‹ Vie du comte Félix de MérodeChapitre 11 sur 25 · MO · texte numérisé non relu

MO

» comme chez nos voisins. — La Belgique doit » avoir sans doute moins d'oflSciers, moins de » généraux que la France et la Prusse; mais » ToCBcier, mais ie général belge doivent être » traités avec la même considération, jouir des » mêmes avantages que Tofflcier, que le général » français ou prussien. U n'y a dans l'opinion » que j'exprime rien d'aristocratique : il n'y a » autre chose que l'inlelligence des vrais be- » soins de l'Etat. Retrancher l'indemnité pour » un domestique des généraux, comme à d'au- » très officiers' qui en ont joui jusqu'à présent, » serait, je le répète, la plus mesquine, la plus » pitoyable des économies (1). »

II est inutile de dire que cette noble persévérance à défendre en toute occasion les droits et l'honneur des militaires valait au comte de Mérode, dans tous les régiments de l'armée, une popularité d'autant plus grande qu'on savait que ses efforts . toujours dictés par le patriotisme le plus pur, étaient complètement désintéressés. A la suite du discours que nous venons de transcrire, le général Langerman , dont le nom était devenu célèbre dans les campagnes de l'Empire et ensuite sur !es champs de bataille de la Pologne , lui

(4) Moniteur du 26 janvier 4836.

— Ml —

écrivit de Turnhout, où il commandait une brigade d'avant-garde : a Monsieur le comte, tiier » au soir, le discours que vous avez prononcé à » la Chambre le 2S a été lu et commenté par les » officiers (infanterie et cavalerie) dans leurs réu- » nions particulières. Il me serait difficile d'ex- » primer les sentiments que cette lecture a fait » naître. Qu'il vous suffise de savoir que l'on » avait résolu, par acclamation, de vous témoi- » gner par écrit la reconnaissance des officiers, » afin de vous prouver, au moins, que, si vous » comptez parmi le nombre excessivement res- » treint des membres qui ont Fintelligence des » besoins de l'armée et le courage de l'exprimer, » votre voix est comprise au dehors et que des » sympathies nombreuses vous y attendent. — » J'ai dû m'opposer à la résolution de MM. les » officiers ; car je ne permettrai jamais à mes in- » férieurs d'exprimer collectivement une opinion, » fût-elle la mienne, par la raison que si l'on » peut approuver, on peut aussi blâmer, et que » cela conduit aux baïonnettes intelligentes. — » Quoique je ne leur aie point dit que j'allais » donner satisfaction à leur désir et que je ne » veuille pas ici prendre la qualité d'organe d'au- » trui, je viens. Monsieur le comte, vous expri- » mer ma gratitude personnelle pour les soins

— zzz —

» que, dans plusieurs circonstances, vous avez dé- » ployés en faveur des véritables intérêts de l'ar- » mée nationale... » Un autre général, alors au service belge, mais qui occupe aujourd'hui l'un des premiers postes de l'armée française, lui écrivit à la même occasion : c( ... Il y a patriotisme » et talent à la fois dans ce que vous avez dit , et » il est bien fâcheux que la Chambre, préoccupée » comme elle l!est d'obtenir des économies à tout » prix, ne se soit pas rendue à vos raisons... » Tous les soins des représentants devraient ten- » dre à avoir une armée solidement organisée, )> nerveuse, homogène, avec un esprit et des » mœurs à elle. Si le régiment n'est pas une » famille, si le drapeau n'est pas un clocher, si » les yeux sont sans cesse tournés vers celui du » village, vous n'aurez jamais d'armée, et vous » serez à la merci de la Hollande, qui a grand » soin de tenir la sienne en dehors de toutes les » diseussions politiques et de ne jamais porter n atteinte à son existence, à son esprit, à son » enthousiasme , par des réductions misérables, » ou en mettant, chaque année, des existences » en question. C'est parce que vous avez été ad- » mirable de raison et de patriotisme véritable, )> mon cher comte, que je m'ouvre à vous.... » Ces éloges étaient mérités; et si, après des tàton-

nements beaucoup trop prolongés, le gouvernement et les Chambres finirent par doter l'armée d'une organisation conforme à ses besoins et à ses droits, c'est en grande partie aux efforts incessants du député de Nivelles que la Belgique en esjt redevable.

Le comte de Mérode avait pris l'attitude que tout homme d'Etat digne de ce nom aurait prise dans les circonstances épineuses où se trouvait le pays. D'une part, il voulait rendre pleine justice à l'armée, en tenant largement compte de ses droits, de ses intérêts et même de ses susceptibilités légitimes; mais, d'autre part, il ne se prétait pas, comme quelques-uns de ses collègues, à des condescendances qui devaient avoir pour résultat de relâcher les liens de la discipline et d'encourager, sous le beau prétexte de garantir l'indépendance de l'officier, l'esprit d'insubordination et de désordre chez les subalternes. Sous ce dernier rapport , sa pensée tout entière se manifesta dans un discours qu'il prononça, le 28 mai 1836, à l'occasion d'un projet de loi concernant la suspension ou la perle des grades militaires, (c Des » raisons toutes particulières, dit-il, exigent en » Belgique des moyens plus forts pour maintenir » dans l'armée de l'obéissance, de l'ensemble et » un bon esprit. — Le pays est d'une faible éten-

» due, sans défense naturelle; toute l'armée se » connaît; les habitudes familières entre militaires » de grades différents se propagent plus aisément » que dans un grand pays; les grades n'ont pas » été régulièrement conférés, avec les transitions » successives d'un grade à un autre. Les brouil- » ions trouvent ainsi facilement les moyens de » diviser l'armée en catégories, d'exciter les ja- » lousies et les susceptibilités. D'un autre côté, la » Belgique est dans une situation exceptionnelle » en Europe : elle a changé de dynastie royale, )) mais la dynastie qui régnait sur elle n'est pas en » exil, bien loin de son territoire et dépourvue » de tout moyen d'agression ; elle est au con- » traire à nos portes, maîtresse presqu'absolue » d'un pays de même force que la Belgique; » olle commande à une armée qui n'est séparée de >x notre capitale, du lieu où vous siégez vous- » mémos, par aucun obstacle de la nature, et la » distanee qu'elle aurait à parcourir pour vous » expulser de cette enceinte , vous savez combien » elle est courte et facile à franchir. . . . Dans une » situation semblable, je m'étonne de voir tant » de défiance contre le gouvernement que nous » avons créé nous-mêmes, et tant de sécurité con- » tre les périls du dehors. Il n'est pas un officier )) prudent qui craigne les effets de la loi proposée

» par le ministre de la guerre. Tous les militaires r> dévoués au pays et qui comprenuent et aiment » la profession qu'ils ont embrassée, désirent ar- » demment les mesures eonservatriees de l'esprit x> d'ensemble, d'obéissanee et d'ordre, qui fait sa » force et la garantie de l'indépendance natio* » nale (4). »

Au commencement de l'année suivante, on vit surgir dans la discussion du budget de l'Intérieur un incident qui, mieux que toutes les dissertations imaginables, prouve que, comme député et commç membre du conseil des ministres , le comte de Mérode n'était jamais sorti du rôle de modération , de réserve et de dignité, que lui imposait sa double qualité de représentant d'un peuple libre et de défenseur d'un trône constitutionnel entouré d'institutions démocratiques.

Un député de Tournai, M. Doignon, qui renonça plus tard à la vie parlementaire pour entrer dans les ordres, s'efforça de prouver que les comtes de Tbeux et de Mérode , l'un ministre de l'Intérieur et l'autre ministre d'Etat, n'offraient pas des garanties suffisantes aux intérêts religieux de la grande majorité du peuple belge. Au dire de M. Doignon, l'opinion, généralement répandue,

(4) M(mUtur du S6 mai 4836.

que leur présence au conseil suffisait pour sauvegarder les droits et les libertés des catholiques, était le produit d'une erreur manifeste. C'était, disait-il, une illusion d'autant plus dangereuse, un préjugé d'autant plus funeste que, d'un côté, leur position officielle excitait des défiances, pendant que, de l'autre, elle inspirait une fausse sécurité. A l'entendre , tous les ministres sans exeption n'avaient qu'un seul but : ils voulaient établir un pouvoir fort, et puiser à cette fin dans l'immense arsenal des lois peu libérales que nous avaient légué les régimes français et néerlandais, l'un et l'autre également jaloux des prérogatives du pouvoir et également hostiles à la liberté religieuse.

Habitué à s'entendre accuser de favoriser, par ses complaisances, les empiétements de l'Eglise, les prétentions des évéques et les exigences des catholiques, le comte de Mérode, surpris de cette attaque brusquement partie de son propre camp, répondit en souriant que l'honorable député de Tournai oubliait sa tolérance habituelle, pour exercer une sorte d'inquisition morale et politique sur les sentiments des ministres. Il avait parfaitement raison. Pourquoi se serait-il donné la peine de répondre à des attaques qui, bien mieux que tous les éloges, prouvaient qu'il n'a-

vait pas dévié de la ligne de conduite tracée par les intérêts combinés du gouvernement et de la liberté?

Sept années s'étaient écoulées de la sorte, dans une activité généreuse et féconde. Défenseur courageux et convaincu du pouvoir, quand celui-ci se maintenait dans les limites de ses droits constitutionnels; protecteur énergique et incorruptible de la liberté, chaque fois que celle-ci était menacée d'une atteinte quelconque; toujours sur la brèche, quand il s'agissait de défendre les intérêts moraux ou matériels de la nation; honoré de la confiance et de l'amitié, du roi; aimé sur tous les bancs de la représentation nationale; vénéré dans toutes les classes du peuple belge , depuis le palais jusqu'à la chaumière, le comte de Mérode s'était trouvé mêlé à tous les débats d'ane importance réelle, lorsque, le ii mars 4838, le roi Guillaume, au grand étonnement de ses partisans et de ses adversaires, fit notifier à la Conférence de Londres son adhésion aux vingt-quatre articles du 44 octobre 4834.

*i:î3DCC5^

vin.

Page 1