VIE DU C HE VA LIEU
(f oidoiiivc l'emprisonnement en la mort de ma-
u clame de B***.
« Mais je m'arrête à des suppositions q^ui lue <( flattent sans m'aveugler. Je parle d'un amendece ment que je n'espère pas. Sans doute un Dieu , <( trop équitable pour encourager les grands dé- « sordres par l'impunité , garde à la marquise une (c éclatante catastrophe. Mais l'exemple de sou « châtiment vînt-il en ce jour même épouvanter «toutes celles qui lui i-esscmblent , serait donné « trop tard pour votre fils. Votre fils , d'abord « corrompu , devint aussitôt corrupteur. Il se perce vertira de plus en plus dans la société de ses ic dignes amis , libertins par pn-incipes. On le verra « méditer froidemcut avec eux ces basses noirce ceurs qu'ils ont appelées des roueries. Au défaut c( des époux et des pères qui savent rarement ce venger leurs affronts, l'ennui, les infirmités, «les chagrins, attaqueront bientôt son adoles- « cence épuisée. Jeune, il doit vieillir; il doit, c( s'il n'attente pas lui-même à ses jours , tomber c( par le 1er ennemi; il doit périr avant le temps.
« Moi , cependant , j aurai travnillé sans relâche « à guérir ma tille c!e sa fatale passion. Le même et Dieu qui poursuit les înéchans veille sur les <t justes. So|)hie , lorsque son persécuteur descen- « dra, déchiré de remords, dans la nuit du tomu beau;' Sophie, à ses propi'es yeux, réhabilitée, « ressuscitera pour une vie nouvelle. Mes soins « aussi contribueront à fermer les plaies de son « cœur. Après d'affreux orages , je verrai de beaux « jours renaître uour elle ; ma Doriiska reportera
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' rnr moi toutes- ses afTcctions moins vives eî plus i( douces. Le momeiit heureux viendra, où sa rai- (« son pourra lui confirmer ce que déjà lui dit son- « excellent naturel : une iille comme elle n'a rien <( à regretter , quand il lui reste un père tel *( que moi.
(c Je suis avec une estime que les torts de votï-e (( llls n'ont point altérée , monsieur Je baron , (c votre ami,,
« Le comte Lovzinski. n
L'étonnement, l'inquiétude, le désespoir même m'avaient soutenu pendant cette lo; gue et cruelle lecture. Après l'avoir achevée , je recueillis toutes mes forces pour demander à M. de Belcour jusqu'où ma femme avait été suivie; et, dès qu'il m'eut appris qu'on avait perdu ses traces à la Croisière (i) , je me trouvai mal.
Cet évanouissement dura peu. Je me ranimai pn:- les soins de ma sœur; je repris courage à la voix de mon père. Mon père, me flattant d'une espérance que peut-être il n'avait pas , me pressait de commenc(.'r moi-même , avec ma : œur et lui , des recherches qui seraient , disait-il , plus heumises. Tandis qu'il me parlait, un papier tombé prtîsque sons mes pieds, ^ à côté de ma chaise, lixait toute mon attention. C'était la lettre^ de mon beau-père, que le baron , tout occupé de mon élat, avait oublié de reprendre. Je- songeais à m'en
(:) La Croislèie est à cjualrc lieues au-dessous do Noniarqis.
^oo VIE DU CIIEYALTEI?
eippaier sans qu'il en vît rien : j'v réussis ar?« assez de bonheur, et je me sentis plus content que si j'eusse acquis le plus rare trésor. Elle était affreuse, cette lettre, mais elle était injuste; je m'f trouvais bien maltraité, mais à chaque lif^nc ort me parlait de Sophie. Cet écrit si cruel et si cher, je le repris donc : Ah, Faubhisl ah, malheureux.! où devais-tu le perdre et le retrouver !
Cependant, un accident iiuprévu menaçait dô nous retenir à Montcour. Comme nous venions da m.onter: tous trois en voilure , pour aller du moins jusqu'à ce village de la Croisière, Adélaïde, trop , délicats pour supporter en même temps ^ et les fatigues d'une longue route, et les chagrins do 5on frère, et ses propres agitations, ma chève Adélaïde se sentit fort indisposée.
Mon père, ces clochers que vous voyez d'ici, jeles reconnais; ce sont les clochers de Nemours, if nous faut tout au plus vingt minutes pour arri» ver dans cette ville , où nous trouverons tous le» secours dont ma sœur peut avoir besoin.
Rous allâmes y descendre dans une auberge : \\ j avait à peine un quart d'heure que nous y donnions nos soins à notre chère Adélaïde, qui paraissait très-incommodée , lorsqu'un courrier vint D\e demander. 11 me remit un billet écrit d una 35nain inconnue, et conçue dans ces termes :
c< M. le chevalier est averti, de la part du vi- « comte de Florville, que M. Duportail, qui , siu* « le soir d avant-hier, avait quitté la poste à la « Croisière, l'a cependant- reprise à 3Iontar^is ^ aa, «. milieu de la nuit suivante. »
DE FAUBLAS. îot>
Yene? , mow pèi'e , courons I volons. .*'. - — Votre . sœur, me dit-il, est-elle en état de vous suivre? et puis-je laisser dans une auberge ma fille seule et malade ? — Vous avez raison.. . que je suis raoi- Cficme fâché de la quitter ! . , . . Cependant , mon père, un intérêt si pressant m'appelle!..^.. Ali IL permettez-moi de partir snr-Ie-cliamp — que mon.
<iomestique seulement m'accompagne Vous
avez mes pistolets et mon épée ? Donnez-les à Jasmin, défendez-lui de me les coniier. Vos ordres seront respeci.'és. . . . . Croyez pourtant que cette précaution est bien inutile; rendez- moi mes armes , et sovez tranquille; je ne m'en servirai , ni contre moi , ni contre le père de Sophie. Ne craignez rien de ma vivacité, si je le rencontre; si je ne le rencontre pas , ne craignez rien de mon désespoir... . L'époux de Sophie ne l'obtiendra de Duportail que par une prompte juslificalion ; par des prières , s'il le faut, par des larmes ! .... Je renonce à tout autre mojen. . . . Votre fils , soit quil ne puisse rejoindre son beau-père, soit qu'il le trouve toujours injuste , toujours inflexible ; votre fils , dût-il être à jamais le plus malheureux des amans, vivra du moins pour sa sœur et pour vous. M. le baron, Faublas le promet à son père! Le chevalier le jure , foi de gentilhomme !
M. de Belcour, combattu de plusieurs inquiétudes, ne pnt aussi promptenient que je l'aurais désiré, se résoudre à prendre un parti., Peut-être il était effrayé du danger de livrer à lui-même un jeune homme impétueux que de nouvelles adversités semblaient devoir éprouver encore -^ mais.