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DISCOURS SUR L'ORGANISATION DE L'ENSEIGNEMENT MOYEN

Dans tout le cours de sa longue carrière parlementaire, le comte de Mérode prit une part active aux débats si fréquemment soulevés dans nos Chambres au sajet de Torganisation de renseignement donné aux frais de l'Eut. Pour fournir au lecteur une idée exacte de sa manière de voir et d'agir dans cette importante sphère des intérêts généiyux, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le discours qu'il prononça dans la séance du 49 avril 4850.

M. DE Mérode. — c Mon intention, Messieurs, n'est point de rechercher si de précédenu projets de loi ont plus ou moins d'analogie avec celui que nous sommes malheureusement obligés de combattre en ce moment, lorsqu*aucune nécessité ne commande un laborieux débat actuel sur une si grave question.

» Nous avons à préserver notre pays des envahissements de Tesprit de vertige barbare qui menace nos voisins et dont nous sommes encore affranchis jusqu'à ce jour. Rien ainsi ne pressait moins que d'imiter des errements funestes aux peuples qui les avaient adoptés d'abord et cherchent maintenant à s'en écarter. Après les événements extraordinaires et déplorables, qui se sont succédé en des

lieax bien éloignés les uns des aotres depnis l'avortement ou Pajoiirnement des projets d'organisation relatifs à l*inslraction moyenne en Belgique, je ne saurais éplucher, comparer les combinaisons de telles ou de telles personnes placées à leur tour au timon des 'affaires. Des épreuves trop frappantes ont dû nous apprendre plus qu'on n'en pouvait savoir antérieurement. Certains principes immuables existent. A ceux-là je veux exclusivement m'attacher, et si je cite des opinions émises par des individus, je le ferai ou parce qu'elles s'appuient sur des fondements solides et sont exprimées fortement, ou parce que les erreurs qu'on y découvre servent à mieux relever Téclat de la vérité.

» Veuillez accorder d*abord quelques instants de patience à la mention que je vais faire d*un débat où je fus engagé, afin d'élucider une question de très-haute valeur, intimement liée à celle que nous traitons aujourd'hui.

n En 4846, il y a cinq ans, j*eus l'heureuse occasion de pouvoir discuter avec Monseigneur Parisis, évéque de Langres , ce qu'était l'athéisme légal dans nos constitutions modernes.

» H. Odilon Barrot, sous la Restauration, prétendit un jour, dans l'intérêt d'un client confié à sa défense , que la loi était athée et devait rétre. A la même époque, M. de Lamennais, par d'autres motifs, accusait le gouvernement d'athéisme , tandis qu'aux états généraux des Pays-Bas , la Belgique alors comprise, un député belge affirmait que la liberté des cultes ne constituait point Vinâiffirence religieuse, mais dérivait de indispensable assemblage, sous un même sceptre, de peuples d'opinions et de croyances divergentes, et déclarait qu*à la religion catholique suflBsait la simple liberté pour se maintenir dans sa pureté et dans sa plénitude d'existence.

» Plus tard Monseigneur l'évêque de Langres, réélamant les conséquences pratiques de la charte de 4830 en faveur de la liberté d'enseignement, supposait aussi l'athéisme du système légal constitutionnel moderne, attribut qui me choquait profondément.

» Selon moi , si les institutions fondamentales de France et de Belgique n'adoptaient point de religion déterminée, c*était pour maintenir, contre les empiétements trop expérimentés précédemment du pouvoir civil, le libre exercice du culte, et non dans un sens athée; car ces constitutions, disais-je, ne prétendent nullement que les populations qu*elles régissent sont dépourvues de religion.

» La charte française de 4830 reconnaît comme étant catholique la majorité du peuple français, et la constitution du Congrès, sans s'exprimer sur un fait palpable, oblige l'Etat à pourvoir aux besoins matériels du culte catholique et des autres cultes que professent les citoyens belges. Or de semblables institutions ne peuvent avoir pour base rathéisme, c'est-à-dire la négation ou l'oubli de Dieu.

» Comment oteraUov reiisleoce de la Diviaité, quand on prend un soin parlicnlier d'assnrer la célébration do culte divin qol s*exeiee par conviction et librement?

» Si le gouvernement veille à ce qne rien n*empèche le développement des sentiments religieux les plus vrais, il accomplit son r6le moral et juste en ce monde ; mais 8*il travaille directement ^ déiruire dans les cœurs la piété, il est athée, eût-il même un culte apparent. Et j'ajoutais, sur la question dont nous sommes saisis : En ce qui concerne Téducatiou , par exemple , que doit faire TEtat selon Tesprit constitutionnel vériuble? Il doit, ou renoncer à y prendre une part directe, on Porganiser conformément aux principes religieux des parents dont les enfants seront confiés à ses écoles ; car les enfants ne sont pas les enfants de Tadministration , qui ne possède aucune doctrine propre à elle ; Ils appartiennent à la famille où ils sont nés. Ainsi l'éducation publique donnée aux frais de TEtat devrait être mise sur le même pied que les cultes dotés par l'Eut et qu'il ne confond pas ensemble. Les professeurs de collège et les pasteurs se tiennent de très-près. Livrer la jeunesse catholique à un mattre quin'est pas catholique sincère, c'est presque aussi absurde que de faire prêcher les catholiques dans leur église par un ministre de la réforme ou les juifs dans leur synagogue par un évêque. Ce serait là démolir les cultes les uns par les autres, et qu'importe oA s'opérerait une telle œuvre? Si elle s'opère plus ou moins quelque part) fftt-ce dans un collège du gouvernement, elle est indigne de lui.

n Que si Ton se figure qu'une constitution Tantorise, on aura raison de la dire fondée sur l'athéisme; mais nulle part, dans les chartes française ou belge, on ne trouvera d'article d'où découle une si funeste conséquence. Outre la garantie qu'oi&e la liberté promise, tout enseignement donné aux fraie de l'Etat doit être Tobjet d'une loi. Celle-ci, fût-elle détestable, ne prouverait que le mauvais vouloir de l'autorité législative du moment. Elle ne rendrait point athée la constitution qui, prise dans son sens naturel évident, assure d*abord la faculté d'une franche concurrence qne l'athéisme déplore, et produirait ensuite un enseignement public fondé sur la religion des citoyens, de manière à ne pas effacer dans les jennes êmee à l'école ce qui leur a été appris, soit an foyer domestique, soit à Féglise.

» A ces observations qui tendaient à rejeter absolument l'idée d'athéisme légal et dont je ne puis produire ici qu'un extrait. Monseigneur Parisis me répondit :

< Notre constitbtion sociale veut que le pouvoir exécutif use de ses » moyens d'action pour proléger les hommages publics rendus à » Dieu. Sur cela vous me demandes oomnsent une telle ooftstitution » peut être athée?

» Certainement le culte public ainsi protégé eiclut d'idée d*a- • théisme dam Iw pepulaHons, mais 11 ne l'exclut pas nécessairea ment dans Taotorité temporelle qui ne professe aucun culte pour » son propre compte. Rien d^empéche qu'un tel gouvernement ne » reste suhjecHvemmt, c'est-à-dire quant à lui-même, alhée. ' 1 Dans la lutte que je soutiens contre le pouvoir qui se présente B comme le précepteur privilégié de la Jeunesse, je Texaminais » comme on examine tout précepteur. Je lui demandais non pas » quelles étaient ses relations oi&cielles avec les sociétés religieuo ses, mais quels étaient ses principes et ses actes personnels, puis- » que c*est là seulement ce qui pourrait lui donner quelques titres » à la confiance des familles ; or, de cet examen approfondi, j'arri- B'^vais à conclure que le pouvoir civil est plus inhabile à la fonction » d'instituteur que le moindre des citoyens. Il n'admet en eflfet, pour '» lui-même, aucun article de foi, et n*adopte comme sienne propre s aucune pratique religieuse. Ces deux omissions réunies ne for- » ment-elles pas un athéisme à la fois intérienr el extérieur com- » plet?»

» Messieurs, dernièrement en Angleterre à l'occasion du choléra, on arrêta, dans le conseil de la reine, la prière qui devait être dite à partir du 46 septembre, pendant la durée du fléau, dans toutes les églises et chapelles de TEgUse établie et dont voici la fin :

c Dieu tou^puissant et père, dont aucune créature ne peut braver » le pouvoir et qui tiens dans ta main la vie et la mort, daigne abais- D ser du haut du ciel tes regards sur nous, tes indignes serviteurs. » Nous avons trop suivi les choses de ce monde, et dans notre pros- » périté, nous ne t'avons pas suiBsamment honoré. Puissent tes » inspirations nous suggérer plus de foi! Puissent les fréquents » exemples de mortalité que nous avons vus nous rappeler à tous » la proximité de la mort, afin que, vivants ou mourants, nous soyons 9 trouvés les disciples fidèles de celui qui en a enlevé Taiguillon. B Reçois notro demande par les mérites N.-S.-J.-G. i

» En Belgique, le conseil du roi peut-il, en cas de malheur public, faire une profession de foi, adopter pour lui-même une invocation à la Divinité, la prescrire à quelqu'un? Evidemment non.

c Cependant, continue M. Parisis dont je reponds l'argument, 9 enseigner la jeunesse, c'est lui communiquer des doctrines à la » tête desquelles se trouvent les doctrines religieuses. Elever la B jeunesse, c'est la former à l'habitude des actes moraux parmi les- B quels se trouvent nécessairement les actes religieux (par exemple B la prière).

» Mais, à moins de changer l'enseignement et l'éducation en une B odieuse se stérile imposture, le mahre doit croire à ce quil en-

» selgne, il doit remplir les defoirs qu'il veut foire pratiquer à ses » élèves. Or, le pouvoir dont noas parlons do croit lëgalemeDt à » rien. Donc il ne peut par lui-même donner les leçons les plus » essentielles, les exemples les plus importants ; donc il est le plus » incapable de diriger Téducation et renseignement de la jeunesse, » et l'athéisme dont je parle n*est pas nommé ainsi par métaphore » ou par hyperbole; il est essentiel et absolu. Il consiste dans la » privation de l'élément divin, dans une manière d*être tout à foit » en dehors des choses de Dieu, selon Texpression de Rojer-Collard » que j*ai citée. Reléguée à jamaù aux ehotee de la terre, la ioi • humaine ne participe peu aux croyances reUgieueee; dan» $a n capacité temporelle, elle ne les cannait ni ne les comprend.

» Maintenant si le pouvoir, après avoir donné à tous la liberté » dVnseIgner, voulait organiser lui-même un enseignement, nous le » placerions en présence d'obligations qui, dans leur objet, c'est-à- » dire les rejetons des foroilles, excluent ndée d'athéisme; mais

> quand même le gouvernement accomplirait fldelément ces obll- » gâtions saintes, comme le fait celui de Belgique (nous étions » en 4845], il ne cesserait pas pour cela d'être intrinsèquement » athée; parce que ces obligations ne prendraient leur source que » dans un état de choses placé hors de lui, c'est-à-dire dans les

> droits individuels des membres de la société quMI dirige selon » l'ordre public. >

» Aussi, messieurs, lorsque fut votée la loi sur Tinstruction primaire, on la traita tout à fait selon les besoins du peuple objet de cette instruction, peuple au point de vue religieux bien distina do pouvoir civil ; et comme notre sol est couvert d^églises catholiques fréquentées par lui, on agît avec bon sens pratique et respect pour le culte de Dieu, en donnant au clergé une part spirituelle, nécessaire et légale d'autorité sur les livres et les maîtres dans l'enseignement, avec égards pour d'autres cultes; et lorsqu'on flt alors des allusions à l'instruction moyenne, je me contentai de dire que la religion n'est pas moins nécessaire aux messieurs qu'an peuple, car les messieurs ne sont pas plus destinés à vivre éternellement ici que les ouvriers.

» C'est parce qu'elle est conforme à la raison, à la vérité des faits, que notre loi sur l'instruction primaire, dans son application d'ensemble (rien n'est parfait en ce monde), produit de bons fruits; et si l'on y touche avec Timprudence de l'o^ueil, qui ne tient pas compte de l'expérience, on la gâtera.

» Malgré Tappéciation rigoureuse qui semblait, au premier coup d'œil, incompatible avec une complète approbation de notre régime coBStitntionnel, Monseigneur Parisis, au contraire, s'exprimait ainsi dans ses conclusions (Inalc? :

c Vous établissez c que noire gouvernement eonttiiuHomiel n'est pat » autre chose qu'un ordre temporel distinct de tordre spirituel,'

• rien de plus, rien de moins. »

» J'admets cette définition sans aucune réserve , Je Tal toujours » admise; j*en ai fait et j*en fais encore la base de tous mes raison-

• nemenls, et je reconnais qu'un gouvernement ainsi constitué, n quand il est fidèle à sa constitution, mérite beaucoup de sympa-

> thies et d'éloges.

» Serait-il même nécessaire de prouver quMl vaut mieux pour la » religion être seulement libre sous un gouvernement neutre que » protégée sous un gouvernement même catholique, cette thèse se- » rait très-facile è prouver.

» Tant que le gouvernement constitutionnel reste dans sa sphère, n ce régime est bon en lui-même, et sous bien des rapports 11 est » meilleur qu*aucun autre, même dans Tintérêt de la religion ; mais » dès qu'il sort de son centre, dès qu'il envahit le domaine immense 9 des libertés publiques, il est, comme Tathéisme, mauvais, très-

> mauvais. Il est alors beaucoup plus dangereux pour la religion » que les gouvernements absolus; parce qoe , n'ayant lui-même au- » cun principe religieux ,^11 peut se livrer aux écarts les plus incal- » culables. »

» Trois ans plus tard, en février 4848, le gouvernement de France, dont les professeurs s'étaient livrés à tous les écarts, se voyait en un Insunt renversé de fond en comble, attaqué, non pas seul cette fois, mais avec l'ordre social tout entier. Et les pairs de France, auxquels je puis comparer la majorité de cette chambre , sans lui manquer de respect, ces pairs, hommes de haute expérience politique, qui avaient souvent entendu les plus graves objections contre l'instruction universitaire, étaient remplacés, au palais du Luxembourg, par des docteurs qui se moquaient d'eux et du bon sens. Alors, mais trop tard, Tun des membres les plus instruits et les plus habiles de cette assemblée; qui ^comptait tant d'illustrations, disait à un plus jeune dont il n'avait pas compris les persistants efforts contre cette éducation ruineuse : c Quelle bêtise nous avons faite d'élever ainsi la jeunesse f »

» Messieurs , c*est la même iiêtise dont nous cherchons à vous préserver, ainsi que nous-mêmes; car nous sommes tous embarqués sur le même navire et, coupables ou non des fautes qui se commettront dans sa manœuvre, nous périrons de concert, et nous sommes exposés à périr, quoi qu'en ait dit hier, à la fin de h séance, un ora teur trop confiant, sans savoir même si nous trouverons un radeau.

» Je reviens aux définitions exactes, mathématiques, de l'homme de conciliation par excellence, que M. Victor Hugo a nommé le vénérable

éyètmt de LtngreB, et qu*il a même expressément distiogiié du parti clérical, poor lui faire bouneur sans doule; el quant à moi, je le déclare ici , J*adopte entièremenl les opinions du savant prélat si parfaitement d*accord avec notre Congrès national, dont rintenlion a toujours été de conserver à la religion son influence légitime par la liberté sérieuse et sincère, et de doter la Belgique de ce gouvernement constitutionnel ferme sur le maintien des libertés promises et, selon monseigneur Parisis, bon en lui-même et meilleur peut-élre qu'aucun autre dans l*intérét de la religion.

» Selon le sens étymologique du mot atbée, le pouvoir civil, qu'on ne doit pas confondre avec la nation comprenant aussi l'Eglise, est privé de toute doctrine à Tégard de Dieu, par conséquent mom Dieu.

» Je défie qui que ce soit, en effet, de me montrer non-seulement un catéchisme quelconque du pouvoir civil, mais de m*expliqner le Dieu qui est le sien. Est-ce le Dieu du déisme fataliste de Mahomet, le Dieu en trois personnes des chrétiens, le bon Dieu de M. Destriveaux, le Dieu de M. Cousin si longtemps grand-mattre du corps professerai de France et que M. Gtoberti, pendant son séjour li Bruxelles , dans un écrit imprimé qu^il voulut bien m'oflrir, a démontré n*ètre que le Dieu naiure, c'est-à-dire le Dieu des panthéistes; enfin est-ce le Dieu de notre compatriote M. de Potter expliqué dans son livre intitulé la Justice et $a sanction reHgieuse, plein d'observations très-justes qu'admettent les chrétiens avec une conclusion fdngniière, mais logique à sa façon, où il repousse tout à la fois le Dieu-persoune et le Dieu-nature qu'il déclare être le matéria* lisme déifié et tous les cultes qui ont eu, dit-il page 424, leur époque d'utilité, de nécessité même, et sont devenus une irrationabillié ridicule?

» Or, dans renseignement donné directement par fe pouvoir civU, écartera-ton du professorat tout Belge qui pensera comme M. Godsin, ex-grand et fort illustre mattre du corps professoral de France sous le roi Louis-Philippe?

» Exclura-t-on tout professeur qui partage sur la Divinité et les cultes le sentiment de M. de Potter? Et il en est peut-être plus d*nn ! Exclura-t-on celui qui aime mieux tout simplement I'oIimiii eum dignitate, c'est-à-dire le loisir avec la dignité qu'ont réclamé les membres du congrès professoral de Belgique, et qui se contenterait de bons appointements, puis d'une pension pour subvenir aux besoins de la vie pr^nte, sans prendre souci d'aucune croyance en ce qui concerne le Créateur on la vie future?

» Et si Ton exclut ces professeurs, quel sera le point d'arrêt de l'exclusion officielle? Et préalablement à leur admission sur quoi portera l'examen de leurs doctrines, en vertu desquelles ils seront reconnus bons ou mauvais?

» Je suppose la loi qa*oii Toas prësenle Tolée, quel sers probsblemeot d*abord le grsod pontife de rédacstioo dite de l*Etst, psjée psr tous les contribuables? Ce sera M. Rogier; mais quelle est la philosophie de M. Rogier? Est-ce celle de Platon, d*Aristote, d*Epicnre, de Descartes, de Spinoza, de Malebranche, de M. Cousin, de M. de Potter? Je n*ai pas le droit de le lui demander

» Si H. de Potter, libéral sincère, antilibéraliste, devenait chef do corps professoral officiel, je saurais au moins ce qu'il croit, ce qu'il désire faire prévaloir dans renseignement; parce qu'il a écrit, quMI a publié ses opinions franchement, qu'il ne me promène pas dans un labyrinthe, mais dans une avenue large où Je puis distinguer le point vers lequel il me mène.

» Quant à M. Rogier, je le vois bien lever les bras au ciel chaque fois qu'on se permet de soumettre k une sérieuse analyse sa théorie de réducation du pouvoir civil , sans critérium philosophique ou religieux ; mais c'est pour moi , je l'avoue , comme le jeu du télégraphe que les passants ne comprennent pas et qui ne s'eiplique qu'au point d'arrivée. Or, pour le père de famille prévoyant et sensé, il faut que la voie morale et religieuse sur laquelle il va diriger son fils lui soit connue dès le point du départ et dans tout son cours, sinon il peut être fort ébahi de la révélation finale qui le surprendra quand ce même fils aura traversé l'adolescence, pendant laquelle se forment les plis de l'àme comme la taille et les contours du corps matériel qu'elle habite.

» Je viens de dire que je ne connaissais pas les doctrines de M. Rogier, et qu'en sa qualité de ministre il m'éuit interdit de lui en demander l'eiplication. Je ne pourrais donc, sans agir en aveugle, lui confier réducation d'un jeune homme qui dépendrait de moi. Lui, d'autre part, ne voudrait peut-être pas me livrer un pupille dont il serait chargé. Je ne m'en olTenserais certes pas, surtout si J'étais ministre de l'éducation du hasard au nom du pouvoir civil, que Je me déclare incapable de diriger. Je sais bien, sans doute, qu'on établirait devant moi la série des langues, des connaissances mathématiques et physiques que je devrais faire distribuer aux élèves; mais à quel point et comment devrals-je établir dans cet enseignement la morale, la. part de Dieu grande ou petite, apparente ou réelle, solide ou creuse « vague ou déterminée? Quelle direction devrais-je donner à renseignement de la littérature , de l'histoire? Chose singulière! c'est au nom du système qui a découvert l'homogénéité pour le gouvernement politique, de telle sorte qu'une administration mixte est, selon son principe, un contre-sens intolérable, c'est au nom de l'homogénéité qu'on veut une éducation très-répandue aux frais de l'Etat avec la plus complète mixture professorale qu'on

poiise iniagiBerl Les maîtres peuvent sous ce* régime appertentir à toutes les religions, à tontes les absences de religion. Ainsi le professeur protestant enseignera Thistotre où l'Eglise ioue un si grand r61e à de jeunes catholiques, et le professeur rationaliste, en leur enseignant la littérature, Taniera spécialement les auteurs hostiles à toute religion révélée et les présentera comme supérieurs sous le rapport du style et du génie. Puis le prêtre sera Invité k venir donner ^ une leçon de religion I

» Aussi , dit quelque part M. de Lamartine , c quand relise vous demande, avant de vous prêter son ministère dans vos collèges, de lui laisser connaître les doctrines de vos professeurs, consciencieuse et convaincue , elle a raison ; car elle ne peut pas jouer une comédie sacrée, couvrir com plaisamment de son manteau les fraudes de l'enseignement philosophique qui lui dérobe les âmes entre le pupitre et Tautel. C'est indigne d*elle , c'est se jouer des hommes , c'est trafiquer des enftints, c'est vendre Dieu ; et ses ministres sont respectables dans leur vigilance, ils sont dans leur droit et leur devoir. »

» Messieurs , une difficulté insoluble, que n'apprécient point ceux qui veulent une forte intervention de l'Etat dans l'éducation par iniérétpour la science humaine, c'est qu*on ne peut pas recueillir toute espèce d'avantages de tontes les formes et de tous les principes de gouvernement. Vous voulez un ordre de choses qui assure la plus parfaite indépendance de conscience. Vous ne voulez plus l'action du bras séculier en faveur de l'Eglise. Vous voulez un gouvernement qui ne peut s'immiscer en rien dans la publication des livres et journaux , vous repoussez toute censure de sa part. Vous ne lui accordez aucune autorité d'ordre moral, pour le for intérieur. A peine s'il peut faire respecter extérieurement les convenances que la décence la plus commune exige. Et tout d'un coup vous trouvez parfaitement rationnel de lui livrer une part énorme aux frais du trésor dans l'éducation de la jeunesse ! Le gouvernement ne peut pas agir directement en faveur de l'Eglise, et vous lui donnes la mission de faire directement concurrence aux écoles religieuses qui ne devraient avoir à subir que la concurrence particulière. Vous établissez même des empêchements à l'égard des communes qui voudraient adopter les écoles vraiment chrétiennes. De la sorte vous affaiblissez tellement l'action du christianisme que vous le rendes incapable de protéger la société par sa libre expansion, et tout cela se fait pour l'avanUge de la science, au détriment du budget! Sachez donc qu'on ne peut faire vivre un Etat sans principes ayant leurs conséquences coordannéeê entré eiies. Le principe de liberté pure et simple, faussé dans son application, devient un poison.

La Tériié parfaiiemeol libre a peul-étre la polasanoe de ooDtrebalancer Terreur libre aassi ; oiais si la foi livrée à elle-méine trouTe rindifférentisme religieux non plus livré à lui-même , mais patroné, aidé par le gouvernement , Téquilibre est rompu.

» Je ne crains pas de reconnaître que la liberté de renseignement est favorable à la religion plus qu'au rationalisme sceptique , et Je reconnais que l'Eglise libre pour rinstruction est plus forte que ses adversaires , et c'est lli ce qu*on appelle dérisoirement monopole. Cependant d'autre part ceux-ci , libres également, PemporteYit par la presse, par le Journalisme qui a unt tl'influence , aussi par les passions bumaines que TEglise est forcée de combattre sans ménagement , passions désordonnées qui attirèrent sur elle pendant trois siècles les sanglantes persécutions du paganisme et la poursuivront jusqu'à la fin du monde.

» L^on peut donc à notre époque se rassurer sur Texubérance de son pouvoir, et ceux-mèmes qui le suspectent doivent redouter bien plus aujourd'hui qu'il ne suffise point pour résister à Taction subversive, dissolvante, terrible, qui menace l'Europe entière.

» Qu'il j ait dans un pays un certain nombre de personnes sans foi religieuse positive , elles se soutiendront avec le reste comme les arceaux interrompus de vieux édifices , qui s'appuient sur des arcades encore entières. Mais si le pouvoir civil se met du parti sceptique , insouciant dans l'éducation, au lieu de s'abstenir, sauf pour le nécessaire; s'il écarte fatalement, par la nature de la mission limitée qui lui est dévolue, sa construction de science humaine du fondement du temple divin, il périra; car aucun peuple ne peut vivre avec la nullité religieuse , non pas seulement tolérée et libre , mais organisée dans réducalion par la puissance publique , payée, soutenue par elle-même, et tel sera l'effet inévitable du développement large de l'instruction moyenne dite de l'Etat et qu*on peut appeler hardiment contre VEtat,

» Maintenant, qu'oppose- t-on à ces arguments si Justes, si profondément vrais, qu'on ne peut les entamer d'aucune manière?

» M. de Lamartine, lui , car Je ne veux pas le citer à demi pour ma cause, trouve que les ministres de la religion ne sont plus libres parce qu'ils reçoivent un salaire : il oublie toujours que la société religieuse, à laquelle nous devons notre société civile, le savant jurisconsulte Troplong Ta démontré , s'était dotée elle-même pour ses besoins matériels, et que rassemblée constituante, après une spoliation complète , remplaça le strict nécessaire de ces besoins par une indemnité assurée de nouveau par le concordat de 4802.

» Quant à la Constitution belge, elle n'admet en rien ce faux raisonnement de M. de Lamartine. Mais on lui attribue une autre

enenr qui ne loi appartient pas le moins dn monde , et snr laqnelle se dresse tout Tëchafandage de la loi qu'on nous présente. L'art. 47 de la Constitution est ainsi formulé : c L'enseignement esl libre, tonte mesure préfentite est interdite , la répression des déliu n^est réglée que par la loi. L'instruction publique donnée aux frais de l'Etat est Clément réglée par la loi. »

» L'enseignement donné sous la direction du pouvoir civil , que notre Constitution rend impropre à Téducation par la mission purement temporelle qu'elle lui attribue , est sans nul doute une cause absolue de ruine pour le pouvoir lui-même et pour la société; cependant , si j'avais encore à voter la Constitution , j'accepterais Tart. 47, qui ne dit ni trop ni trop peu sur la matière; en effet, pouvait-on la remplacer par une disposition ainsi formulée : c Aucun enseignement ne sera soldé ou aidé pécuniairement par le trésor public ? > Alors aucune école de droit , aucune école de médecine, aucuoe école militaire ou du génie civil n'aurait pu être organisée aux frais de l'Etat.

» Certes, malgré mon opposition bien ferme et bien motivée contre renseignement étendu à toutes choses aux^ frais des contribuables, je n'aurais pas admis l'exclusion de toute participation de l'Etat k l'iustruction; j'aurais donc dû me borner k faire assurer par la loi fondamentale que cette instruction , quelle qu'elle fût , serait réglée par l'autorité législative et non confiée au simple régime des arrêtés royaux comme la nomination aux emplois civils et militaires. L'art. 47 ne prescrit évidemment qu'one seule chose, c'est que renseignement donné aux frais de l'Eut sera l'objet d*un acte législatif. Lui faire dire plus , l'établir comme une sorte de machine dé siège contre Tinstruction libre et vraiment religieuse, c'est torturer la langue pour pouvoir nuire à l'éducation chrétienne au profit de l'éducation sans croyance.

» On a proclamé ici souvent une sorte d'axiême qui ne se trouve pas dans la Constitution : L'Etat est k^ue. Définissons donc eiactement ces deux termes : l'Etat , c'est Tensemble d'une société complète, organisée de manière à constituer une nation. L'Etat se compose de magistrats , de militaires , d'employés divers d'administration publique, de ministres de la religion, puis d'agriculteurs, de commerçants, etc. L'Etat n'est exclusivement ni financier, ni légiste, ni prêtre, ni militaire, ni agriculteur, ni commerçant ou médecin. Il est l'ensemble de toutes ces fonctions ou professions. Le sacerdoce fait partie essentielle, indispensable de cette société ^ figure au budget. VEttU n'est donc pas exclusivement laïque.

» Cependant on peut et l'on doit dire que le pouvoir eivU chargé d'assurer l'ordre matériel et la sécurité de TEut, avec lequel on ne

doil pM le confondre dans «n langage exaa, esi loi poremenl lalqoe, c*ett-à-dira distinct de pouvoir rdigieox el par cela même, n*ëtant quê laSquê, il Ini manque la qualité la plus essentielle pour rëducation de la jeunesse. Et certainement on ne contestera point qu*un catholique ne peut pas confier son fils à un précepteur dont la foi lui est inconnue ! En vain lui dirait«on : Ce précepteur ne doit être à vos yeux qu'un homme de science. Pour la religion vous formères votre fils vous-même; vous renverrez à Téglise entendre des sermons. Il répondrait : Si mon père avait traité si légèrement mon éducation , je ne serais pas ce que je suis !

a Aussi la Constitution s^est bien gardée de dire : 11 y aura un enseignement à tous les degrés et dans toutes les branches dirigé par le pouvoir dvU, Elle a supposé Tutilité , la convenance , le besoin même d'un certain enseignement public donné aux frai* de TEtat; elle n'en a déterminé ni les conditions, ni les limites, ni la nature, ni même Tagent L'enseignement du droit pourrait être confié à une commission prise dans la cour de cassation qui nommerait les professeurs de cette science. L'enseignement médical pourrait être l'attribut de professeurs choisis par l'Académie centrale de médecine, et dans un pays chrétien, parfaitement tolérant d'ailleurs, une immense majorité de catholiques pourrait confier à des institutions religieuses, avec certaines conditions, Téducation moyenne donnée aux frais de l'Etat, c'est-à-dire à l'aide de contributions payées par eux-mêmes, en réservant aux autres cultes proportionnellement une part de ces frais. Y a-t-il rien dans Tarticle 47 ou ailleurs qui empêcherait qu'on donnât des subsides à l'université de Louvain, comme établissement d'utilité publique, de même que la province de Brabant fovorise de son assistance et à ses ferais l'université de Bruxelles ?

» Les dépenses matérielles des cultes sont aux frai$ de VEtat, et cependant le culte divin n'est pas dirigé par le pouvoir civil , il lui est même interdit de s'en mêler. Tout cela prouve à la dernière évidence que l'article 47 n'enti^tne aucune des conséquences forcées et funestes qu^on lui prête et qu'on ne lui attribuait pas eu 4834, trois ans après les travaux du Congrès constituant. A cetle époque primitive , dès que les populations belges se virent affranchies des entraves apportées à l'enseignement religieux , sous le règne du roi Guillaume, elles appelèrent avec bonheur le clergé pour l'organiser. L'exposé des motifs de la loi qu'on nous présente et le rapport de la section centrale nous l'apprennent, en signalant cette tendance pieuse comme un excès. % L'enseignement privé, dit le rapport (page 2), et nous comprenons sous ce nom l'enseignement donné par les corporations retigienses ou le clergé séculier, profita surtout de

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la Boofelle sUattioii. Dans bfltnooop de localités secondaires, les régmoe» se déchargèrent de Tobligatlon d'enueienir un éublissenient coùleni , en le cédant an clergé. Ces cessions éuient habicnellement indirecies. Un vote dn conseil commanal supprimait le collège; nne antre délibération mettait à la disposition de l'évéqne diocésain les bâtiments ainsi qne le matériel; le collège se rouvrait sous les auspices et sous Tautorité de Févèque. Il n*était pas rare que la commune allât {t\ abomination ! ) ajouter un subside sur les fonds communaux aux autres avantages déjà concédés à l'évéque. » C'est-à-dire, à ToeuTre que lui confiait la commune.

» Ainsi donc, au lieu d'entretenir chèrement une éducation qui ne convenait pas aux familles chrétiennes, celles«d, représentées par les conseils communaux, préféraient la direction d*un évéque à odie d'un laïque flanqué d'autres laïques , dont il était infiniment diflicile de connaître les principes moraux et religieux; elles imitaient ce que J*ai vu et vois encore dans presque toutes les maisons aisées , où Ton préfère les précepteurs ecclésiastiques, quand on peut en avoir, aux précepteurs laïques. Et ce serait en vertu de'l'article 47 qui proclame l'enseignement libre, non pas seulement en fnveurdeceux qui sont assez riches pour donner à leurs enfants des précepteurs , mais pour la multitude ; ce serait malgré la disposition qui défend toute mesure préventive, que la toi nouvelle, ironiquement déférente envers cet article , mettrait tout en jeu afin que les communes ne choisissent plus, conformément aux désirs des pères de fiimille quand ils sont pieux, le mode d'éducation qu'on grand nombre adoptent le plus volontiers ?

c Déjà une circulaire de 34 mars 4840 (c'est le rapport qui le dit) » avait servi de base à un système au moyen duquel on s'efforça de » rwmqyiérir nir Im eommuntê, en échange de svbêides, une pa^ > tie des prérogatives abandonnées depuis 4830. »

» La clef d*or est toujours un excellent moyen d'action. Maintenant à cette clef d'or la loi ajouterait des menottes de métal moins précieux qui lieraient les mains aux communes pour qu'elles ne les tendent plus au clergé !

» Une chose curieuse se passe de la sorte à l'égard des familles chrétiennes et qu'on ne remarque pas assez. On leur dit : La liberté vous suflit; vous savez faire surgir des collèges chrétiens ponr vos enfants, vous n'avez besoin d'aucun subside; mais à vos ihiis on organisera des collèges éclectiques , où la religion sera le moindre des soucis, et ceux-là s'appelleront les collèges de l'Eut, qui leur donnera l'avantage officiel sur les vôtres, lesquels* ne peuvent prendre que le titre de collèges privés; s'il y a des bourses payées par le trésor, on ne les donnera qu'à ceux-là.

» Gependam, de deoi choses l'ooe, la société prise en masse, qtt*on appelle l'Eut, ne Mi se mêler en rien de Tenseignehient moyen, trop intimement lié 4 Tédacation religieuse, ou bien elle f2oit fidre la part à toutes les fiimilles qui la composent en raison de leur nombre.

» Si nous étions tous, en Belgique, ou catholiques, on protestants, ou Israélites , ces parts respectites se feraient facilement.

» Ifalheureusement le rationalisme arrite , et comme Tabsence d'éducation religieuse réelle lui convient parfaitement , que le poufoir civil en religion est séro , il met le pouvoir sur le trône scientifique officiel, et sous le nom commode et sonore de l'Etat, le rationalisme prend pour lui seul l'argent du trésor, livré à l'incapacité religieuse du pouvoir laïque. «Tant pis pour vous, dit-il ensuite aux familles chrétiennes , si Téclectisme professoral ne vous convient pas ! A nous, libres penseurs, il nous convient; car si nos enfants expliquent Homère, Démosthènes, Horace, Gicéron, Virgile, sMls connaissent les langues modernes, les gaz et les acides, les nombres, les surfaces, les cubes, cela nous suffit. Vous croyez, vous, que cela ne suffit pas à Thomme complet, soigneusement élevé, non-seulement pour la terre, pour le temps présent, mais plutôt encore pour Dieu et l'éternité dont chaque mesure dévie humaine la plus longue n'est qu'un atome. Nous sommes fâchés pour vous de ces hautes prétentions. Pourquoi ètes-vous si difficiles? Pourquoi portez-vous vos regards au delà du siècle présent? Nous sommes, nous, les enfants de ce siècle. Le pouvoir civil est exclusivement dévolu au siècle, il nous doit toutes ses faveurs ! »

9 Mais Dieu , que vous mettez à la merci du hasard et à la queue de votre enseignement, ne vous laissera pas même jouir de ce bonheur temporel. Vous userez de mille découvertes ingénieuses , et malgré tous ces progrès matériels l'inquiétude des esprits ne fera qu'augmenter avec l'orgueil !

j» Vous le verrez en Belgique comme on le voit hors de Belgique, si vous perdez les traces de votre Congrès national , la seule assemblée politique de ces temps modernes qui ait voulu franchement la liberté, libérale, sincère, sans contrainte d'aucun genre pour ou contre l'Eglise , liberté bien différente de ce libéralisme qui cherche toujours k entraver l'action naturelle et bienfaisante du christianisme, et qui voit, par exemple, avec colère, avec jalousie, Tagglomération dés familles généralement unies par la même foi dans une commune préférer l'éducation confiée à la direction d'un évéque à celle d'un délégué de la bureaucratie scientifique ministérielle , qu'on débore du nom d'Etai , comme les proconsuls de la Convention se disaient les représentants du peuple. El cependani , quoi qu*on fasse.

mesiieors, Jtnals deeette source ne aortln une édocatioD vnimeoi, toUdemeni religieuse el sociale. L'expérience a été faite dans divers pays; elle n*a produit que les plus tristes résultau.

a Lorsque, en 4833, M. Gnizot fit voter aux chambres des députés et des pairs, toutes deux dynastiques en si grande majorité, la loi qui organisait les écoles normales destinées à former les maîtres de linstruciion primaire, il disait :

c Vous le savez, messieurs, Tinstruction primaire est tout entière dans les écoles normales primaires ; ses progrès se mesurent sur ceux de ces établissements. L'Empire qui, le premier, prononça le nom d*école normale primaire, en laissa une seule, La restauration en ajouta cinq à six; nous, messieurs, en deux ans, nous avons perfectionné celles-là, dont quelques-unes étaient dans Tenfance, et nous en avons créé plus de trente, dont une vingtaine sont en plein exercice et forment dans chaque département un vaste foyer de lumières pour rinstruction du peuple. Enfin, messieurs, nous nous croyons sur la route du bien. Que votre prudence soutienne la nôtre ; que votre confiance nous soutienne et nous encourage, et le temps n'est pas éloigné où nous pourrons dire tous ensemble, ministres, députés, départements, communes, que nous avons accompli auunl qu'il était en nous les promesses de la révolution de Juillet et de la charte de 4830, dans ce qui se rapporte le plus directement à rinstruction et au vrai bonheur du peuple. »

» Pourtant ce bonheur du peuple, élevé par les soins du ministère de rinstruction publique que dirigeait le très-savant M. Cousin, panthéiste, selon M. Gioberti , non suspect de jésuitisme, comment s'est-il manifesté depuis? Par la fuite d'un roi très-clément, trèshumain, et de son ministre, H. Guizot, en Angleterre; par des combats affreux dans les rues de la capitale ; par les plus grands pouvoirs accordés ensuite aux préfets contre les maîtres d'écoles primaires de l'Etat, qui devaient les transformer en un vaste foyer de lumières et qui ont contribué à en faire un immense foyer d'incendie socialiste; par la réunion de 75,000 hommes casernes ou bivaqués dans Paris et ses environs, à Lyon et dans les départemenu qui l'entourent; par rétat de siège; enfin, par les troupes d'infanterie, de cavalerie , d'artillerie qui bivaquent constamment dans les cours du palais de l'Assemblée législative de France, tandis que nos quatre ou cinq bons factionnaires placés , on ne sait trop pourquoi , dans les tribunes, n'y peuvent certes rien pour nous protéger , et tout ce que nous risquons ce sont quelques trépignements improbateurs ou quelques bravos de commande contraires au règlement. Et cependant, que n'ont pas débité les journaux libéraux français, même conservateurs , contre cette pauvre Belgique courbée sous la domination politique du clergé?

» Dans son rapport de 4844 sur la loi française concernant précisément l'instruction moyenne, M. Thiers se faisait Técho de ces sortea de jugements prononcés sur nous, et Je me permettais de lui adresser ce court résumé de la domination cléricale en Belgique :

c Comment ce clergé, matire de la politique intérieure, supporte- » t-il que plusieurs journaux Taccusent, lui attribuent des projets, » des intentions propres à le rendre suspect et même odieux? Com- » ment aucun publiciste anticlérical nVt-il été condamné en Belgi- » que, ainsi que Ta été en France H. Gombalot, antiunitersiuire, à

> la prison et à plusieurs milliers de francs d'amende? Le domina- B teur qui supporterait ces censures, ces attaques même fiolentes

• de son sujet atec tant de bénignité, serait vraiment trop bon. Com- » ment le clergé, politiquement maître , permet-il aux états pro- ^ Tindanx du Brabant d'accorder des subsides k Tuniversité de » Bruxelles , tandis qu'ils n'accordent rien à Tuniversité catholique » de Louvain, également située en Brabant, et qui ne vit que de » souscriptions? Gomment ce clergé souifre-t-il que les écoles des » frères de la doctrine chrétienne, reconnues excellentes par

> MM. Guizot et Villemain^ n'obtiennent 4 Bruxelles et à Liège au-

• cnn secours de la caisse communale, largement ouverte 4 d'autres » établissements d'instruction primaire? Comment, enfin, le clergé » dominateur politique n*oppose-t-il aucun moyen coêrcitif au tra« 9 vail du dimanche, qui empêche souvent trop d'ouvriers d'assister « an service divin, tandis qu'ils chôment le lundi? Si le clergé belge

> est politiquement (dominateur ^ ces conditions, vous conviendrez,

> monsieur, qu'on ne peut rencontrer nulle part d'autorité moins B redoutable à tous les hommes, quelle que soit leur religion on B leur insouciance du culte. »

B Ceci , messieurs, me dispensera d'une dissertation trop longue sur Rome et les Etats romains, enveloppés dans cette révolution italienne despciiquement propagée par le poignard, pays dont le régime n'avait rien de commun avec celui que nous avons adopté, et qui consiste dans la simple liberté d'action de l'Eglise pour le bonheur de TEtat

B En France, en Allemagne, on a beaucoup gêné cette liberté dans l'éducation de la jeunesse; on a beaucoup donné au pouvoir civil. En Belgique, on a beaucoup laissé fairo à l'Eglise, avec le consentement et le vœu des laïques, pas autrement, bien entendu, et jusqu'ici on n'a point organisé de corps professoral qu'on peut appeler exclusivement corps, parce qu'il n'aura jamais d'autro âme qu'un bureau scientifique, et la science seule ne sera jamais le fondement d'un Etat, l'histoire entière le démontre. Pour le prouver mieux encore sans doute, la grande école normale de Paris a voté en masse

pour le Meialitme dettractear de U sodété, et ]>]mitenl que si la Monugne de i'ÀsieiDblée légtolaUve éuit appelée k voler dans cette enceinte , elle accorderait atec Joie ses suffrages , probablement unanimes, k tontes les écoles qu'on fons propose de créer, même aux athénées royaux, dont le monarchisme nominal ne la rebuterait pu un instant.

» Messieurs , Je me suis permis de tous entretenir cette fois plus longtemps que de coutume ; fous me rendrez cependant la jusUce que Je me renferme strictement dans le sujet du débat. Je n*ai fait appel à aucun texte d'anciens discours pour embarrasser ceux qui les avaient prononcés. Je n*ai fait la guerre ni aux Journaux ni aux brochures publiés dans un sens adverse au mien. Je n*al rien dit de moi-même. Tous les éloges que je m*acoorderais, toutes les assurances personnelles de mes sentiments libéraux ne prouveraient rien sur la question que j'examine dans sa nature propre et non dans un but hostile à qui que ce soit, comme toutes les protestations fort honorables de son attachement à TEglise catholique de la part de M. le ministre Rolin ne changent point les mauvaises bases de hi loi : J*ai donc seulement, à l'aide de principes et de faits certains, démontré clairement, d*abord, que le pouvoir civil est impropre à la direction de Péducation, qu*il ne doit être appelé à s'en mêler que le moins possible et par nécessité ; ensuite, que l'art. 47 et spécialement son dernier paragraphe 9 « l'enseignement public donné ouk fraie de TEtat est également réglé par la loi », n'attribuent rien an pouvoir civil; puisque l'enseignement aux frais du trésor public pourrait être constitutionnellement distribué d'une manière plus équitable et plus conforme aux besoins de l'humanité et de chaque homme pour lequel l'existence n'est pas bornée à la vie fragile de ce monde, eomsM eelie du ftouvoir ctW. Enfin, j'ai rappelé quelques fiits patents qui prouvent combien il est dangereux de beaucoup remettre en ce genre à un pouvoir dont les fonctions, selon notre charte libérale, se bornent à l'ordre temporel et le rendent ainsi, de fiait et de droit, incapable d'élever les âmes vers Dieu, par l'ensemble de l'éducation, tâche bien plus difficile encore que d'instruire l'esprit par les sciences.

» On a cm quelquefois m'embarrasser en me rappelant, ailleurs qu'ici, l'éducation de Voltaire par un ordre religieux. Je ne prétends et ne prétendrai jamais que l'Eglise n'élèvera que de bons sujets. Je ne prétends pas davantage qu'il n'y ait point d'autre cause de corruption que la mauvaise éducation. Sous les gouvernements si longs de Louis XIV, du Régent et de Louis XV, les affreux scandales de la cour, ceux que donnait la haute noblesse follement concentrée à Versailles, démoralisèrent la capiule et une grande partie des pro-

vinces de Prtnce; UDdit que la Belgique ne sabissait pas ces mauvais eiemples d*en haut. La trop grande richesse eocléeiastiqae mal employée devint encore une cause corruptrice , et bien d'autres que je ne puis ënumérer et parmi lesquelles Je citerai la licence de la prcpse et des théâtres.

9 Ce que J*afflrme, c'est que pour être convenablement initié aoz doctrines et aux pratiques de la foi chrétienne, pour se soumettre aux sacrifices qu'elle exige, même imparfaitement, pour résister ans mauvais penchants si multipliés qu'elle réprime, le jeune homme a besoin d'être encouragé k marcher généreusement dans cette vole laborieuse, et qu'il lui faut autre chose de la part de ses maîtres que fotium cum digtUtcUe, devise du congrès professoral belge. Il lui faut l'exemple dans ce combat spirituel que nous devons , depuis l'âge de raison jusqu'à la mort, soutenir contre nous-mêmes, en invoquant constamment, chaque Jour, la grâce de Dieu, pour qu'elle vienne en aide à notre faiblesse.

» Et le pouvoir civil, qui ne prie pas, comment nous enseignerat-il l'art de bien prier, la science de bien mourir? Car, messieurs, si le Créateur avait voulu que l'Etat iût notre dernière fin, notre Un principale, le but essentiel de notre existence, il nous eût accordé rimmortalité sur la terre. Notre catéchisme catholique répond â cette question : c Pourquoi l'homme a-t-il été créé et mis au monde? — Pour connaître Dieu, l'aimer, le servir et, par ce moyen, obtenir la vie étemelle, a

» Ce n'est certes pas la réponse de la $taiolàine exclusivement occupée du temps présent. Et cependant, qui, pour l'humanité, a rendu la vie actuelle et de passage moins misérable, malgré les histoires de Josué et Galilée (qui ne m'empêchent pas de défendre ici l'observatoire]? Les faits universels l'attestent, c'est le christianisme; ce n'est pas cette morale vague et sans autorité, inspirée à chaque homme, dont a parlé l'honorable M. Destriveaux.

» Les Grecs et les Romains étaient parfaitement formés par les ans et la littérature, et néanmoins , quelle était l'affreuse barbarie de leurs mœurs ! Barbarie si complète que , sous les meilleurs empereurs de Rome païenne, comme Trajan, le peuple et les grands, passionnés pour les combats de gladiateurs, condamnés â se tuer pour l'amusement public, y demeuraient des Journées entières. De Jeunes esclaves venaient de temps en temps dans l'arène retourner le sable avec des râteaux pour lui faire boire le sang qui l'inondait. Personne, à Rome, n'accusait ces combats d'inhumanité, et Cicéron, le meilleur moraliste de la République, ne les trouvait pas blâmables quand on n'y faisait paraître que des criminels.

» La morale des Indous, comme celle des Germains, nos ancêtres.

que ooBTerUrant les nlnts dont plnsienn de nos communes, de nos ^llses portent le nom, ssint Elenthère, ssint Amand, saint Remacle, saint Liévin, (kisait un devoir aux veuves de s'enterra avec les cadavres de leurs maris ou de se brûler sur un bftcber.

» La morale des Mahoméuns leur permet de dégrader les femmes, en les enfermant dans des harems; la morale des Chinois, de laisser mourir les enftnts qui les gênent. Celle des Carthaginois, habiles dans le commerce , trouvait bon quMls immolassent les leurs à Saturne; et, selon la morale de Rousseau :

c Le premier qui ayant enclos un terrain s*avisa de dire : Ced > est à moi, fut un imposteur, et le bienfaiteur de rhumanlté eût » été rhomme qai, arrachant les pieux et comblant les^fossés, se B fdt écrié : N*oubliex pas que les fruits sont k tous, et que la terre » n*estk personne!»

» Cest après cette morale qu^arriva le culte de la déesse Baison, avec tous les massacres, toutes les turpitudes qui raccompagnèrent, religion bestiale à laquelle succéda le culte imbécile de la législation humaine, et Je me rappelle encore avoir vu dans mon enfiince Inscrit sur le fronton de notre église de Caudenberg en lettres maximes : Temple de la loi ou de F Etat déifié/ car la signification est absolument pareille. Le IHeu Sauveur de TEvanglIe, qui seul a civilisé les nations, était chassé de son sanctuaire pour Tidole dite TBut, et la même idole lui sera substituée ou préférée comme mattresse suprême dans l'éducation publique qn*on nous prépare !

» Messieurs, la morale de la spoliation et de la terreur sanglante menace l'Europe civilisée par la foi chrétienne, depuis que les princes, les ducs, comtes, marquis, qui furent leurs ministres, enfin la classe moyenne aujourd'hui régnante, ont cru pouvoir s*en passer, plus ou moins ont cru bien faire de suspecter la croix, d*entraver, de restreindre, de combattre l'enseignement dont elle est la sanctification, gène, restriction, coucurrence privilégiée, qui se montrent comme un nouveau progrès par le texte clair, formel, évidaat du préambule de la loi que nous discutons, si différent de l'exposé des motifs et des termes du projet proposé par le même ministre en 4834.

> Cependant on pourrait demander à propos de l*éducation librement développée en Belgique en vertu de la Constitution et sans secours de TEut, ce que Pilate demandait aux Juil^ en leur montrant Jésus auquel ils préféraient Rarabbas , quid enim maU feeitf QuVt-elle donc fait de mal? On pourrait demander quel mal at-elle donc fait à l'Etat, cette éducation, pour qu*ll lui enlève une trèsgrande partie de la Jeunesse avec la clef d'argent aidée par des liens artistement tressés au profit d'un corps professoral, construit de

tontes pièces, qui coûtera cher, se dira TEtat docteur sans doctrine et se pavanera dans Votium cum dignitaU*

9 Tel ne fat pas, messieurs, l'esprit de notre Congrès national et c'est à lai quMl convient de revenir, si nous voulons continuer de vivre en paii et n'être pas démolis par la science isolée de la conscience.

» En face des résultats produits par cetle sorte de science, M. Cb. Dupin, dans une de ses leçons au conservatoire, s^est vu forcé de dire : < ÏTest-ce pas un fait très-étonnant et qui renverse toutes les idées reçues jusqu^à ce jour que la plus complète ignorance s'aliie à la moindre proportion de crimes contre les personnes, et que rinstruction supérieure remporte sur toutes les autres, par la multiplicité des crimes ! En la rapprochant de la classe complètement ignorante, on trouve qu'elle la surpasse en crimes contre les personnes dans la proportion de 55 pour cent. >

» Un ancien appelait une bibliothèque le remède de l'âme. Lorsqu'elle est remplie de livres mauvais, elie se transforme en poison de l'âme. U en est de même de l'instruction mal dirigée sur une grande échelle, comme sera l'enseignement d'un pouvoir civil incapable au point de vue moral et religieux , puisque sa morale, sa religion, ne sauraient se définir légalement, ni s*expliquer autrement que par les articles du Gode qui punit certains crimes et délits. Et c'est pourquoi Ton ne saurait trop le rediro, trop le répéter, le gouvernement constitutionnel sans culte déterminé peut être excellent lorsqu'il reste dans ses attributions temporelles. S'il prétend s'en donner d'autres, il devient, comme l'athéisme, mauvais, très-manvais.

» Maintenant, messieurs, s*il arrive ce dont se plaignait Lamotte à Voltaire, que Ton réfute tout ce que je n*ai pas dit et qu'on ne réponde presque pas un mot à ce que j'ai dit , ce ne sera point, je l'espère, faute d'exactitude, faute de précision dans mon langage; car je crois n'avoir usé d'aucune réticence, d'aucune ambiguïté.

» Je n'ai pas fait allusion à la loi fhLuçalse nouvelle, parce que la France cherche à sortir de son bourbier universitaire, qu'elle a parfaitement raison, et que nous n'avons aucun motif de venir à sa rencontre dans une fondrière si dangereuse.

» Je n'ai pas non plus défendu des projets anciens que toujours je voulais repousser de toutes mes forces, fussent-ils conçus par mes amis; et si j'en avais soutenu de mauvais, je les retirerais.

» Je n'en vois qu'un seul acceptable, l'application absolue et rigoureuse de la meilleuro logique éunt rarement possible : c'est le projet présenté en 4834, auquel je donne la préférence avec les honorables préopinants MH. de Brouckere et Osy, vu qu'il ne contient rien d'hostile envers l'édncation à la fois économique, libre, pieuse et fondée sur la confiance des familles. ^i

» Je reconnais, il est vrt\, qii*après le projet de loi de 4846 li était difficile de se borner à la proposition des trois athénées da projet de 4834; mais rien n*obligeait d'aller pins loin, rien n'obligeait à regretter, dans nn eiposé des motifs, la disposition heureuse qui porte les Belges, quand on ne les séduit point par des amorces, à préférer l'éducation ecclésiastique à Péducalion laïque, éducation qui, paraft-il, n'a aucune force propre, que des amis généreoi n'aident point, et qu'il faut soutenir à beaux deniers comptants du trésor public, sous le nom d'éducation de l'Etat:

» Messieurs, dans la limite qui m'éuit tracée, j'ai fait ce qui m'était possible pour convaincre tos esprits en faveur des seuls principes conservateurs de l'avenir, principes sur lequels nos pères ont vécu tant de siècles, et j'estimerais heureuse ma soixantième année qui commence, si j'avais aujourd'hui le bonheur d*obtenir quelque succès pour notre salut commun , pour le salut da peuple , qui , soyes-en persuadés, ne vous adresse pas des pétitions sans motiCs et niaisement, comme on se platt trop à le dire. Ce ne sera Jamais le peuple de pétitionnaires honnêtes et chrétiens, dont je me fols honneur d'être complice, qui bouleversera la société. »

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