‹ Vie du comte Félix de MérodeChapitre 20 sur 25 · JOURNAL MILITAIRE DU COMTE FRÉDÉRIC DE MÉRODE · texte numérisé non relu

JOURNAL MILITAIRE DU COMTE FRÉDÉRIC DE MÉRODE

Nous croyons faire chose utile et agréable à nos lecteurs, en empruntant aui Souvenirs du comte Henri de Hérode-Westerloo le journal militaire du comte Frédéric, rédigé par son ami et son compagnon d*armes, M. Peeters, devenu plus Urd membre de la Chambre des ReprésenUnU.

c Ce n*est pas sans un sentiment profond de douleur de la perte de H. le comte Frédéric de Mérode , que je prends la plume pour donner, aussi Odëlement que le permet ma mémoire , les détails les plus circonstanciés possible de la campagne où il perdit la vie. Ce n*est pas non plus sans timidité que je vais entreprendre un récit dans lequel il faudra souvent parler de moi-même , n*ayant presque pas quitté le comte Frédéric. Ces motifs , je Tavoue , m'auraient emp^bé d'entreprendre ce travail , si je ne regardais comme un devoir de me conformer au désir qu*en a exprimé M** la comtesse Frédéric de Mérode.

» Tout ce qui précéda l'arrivée du comte Frédéric à Bruxelles ne m'étant qu'imparfaitement connu , je commencerai mon récit à cette époque.

» Le comte Frédéric arriva à Bruxelles au moment où les grandes

(i) Le comte de Mérode avait toujours témoigné une grande sympathie à la cause polonaise. A la fin de 4831 , il avait accepté la présidence du comité établi à Bruxelles pour recueillir les dons destinés au soulagement des exilés (Voy. la circulaire publiée à cette occasion, dans le Courrier du 4 décembre 4834). 11 fit admettre plusieurs officiers polonais dans l'armée belge, entre autres l'illustre général Skrzynecki.

journées des 23 , 34 » 25 et 26 septembre ventienl de décider b déli- ▼rance de cette capitale da Joug de l'étranger. A son arrivée, U entra de suite comme simple volontaire dans les rangs du corps de chasseurs formés par M. le marquis de Chasteler, et il fit Sf^c ces volontaires différentes sorties de nuit pour inquiéter Fenqemi retiré i Vilvorde. Le gouvernement provisoire le chargea de coopérer avec une commission à Torganisation d'une armée. Ayant consulté quelques habitants de la Campine, située derrière Tarmée ennemie, pour connaître les positions de cette armée et les dispositions des habitants , il arrêta avec eux la résolution de faire marcher des volontaires à travers la Campine , pour déterminer k prendre les armes les Gampinois, qui s*y montraient très-disposés; puis de se rendre à Turnhout, ville campinoise, d'y prendre position, de couper la retraite à l'armée ennemie et de s'emparer des nombreux chevaux que des cavaliers, nés Belges , avaient laissés au pouvoir des Hollandais 9 en quittant leur régiment.

» Accompagné de ses conseillers campinois , il alla soumettre ce plan au gouvernement provisoire , qui l'approuva et remit au commissaire de la guerre Tordre de lui fournir des armes pour son exécution. Des armes forent promises plusieurs fois ; vainement elles furent attendues. Brûlant dMmpatience de combattre pour la délivrance de son pays , dégoûté du rôle passif qu'il avait à remplir au commissariat de la guerre , il ne cessait de dire : « Si , avant de » partir de Paris , j'avais connu la* situation de mon pays et le peu j) d'empressement que Ton met à nous procurer des armes, j'en » aurais acheté à mes frais pour ces braves Gampinois. > — Le 45 octobre au soir, le comte Frédéric et moi nous rencontrâmes, à la place royale, ienneval, auteur de la Brabançonne, chasseur volontaire de Chasteler, qui lui dit : c ie viens, M. le comte , de recevoir » des lettres de Niellou ; il demande les volontaires de Ghasteler, » pour faire un coup de main sur Lierre, ville située sur les derrières 9 de l'armée hollandaise. » — Niellon commandait un corps franc qui se trouvait alors aux avant-postes entre Louvain et Aerschot. a C'est bien, » loi répondit le comte Frédéric, c très-volontiers; » nous partirons cette nuit. J'ai ici avec moi un Campinois qui con » nati le pays , il nous montrera la route : voilà que depuis huit jours » nous demandons des armes et nous n'en recevons pas; là du moins B nous pourrons nous battre et repousser les Hollandais. » — H ajouta : c M. Jenneval , rassemblez les chasseurs pour ce soir et nous » partirons. »

Soit défaut d'être avertis , soit que le coup de main eût paru trop téméraire , trois chasseurs , le comte Frédéric et moi , nous fûmes seuls au rendez-vous. Les trois chasseurs étaient : MM. Ienneval .

SpiUels et Dansaert-lngels; sans bagages et poarvas seulement de blouses et de fusils , nous nous mîmes en Toiture à une heure de la Doit et partîmes pour Lounin pour y rejoindre Niellon. De?ant passer près des avant-postes ennemis qui se trouvaient encore à Campenliout, à une lieue de la route de Louvain , nous chargeâmes nos fusils , déterminés à nous défendre si nous étions arrêtés ou surpris. Nous arrivâmes sans accident ^ Louvain à quatre heures du matin , Niellon et son corps franb en étaient partis pour Aerscbot; on résplut de Vj rejoindre sans s'arrêter. A 8 heures du matin nous arrivâmes à Aerschot; Niellon , se dirigeant sur Lierre , en était déjà parti. Considérant la grande témérité d^attaquer, avec un corps contenant tout au plus huit cents volontaires mal armés et équipés, et n*ajant que quatre pièces d'artillerie et aucune cavalerie , une ville située sur les derrières de l'armée hollandaise forte de plus de seize mille hommes , à trois lieues de distance du quartier général de Matines et de la forteresse d'Anvers, enfin défendue par plus de six cents hommes de troupes régulières, je voulus engager M. le comte à se rendre en Campine , afin d'y rassembler quelques milliers de Campinois pour seconder cette entreprise; tout fut inutile; son ardeur guerrière lui fit rejeter ce bon conseil ; il se contenta de répondre : c Nous souperons ce soir à Lierre. » — Sa résolution étant inébranlable, ses compagnons résolurent de le suivre. On partit à pied d'Aerschot à neuf heures du matin pour rejoindre Niellon par des chemins de traverse. On rejoignit ce corps franc à Heyst-op-den-Berg. M. Niellon, qui paraissait fort content de l'arrivée de M. le comte Frédéric et de ses compagnons d*armes , nous dit : « Je vais vous • mettre en tête des tirailleurs de l'avaut-garde. » — Le comte en témoigna sa satisfaction à M. Nfellon. Nous nous mimes donc à la tête de ces tirailleurs, et le comte Frédéric ne quitta plus cette place. H était fort gai en route et s*amusa beaucoup de ce que je ne me montrais pas aussi satisfait que lui de me trouver à l'avant-garde de Tannée. La présence du comte Frédéric de Mérode, sa bravoure et son exemple enthousiasmaient cette petite troupe. On entendait dire de toutes paru : « Voilà le comte Frédéric de Mérode en avant » comme simple volontaire , suivons ce noble exemple, n

A Arrivé à une lieue de Lierre , on rencontra les avant-postes ennemis qui se replièrent aussitôt. A cette vue , un hourra général fut poussé par la troupe , el elle se dirigea au pas de course sur la ville en faisant retentir les airs de chants patriotiques et des cris de : <r En avant marchons.... «etc.» Le comte arriva le preibler à 1» porte de la ville (celle de Louvain), accompagné seulement d*une dizaine de tirailleurs ; 11 était à trente pas de l'ennemi « sépiré de loi seulement par la Nèthe q«l, en eet endroit, sert de fosaé à la ville, et

derrière Uqoelle Pennemi , l'arme eo jone, éuit rtngé en ordre de bauille. Les habiUDU, dn haut de leur toits , appelaient nos volon* tairea en agitant lears chapeaui en Tair. Les iroapes hollandaises , étonnées d*an tel trait de courage de la part de quelques tirailleurs, effrayées surtout de la bratoure des volontaires qui les suivaient , qu'elles croyaient nombreux , et qui venaient en chantant, dansant et criant se présenter en masse et sans crainte devant elles , n'osèrent tirer un seul coup de fusil : on les somma de se rendre , et des négociations furent entamées sur-le-champ; un quart d'heure après , les Hollandais rendirent la ville et eurent la permission de s'éloigner avec armes et bagages; le peu de Belges qui se trouvaient encore parmi eux furent obligés de remettre leurs armes et de se retirer chez eux. Ce fut le samedi 46 octobre, à quatre heures de relevée, que les portes de Lierre s'ouvrirent. Le comte Frédéric et ses quatre compagnons ouvrirent la marche , précédés d*on seul tambour, aux acclamations et aux vivats d'une population nombreuse, ivre de joie et d'espérance. Les femmes surtout se faisaient remarquer par leur enthousiasme; s*arrachant les bonnets, elles dansaient, folles de joie, autour de nous. Touché de cet accueil , le comte Frédéric s'écria : c Voilà le plus beau Jour de -ma » vie; si , en suivant vos conseils, je m'étais rendu à Westerloo. je » n'aurais pas été présent à cette journée glorieuse. » — M. Niellon offrit un dtner aux officiers belges qui étaient venus à nous ; le comte Frédéric et moi nous y fumes invités. Des motifs religieux lui firent refuser d*y prendre part. C'était un samedi , et on n'y mangeait que de la viande. Nous dinâmes ensemble chez un bourgeois de la rille que je connaissais; puis, réfléchissant à la position de l'armée ennemie , on songea à la défense de la ville. Aidé de toute la population , on s'occupa toute la nuit à élever des barricades. Les armes de la garde communale furent requises et distribuées à nos braves volontaires. Le comte Frédéric et M. lenneval furent chargés pendant ce temps d'organiser on comité de sûreté publique. On siégea à l'hôtel de ville pendant une partie de la nuit. Le comte fbt logé par billet chez un bourgeois comme les autres simples volontaires. Le lendemain dimanche, 47 octobre, il s'acquitta, comme de coutume , de ses devoirs religieux. Il alla chez le curé de la ville. J'ai appris plus tard qu'il s'était confessé à cet ecclésiastique respectable. A deux heures de relevée, la ville fut attaquée par trois portes différentes , celles de Malines, d'Anvers et de Lipse, par un ennemi fort de huit mille hommes ; il fut vigoureusement repoussé sur tous les points par nos volontaires , aidés de la brave bourgeoisie. Il se retira vers le soir, après avoir perdu beaucoup de monde. Le comte Frédéric , se battant à la porte d'Anvers et voyant franchir les barricades à

une trenuine de ▼oldntaires qui sortaient de la ville pour ponrsaivre reDBemi , dit à M. ienneval qui se trouvait auprès de lui : « Soi- > TOUS ces braves. » Aussitôt ils sortent avec eux et poursuivent un gros d'ennemis, fort de deux mille hommes, à près d*one lieue delà ville, en faisant le coup de fusil et leur criant sans cesse: c Belges , venez à nous , quittez les rangs hollandais. » tes Hollandais , harcelés et fatigués de leur poursuite et de leurs cris, déchargèrent sur eux une pièce chargée à mitraille. Le comte vit tomber à ses côtés deux braves; Tun d'eux était M. Jenneval, qui Pavait fidèlement suivi jusque là. Il fut sensiblement affligé de cette mort précipitée; emportant ces victimes de leur bravoure, les tirailleurs rentrèrent dans la ville. Voyant la position dangereuse dans laquelle on se trouvait , et voulant essayer encore d'en tirer le comte Frédéric , Je lui proposai d'aller recruter du monde dans la Gampine; il Tappronva, mais refusa de me suivre, disant qu'il ne quitterait pas la ville avant qu'elle lût entièrement dégagée; Je fus donc obligé de partir seul.

» Le lendemain , 48 octobre, le tocsin , la générale et les cris des habitants avertirent de nouveau que la ville allait être attaquée; on se battit tonte la journée. Le comte Frédéric se trouva continuellement au feu, toujours aux avant-postes; plusieurs braves tombèrent morts à ses côtés; l'ennemi fut repoussé.

» Le 49 octobre, nouvelles alarmes; le tocsin sonne; chacun vole à son poste; l'ennemi s'avance en force sur tous les points, on se bat vaillamment partout. J'arrivai en ce moment accompagné et suivi d'une fouie de Gampinois que mes exhortations et le tocsin avaient rassemblés dans toutes les communes que J'avais parcourues. Toujours préoccupé de la situation dangereuse dans laquelle se trouvait M. le comte Frédéric , mon dévouement pour sa personne me 6t tenter un dernier effort pour l'en retirer. Prévoyant les suites funestes de son courage héroïque , Je fis faire halte avant d'entrer dans la ville et Je lui écrivis une lettre que je datai de Westerloo , pour l'engager encore à venir m'y rejoindre , lui représentant que sa présence et son secours dans la Gampine y seraient d'une immense ntilitépour faire marcher plusieurs milliers de braves, tandis que lui, aux avant-postes, n'était jamais qu'un seul homme. A la lecture de ma lettre , il se mit à rire, la montra à ceux qui l'entouraient et leur dit :« Voilà un Gampinois qui commence à avoir peur; il von- » drait me faire sortir d'ici; non , non , je reste avec vous. » — Le porteur de ma lettre me répéta ces paroles; je me hâtai donc d'entrer en ville; je me rendis de suite avec les braves qui m'avaient suivi près du comte Frédéric. En me voyant il me dit : « A la bonne 9 heore, vous voilà , Je vous croyais poltron , mais je vois que vous

» èles un brave. » — 11 s'entretint familièrement avec ces Campinoie , dont un petit nombre seulement pariait français , fit à leur léte ane sortie et débusqua Tennemi du village de Lispe , oà il s*était fortifié par des barricades. Le comte les escalada le premier en criant : « En avant , me»>ami8 , les braves ne meurent pas. » — On s*y régala de la soupe que Tennemi y avait préparée pour lui-même. Ce coup bardi coûta la vie ^ deui de nos hommes, le jeune NIellou, neveu de notre commandant , et un autre dont j'ignore le nom ; noua eûmes une quantité de blessés. Le soir, on rentra dans la ville , ne pouvant conserver une position aussi difficile que dangereuse.

» Le lendemain , tO octobre , Pennemi avait repris ses positions dans le même village et s*y trouvait encore plus nombreux que la veille. On tenta deux fois en vain de Pen déloger. Enfin , repoussés vigoureusement , nous fûmes forcés de regagner la ville en toute bâte. Le comte Frédéric, conservant toujours un sangfroid inaltérable, se retira lentement le dernier, au milieu des balles qui sifflaient autour de lui et en faisant continuellement feu sur Pennemi qui nous poursuivait de près. Le brave capitaine Emard fut grièvement blessé à ses cdtés dans cette retraite. Entré dans la ville, le comte Frédéric voulut le soir régaler tous les Campinois, pour leur témoigner sa satisfaction de la bravoure qu'ils avaient montrée dans ces attaques. Ils s'entretenait familièrement avec eux. Les Campinois , frappés de la conduite héroïque du comte, et voulant lui témoigner leur admiration et leur attacbemoit à sa personne , demandaient à ceux d'entre eux qui savaient le français les expressions dont ils devaient se servir pour se fiiire entendre. Un d'eux, se tournant vers lui, s'écria en mettant la main sur son cœur : « Mon ami , mon coeur à vous I » — Un autre , se souvenant de la devise qui se trouve sur les armoiries de la maison de Mérode, et qui est placée sur la porte d'entrée du château de Westerloo et sur le tombeau de Jean de Merode et d'Anne et Ghlatelles dans l'église de Gheel , s'écria d'une voix forte en le fixant : c Où aérasse » Mérode? » — Ces paroles , cee démonstrations cordiales firent une profonde impression sur le cœur sensible du comte Frédéric. Il leur dit: «Mes amis, je regrette d'avoir manqué mon état; si j'étais » militaire, je pourrais mieux vous conduire à la victoire. »

» Le 24 et le 22 octobre, la nouvelle que M. le oemte Frédéric de Mérode se battait à Lierre comme simple volontaire s'étaat ré pandue dans la Campine , une foule immense de ses habitants rint noos y rejoindre, armés de fusils, de fourches et de bâtons. Je fus expédié en courrier â Bruxelles avec des dépèches pour le comité de la guerre , et fus spécialement chargé de la part du comte Frédéric d'acheter pour lui de petites cartouches pour fusils de ehaase.

Ces cartoncbes étaient destinées à être distribuées an Garopinois. Je fns absent le S4 et le 32 octobre; Je ne poarrai donc raconter comme témoin oculaire ce qui se passa pendant ces joamées. La DOle donnée par M. Dansaert-Ingets , fidèle compagbon d*armes de M. le comte, pourra remplir cette lacune; je puis seulement affirmer, comme rayant appris dans cette ville et des témoins euxmêmes, que Lierre ayant été constamment attaquée pendant ces deux Jours par des forces supérieures, celles<ci furent toujours repoussées de toutes parts; que le comte Frédéric fut toujours an feu et qu*il fit tomber lui-même d*on coup de feu un officier supérieur hollandais (4). Tous les soirs, avant de se retirer, le comte faisait le tour de la Yllle pour s*assurer par lui-même que rien ne manquait à nos volontaires. Ces soins assidus et infatigables, ce courage héroïque, lui attiraient Tadmiration et l'amour des bourgeois et des militaires. Dépourvu lui-même de bagages, il empruntait à ses camarades de quoi changer. Les faiigues , les marches extraordinaires et continuelles qnll faisait lui avaient mis les pieds en sang; mais rien ne pouvait refroidir ni ralentir son zèle; toujours joyeux, il supportait toutes les fatigues et toutes les privations qui se présenuient. Jouissant d'une bonne santé , il s*estimait heureux.

» Le S3 octobre, l'ennemi résolut et effectua sa retraite sur Anvers. Le quartier général quitta Malines , et nos volonuires eurent un jour de repos. Le commandant Niellon fit afficher dans la ville, que tout volontaire aurait à signer un engagement pour tout^ la durée de la guerre. Cette propositloif les indigna; un mécontentement général éclata dans leurs rangs : c Non , non , s*écria-t-on de tou- » tes parts , nous ne signons pas; c^est nous insulter que d'exiger » nos signatures; nous qui sommes accourus ici librement pour » chasser les Hollandais, sll faut signer, nous partons tousl Nous n nous battrons Jusqu'à ce que Tennemi soit chassé de notre pays , » mais nous ne voulons pas être forcés. » — Le comte , instruit d'un mécontentement si général , alla solliciter le commandant Niellon

(I) Note de M. Dansaert-Tngels : c Le 24 , Jeudi , on se battit avec beaucoup de vigueur. Le comte Frédéric de Méfode combattit en tirailleur; on Ta vu résister à quatre cavaliers avec cette fermeté gui lui éuit éminemment personnelle. 11 allait succomber sous la rorce de rcnnemi , quand un brave jeune homme vint le soutenir et l'engager à se retirer, observant que la position était trop dangereuse; Frédéric lui répondit : < « Votre vie est aussi précieuse que » la mienne. » Notre armée ayant obtenu peu de succès, l'ordre fàt donné de se retirer dans la ville vers deux Jneures. Le comte passa le reste de la journée en travaux utiles pour le bien-être de la ville.

c Le vendredi 22 , il continua à consolider la stabilitéde la commission dont 11 était l'auteur. Aucun fait ne s'est passé ce Jour-là. »

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de retirer ceae impmdente ordonnance; il alli ptrler lui-B aux mécontents et panint à les ramener tons , ce qni fùl defenn impossible sans son intervention. Le dimanche, 24 octobre, on résolut d*aller à la poursuite de l'ennemi ; en vrai chrétien , le comte , en s'eiposant pour le bonheur de sa patrie, n'oublia pas ses devoirs envers Dieu ; il alla entendre la messe avant de sortir de la ville. En parlant il nous dit : c Courage, mes amis, nous allons rejoindre ,

> sur la route d*Anvers , le corps dn général Mellinet venant de • Maiines; si les Anversois veulent un pen nous secourir aujoor-

> d'bui, nous sonperons ce soir à Anvers. Voici encore un jour où « nous montrerons que nous sommes braves. »— Le comte avait une espèce de pressentiment du malheur qui devait lui arriver. Chemin faisant , je lui fis voir toute la difficulté de notre entreprise; il en convint et me dit après un moment de réflexion ou de distraction : « Si je suis blessé , je pressens que je le serai grièvemenL > — Arrivés à la jonction des routes de Lierre et de Maiines sur Anvers, nous y rencontrâmes le corps des volontaires du général Mellinet. Là Penihousiasme fut à son comble. Les cris de c Vive le général

> Mellinet! Vive le général Niellon ! Vive le comte Frédéric deMérode, » défenseur de notre patrie! > se firent entendre de toutes parts; le plan d*attaque d'Anvers fut combiné. Les Campinois furent déuchés du corps de Niellon et dirigés sur Wilryk, sur la route de Boom à Anvers, à gauche de la grande route; cette séparation embarrassa et affligea M. le comte; il voulut suivre les Campinois, mais M. Nid- Ion et le capitaine Emard le pressèrent beaucoup de rester avec eux. Il 8*y laissa déterminer et me dit en nous quittant : « Ces messieurs » tiennent beaucoup à m*avoir avec eux. Ailes avec les Campinois: » ils ne trouveront pas mauvais que je les quitte momentanément: » nous nous reverrons ce soir ou demain à Anvers. » — Alors il me considéra , et voyant que j'étais moins bien armé que lui , il me présenta son pistoleL Poussé par je ne sais quel pressentiment, je le refusai en lui disant : c Je ne voudrais jamais vous priver d*nne » arme qui peut vous être utile; si , par hasard , vous en aviez be-

> soin , je me repentirais toute ma vie de ravoir acceptée. » — Je partis avec les Campinois pour notre destination.

j) Un combat opiniâtre et acharné s'engagea à l'entrée du village de Berchem. Le comte s'y battit toute la journée, toujours aux avantpostes; il vil tomber à ses côtés plusieurs de ses compagnons d*ar~ mes; se trouvant à peine à trente pas de l'ennemi, il reçut, vers quatre heures du soir , une balle qui lui cassa et traversa très-haut la cuisse droite; il tombe, tire encore les deux coups de son ftasil et s*arme de son pistolet qu'il avait voulu me donner, résola de se défendre jusqu'à la mon contre les soldats hollandais qui i

cbaieot vers lui. Ses compagnons d'irnies, le voyant dans oette position désespérée , s*animent davantage , et pour le sauver se précipitent avec fureur sur les soldats qui sont prêts à l^atteindre; ils sont repousses. Le comte encourageait les volontaires et leur criait : « Courage, mes amis, courage; enlevez-moi d'ici , ne me laisses pas » entre les mains de ces bourreaux. » — Quatre volontaires se jettent sur lui et Tembrassent, le posent sur leurs fusils et remportent. Le comte Frédéric fut déposé dans une petite maison de campagne, située près du champ de bataille. Officiers et soldats , tous les voloùtaires étaient dans la consternation et se pressaient autour de lui. On fit venir de suite M. Bary , chirurgien , qui suivait les volontaires pour les aider de son art ; il pansa et soigna le comte Frédéric qui supporta avec un courage héroïque les douleurs aiguës de sa grave blessure. Il répondait en riant à ses compagnons d*armes qui venaient le voir et le plaindre : « Ce n'est rien; ce sont-là, » messieurs, les fruits de la guerre. > — Le comte passa la nuit et la matinée du lendemain , 35 octobre, sans se plaindre de ses douleurs. Averti de ce terrible malheur, j'accourus près de lui; me voyant , il me serra affectueusement la main et me dit : « J*avais hier » an pressentiment de ce qui m*est arrivé; soyez tranquille , ce n*est » rien. » — Je restai près de lui. Le chirurgien vint nous avertir que nos troupes battaient en retraite, et qu'il serait prudent de transporter le comte Frédéric à Lierre ou à Matines. Le comte 8*y refusa et dit : < Ce déplacement va décourager et intimider nos volontai- B res; je préfère rester, dussé-je tomber entre les mains des HoL » landais. » — Les volontaires se battaient avec acharnement dans les environs. Il entendait les coups de fusil autour de lui , et sMnformait avec empressement à ceui qui venaient le voir des positions des combattants; il ne cessait de les animer et de les encourager. Le comte Félix de Merode arriva dans Paprès<midi avec deux chirurgiens de Bruxelles, MM. Yleminckx et Seutin. Ces messieurs examinèrent ta blessure et décidèrent que Tamputation de la cuisse était nécessaire. Cette décision fut communiquée à M. le comte; il s'y résigna; l'opération eut lieu de suite. Il la supporta avec un courage stolque sans pousser un seul cri. Le même soir, il fut transporté à Matines. En route il voulut que son fusil fût placé à ses cêtés. L'état déplorable du comte Frédéric , son départ pour Matines, l'absence aux avant-postes de cet homme dont le courage héroïque, le calme et l'intrépidité rassuraient les plus timides , encouragaient les plus braves , Qt naître un abattement général parmi les volontaires dont il était admiré et adoré. Leur désolation était extrême et aurait pu leur être fatale , si l'ennemi eftt su profiter de cet avantage. Depuis lors je ne revis plus le comte Frédéric qu'une seule fois ; ae-

oompagné de 80B frèfe, le comte Félix de Mérode, il ftit entouré de sa famille et de ses amis. C'est dooc à un autre qu'à moi de continuer ce récit Jusqn*au dernier moment de cet homme si remarquable , mort pour l^indépendanoe et le iKmbeor de sa patrie , et dont la mémoire sera immortelle pour tout Belge, ami de la lilierté et de la gloire de «eu pays* Gomme témoin oculaiiu, j'atteste cette narration comme eucte et véridique dans tous ses détails.

» Un membre du Congrès national, » P.-E.

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