnitt, l'c à se contenter d'une seule conquête : deux, vie- « limes à la fois , deux victimes au moins lui sont << nécessaires. Ce que je ne comprends pas^ c'est « qu'après avoir tout récemment découvert ma re- <c traite, il ait jugé convenable d'j venir montrei; Cl à Sophie la nouvelle rivale qu'il lui prélére. n
Que je lui préfère ! tandis que c'est pour Sophie ^ne j'abandonne la comtessel lacomtessequi maintenant m'appelle et gémit!.... La comtesse! ah!' mon père, si vous saviez combien je lui suis cher! «ommo elle est scnible, comme elle est aimableS comme.... — Le baron m'interrompit : Monsieur, pensez-vous à ce que vous me dites? — J'ai tort ^ mon père, j'ai tort... mais c'est qu'aussi je me trouve dans la p«sition la plus embarrassante. . ,,• pardon ! Cent fois pardon S
. . ,.« Cette inconcevable démarche , dont je ne H devine point les motifs, renferme apparemment fi quelque autre mystère d iniqtiité que 1. avenir déa couvrira. Quelle est cette jeune personne près do a laquelle j'ai reconnu votre fils sous des habits â trompeurs? Une fille simplïj que son innocence <( ne pourra sauver,. ou une femme sans expérience « dont il va corrompre les vertus naissantes. Quel « est cet homme d'un âge mûr qui les accompa- (f gnait? tJn époux malheureux qu'il couvrira tlti « ridicule et d'opprobre, ou un père confiant dont o il trahira l'amitié.
« Baron, vous êtes père aussi; mais vous pavais- <r»ez ne vouloir jamais vous en souvenir. Je n»
ç,\ VIE DU CHEVALIER
(( garderai point avec vous de vains ménagemens, « je vous parlerai sans détour : votre indulgence « est excusable. Mon ami, craignez d'être bientôt (( réduit à la pleurer en larmes de sang. Craigneîi (( que le ciel , enfin lassé , ne punisse eu même (^ temps les désordres du fils et l'excessive faiblesse (' du père. Craignez qu'un jour, dans sa colère , il « n'envoie un vengeur à ma fille , et à la votre un i'- séducteur... »
Un vengeur à sa fille !".... Duportail , je le verl'ai, ce vengeur que vous m'annoncez! Duportail'^ s il tarde trop à verrir, Faublas 1 ira cliercLerl — - Calmez-vous , s'écria le baron ; tout à l'heure vous permettiez. .. — Quoi! monsieur, non content de me menacer indirectement, il ose encore insulter ma sœuri . . . Un séducteur k ma chère Adélaïde T — Voyez, mon ami, combien les' passions peuvent nous rendre inconséquens et cruels : la seule idée qu'tidélaide puisse être séduite met son frère en fureur! 11 ne la pardonne point à celui dont la lille^ plein» d'amour pour la vertu, fut entraînée cependant aux plus condamnables excès d un amour criminel ! Faublas, pour un soupçon qu'il trouve injurieux, parle de s'armer contre ;>on beau-père; et pourtant, à Luxcmboui-g, Lovzinski ne songea point à venger, sur un étranger ravisseur , les égaremens de sa Dorliska I — Permettez , mon père. . . que je sache enfin ses résolutions.
(( Que mon exemple au moins vous soit un « avertissenif-nt utile; je contribuai moi-même 'f aux égaremens du chevalier; et, quoique j tu
ù eusse été le complice involontaire, je ne tardai « pas à m'en voir puni. Tous les maux qui m'ac- (c câblent me sont venus de cet ingrat jeune « homme et de sa fatale maîtresse , dont je vis (( tranc|uillement les criminels amoul's. Bientôt « engagé dans une injuste querelle, j'eus là dou- « leur d'enfreindre la plus sage loi d'un royaume R hospitalier qui in'avnit rendu des amis et presc( qu'une patrie : nies mains souillées du sang de « i'innocentlirenttriompherlamauvaise cause (i) : «moi-même, en'fin , j'escortai ma fille qu'on en- «< levait, j aidai son ravisseur à la déshonorei'.
«.■Ahi combien elle est moins à plaindre que V moi, l'épouse adorée, dont il y a douze ans, «je déplo-ais la fin tragique! Tranquille, elle u repose dans les forêts de la Sula. Une mort pré- « maturée l'a soustraite aux plus cruelles intor- (( tunes de sa fille et de son ami.
« Grâces cependant te soient rendues , Provi- <c dence éternelle, dont il faut toujours bénir les (( décrets! grâces te soient rendues, divinité mi- <( séricordieuse , jusque dans tes rigueurs! — Tu « voulus que Lovziaski survécût à Lodoïska, pour
(( offrir un jour à sa hlle abusée des secours
<( hélas! bien tardifs! pour empêcher du moins <i sa honte complète, son avilissement prochain, <( pour sauver à Dorliska les dernières humilia- (v tions que lui gardait son séducteur impitoyable. '
« Oui, ma tille déshonorée ne fut point avilie.
(i) Rappelez- vous qu'à la porîe Maillot, où je bïessai, la Taarauis, Dujioriiàl tua^ sou advcrsai^*.
ctG VIE DU CHEVALIER'
« Ma fille peut faire encore la consolation, la joi«,
(c l'orgueil de son père. . . »
Ici mes sanglots m interrompirent un moment yC ^ui , m'écriai-je ensuite, 1 orgueil de son père, et de sa farTiilJe et de son époux I Puis en passant un mot, qu'un père n'aurait dû jamais écrire, qu'un époux ne devait pas répéter, je rt-lus cette phrase qui calmait un peu mes ressentimens et ma douleur , cette phrase en faveur de laquelle l'amant de Sophie pardonnait à Duportail, les horreurs imputées au iils du Laron de Faublaa. Je relus :
<t Oui , ma fille ne fut point avilie. Ma fille peut <( faire encore la consolation , la joie , 1 orgueil d* « son ptTe. Adorable enfant! son excuse est dans « les vertus qui lui restent, dans les regrets qu'elle « donne aux vertus qu elle n'a plus. . . »
Les regrets qu'elle^ donne !... Quoi , Sophie ! 5« pourrait-il? . . . des regrets! hélas I j'aurais cru quï l'ahsence devait seule les exciter '. Voici le coup le plus sensible à mon cœur.
Mes larmes recommencèvent à couler avec plus d'abondance, Adélaïde pleurait aussi ; mais , Iç baron pai-aissant vouloir reprendre l'épitre fatale, je me fis violence pour achever sa pénible lecture ; et, comme tout k l'heure, en répétant une phrase consolatrice , j'eus eoin d'en omettre quelque» *nots qui, selon moi , n'auraient pas dû s'y trouver <( Son excuse est dans les vertus qui lui
<( restent, dans les...., et, le dirai-je? dans la « foule des avantages inappréciables dont la nali ture fut pr9jigutt «nv«rs sou iéduQi^ui , envers
« cet étonnant jeune homme que nous eussions i< tous admire , s'il eût tenté pour ie bien la moitié V des efforts que le mal a cl\i lui coûter, s'il eût u voulu convenablement appliquer à l'exercice cla ii la vertu les rares qualités dont il abusa pour le P crime.
<c Baron , je vous ai vendu compte de mes trop « justes motifs; il ne me reste plus qu'à vous ap « prendre mes résolutions irrévocables.;
« De l'impénétrable retraite où je me réfugie , <( j'aurai toujours les veux ouverts sur mon per-
i( séeuteur Ma Dorliska m'est infiniment
(c chère ; j'adore en elle la vivante image d'une « épon-se tous les jours regrettée.. ... Jugez si jo « ne souhaite pas ardemment sou plus grand honte heur Ah! qu'avec transport j immolerais à
<c ses plus chers désirs, le ressentiment de mes « propres injures ! Mais celui qui séduit son (t amante n'obtiendra sa femme qu'après l'avoi;- A< méritée; et quiconque abusa la jeunesse <le <c Sophie, ne trompera pas mon expérience. Que « le chevalier n'essaie donc point de me donîicr «i le change! J'ai trop appris à le connaître; j'ai <( trop appris à redouter son artificieuse maîtresse, <( pour m'arrôter jamais aux simples apparences. u En vain prendrait-il maintenant la peine d'aflfi- <c cher les bonnes mœurs , je ne verrai dans sa (( conduite que de l'hypocrisie, tant que la marte quise vivra dans le inonde. Daron , je vous »'U u donne ma parole d'honneur; Faublas parût il « entièrement revenu de ses égaremens, ne re verra (v Sophie qu'après que le ciel aura, dans ta jiistice, 4>. 9