AOUT-SEPTEMBRE
Troables de la nuit du 25 août 4830. — La police hollandaise et la Muêtie de Poriici, — Soulèvement du peuple de la capitale. — Incendie du palais du ministre de la justice. — Les autorités locales se réunissent en conseil à Thôtel de ville. — La nuit se passe en discussions stériles. — Le comte de Mérode et quelques citoyens courageux viennent demander Tautorisation d'organiser une garde bourgeoise. — Assentiment de Tautorité provinciale et de Tautorité communale. — La garde bourgeoise est armée à Taide des fusils de la garde communale. — Désarmement des prolétaires. — Rétablissement momentané de Tordre matériel. — Le comte de Mérode est nommé membre de la députation envoyée à La Haye pour plaider la cause des Belges auprès du roi Guillaume !«'. — Retour de la députation. — Nouveaux trouble&'survenus pendant son absence. — Les députés annoncent le résultat de leurs démarches dans une proclamation adressée au peuple. — La proclamation est brûlée sur la place publique. — Désordres suscités par les provocations brutal^ de la presse hollandaise. — Le vœu d'une séparation administrative entre le Nord et le Midi du royaume se manifeste éoergiquement
dans toutes les provinces. — On commence à parler de rétablissement d'un gouvernement provisoire. — Départ de la garnison. — Anarchie politique et administrative. — Le comte de Mérode fait partie d'une Commission de sûreté publique. — Attitude courageuse des membres de la Conmiission. — - Le mouvement révolutionnaire grandit, malgré leurs efforts, et triomphe de tous les obstacles. — La populace désarme les postes de la garde bourgeoise et envahit rhôtel de ville. — Le comte de Mérode harangue le peuple. — Dissolution de la Commission de sûreté publique. — Arrivée des troupes royales. — Journées de Septembre. — Victoire du peuple.
Dans la nuit du 2S août 1830, le comte Félix de Mérode, que la liquidation de la succession paternelle avait amené à Bruxelles, fut réveillé en sursaut par un bruit inaccoutumé. C'étaient les chants, les vociférations et les applaudissements d'une foule immense, réunie sur la place du Petit-Sablon pour contempler les flammes qui dévoraient l'hôtel du ministre de la Justice, M. Van Maanen.
La nouvelle de la révolution de Paris et de la chute de la branche ainée des Bourbons, arrivant à Bruxelles au moment où le mécontentement de toutes les classes était parvenu à son apogée, produisit un effet qu'il était facile de présager. A l'aspect d'une illustre et puissante monarchie, renversée à la suite d'un combat de trois jours dans quelques rues de sa capitafe, l'attitude et le langage des adversaires du gouvernement néerlandais prirent un caractère de
hauteur et de menace jusque-là sans précédents dans nos débats politiques. On ne se gênait plus pour prédire hautement à Guillaume l^'' le triste sort de Charles X, s'il persistait à dédaigner les vœux légitimes de la majorité de son peuple.
Dans les rues, sur les places publiques, dans les cafés, dans les ateliers, on lisait à haute voix les journaux de Paris, et partout le peuple applaudissait à outrance, ce Voilà, disait-on, comme » on fait une révolution! Un roi se parjure, et on » le chasse I Vivent les barricades ! Vivent les » bras populaires pour écraser le despotisme et » SCS satellites ! Vive le peuple ! » Tels étaient partout les commentaires de la foule (1).
Alarmée par l'état d'effervescence où se trouvaient les esprits, l'autorité communale, saisissant le prétexte du mauvais temps^ avait décidé que, cette fois, le 34 août, jour anniversaire de la naissance du roi, ne serait pas l'occasion d'une fête publique; mais, par une singulière inadvertance, cette même autorité ne s'était pas opposée à ce que, le 33 août, la troupe du théâtre de la Monnaie donnât une représentation de la âluHte de Portici; elle n'avait pas compris que, dans la situation alarmante créée par
(4) De Gerlache, Hist, du royaitme des Pays-Bas, t. II , p. 245, 3« édition.
la victoire récente du peuple de Paris, l'exal* tatioQ de l'émeute sur la scène devait naturellement amener l'émeute sur la place publique.
Elle ne larda pas à recueillir les tristes fruits de son, imprudence. Au moment de l'ouverture des portes du théâtre, une foule bruyante et obéissant visiblement à une impulsion commune se pressait sur la place de la Monnaie. En un clin d'œil la salle fut comble, et, en attendant la levée du rideau, on se permit sur tous les bancs des protestations énergiques contre la politique du roi et des ministres. Puisque la voie solennelle du pétitionnement général devait être abandonnée comme inefficace, il était temps, disait-on, d'obtenir par l'emploi de la force le redressement des griefs de la nation. Pendant la durée du premier acte, Tattilude des spectateurs fut assez paisible; mais, au second, lorsque le pécheur napolitain voue sa vie au triomphe de la liberté, à l'indépendance du pays et à l'expulsion de l'étranger, une exaltation fébrile s'empara de toutes les tètes. Dès cet instant, au milieu d'une animation toujours croissante, les acteurs furent contraints de répéter tous les passages auxquels il était possible de rattacher une allusion à la domination hollandaise; et en6n, à l'issue du spectacle, la grande majorité des
assistants arriva sur la place en poussant énergiquement le cri significatif : « f^ive la liberté! »
Groupés autour du péristyle ou disséminés dans les cafés du voisinage, quelques centaines d'individus, appartenant en général aux classes moyennes, attendaient ce signal avec une impatience mal dissimulée (1). Ils se réunirent en criant avec ensemble : « Five de Potier/ Five la liberté! »; puis, sans un seul indice d'hésitation, ils se mirent en route. Brisant les réverbères, pillant les boutiques des armuriers, tirant en l'air des coups de fusil ou de pistolet, ils se divisèrent bientôt en deux bandes, qui se rendirent successivement devant les demeures du procureur du roi, du bourgmestre, du directeur de la police et du trop fameux journaliste ministériel Libry-Bagnano. Chez les deux premiers, on se contenta de saccager les persiennes et les vitres ; mais , chez les autres , on ne se retira qu'après avoir brisé les meubles et ravagé tous les appartements de fond en comble.
Tandis que ces scènes sauvages jetaient la terreur dans quelques quartiers de la ville, un autre groupe, composé- de prolétaires en grande partie armés et obéissant avec une sorte de discipline
(\) A dix heures du soir, on entendit dans les cabarets voisins plusieurs individus tenir oe langage : «Por/ofw/ On nou$ attend !.,*i^
à des meneurs restés inconnus , se forma sur la place du palais de Justice. A minuit, ce rassemblement, qui comptait deux cents individus au plus , s'ébranla sous le commandement de ses chefs, brisa les fenêtres du palais, traversa la rue de la Paille en criant n À bas Fan lUaanenl », et finit par se poster devant rhôtel de ce ministre, au Petit-Sablon. Après avoir tout brisé, sans en excepter même le modeste ameublement de la loge du portier , on fît , à Taide des débris, un grand feu sur la place,- et quelques hommes, à bras nus et à fîgure sinistre, proposèrent d'y jeter les archives du ministère. Le conseil fut d'abord suivi; mais bientôt, trouvant Fopération trop longue et trop fatigante, un individu en guenilles cria : « Ne portons plusL hrûhms la maison! » La foule applaudit; le feu fut mis à l'hôtel, et, vers deux heures du matin, d'immenses colonnes de fumée et de flammes montèrent de toutes les fenêtres , aux applaudissements et aux cris de triomphe de plusieurs milliers de spectateurs.
Ainsi que nous l'avons dit, ce furent ces cris et ces flammes qui annoncèrent au comte de Mérode le soulèvement du peuple de la capitale.
Les principes de dévouement et de générosité dont il s'était nourri depuis son enlance lui signa-
lèrent immédiatement le parti qu'il avait à prendre. Au lieu de rester auprès de ses enfants et de veiller à la sûreté de l'hètel de sa mère, il sortit aussitôt avec la résolution de se mettre à la disposition de l'autorité locale et de contribuer, dans la mesure de ses forces, au rétablissement de Tordre.
Dans cette nuit si pleine de périls et d'alarmes, les autorités supérieures de la capitale , qui toutes avaient eu le grand tort de dédaigner les avis de la police, s'étaient établies en permanence à l'hôtel de ville. Là se trouvaient le gouverneur, le directeur de la police, les échevins, le procureur du roi, les membres du conseil communal, le commandant de la place et le général commandant la province. Une foule d'avis furent émis, mais aucun d'eux ne réunit la majorité de» suffrages. On manquait à la fois d'énergie morale pour dicter les ordres et de force matérielle pour les faire exécuter. La garnison, composée d'environ quinze cents hommes, était manifestement insuffisante , alors même qu'on eût pu compter sur la fidélité absolue des soldats belges, qui en formaient à peu près les deux tiers. La garde communale, immédiatement convoquée, eût fourni une masse plus imposante. Mais convenait-il de lui remettre les armes qui, suivant la législation
de l'époque, étaient déposées dans une caserne? Pouvait-on compter sur son obéissance? N'iraitelle pas se placer entre les soldats et le peuple? Toutes ces questions et une foule d'autres étaient longuement discutées; au lieu d'agir avec énergie et promptitude, on dépensait un temps précieux en débats stériles, lorsque, vers six heures du matin, quelques citoyens courageux, parmi lesquels se trouvait le comte Félix de Mérode, arrivèrent à l'hôtel de ville et demandèrent l'autorisation d'organiser une garde bourgeoise, uniquement composée d'hommes intéressés au maintien de l'ordre. Leur demande fut accueillie, et ils obtinrent la permission de s'armer à l'aide des fusils de la garde communale déposés à la caserne des Annonciades.
Cette nouvelle se répandit avec une rapidité extraordinaire. Pendant que les détachements éparpillés de la garnison, renonçant à la lutte, se concentraient devant le palais du roi , des centaines de propriétaires, de négociants, d'artisans et d'hojnmes appartenant aux professions libérales accouraient à l'hôtel de ville, pour se placer dans les rangs de la garde bourgeoise. Divisés en groupes, placés sous le commandement de chefs librement élus, ils organisaient des patrouilles, haranguaient le peuple, plaçaient
des sentinelles et protégeaient les maisons menacées de pillage.
11 était temps! Une bande, qui avait envahi l'hôtel du gouvernement provincial, brisait les meubles et saccageait les archives. La maison dn commandant de la place éprouvait le même sort, et déjà plus d'un prolétaire s'écriait qu'on devait traiter le palais du roi comme on avait traité l'hôtel de son ministre. Une foule d'hommes sans aveu, qui s'étaient procuré des armes dans le désordre de la nuit, entraient dans les boutiques et les cabarets, exigeant des vêtements et des boissons, brisant et pillant au moindre refus. Dans plusieurs endroits, les patrouilles militaires , forcées de se défendre , avaient fait feu, et dix-huit cadavres gisaient sur la voie publique. Enfin, pour que rien ne manquât à ces tristes scènes, une partie de la populace s'était répandue dans la campagne, pour incendidr les fabriques établies dans les communes voisines.
La garde bourgeoise réussit heureusement à mettre un terme au désordre. La plupart des prolétaires consentirent à t^enc^re leurs fusils; les autres furent désarmés de force , et , avant la nuit, la confiance et la sécurité étaient rendues à tous les quartiers de la ville. Le lendemain,
27 août, la garde reçat une organisation réga-* lière. Le baron d'Hoogvorst en prit le commandement et le comte de Mérode y entra comme simple soldat.
Mais il ne suflBsait pas de rétablir momentanément le calme et l'ordre sur la voie publique; il importait avant tout de ramener la confiance et l'affection dans les esprits, en obtenant de la couronne les équitables concessions que réclamait l'opinion publique.
Le 38 août, à sept heures du soir, des habitants notables se réunirent à l'hôtel de ville, au nombre de quarante- quatre, et, après avoir vainement réclamé le concours du gouverneur civil et du conseil communal, ils confièrent à cinq d'entre eux le soin de rédiger une adresse au roi Guillaume. Ces cinq délégués, parmi lesquels se trouvait le comte Félix de Mérode, présentèrent, une demi-heure après, le projet suivant, qui ftit adopté à l'unanimité des suffrages :
c( Sirb!
» Les soussignés, vos respectueux et fidèles » sujets, prennent la liberté, dans les drcon- » stances difficiles où se trouvent la ville de )> Bruxelles et d'autres villes du royaume, de dé-
» puter vers Votre M^esté einq de ses citoyens, » MM. le barcffi Joseph d'Hoogvorst, comte Félix y> de Mérode, GendMen, Frédéric de Sécus et )> Palmaert père, chargés de Lui exposer que )» jamais, dans une crise pareille, les bons babi- » tants ne méritèrent davantage l'estime de Votre » Miyeslé et la reconnaissance publique. Us ont, y> par leur fermeté et leur courage, calmé en trois » jours l'effervescence la plus menaçante, et fait » cesser de graves désordres. Mais, Sire, ils ne » peuvent le dissimuler à Votre Mcyesté : le mé- » contentement a des racines profondes; partout » on sent les conséquences du système funeste » suivi par des ministres qui méconnaissent et » nos vœux et nos besoins. Aiuoard'hui , maîtres » du mouvement, rien ne répond aux bons ci- » toyens de Bruxelles que, si la nation n'est pas » apaisée, ils ne soient eux-mêmes les victimes » de leurs efforts. Ils vous supplient donc. Sire, » par tous les sentiments généreux qui animent » le cœur de Votre Mcgesté, d'écouter leur voix » et de mettre ainsi un terme à leurs justes do- » léances. Pleins de confiance dans la bonté de » Votre Majesté et dans sa justice, ils n'ont député » vers vous leurs concitoyens que pour acquérir » la douce certitude que les maux dont on se » plaint seront aussitôt réparés que connus. Les
» soussignés sogt convaincus qu'un des meilleurs » moyens pour parvenir à ce but si désiré sérail » la prompte convocation des Etats Généraux (i).
» Bruxelles, 28 août 1830. »
Après que l'adresse eut reçu les signatures de tous les assistants, l'assemblée procéda à la nomination d'une députation de cinq membres, cbargée de porter ce document à La Haye et d'exposer verbalement au roi les griefs et les vœux des habitants des provinces méridionales.
(4) Les signataires de l'adresse étaient : Le baron Em. d'Hoogvorst , commandant en chef; le baron de Sécus fils ; A.^J. Moyard, major; le comte Werner de Mérode fils; F. Bfichiels, capitaine; le comte de la Laiog , garde ; F. Opdenbosch , fabricant ; Ed. Stevens, avocat; Ed. Ducpétiaux, avocat; L. Jottrand, avocat; Isid. Plaisant , avocat ; J. Palmaert fils ; Isid. Vanderlinden , notaire; Ed. Vanderlinden, avocat; Palmaert père, négociant; Aug. Vandermeeren , major ; Rouppe , ancien maire de Bruxelles ; le comte Cornet de Grez , membre des Etats Généraux ; Ph. Lesbroussart, professeur; Ad. Bosch, avocat; Charles D'Odomont, aide de camp ; Vleminckx , docteur en médecine ; le comte Ch. Dandelot, lieutenant ; J.-B. Ghiesbrecht, lieutenant ; le baron F. De Wyckersioot ; le comte Félix de Mérode, garde ; le baron J. d'Hoog- Yorst, ancien maire de Bruxelles; le baron Ch. d'Hoogvorst; Joseph Van Delft, lieutenant ; Max. Delfosse, négociant ; le comte de Bocarmé, adjudant; Gendebien, avocat; Gustave Hagemans, capitaine ; le baron de Sécus , membre des Etats Généraux, garde ; Sylvain van de Weyer, avocat et bibliothécaire ; J. de Wyckersioot, capitaine; Fleury-Duray, major; Huysman d'Annecroix, membre des Etats Généraux, garde ; Vandersmissen , commandant en second ; F. Maskens , propriétaire ; Plétinckx , lieutenantcolonel ; Hauman , avocat ; Hotton , commandant de la garde à cheval.
Cette fois encore, le nom du comte Fétix de Mérode figurait sur la liste.
Lorsque cette députation quitta Bruxelles dans la matinée du 29, la ville avait repris son aspect ordinaire. Les boutiques étaient ouvertes, les marchés approvisionnés, les lieux publicsfréquentés par une foule paisible. Les patrouilles de la garde bourgeoise sillonnant les rues et la présence d'un camp en face du palais du roi indiquaient seules qu'on se trouvait à une époque d'effervescence et de crise. Il en était tout autrement lorsque, quatre jours après, les députés revinrent de la résidence . royale. Les écussons du chef de l'Etat avaient disparu; les arbres des boulevards, abattus par le peuple, obstruaient les abords des barrières; des barricades surmontées des vieilles couleurs brabançonnes se dressaient dans les rues; des pierres et des poutres, entassées jusque sur les toits des maisons les plus exposées, dénotaient la résolution d'une défense à outrance : bref, partout où ils portaient leurs regards, ils apercevaient les signes avant -coureurs d'un bouleversement politique.
Des incidents très -graves étaient survenus pendant leur absence.
A la première nouvelle des tristes épisodes de
la nuit du 35 août, le roi Guillaume avait convoqué le conseil des ministres. II y fut décidé que le prince d'Orange et le prince Frédéric prendraient immédiatement le chemin de Bruxelles, pendant qu'on dirigerait sur la même ville toutes les troupes disponibles dans les provinces septentrionales. Les princes partirent dans la nuit du 38 et arrivèrent le 30 à Yilvorde, où ils établirent leur quartier général, entourés d'un corps d'armée de cinq à six mille hommes. Malheureusement, aussitôt que le peuple apprit que l'armée faisait des préparatifs pour venir se substituer à la garde bourgeoise, une agitation violente, cette fois impossible à comprimer, se manifesta dans tous les quartiers. Les boutiques se fermèrent, la foule se précipita vers l'hôtel de ville, et partout on entendit, avec les cris c< aux armes! aux armes! »^ des menaces significatives à l'adresse de ceux qui oseraient prêter la main à l'exécution des ordres partis de la Haye. Hommes, femmes, enfants, tous se mirent à l'œuvre, et, en moins de deux heures, on vit surgir les redoutables moyens de résistance dont nous venons de parler. La garde bourgeoise ellemême ne se montrait guère disposée à céder la place avant le redressement des griefs de la nation. Il est certain que, si les princes avaient persisté
dans la résolaiîon d'entrer à Bruxelles à la tête des soldats placés sons leurs ordres, des flots de sang auraient inondé le^ rues de la capitale. Le péril ne fat écarté que par l'héroïsme du prince d'Orange, qui consentit à se rendre seul dans une grande cité où le pouvoir royal n'avait plus qu'une existence nominale (i).
Ainsi qu'il arrive toujours en temps de révolution, les exigences du peuple soulevé s'accrurent d'heure en heure. Le 28 août, on ne demandait que le redressement des griefs allégués par les provinces méridionales :lei^ septembre, les mois de séparation administrative étaient sur toutes les lèvres. A la lecture des outrages et des bravades qui remplissaient les colonnes des feuilles hollandaises, le vœu d'une séparation administrative s'était brusquement manifesté de toutes parts avec une énerve contre laquelle il était désormais inutile de lutter. Dans les salons , dans les cafés , dans tous les lieux publics, on rencontrait des orateurs qui s'efforçaient de prouver que la dissolution de l'union contractée en 18iS était le seul moyen de sauvegarder les droits et les intérêts des Belges. « Séparons- nous! Chacun chez soi! » Les Hollandais en Hollande, les Belges en Bel-
(4) 4*^ Septembre.
» gique! Plus d'autre lien, d'autre point de contact » que la dynastie régnante! »> Tel était le cri général.
Ce fut au milieu de cette explosion du sentiment national que les cinq députés envoyés à La Haye firent connaître le résultat de leurs efforts, dans une proclamation ainsi conçue :