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» au saint du grand nombre (1). » Un remarqnable discours qu'il prononça le S mars se termina par une déclaration analogue. Passant en revue. les principaux épisodes des négociations, il rétablit, au bénéfice des ministres dont il s'était séparé, la signification réelle des faits qui avaient été dénaturés par les attaques passionnées des adversaires du traité; il fit entendre d'amers reproches à l'adresse de l'Angleterre et de la France, qui avaient abandonné, pour complaire aux puissances du Nord , une noble cause au triomphe de laquelle tous les peuples libres avaient un intérêt égal; mais, cette fois encore, évitant d'émettre un avis formel , il se contenta d'énoncer un doute : « Les circonstances permettentrelles à la Belgique » d'attendre des résultats incertains avec une cou- » rageuse persévérance? On nous dit que non, » on nous dit que l'urgence presse notre accepta- » tion. C'est ce dont je doute, sans blâmer ceux » qui ne doutent point, et sans traiter légèrement » leurs prévisions. »
Peu à peu cependant ses hésitations diminuaient, à mesure qu'il entendait les orateurs de l'opposition, dévoilant toutes les iniquités de la diplomatie de Londres, en appeler au bon droit,
(4) MimUmr dn 20 janvier 4839. Suppl.
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à l'énergie, au eourage et à l'honneur de la nation. II se rangea définitivement de leur côté, lorsqu'il vit les ministres repousser un amendement p(Mrtant que le roi était autorisé à signer le traité, ce sous la condition expresse que les popu- » lations cédées conserveraient les libertés civiles » et religieuses dont elles avaient la jouissance. » Avec quarante-deux de ses collègues, il émit un vote négatif.
La majorité de la Chambre fat d'un avis contraire, et nous croyons sincèrement qu'elle avait raison; mais l'attitude si patriotique, si loyale et si éminemment désintéressée que le comte avait prise, accrut encore la popularité dont il jouissait parmi les défenseurs de la cause nationale. Des milliers de citoyens se réunirent pour faire frapper une médaille portant, d'un côté, l'effigie du noble député, de l'autre, cette belle et généreuse pensée, extraite de sa Lettre à Lord Palmerston : Les diplomates ne peuvent-ils désormais consultee aussi les besoins , les sympathies de l'homme, de l'être raisonnable créé a l'image DE Dieu (1)?
(4) Une autre médaille fut frappée en rhonneur de son gendre, le comte de Montalembert , qui avait vigoureusement défendu la cause des Belges à la tribune de la cour des Pairs. Elle portait , au revers, rinscription suivante : La Belgique recannaisnante au généreux défeneeur de la eauee de la justice et de la liberté, MDCCCXXXVIII.
On sait que la solution de nos différends avec la Hollande devint, pour la Belgique, le signal d'une lutte intestine, dont les alternatives diverses sont, depuis vingt ans, le fait capital de nos annales. Aussi longtemps qu'ils s'étaient trouvés en présente de l'ennemi commun , les deux grands partis nationaux étaient restés fidèles aux nobles et salutaires principes de cette Union loyale et généreuse, qui avait amené la révolution de Septembre, l'indépendance du pays et le vote de la Constitution la plus libérale de l'Europe. Dans tous les rangs de l'administration, dans la magistrature, dans l'enceinte des Chambres, au conseil des ministres, partout où se manifestaient les forces vives du pays, les catholiques et les libéraux , coalisés pour la défense de Tordre et de la liberté , faisaient prévaloir une politique sage, modérée et vraiment nationale, n n'en fut plus de même en 1841 ! Brisant un pacte librement conclu sous la domination étrangère, répudiant les traditions généreuses du Congrès, quelques chefs de la fraction libérale du parlement se mirent à proclamer les avantages, à célébrer les bienfaits, à vanter la puissance d'une politique homogène; et celte politique , — est-il nécessaire de le dire? — , devait être celle qui avait leurs préférences. Les catholiques, qui
— dépossédaient la majorité dans les Chambres et dont on voulait réduire ]e rôle à servir de lest au navire de l'État, tandis que les libéraux en eussent été les voiles, les catholiques relevèrent le gant et se coalisèrent pour conserver, dans le gouvernement du pays, la part à laquelle ils* pouvaient prétendre par leur nombre, par leur position sociale et par les nombreux services qu'ils avaient rendus à la nation , avant et depuis son émancipation politique (i). Le roi Léopold, dont la haute raison prévoyait et redoutait les conséquences finales de ces débats irritants et stériles, résista longtemps au courant et se fit un devoir de se conformer aux principes de V Union dans le choix de ses ministres; mais, en 1847, le corps électoral ayant donné une majorité considérable au parti libéral, l'ère des ministères homogènes fut définitivement inaugurée. Depuis lors, aux yeux d'une foule d'hommes qui se croient sincèrement éclairés et modérés, l'idéal de la politique belge consiste à diviser la nation en deux parties à peu près égales, dont l'une doit posséder le monopole du pouvoir et des avantages officiels, pendant que le rôle de l'autre se réduit à l'obligation de contribuer largement aux charges publiques.
(4) La comparaison du lest et des voiles était en grande faveur dans la polémique de la presse ultra-libérale.
Pendant dix-sept années, le comte de Mérode lutta énergiquement contre ces tendances fur nestes. Toujours fidèle aux généreuses traditions du Congrès, toujours loyal et désintéressé, il Ait Tun des premiers à signaler les inconséquences et les périls de cette politique de passion , d'acharnement et de haine, dans un petit pays que convoitent de puissants voisins et dont Tadmission dans la famille des nations indépendantes ne date que d'hier!
Aussi longtemp3 qu'exista la majorité mixte issue du mouvement national de 1830, il défendit avec courage l'honneur, les droits et les intérêts de ses coreligionnaires politiques; et lorsque, grâce à des événements que l'histoire saura juger, les doctrines patriotiques de YUnion eurent disparu pour céder la place à l'exaltation des majorités homoii^ènes, il ne laissa jamais échapper l'occasion de revendiquer pour les catholiques belges la glorieuse épithète de libéral dont se paraient si fièrement leurs adversaires. Il ne comprenait pas qu'on pût dénier cette noble qualification à des hocimes qui avaient doté le pays de la Constitution la plus libérale de l'Europe, et qui, après quinze années d'une influence prépondérante, abandonnaient le pouvoir en laissant toutes les garanties constitutionnelles debout, toutes les
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libertés intactes, toutes les inslitalioos parlementaires pleines de force et de vitalité. H lui semblait à la fois injuste, odieux et irrationnel d'assimiler les catholiques de Belgique à ceux d'Italie et d'Espagne qui, sur le terrain des intérêts politiques, s'étaient rangés sous la bannière du pouvoir absolu. Déjà dans le célèbre débat de Novembre 1848, provoqué par la formation du cabinet Van de Weyer (i), il s'était écrié : « Vainement, me » dis-je souvent à moi-même, je sens bouillonner » dans mon cœur, depuis ma plus tendre jeu- » nesse, la haine des oppressions religieuses, » factieuses , monarchiques , aristocratiques ou » démocratiques, 7— car peu m'importe le mas- » que sous lequel grimace la tyrannie, — je » dois, vu la fausse et ridicule acception que l'on » donne à ce mot, je dois renoncer à me pré- » tendre libéral! Que suis-je donc? Si l'on doit » s'en rapporter au style incompréhensible main- » tenant en honneur , je suis atUilibéral. Et pour- » tant j'éprouve, je le répète, la plus grande ré- » pugnance à la vue de l'oppression ! Lorsque Ton » traquait en Espagne ceux qu'on appelait les » negros; lorsque j'apprenais la mort de Riégo » livré par l'armée du duc d'Angouléme à la
(4) Voy. mes Étudeê â^Hittoire contemporaine, T. IV, p. 44S.
» vengeance de Ferdinand YII et des aposto- » liques, bien qu'attaché à l'Eglise, clérical en- » fin pour me servir de l'argot du jour, du » sobriquet inventé pour ridiculiser le sentiment » qui a civilisé un monde ingrat, j'éprouvais la » plus profonde sympathie en faveur de la vic- » time, la plus vive répulsion à l'égard du royal » bourreau et de ses appuis..,. Le même amour » pour le bon droit et pour la liberté m'a fait » prendre, en toute occasion, la défense des eni> fants de la malheureuse Pologne. Au risque » de déplaire à des vainqueurs puissants , j'ai » prêté de mon mieux aux proscrits mon faible » appui. Et qu'on ne dise pas que c'est parce » que la Pologne était un royaume catholique ! » La Grèce ne l'était point, et je n'en ai pas » moins , avec mon frère mort pour la cause » belge, souscrit largement, l'un des premiers, » pour ce pays, esclave depuis tant de siècles. » Cependant je dois toujours, vu la bizarre trans- » formation du vocabulaire, me refuser le titre » de libéral et subir en conséquence l'exclusion » destinée aux ilotes déclarés incapables d'être y> aujourd'hui ministres, puisque le ministère doit «> être homogène et ne peut être que libéral, à » sa manière, bien entendu. Ainsi donc je n'ai » plus le droit de prendre part au gouvernement
» du pays, mais seulement de me soumettre aux » intelligences supérieures qui s'attribuent exclu- » sivement la capacité d'exercer le pouvoir en » Belgique, et qui daigneront peut-être me r^r » avec un orgueil bienveillant!.... Je protesterai » sans relâche contre une pareille duperie, dont » les conséquences sont beaucoup plus dange^ » reuses qu'on ne le croit généralement. — Il » ne faut pas s'imaginer que la multitude rai- » sonne avec une logique très-ferme ; qu'elle » sache parfaitement comprendre la portée d'un » style qui confond les notions reçues sur la » valeur fondamentale des expressions. Elle en- » tend dire qu'un homme est libéral quand il » ouvre sa bourse généreusement , quand il remet )> facilement sa dette à un pauvre débiteur : elle » attache donc , comme de raison , de la largeur^ » de la noblesse au sentiment libéral. Or, en » opposition avec lui, vous présentez toujours le » sentiment d'attachement sérieux et non super- » ficiel à la religion. Vous dites : l'opinion libé- )> raie, l'opinion catholique; et, pour ridiculiser » celle-ci, le prétendu libéralisme l'appelle clé- » ricale. Dès lors, fu^siez-vous le plus sincère » ami de la liberté vraie, de la tolérance civile, » de l'égalité des droits; fussiez- vous l'adversaire » le plus constant de tous les despotismes, vous
x> ne savez plus comment vous définir, et vous » paraissez sur la scène politique comme si vous » n'étiez qu'homme d'Eglise, que serviteur du » clergé, et non pas ce que vous êtes réellement, » citoyen appartenant à Tordre civil, dévoué à » tous les intérêts de cet ordre, occupé des » besoins matériels du peuple, non moins que » de ses Besoins religieux et moraux. — Il y a » dans plus d'un pays des catholiques qui ne » sont pas libéraux, qui ne comprennent pas » l'ordre constitutionnel moùerne : tels étaient et y> sont encore les légitimistes français. Mais chez » nous, pourquoi la liberté sincère domine-t-elle » depuis quinze ans? N'est-ce peint parce que la » migorité a toujours été libérale selon la langue » vraie? Les faits sont d'irrécusables témoins de » ce que j'avance ; car où trouverez-vous une » Constitution mise en pratique sans réserve pen- » dant plus de trois lustres, avec une loyauté » pareille à ce qui s'est pratiqué parmi nous? Le » jour de l'an , le grand rabbin disait au roi : » « Sire, si nos croyances religieuses, héritage » de nos pères, nous inspirent pour ceux qui » sont appelés par la Providence à régner sur la » terre des sentiments d'hommage et de haut res- » pect, combien ces sentiments ne doivent-ils pas » être vrais et sincères pour la personne d'un
» souverain sons le règne duquel la Belgique est » devenue l'asile de la liberté, de la justice, do » droit de l'homme (1) !.... »
Désormais réduit au rôle de simple député, la part active qu'il prit à toutes les discussions importantes de la Chambre des Représentants le montra constamment animé d'intentions droites, conciliantes et vraiment libérales. Sans négliger les problèmes de l'ordre matériel, c'était surtout dans les débals relatifs aux exigences de la liberté constitutionnelle, aux intérêts religieux et moraux, à la dignité du pouvoir et à la défense du pays, qu'il se plaisait à prendre la parole; et, comme toujours, il agit dans celte période nouvelle avec tant de désintéressement et de bonne foi, que, malgré la vivacité parfois extrême de la lutte, il sut défendre énergiquement ses principes et ses vœux, sans se faire un seul ennemi personnel dans le camp contraire. Au milieu des déceptions et des défaillances amenées par les événements de l'intérieur et du dehors, il conserva constamment, avec l'espoir d'un avenir meilleur, une confiance entière dans l'excellence, la vigueur et la vitalité des institutions parlementaires de sa patrie.
(4 ) Le comte renonyela ces protestatioiw dans un discours pronoucé dans la séance de la Chambre des Représentants du S2 no- ▼embre 4S54.
Anssi eut-il to^jour8 grand soin de mettre ses collègues en garde eontre les abus et les exagérations qui avaient amené en France la chute des institutions de 1830 et la résurrection de la politique de rSmpire. Le gouvernement parlementaire étant à ses yeux un régime basé sur la probité, l'ordre, la modération, le respect de soi-même et des autres, il voulait préserver la tribune belge des exagérations, des clameurs et des iiyustices qui, à la suite de la catastrophe de 1848, avaient compromis la monarchie constitutionnelle dans la majeure partie de l'Europe.
Au milieu des preuves de cette sollicitude constante qui abondent dans les colonnes du Moniteur, nous nous contenterons de citer le discours qu'il prononça le 29 octobre 485S.
Un député de Bruxelles, habitué à mêler des noms propres à ses attaques contre les ministres, avait vivement critiqué un arrêté royal déclarant que les frais d'entretien et de traitement de certaines catégories de malheureuses sont à la charge des villes où elles reçoivent les soins médicaux; et à cette occasion il avait chaleureusement protesté contre la qualification de « fille publique » donnée à Tune des malades dans l'arrêté qui fixait son domicile de secours.
A cette étrange attaque, un mouvement de dés-