‹ Vie du comte Félix de MérodeChapitre 9 sur 25 · LE COMTE DE HËRODË A LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS · texte numérisé non relu

LE COMTE DE HËRODË A LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS

iDstallatiOD de la royauté constitutionnelle. — Conyocation de la.Ghaml)re des Représentants. — Le comte de Mérode est nommé membre de cette assemblée par le district de Nivelles. — Il devient ministre d'Etat. — Débats en comité secret sur Tacceptation des vingi-quatre articles proposés par la Conférence de Londres.

— Motifs qui engagent le comte de Mérode à voter leur adoption.

— Il combat la proposition d*une enquête parlementaire sur la campagne de 4834. — Il prend par intérim le portefeuille du département de la Guerre. — 11 vient , en sa qualité de ministre d^Etat, proposer l'institution d'un ordre civil de chevalerie. — Débats orageux provoqués par ce projet. — Institution de Tordre de Léopold. — Après le siège d^Anvero, le comte de Mérode vote des remerclments à Tarmée française; mais il combat vivement la proposition de renverser le lion monumental de Waterloo. — U accepte par intérim le portefeuille des Affaires étrangères. — 11 refuse d*accepter ce ministère à titre permanent. — Motifs de son refus. — Sympathies chaleureuses que le comte de Mérode rencontre sur tous les bancs de la Chambre. — La comparaison de la volière. — La plaque distinctive des représentants de la

nation. — Le oomte de Mérode prend en toute occasion la défense des droite et des susceptibilités légitimes de Tannée. — Témoignages de la reconnaissance des officiers. — Position parlementaire dn comte de Mérode en 4838.

Après rinstallation de la royauté, bientôt suivie de la courte mais désastreuse campagne de i83i, un arrêté du 29 août convoqua pour la première fois les collèges électoraux, à Teflet de procéder au choix des membres du Sénat et de la Chambre des Représentants. Le comte Félix de Mérode fut envoyé à cette dernière assemblée par le district de Nivelles <» et il conserva ce mandat, successivement renouvelé pendant plus d'un quart de siècle, jusqu'au jour de son décès.

A ce nouveau témoignage de la confiance de ses concitoyens, qu'il reçut avec une gratitude proportionnée à sa valeur, vint bientôt se joindre une preuve non moins éclatante de la confiance de la couronne. Le 12 novembre 1831 , le premier roi de la Belgique indépendante lui conféra la dignité de ministre d^Ëlat.

Il serait aussi inutile que fastidieux d'énumérer les votes émis et les discours prononcés par le noble député dans sa longue carrière parlementaire. Nous nous bornerons à rappeler les faits les plus saillants, en nous attachant de préférence à ceux qui révèlent la générosité de ses

idées, rélévation de ses sentiments, la persévérance et la loyauté de ses convictions sagement libérales.

La première session de la législature vit surgir un de ces débats solennels qui agitent et passionnent les masses, parce que les droits, les intérêts et Texistence même de tout un peuple se trouvent en cause.

Avant l'arrivée du roi Léopold, la Belgique avait adhéré au protocole du 26 juin 4834 renfermant les dix-huit articles; mais, depuis ce moment, elle avait toujours déclaré qu'elle se refuserait à toute démarche ultérieure, aussi longtemps que le roi Guillaume ne se serait pas soumis, de son côté, à la décision de la Conférence de Londres. La Hollande, au contraire, tout en protestant contre les dioo-huit articles, avait offert de débattre, sous les auspices de la Conférence, les conditions d'un traité déflnitif.

Après la désastreuse campagne d'août, la Belgique, subissant la loi des vaincus, cessa d'exiger de sa rivale l'acceptation préalable du protocole du 36 juin. Les négociations furent reprises par Tintermédiaire des cinq cours ; et ce fut ainsi que la Conférence de Londres, tranchant toutes les di£BcuItés au bénéfice de la Hollande, finit par rédiger, le 44 octobre 4834, le célèbre projet

de traité connu souà la dénomination de vingts qtiatrerarticks. Cette fois la diplomatie nous enlevait définitivement la plus belle partie du Luxembourg et toute la rive droite de la Meuse, depuis Visé jusqu'à la Gueldre. Outre les forteresses de Maestricht et de Yenloo, 3S0,000 Belges, qui avaient activement participé à la révolution, étaient replacés sous la domination hollandaise. La Belgique était de plus chargée de la somme énorme de huit millions quatre cent mille florins des Pays-Bas de rentes (i)!

Lorsque ces conditions iniques, déclarées /înakê et irrévocables', furent communiquées au parlement et à la presse, un long cri d'indignation se fit entendre dans le pays et sur tous les bancs de la Chambre. Cette indignation n'était que trop légitime; mais les hommes sages, le premier moment d'effervescence passé, cherchèrent en vain le moyen de se soustraire à un arrêt prononcé par l'Angleterre et la France, cette fois complètement d'accord avec les trois cours absolutistes du Nord. Ainsi que je l'ai dit ailleurs, le refus de la Hollande n'était pas à prévoir, puisque tous les sacrifices et toutes les humiliations étaient du côté des Belges. Or, la Hollande

(4) Voy. le récit des négodationfi et tous les détails des travaux de la Conférence , dans nos Etud^ d'histoire contemporaine, T. I, p. 466ei8oiv.

aoeeptant, il ne nous restait en réalité d'autre perspective qu'une honteuse et tardive soumission aux ordres de la Conférence. Les Prussiens seraient venus nous expulser de Yenloo, les soldats de la Confédération germanique se seraient emparés du Luxembourg, et très-probablement les Anglais auraient bloqué nos ports et refoulé l'essor de notre commerce. De quelque côté qu'on portât les regards , on ne voyait que des périls et des pertes dans un inévitable état d'hostilité avec l'Europe. Il ne s'agissait plus alors de faire un appel à l'énergie révolutionnaire. Le principe monarchique avait triomptfé des deux côtés des Alpes; l'héroïque Pologne venait de succomber, et toutes les puissances, sans en excepter les cabinets de Paris et de Londres, déclaraient nettement qu'il fallait en finir.

Les discussions eurent lieu en comité secret. Ouvertes le 26 octobre, elles ne se terminèrent que le i^ novembre. Tout en protestant contre l'iniquité de l'arrêt, tout en déplorant sincèrement le sort des Belges qui allaient être séparés de leurs compatriotes, le comte de Mérode s'unit à la majorité de l'assemblée et vota en faveur de la proposition d'autoriser le gouvernement à accepter le traité (1).

(4) Nous verrons le parti que le comte de Mérode sut tirer, huit ans plus tard , du refus inattendu de la Hollande.

L'invasion de l'armée hollandaise avait produit un autre résultat, qui, quoique humiliant pour la nation, offrait du moins l'avantage de dissiper une foule d'i|.Iusions dangereuses. L'insuffisance et l'incohérence de nos forces militaires étaient devenues notoires. Personnel, matériel, administration, science, traditions, expérience, tout, sauf le courage individuel, manquait à l'armée nationale.

Mais telle n'était pas cependant l'opinion générale du pays. Un grand nombre de patriotes ne pouvaient se faire à l'idée d'une victoire remportée par ces Hollandais si facilement vaincus au Parc de Bruxelles et dans tous les villages échelonnés sur la route d'Anvers. Imitant l'exemple donné par le peuple français au début de la révolution du dernier siècle, une partie du peuple belge, encore exalté par les victoires de Septembre, attribuait la déroute de l'armée à la trahison des chefs; et cette opinion, qui comptait de nombreux partisans au sein de la Chambre des Représentants, s'était produite à la tribune sous la forme d'une proposition d'enquête parlementaire.

Le comte de Mérode, qui savait que les causes de la défaite se trouvaient ailleurs, et qui était convaincu que l'étalage de nos misères aurait pour seul résultat d'accroître considérablement

les prétentions de la Hollande, combattit cette idée de toutes ses forces. « On nous propose une » enquête sur les causes de nos revers, dit-il. » Messieurs, je vous indiquerai les principales » en peu de mots. Force, unité d'action dans » l'exercice du pouvoir en Hollande : faiblesse » et division en Belgique, jusqu'à l'arrivée du » roi Léopold. Armée disciplinée en Hollande, » étrangers admis en masse dans ses rangs :

» amour-propre national trop exclusif chez nous; )) opposition à l'introduction d'o£Bciers d'expé- » rience et de vieux soldats dans nos régiments <» » et par suite défaut de subordination. Secret des » négociations pour les affaires extérieures de la )> Hollande : débats tumultueux des nôtres dans » cette enceinte, au milieu des bravos et parfois » des sifDets. OlBBciers de la schuttery nommés » par le chef de l'Etat en Hollande : élection des » oi&ciers du premier ban de la garde civique » parmi nous. Argent prodigué en Hollande pour » la création d'une force nombreuse : argent » épargné en Belgique; par la crainte, très-légi- » time sans doute, de fouler le pays. Impossibi- » lité de conspirer en Hollande : liberté presque » absolue des machinations en Belgique. Minis- » tère bien secondé par les Chambres en Hol^ » lande, tiraillé en tout sens par la représentation

» nationale en Belgique (1). » II pensait, et la Chambre finit par penser avec lui, que le meilleur moyen de mettre l'armée sur un pied respectable était de s'en rapporter avec confiance à l'activité courageuse et féconde du premier ministre de la guerre nommé par le roi, M. Ch. de Brouckere. C'était en effet le parti le plus sage. S'il ne s'agissait que de rechercher les causes générales de nos revers, l'enquête était inutile. S'il s'agissait, au contraire, d'entrer dans les détails des opérations militaires, dans l'examen des acres individuels, l'enquête était dangereuse. Au moment où l'ordre, la subordination, la discipline et le respect du pouvoir étaient les premiers besoins de l'armée , il y avait un péril réel à soumettre les actes des supérieurs aux critiques, au contrôle, aux investigations jalouses des agents subalternes. Au lieu d'entraver les efforts des chefs par une intervention intempestive du pouvoir législatif, il fallait seconder et encourager l'attitude énergique et loyale du ministre de la guerre.

Après des hésitations beaucoup trop longues, la majorité de la Chambre prit ce parti, et M. de Brouckere se remit à l'œuvre avec cette vigueur

(4) Séance du S9 novembre 4834.

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intelligente et infatigable qui était Tun des traits distinctifs de son caractère. L'armée offrait Taspeet le plus satisfaisant, lorsque le jeune et habile ministre, cédant aux dégoûts que lui inspiraient les calomnies qui venaient l'assaillir jusqu'à la tribune, donna sa démission, le iS mars 1832«

Ce regrettable incident fournit au comte de Mérode l'occasion d'utiliser, au profit du pays et du roi, son titre de ministre d'Etat.

Dans son désir de compléter le travail si bien commencé par M. de Brouckere, le roi Léopold avait pris la résolution de remplacer e^lui-ci par le général français Évain, administrateur du premier ordre, qui, depuis quelques mois, se trouvait au service de la Belgique. Malheureusement, les circonstances étaient pressantes; les formalités requises pour conférer au général la grande naturalisation exigeaient plusieurs semaines, et les chefs de l'armée, peu soucieux de prendre un pouvoir passager qui ne pouvait leur valoir autre chose que des rancunes et des haines, refusaient d'accepter le portefeuille pendant la période intérimaire. Mais le roi, qui avait profondément étudié les besoins de la situation, n'en persista pas moins dans ses vues. Au lieu de donner un ordre à des hommes à qui il était en droit d'imposer l'obéissance, il fit un appel au dévouement

de son ministre d'Etat, et celui-ci, malgré les railleries des feuilles de l'opposition, devint ministre de la guerre par ùUérim. Il en exerça les fonctions avec le concours du baron Evain, jusqu'au jour où ce dernier , ayant obtenu la grande naturalisation, prit la direction officielle du départenfent (i).

Ce fut encore en sa qualité de ministre d'Etat que, le 8 juin 1832, le comte de Mérode vint remplir, à la tribune de la Chambre des Représentants, une mission devant laquelle les ministres à portefeuille avaient prudemment reculé.

Les membres du cabinet étaient unanimement d'avis qu'il convenait de fournir à la royauté nouvelle un moyen d'influence et d'action que possé^ daient les autres monarchies européennes. Tous

(4) L'année suivante {%{ janvier 4S33], un dialogue que nous croyons devoir reproduire s'établit à la Chambre des Représentants, à propos du budget de la guerre.

« M. F, de Mérode. Il vaudrait mieux nommer une commission » spéciale. Sans cela, je crois qu'un grand nombre de membres, » après avoir examiné ce budget , n'en sauront pas plus que moi....

» M, Du Mortier, Vous avez élé cependant ministre de la guerre » {on rit).

» M, F. de Mérode (souriant), /'a» été e/fecUvement ministre de la » guerre , quand les circonstances me faisaient un devoir d^accepter » ces fonctions; mais j'avoue que , malgré cela , je ne connais pas o la comptabilité de ce département {Monit,, n*" 23). »

Après avoir reproduit ce fragment du journal officiel , un historien, adversaire politique du comte de Mérode, s'écrie : « Naïf, ■ mais noble langage l » (Van den Peerenboom , Du gouv, représen- ^VcnBtfljr.,T. I,p. 4Î6.)

admettaient la nécessité de Tinstitution d'un ordre de chevalerie, destiné à stimuler le zèle et à récompenser le mérite dans les diverses carrières où se déployait l'activité de la nation. Mais entre ce vœUf timidement émis dans le secret du conseil, et sa réalisation à la suite d'une discussion publique dans les deux Chambres, la distance était grande. Les distributions impopulaires des décorations néerlandaises avaient jeté sur les ordres civils un discrédit mérité. Parler de croix et de rubans d|ins une assemblée où les idées démocratiques et révolutionnaires exerçaient une influence considérable, c'était s'exposer à un échec dont aucun ministre ne voulait courir la chance. Mais ces scrupules et ces craintes étaient sans influence sur le comte de Mérode. Convaincu des avantages de l'institution d'un ordre national, il s'offrit à contresigner le projet comme ministre d'Etat et, le lendemain, il le déposa hardiment sur la tribune de la Chambre des Représentants. Peu lui importaient les critiques des journalistes, les clameurs de l'opposition , les applaudissements ou les murmures des tribunes. Exempt d'ambition et d'amour-propre, n'ayant d'autre but que le bien du pays, et plaçant au-dessus de toutes ^ les faveurs le témoignage d'une conscience où le désintéressement, le patriotisme et le devoir

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tenaient sans partage, il lui suffisait d'avoir trouvé Toccasion de rendre un nouveau service.

L'orage qu'on avait redouté ne tarda pas à se déchaîner sous les voûtes du Palais de la Nation. Le projet fut attaqué au nom de la Constitution, au nom de nos mœurs démocratiques, au nom du bon sens et de la loyauté des Belges. Sur tous les bancs de la Chambre, on s'écriait que les décorations, rarement accordées au mérite modeste,' brillent toujours sur la poitrine des chefe de toutes les coteries agréables aux ministres. On les répudiait comme la récompense de la servilité, le salaire de l'intrigue, le prix de l'apostasie, la monnaie des corruptions électorales. Il était évident que le projet, s'il n'était pas repoussé, n'obtiendrait en tout cas qu'une trés-faible majorité.

Abandonné de la plupart de ses alliés ordinaires, le comte de Mérode trouva de valeureux compagnons d'armes dans MM. de Gerlache el Nothomb; mais il n'en eut pas moins besoin de toute son énergie pour ne pas se déconcerter au milieu des interpellations et des attaques parlant simultanément de toutes les parties de la salle.

A ceux qui lui demandaient pourquoi, simple ministre d'Etat, il n'avait pas laissé aux ministres à portefeuille le soin de présenter un projet de

cette importance, il répondait, sans compromettre la dignité de ses collègues : « Si c'est par mon » organe que le gouvernement vous a présenté » le projet de loi sur une décoration destinée à n récompenser les services rendus à la patrie, » quelle que soit leur nature, c'est que per- » sonne, plus que moi, n'adopte l'opinion que » ce genre de distinction rémunératoire peut être » très-convenablement appliqué dans l'intérêt du » pays. Une chose me paraitreUe avantageuse y> à la nation que nous représentons dans cette » enceinte, je m'y porte avec un vif entraine- » mentj car celte nation mérite une considéra- » (ton d'autant plus grande que^ seule dans le » monde, elle met en pratique les véritables » principes de la tolérance et de la liberté, » sans mélange d'esclavage ou de restriction. » A ceux qui disaient que le caractère national n'avait pas besoin d'être stimulé à l'aide des hochets imaginés par les souverains absolus pour récompenser les bassesses de leurs courtisans, il répliquait avec autant de modération que de raison : « Le Belge, indépendant de tout autre » joug que celui de lois équitables, est-il indé- » pendant des sentiments, des préjugés, si Ton » veut, de l'amour-propre personnel? Non, Mes- » sieurs, il est homme, et 1 attrait qu'il partage

» avec les autres hommes pour les distinctions M i> les houneurs doit être dirigé vers le bien. Dans » un gouvernement comme le nôtre les sinécures » ne sont pas de mise. Les places, créées pour le » service public et non pour ceux qui les occui> peut, ne se multiplient point au gré du pouvoir x> qui les confère. Les pensions doivent être sera- » puleusement ménagées. Chez nous donc, plus }> que partout ailleurs, les récompenses honori- » fiques me semblent particulièrement bonnes. » En vain dira-t-on que le témoignage d'ane con- '> science satisfaite suffit au bon citoyen. Sans » doute, il est quelques âmes privilégiées qui se i> contentent d'avoir accompli leur tâche : bien » agir est leur plus douce récompense. Mais les » faibles sont plus nombreux que les forts, et les » uns comme les autres ont besoin d'encourage- » ment« Un ordre établi dans ce but ne doit pas » être écarté par la crainte qu'il ne devienne la » proie d'un courtisan obséquieux.... » Aux nombreux orateurs qui, tout en admettant un ordre militaire, repoussaient de toutes leurs forces la création d'un ordre civil, il disait :«.... Je pense » qu'un ordre institué pour récompenser tous les » services rendus à la chose publique mérite l'as- » sentiment de cette Chambre. Il est bon d'accou- » tumer les hommes à considérer autre chose que

» ces actions éclatantes dont les yeux du vulgaire i> sont facilement éblouis. Le militaire, vainqueur » du bon droit, instrument passif d'une hideuse » oppression , a risqué sa vie dans les combats » comme le soldat de la liberté : il porte sur sa » poitrine la décoration du brave. Et dans un » pays libre on aurait l'imprudence de n'accorder » des marques distinctives qu'à la valeur et aux » talents militaires! Le médecin, le magistrat, » qui exposent avec désintéressement leur santé, » leur vie même, qui s'épuisent de fatigue au yj milieu des ravages d'une épidémie; l'ouvrier » qui arrache aux entrailles de la terre de nom- » breux infortunés destinés à périr, ne jouiront » jamais d'un privilège exclusivement réservé à » l'uniforme! Le riche industriel, le propriétaire, » qui consacrent une part de leur fortune et de » leur temps au soulagemcait de la misère, à » l'administration gratuite des établissements pu- » blics, le savant, l'artiste, ne participeraient » point à l'émulation qu'il conviendrait d'entre- » tenir dans les rangs de l'armée! Et cela chez 9) une nation qui ne met pas le canon au-dessus » de tous les droits! Et pourquoi? Parce que les » marques honorifiques données pour les actions » le plus généralement utiles au peuple pour- » raient devenir des actes de corruption ! » Enfin ,

aux dépotés qai redoutaient L'abus d'une institution dont ils admettaient les avantages en principe , il répondait : ce .... Que de dangers n'offre » pas la disposition des places civiles et militaires » abandonnée à la puissance executive ! Cepen- » dant un contrôle direct à cet égard étant plus » nuisible qu'utile, on y renonce. Le pays se livre » à la prudence , à la justice de ceux qu'une vo- » lonté supérieure porte au timon des affaires.... » Messieurs, les agents les plus enviables de la » nature sont susceptibles d'effets dangereux. » Faut-il abandonner l'usage du fer qui blesse, » des remèdes qui tournent en poison quand ils » sont mal appliqués?.... Les anciens avaient es- » sayé la construction de navires de seize à vingt )) rangées de rames , tellement compliqués et » pesants qu'on n'en pouvait tirer presqu'aucun » usage. Ne faisons pas du régime constitutionnel » une galère gouvernementale de trente-six ran- » gées de précautions infiniment allongées les » unes au-dessus des autres, au point que ce » régime devienne impossible dans l'exécution. » Les gouvernements réellement libéraux sont » fondés sur trois grands principes, ceux qui i> consacrent la^ liberté de la presse, Tindépen- » dance électorale et la franchise religieuse. Tout » ce qui peut porter atteinte à ces trois bases

» doit être rejeté rigoureosement. Sur le reste, >i gardons-nous des empêchements minutieux , des » subtilités formalistes qui rapetissent les choses » et les hommes (i)!... »

Tous ces efforts obtinrent le résultat désiré; mais ce résultat même prouva que Ténergie déployée par le signataire du projet étaft indispensable. L'article décrétant la création d'un ordre civil ne fut admis qu'à la minorité d'une voix.

Quelques mois après cette victoire parlementaire, la deuxième session des Chambres, qui s'ouvrit le 13 novembre 1832, fournit au comte de Mérode une nouvelle occasion de manifester ces sentiments vraiment libéraux qui , dès sa première jeunesse, avaient constamment dirigé ses pensées et ses actes.

A la suite d'une convention conclue entre TAngleterre et la France, le 22 octobre 1832, une armée française, commandée par le maréchal Gérard, était venue mettre le siège devant la citadelle d'Anvers. Après vingt-quatre jours de tranchée et de combats incessants, la garnison hollandaise avait enfin abandonné un poste, où sa présence était une cause permanente d'embarras et d'humiliations pour le gouvernement,

(4) Séance da 3 juillet; M<m. du 5.

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