‹ Vie du comte Félix de MérodeChapitre 14 sur 25 · SW · texte numérisé non relu

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approbation se manifesta dans( tontes les parties de la salle; mais le comte de Mérode, loin de se contenter de ce blâme muet, prit la parole et se crut obligé de dénoncer énergiquement une intempérance de langage, jians laquelle il voyait un péril pour les institutions qu'il avait aidé à fonder et à la défense desquelles il avait consacré la plus belle partie de sa vie. Un journal de répoque rapporte son discours en ces termes.

« 9i. de Mérode. Personne plus que moi , Mes^ » sieurs, ne désire le maintien d'une forme de » gouvernement qui assure au pays l'avantage » d'un contrôle public sur les actes de l'autorité » administrative par une représentation nationale, » et sur les pouvoirs divers par la liberté de la » presse, si différente de la tyrannie et du men- » songe organisés dans la presse sans conscience. » Mais si le contrôle des actes ministériels est » bon et utile à un haut degré, c'est à certaines » conditions de justice, de convenance et de dé- » cence, qui ne peuvent être impunément violées ^> sans déconsidérer le régime libre et réguli^. Le » débat provoqué dans cette enceinte est-il con- » forme à ces règles de justice, de convenance » et de décence? Je dis que non ! (Trh^ien!) » Une femme figure dans un arrêté royal inséré » au Moniteur à l'occasion d'un litige sur un do-

n midle de seeonrs ; elle y est signalée avec son » nom propre et une qualiflcation qui dépasserait » en sévérité, dit-on ^ la nature réelle du désordre » moral auquel elle s'est livrée.

» Vous n'ignorez pas, Messieurs, que, pour la » généralité du publie, le Moniteur est une sorte )> de greffe ou de magasin d'enregistrement, qui » n'attire sur la plupart des affaires courantes que » très-peu d'attention. Si donc la personne inoon- » nue dont il s'agit se trouvait lésée outre mesure » dans sa réputation par une erreur commise, il » faudrait bien se garder de lavmettre en scène, » en décuplant, en centuplant une publicité fort » restreinte en fait, par la publicité la plus grande » possible; et cela sans ménagement, sans réserve, » sans égards, ni pour une femme malheureuse, » ni pour la dignité de la Chambre et du gouver- » nement. Si une erreur avait eu lieu, c'est au » Moniteur qu'un homme équitable et bienveil- » lant eût demandé la rectification désirable, se » gardant bien de la faire retentir à l'aide d'une >:^ trompette de guerre à mort, sonnée dans cette n enceinte contre un ministre, même aux dépens » d'une pauvre femme, placée, en toute hypo- » thèse, dans une peu flatteuse situation. {Très--

» Mais le critique, sans souci de ces considéra-

» tions, n'en a tena nul compte. Eh! qulmporte » le préjudice causé à cette servante dont le nom, » ici répété avec affecbition à plusieurs reprises , » devait servir d'instrument de combat? Aussi, » quel protecteur d'une personne à laquelle il » porterait quelque intérêt voudrait la voir défen-

» due selon la méthode ici appliquée par M ,

» et remercierait celui-ci de son beau zèle en sa » faveur? Certes, ce ne serait pas moi !

» En effet, toute la Belgique, qui n'en savait » rien, est informée aujourd'hui de la peu noble » maladie que subit la victime d'une séduction, » mais non pas précisément de la prostitution, » selon son champion. Que d'actions de grâces » elle lui doit!...

» En vain, je pense, on essayerait de feuille- » ter, soit les documents parlementaires anglais, » soit le Moniteur de France, pour trouver sem- » blable querelle suscitée aux ministres , qu'on a » si souvent voulu supplanter ou renverser dans » ces deux grands Etats ; mais , si nous sommes » moins grands en Belgique , est-ce une raison » pour amoindrir nos Chambres par des discus- » sions dégradantes?

» Celui qui les provoque^ il est vrai, ne craint » pas de dégrader à tort et à travers; tantôt c'est » un fabricant auquel un tribunal défendit d'user

» de la vignette dont un autre avait la priorité, » qu'il présente id comme frappé d'nn jugement n pour crime de faux; puis c'est un procureur-» » général, coupable d'avoir demandé justice d'im- » putations qui l'eussent, si elles étaient vraies, » exposé aux travaux forcés à perpétuité^ qu'il » qualifie d'aïuiacteux digne d'être frappé de se- » vères mesures pour attentat contre les préroga- » tives pariementairçs; puis un notaire nommé à x> Tétude vacante d'une grande ville du pays, dé- » claré publiquement inapte, au point de vue » moral et physique , à remplir ses nouvelles » fonctions.

» Ainsi, brevet de faussaire, brevet d'audace x> punissable , brevet d'incapacité physique et mo-

» raie sont décernés par M , en sa qualité de

» haut censeur sans façon , à quiconque n'obtient » pas ses bonnes grâces; et nous, anciens membres » du Congrès, nous sommes contraints de voir ap- » pliquer de la sorte le régime dont nous espérions » ne voir surgir que des idées généreuses et libé- » raies, et non des injures, ni l'oppression des » individus exposés à subir tous les abus de la » franchise parlementaire, franchise qui devrait » être appliquée avec d'autant plus de circonspect » tion et de mesure par ceux qui en jouissent, » qu'elle les met à l'abri des poursuites les mieux » motivées en droit commun.

» Si je m'âève contre la dégradation d'un iwdre » de choses auquel j'aS livré, pour le soutenir, la •» bonne mmtiéde ma vie depuis vingt-cinq ans, » c'est que je ne suis pas de ceux qui sont prêts à » se réfugier, au besoin, dans les bras du pouvoir » absolu. Entre le maître sans contrôle et le con- » trôleur sans règle, il y a la réfle que tous » doivent suivre, que tous doivent respecter: il y » a la règle morale, que nos lois et nos moeurs » politiques devraient protéger davantage, et qui » ne peut fléchir qu'au détriment de Tbonnéte » liberté. {Applaudissements prolongés.) (i). »

Cette manière vive, originale et piquante de rendre ses idées et de pratiquer en toute occasion les vrais principes du gouvernement représentatif, le faisait toujours écouter avec attention , même à la fin de ces séances où de longs débats

(4) Pour révoquer en doute raUachemeat du oomte deMérode aux institutioDs parlementaires , on a prétendu qu'après la révolation française de FéTrier il s'était prononcé en plein parlement contre la liberté de la presse. (Test une erreor. Il s'était vivement élevé contre les abus de la presse ; il avait dit que la presse se trouvait en Belgique « à Vétat sau^'age » ; il avait réclamé des mesures propres à mettre un terme à des éaaiB d'où résultait un véritable état d'oppression pour les citONons inoffensifs. Mais pourquoi réclamait-il ces mesures? 11 Ta dit on termes formels : c'était pour sauver la presse des périls résultant de ses propres excès. « Je veux, disait- > il , qu'elle vive longtemps chez nous , la liberté honnête chérie 9 de nos pères; et c'est pourquoi je traite hardiment, comBie elle le » mérite , la méchante idole que tant d'autres n*osent regarder en n face. » {DUcùur$ du k décembre 4859).

avaient en quelque sorte épuisé la patience de ses collègues.

Le 23 janvier 1857, quelques jours avant son décès, il parla pour la dernière fois dans l'enceinte de la Chambre des Représentants , et cette dernière parole fut encore un hommage rendu à l'une des libertés constitutionnelles les plus importantes et les plus chères aux Belges, la liberté de renseignement, n la défendit avec courage contre cette catégorie de libéraux qui, sous prétexte de sauvegarder les droits de l'Etat, voudraient organiser le jury d'examen de telle manière que l'existence de toutes les écoles privées fût, en dernier résultat, subordonnée au bon vouloir d'un ministre disposant d'une miyorité complaisante ou passionnée (1).

La première fois que le comte de Mérode prit les armes du publiciste, ce fut pour défendre la liberté d'enseignement contre les entreprises des ministres français de la Restauration; la dernière fois qu'il fit entendre sa voix comme représentant d'un peuple à l'affi^nchissement duquel il avait si largement contribué, ce fut pour défendre la

(4) La défense de la liberté d'enaeignemeiit était Tune de ses préoocnpatioDs les plus oonstantes. — Afin de (aire mieux connaître ses idées sur cet important objet, nous reproduisons à V Appendice ( L. G) le discours qu'il prononça le 49 avril 4860 , dans les débats relatifs à rorganisation de renseignement moyen.

même liberté, cette fois menacée par les rancunes jalouses d'un foux libéralisme. Heureuse et touchante coïncidence, qui doit être signalée dans nos luttes parlementaires , comme un noble exemple à suivre au milieu des orages de la vie publique, comme une preuve éclatante de la persévérance et du courage qui distinguent les âmes à la fois généreuses et fortes, religieuses et libres!

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