‹ Vie du Dants. Analyse de la Divine comédieChapitre 5 sur 9 · L*ENFER · texte numérisé non relu

L*ENFER

Ce furent aussi des faussaires, falsificatori di parole, ces deux artisans de calomnie et de fourbe, dont la Genèse et répopée ont flétri la mémoire. L'accusatrice de Joseph et Sinon, ce grec parjure dont le nom reste attaché à la ruine de Troie, conservent encore, dans les ardeurs de la fièvre, le feu subtil qui leur suggéra de funestes impostures. Ici le poète prend de nouveau plaisir à jeter le grotesque au milieu de son terrible drame ; il prend la baguette du nécromant, et par un jeu de son art, employé longtemps après par Shakespeare dans le colloque de ses fossoyeurs, il met aux prises Sinon et maestro Adamo qui se reprochent leurs méfaits. II s'engage entre le fiévreux et Thydropique un combat étrange, suivi d'un dialogue plus bizarre encore où le sarcasme, la riposte vive et piquante, même les concettiy dont le Dante est si sobre d'ailleurs, ne sont pas épargnés. Cet emploi du grotesque, pour redoubler la pitié par la terreur, appartient à la poétique du moyen âge, et Dante "^lui-même n'a pas négligé ce procédé, dont Shakespeare après lui et la nouvelle École dramatique ont fait usage.

CHANT XXXI

Il reste à décrire le puits de l'abîme, suivant l'expression de la Bible empruntée depuis par Bossuet, ce puits creusé au centre même de l'Enfer, et au bord duquel Dante est parvenu. Au-dessus de sa vaste margelle, s'élèvent à mi-corps des géants que Dante, à la clarté douteuse d'un effrayant crépuscule, avait pris d'abord pour de hautes tours. Un de ces géants avait sonné du cor avec une force que ni le cor de Roland ni le tonnerre lui-même n'aurait pu égaler. C'était Nemrod, reconnu par Virgile et placé ici comme le type de la confusion, anima confusa, parce que toute confusion est venue sur la terre de lui et de son projet d'élever la tour de Babel. Il jette un cri, et profère quelques mots réputés jusqu'alors inintelligibles rafel mai amech sabi almi^

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et qu'an savant orientaliste?, M. de Lanci, a dans ces derniers temps traduits ainsi de Tancien arabe : « Je resplendis sur Tabîme, comme la foudre sur la terre. » Ne vaut-il pas mieux dire, avec les commentateurs, que le poète a voulu figurer par des paroles n'offrant aucun sens la peine de Torgueilleux, de qui est provenue sur la terre la diversité des langues. Si Dante avait emprunté ce vers barbare à une langue connue, aurait-il ajouté : Ijuissons-là ce superbe qui nous entend aussi peu que nous le comprenons lui-même ? Che cosi è a lui ciascun ItnguaggiOy corne* l suo ad ollrvi, ch'a nullne noio.

D'autres géants dont les pieds touchent au fond de l'abîme, et qui s'élèvent au-dessus des bords à partir de la ceinture, s'offrent à nos pèlerins : Voici Ephialte, un de ceux qui osèrent porter la guerre dans le ciel ; il est lié par une chaîne qui lui serre les deux bras, et qui l'entoure cinq fois depuis le cou jusqu'au nombril. Briarée, cherché par Dante, n'est pas en ces lieux ; il est commis à quelque office dans le Purgatoire ; mais voilà Antée, ce fils de la terre. Titye et Typhon ne sont pas loin. Sans aller jusqu'à ces derniers, Virgile obtient d'Antée qu'il le prenne avec son compagnon, et qu'il les dépose tous deux au fond du gouffre. Dante, qui s'est attaché à Virgile, se trouve ainsi emporté par le géant, qui se courbe, dépose son double fardeau et se relève au même instant.

CHANT XXXll.

Au terme de leur voyage en Enfer, puisqu'ils sont parvenus au neuvième et dernier cercle, les deux pèlerins considèrent cet abîme profond, qui se divise en quatre orbes jusqu'au point central, occupé par Satan lui-même. Là

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s'expient dans les rigueurs du* froid le crime des cœurs insensibles, ringiatitude manifestée par quatre sortes de trahison, envers les siens, envers son pays, envers ses hôtes et envers ses bienfaiteurs. Cette gradation, qui conduit aux deux plus noirs attentats commis sur la terre et dans le ciel par le baiser de Judas et par la rébellion de Satan contre l'Eternel, est indiquée par les noms mêmes des lieux destinés à chaque classe de traîtres ; ce sont la Gaïna, l'Antenora, la Tolommea et la Giudecca. De ces noms, forgés par le poète, le premier et le dernier conviennent bien au meurtre d'un frère et au crime inexpiable des Juifs. Les deux autres n'ont pas moins de rapport avec les crimes de ceux qui trahissent leur pays ou leurs hôtes. Mais il faut se rappeler qu'Anténor attacha le nom d'un traître à la ruine de sa patrie, à la grande catastrophe de. la ville de Troie ; il faut savoir que Ptolomée, gendre de Simon Machabée, le lit massacrer avec ses deux fils, ses convives, dans la salle même du banquet, pour s'emparer du pouvoir souverain.

Livrés aux tortures du froid, ces quatre sortes de damnés souffrent à des degrés différents le même genre de supphce. Ils sont plongés plus ou moins dans l'étang glacé qui forme ici le Gocyte. Les uns sont enfoncés jusqu'aux épaules, les autres ne laissent voir qu'une partie de leurs têtes hérissées de glaçons ; ou ils ont le visage baissé pour empêcher que leurs larmes ne se gèlent en tombant au bord de leurs yeux, et ne les aveuglent ; ou ils sont étendus sur le dos, et les premiers pleurs, arrêtés entre leurs paupières, refoulent avec un surcroît de souffrances d'autres pleurs qui naissent en dedans, et voudraient se frayer passage. On n'entend de toutes parts que des sanglots et des grincements de dents. Les plus coupables, ceux dont la main scélérate n'a point épargné leurs bienfaiteurs, sont tout-à-fait sous la glace, et s'y tiennent dans diverses postures, debout, couchés la tête en bas ou courbés en arc.

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Dante, laissé par le géant au fond du ténébreux abîme, regardait encore les bords élevés du puits où il était descendu, lorsqu'un cri se fit entendre à ses pieds : « Ah I prenez garde, vous marchez sur la tête de vos malheureux firères... » Il se retourne et voit devant lui une vaste campagne de glace, semée de têtes aux faces pâles, aux cheveux hérissés, mille visi cagnazzi fatti. Un de ces damnés, Gamiccione dei Pazzi, se montre au Dante sans oreilles et frissonnant. Assassin d'Ubertino son parent, qu'il avait attaqué déloyalement, Gamiccione se nomme d'abord et nomme avec lui quelques traîtres, plongés aussi dans le Gaîna. Il désigne Alexandre et Napoléon, les deux fils d'Alberto degli Alberti, ces farouches tyrans qui se disputèrent un sceptre exécré dans toute la vallée de Falterone, et finirent par s'entretuer. Il montre encore Modite, cet indigne fils du roi Artus, qui périt dans l'embuscade même qu'il avait dressée à son père ; et Foccacîa, de la noble famille des Gancellieri, qui, par le meurtre de son oncle, fit naître à Pistoie la faction des Noirs et des Blancs, devenue depuis si funeste à Florence elle-même ; Et Sazzolo Mascheroni, qui s'était souillé d'Un crime semblable. — Le poète frappe ici, suivant son usage, un coup de son fouet vengeur, en faisant dire à Gamiccione : <( J'attends Garlinc qui doit couvrir l'odieux de ma trahison par une trahison plus noire. » Il prédit ainsi la mort et la damnation de ce Carlino, déjà coupable, au moment oîi Dante écrivait son poème d'avoir trahi les Blancs de Pistoie en rendant à prix d'or aux Florentins un château en Val d'Arno, qu'il était chargé de garder.

Les ténèbres devenues plus épaisses avertissent les voyageurs qu'ils sont entrés dans l'Antenora ; car il n'est point de barrière entre les quatre orbes du puits infernal. Le redoublement des ténèbres et l'intensité du froid sont les seules choses qui les distinguent. Un des damnés, ghiac-

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ciati, dont la tête s'élève à la surface de l'étang, cherche h se dérober à la vue du Dante ; mais celui-ci, qui croit l'avoir reconnu, le saisit fortement aux cheveux, afin de le contraindre à montrer son visage. Pendant cette lutte, un autre damçé le nomme en disant : « Qu'as-tu donc, Bocca? » Se voyant alors découvert, lui l'auteur du désastre des Guelfes à la bataille de Montaperto, lui qui entraîna la déroute des siens, en coupant lui-même la main du portedrapeau, et assura ainsi la victoire aux Gibelins, Bocca se venge de l'indiscret qui a révélé son infamie, en le nommant à son tour : « Sache, dit-il à Dante, quel est ce traître. C'est Buoso de Crémone, de la famille de Duera. Il s'est veidu aux Français, et leur a livré le passage que cherchait, sous la conduite de Guido de Montfort, l'armée envoyée par Charles de Valois contre Manfredi. » Voici encore, ajoute Bocca, un traître qui, légat du Pape à Florence, y fut décapité pour avoir au mépris de sa mission essayé d'ôter le pouvoir aux Guelfes, pour le donner aux Gibelins. C'est Beccheria, l'indigne abbé de Vallombreuse ; et cet autre, en trahissant au contraire le parti Gibelin auquel il appartenait, ne s'est pas moins souillé du crime qui s'expie dans l'Antenora : c'est Gianni del Soldahiero. »

Dante entend nommer ensuite Ganelon, ce traître fameux dans les chroniques du tempsde Charlemagne. Son attention se réveille aux noms de Tribaldello, d'UgoHn et de l'archevnque Roger. Le premier avait ouvert de nuit à un capitaine français, Jean de Pas, les portes de Faenza. Les deux autres avaient commis des trahisons de nature différente : Ugolin, en livrant aux Guelfes le château de Pise, l'archevêque Roger, fougueux GibeUn, en violant l'asile qu'il avait accordé au comte Ugolin, et en le punissant d'une mort affreuse au mépris des saintes lois de l'hospitalité.

L'archevêque Roger appartenait à la troisième région

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du puits de Tabîme, où sont punis les traîtres envers leurs hôtes. Mais le comte Ugolin devant lui-mome expier sa trahison envers sa patrie, le poète, pour inflig.^rà ces deux coupables un supplice commun et approprié à leurs crimes, les a réunis sur la limite des deux régions ; et il a inventé pour eux un raffinement de torture, où son génie respire tout entier. On connaît l'affreuse vengeance suggérée à l'archevêque Roger par la haine de parti. L'histoire des dissensions civiles n'offre pas un fait plus atroce. Forcé de demander un asile à son ennemi, le comte Ugolin avait trouvé dans le palais du prélat, au lieu d'un sanctuaire inviolable, une prison. Lui et ses quatre fils, dont les noms ont été conservés par le poète, Uguccione, Brigata, Anselmuccio et Gaddo, furent confinés dans une tour qui s'appela la Tour de la Faim^ depuis que ce malheureux père, après y avoir vu périr d'inanition et tomber successivement à ses pieds ses quatre enfants, avait lui-même expiré sur leurs cadavres. Or, par un trait qui fait frissonner de surprise et d'horreur, Dante condamne ce féroce archevêque à satisfaire de sa propre substance la faim ardente qu'il a provoquée. Il servira de pâture au comte Ugolin devenu à son tour inexorable. Sa tête, qui a conçu l'iclce d'une aussi barbare vengeance, sera livrée à sa victime qui fouillera la cervelle de son ennemi, renaissant sous sa dent tranchante.

L'on trouve dans la Fable le germe de cette conception terrible. On y voit Tydée, l'un des sept chefs, blessé h mort par Ménalippe sous les murs de Thèbes, se repaître avant de mourir de la chair de son ennemi. Le récit de la mort d'Ugolin et de ses quatre fils a des couleurs si vraies et si saisissantes qu'il justifie l'horreur d'un châtiment qui révolte l'imagination et les sens. Rien dans le père ne décèle ses souffrances corporelles ; sa torture est toute morale. On retrouve dans son invincible constance toute la beauté

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du Laocoon des anciens, et sa douleur, d'une expression tout autre que celle de ses enfants, rappelle et surpasse peut-être ce chef-d'œuvre de la sculpture antique. Tout entier au spectacle de ses fils qu'il voit tomber un à un, on croirait qu'il est insensible par lui-même et que son cœur seul est déchiré, sans ce dernier trait : « tre di gli chiamai poich'e fur morti ; poscia più che'l dolor potel digiuno. Leurs noms furent encore sur mes lèvres pendant les trois jours qui suivirent leur mort, et puis la faim vint à bout de celui que la douleur n'avait pu abattre. »

CHANT XXXIU.

Le froid, à mesure que les voyageurs s'avancent, accroît ses tortures : ces damnés couchés sur le dos, et qu'aveugle une croûte de glace épaissie sur leurs yeux, appaiiiennent à la troisième région de l'abîme central, à la Tolommea, séjour des traîtres envers leurs hôtes. Abattre son ennemi dans la joie d'un festin, au foyer même où on l'a reçu, est un crime dont le poète par une de ses conceptions les plus hardies dénote le caractère irrémissible. Il ose avancer que rame du perfide quitte son corps à l'instant même où se consomme la trahison, et tombe aux lieux du châtiment éternel avant que la mort les ait séparés, Innanzi Matropos mossa le dea. Il reste sur la terre un cadavre ambulant, un corps hanté par le démon jusqu'au terme d'une vie désormais sans but et sans espérance. Quel tableau d'une damnation anticipée ! Dante, qui a déjà damné de leur vivant de grands coupables, en les montrant attendus dans l'Enfer par les compagnons de leur futur supplice, a trouvé ce nouveau moyen d'attacher le sceau de la réprobation à des personnages encore vivants, et souillés de crimes énormes.

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C'est ainsi qu'il reconnaît dans la Tolammea un homme qu'il avait laissé plein de vie sur la terre. Albéric, le fléau de la Romagne, entré, sur ses vieux jours, dans l'ordre des Frères-joyeux, fraii godenti, s'était ,vengé de ses parents, en les faisant égorger au milieu d'un festin où il les avait appelés à une feinte réconciliation. Le signal du massacre' avait été ces paroles : « Servez les fruits. » D'où vint depuis ce proverbe : Il a mangé des fruits du frère Albéric. — Comment, lui dit le Dante, êtes-vous en même temps ici et dans le monde où je vous ai laissé hier ? — Il en est de moi sans doute, répond Albéric, comme de ce damné que tu vois couché sur la glace. Reconnais en lui Rrancad'Oria qui reçut à sa table et fit tuer par un des convives Michel Zan- . che son beau-père. Les âmes de ces meurtriers, précipitées aussitôt dans cet abîme, cessèrent d'habiter leurs corps, qui vivent pourtant encore en ce moment, mais en proie aux démons qui en ont fait leur demeure.

Le poète ajoute un dernier trait à son tableau. Point de pitié pour les traîtres; quiconque a trahi la foi jurée en immolant son hôte, sous le toit qui devait être inviolable, ne mérite pas qu'on lui tienne parole. C'est la vieille maxime de l'église, qu'on peut manquer de foi envers les infidèles. Dante s'en souvient lorsqu'après avoir appris d'Albéric ce qu'il désirait savoir, il refuse durement de lui ouvrir les yeux en brisant la glace qui les offusque. Vainement avaitil dit: « Que je tombe au fond de cet étang glacé, si pour prix de tes révélations, je ne romps point la glace qui couvre tes paupières ! » Dante est sans merci pour ce traître, comme on l'a déjà vu choquer de fiont l'insolence altière de Filippo Argenti. L'orgueil et la trahison révoltent ce cœur loyal, il se refuse aux vives instances du damné, et se croit justifié par ces mots: nCortesia fù lui esser vïY/ûwo, manquer de parole à ce traître, c'était justice. » Puis, suivant son usage, il fait honte à Gênes d'avoir produit un misérable tel que ce

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d'Oria. On se rappelle ses véhémentes apostrophes â Pise et à Florence. On dirait que ne pouvant damner ces villes tout entières, le poète, le Blanc implacable, ait chargé sa muse du soin de sa vengeance.

CHANT XXXIV

Nous touchons au terme de la première partie du voyage. Nospélerins sont parvenus au centre même de l'Enfer. Us ont traversé toute la région de l'empire des ténèbres, et il faut qu'ils en sortent sans revenir sur leurs pas. Ici tout est si étrange, si imprévu et si fantastique, tout se meut par des ressorts si merveilleux qu'il faut se borner à raconter:

Au centre de l'étang glacé, le cristal transparent laisse voir des pécheurs enfoncés profondément dans des attitudes diverses. Ils sont couchés ou debout, renversés la tête en bas ou courbés en arc. Tous environnent une machine étrange qu'on prendrait la nuit pour un moulin agitant ses ailes. Il s'en échappe en effet des boufTées de vent qui déjà s'étaient fait sentir dans la région précédente. Celle-ci est la Giukccn^ qui tire son nom de Judas, et réserve un châtiment effroyable à tous ceux qui ont trahi leurs bienfaiteurs. Cet objet monstrueux s'élève à mi-corps au-dessus de la glace. Un de ses bras équivaut à plusieurs géants, puisqu'il dépasse autant un seul géant que celui-ci dépasserait le Dante. Qu'on juge, sur cette donnée du poète, de la hauteur prodigieuse de Satan; car c'est lui, c'est l'ange déchu, la creatura ch'ebbe il bel semblante^ c'est le prince des Enfers, lo'mperador del doloro^o regno. Ce monstre à triple face avait de grandes ailes, en nombre égal à ses trois visages qui étaient dje couleurs différentes : La face antérieure avait le teint vermeil; celle de droite était jaunâtre et celle de gauche tout à fait noire.

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Le poète a-t-il voulu représenter sous ces traits l'humanité corrompue dans les trois parties du monde, la race pervertie de Sem, Chamet Japhet?Les pleurs.de Satan jaillissent à la fois de six yeux, et tombent sur trois mentons. Dans chaque bouche, affreux spectacle, il tient un damné qu'il broie sous ses dents. Celle de devant a saisi par la tête Judas le plus coupable de tous les habitants de l'Enfer, et aussi le plus torturé ; car Lucifer ajoute à ses morsures l'empreinte de ses griffes qui lui labourent toute l'échiné. Des deux autres bouches, à droite et à gauche, pendent, la tête enbas, deuxdamnés'qu'on ne s'attendait guères à trouver en ces lieux: ce sont Brutus et Cassius, nommés par le poète sans aucune réflexion.

Dante, philosophe chrétien, a-t-il voulu mettre ici la morale au-dessus de la politique, ou plutôt, grand politique lui-même, séparant l'empire du sacerdoce et rapportant à César le principe de l'autorité temporelle, comme il l'a fait voir dans son livre de monarchia^ le châtiment du meurtrier de César n'est-il pas ici un hommage rendu à la légitimité du sceptre, auquel il demandait la régénération de l'Italie ? quoi qu'il en soit, il est curieux d'observer combien Dante diffère ici de Tacite disant de Brutus et de Cassius : effulgebant eo quod minus visebantvr,

L'Enfer n'offre plus rien à visiter. La nuit qui tombe avertit Dante que cette première partie de son voyage a duré vingt-quatre heures. Docile aux instructions de Virgile, il se pend au cou de son guide ; et celui-ci, saisissant l'instant où Satan ouvre ses ailes, se glisse dessous, s'attache à ses côtes velues, et pénétrant ainsi sous la glace, descend le long de son corps jusqu'à l'emboîtement des hanches répondant au centre du globe. Là, par un effet de la gravitation, connue par la chute des corps graves longtemps avant que Newton en eût trouvé la loi, Virgile fait

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une volte rapide de la tête aux pieds, et continuant de s'attacher au tronc de Lucifer, il remonte vers ses pieds, au lieu de descendre comme il avait fait jusque-là. Il sort enfin du puits par la fente d'un rocher qui s'ouvre dans un antre obscur. Déposé au bord du gouffre, Dante regarde audessus de lui, et s'étonne de retrouver Satan les jambes en l'air ; car c'était sa tête qu'il s'attendait à voir en levant les yeux, (c Cesse d'être étonné, lui dit Virgile, tu es dans un autre hémisphère. Ici la voûte des cieux est opposée à celle qui couvre la terre habitable. Le point que nous occupons correspond à l'endroit de notre hémisphère, où Jésus est mort sur la croix. Au commencement des choses, la terre était de ce côté ; mais le jour où Lucifer fut précipité du Ciel, elle s'enfuit à l'opposite, pour en éviter le choc. Une autre terre apparaît encore dans cet hémisphère nouveau ; mais elle a peu d'étendue, et se dresse en mont vers le Ciel. C'est peut-être aussi pour fuir Belzébuth qu'elle a pris cette forme, et qu'elle a laissé ce vaste espace entre elle et le Prince des ténèbres. »

Après cette allusion à la montagne du Purgatoire, Virgile explique à son disciple comment le soir est devenu tout-à-coup le matin, et pourquoi à l'instant où le soleil se couche dans l'ancien monde, il se lève dans l'autre hémisphère. Puis, cherchant tous deux à remonter à la surface du globe, ils marchent au bruit d'un ruisseau dont le cours échappe à leurs regards. Ils suivent sur une pente assez douce un chemin que les eaux ont creusé dans le roc, et qui les éloigne de Satan de toute la longueur de la tombe de l'ennemi du genre humain. Après avoir marché longtemps sans s'arrêter, Dante aperçoit enfin par une ouverture quelques-unes des beautés du firmament ; et bientôt lui et VirgiliB sont rendus à la clarté du jour. Sortis du sein de la terre, ils revoient la voûte céleste :

« Quindi usclmmo a riveder le stelle. »

En sortant du canal souterrain, par lequel il était remonté du centre de la terre à sa surface, Dante avait enfin revu le jour. Il se trouvait dans une île déserte, occupée presque tout entière par une montagne à large base. Cette montagne est le Purgatoire. Elle porte à son sommet une forêt, la forêt de TEden ou paradis terrestre, appelée aussi la Jérusalem nouvelle. Aussi est-elle précisément l^ntipode de Jérusalem; et de cette position géographique, suggérée au théologien par le besoin de montrer la chaîne qui unit le ciel à la terre, de cette bizarre donnée doit naître une foule de phénomènes physiques, de merveilleux spectacles dont le poète saura profiter.

Ainsi la scène s'ouvre dans l'autre hémisphère, pressenti peut-être mais non encore découvert au temps du Dantô. Le point de vue étant pris dans la région australe, au-delà du tropique du Capricorne, il faut se tourner du côté du Septentrion pour suivre la marche du soleil qui, pour le spectateur ainsi placé, va maintenant de droite à gauche. L'horizon a dû aussi changer. Le pôle austral s'est découvert, et a gagné tout ce qu'a perdu le pôle boréal aux yeux des pèlerins. Aussi le chariot a-t-il disparu, et la voûto céleste, au pôle antarctique, s'est-elle enrichie de quatre étoiles qui, n'étant visibles que dans ces lieux non habités des vivants, avaient été inconnues jusqu'alors, comme le

remarque le poète, hormis à nos premiers parents. Trois autres étoiles leur succèdent quand vient la nuit.

Pour les amateurs du sens mystique qui se révèle à chaque pas dans ce poème, ces étoiles figurent les quatre vertus cardinales et les trois -vertus théologales, que nous verrons ailleurs autrement personnifiées par les nymphes qui accompagnent le char et le griffon dans leur marche triomphale à la cime de la montagne. C'est la grande scène, qui réalise une des visions de l'Apocalypse, et qui clôt magnifiquement cette seconde partie de la divine épopée.

Un autre effet singulier de ce voyage aux antipodes, accompli en 24 heures (car il n'a pas fallu plus de temps aux deux pèlerins, comme nous l'avons vu, pour percer le globe, et pour apparaître au point opposé), c'est que le soleil leur a paru se lever deux fois, à la surface du globe, sans autre intervalle qu'une double nuit passée dans les entrailles de la terre. Le jour finissait lorsqu'ils pénétrèrent dans les régions infernales, et ils retrouvèrent l'aube naissante, au moment où ils en sortirent et reparurent dans l'île du Purgatoire. S'ils n'avaient passé en Enfer que le temps ordinaire de la nuit, le retour du soleil dans l'hémisphère qu'ils avaient quitté leur aurait fait trouver les ténèbres au point antipode. Au contraire, le soleil se levait quand ils débouchèrent sur la montagne du Purgatoire. Ils avaient donc passé 24 heures ou une double nuit dans le sein de la terre. Ils avaient traversé l'Enfer et le globe terrestre, dans un intervalle compris depuis le soir du Vendredi-Saint jusqu'au Samedi-Saint à la nuit tombante sur notre hémisphère oriental ; mais cette nuit tombante correspondait aupoipt du jour sur l'autre hémisphère. Ici le pèlerinage durera plusieurs jours, et ce n'est que le quatrième, après avoir parcouru l'Antipurgatoire, après avoir

visité les lieux où s'expient l'orgueil, l'envie et la colère, après avoir atteint le sommet du mont et reçu les adieux de Virgile, à qui l'accès du Paradis terrestre est interdit, que Dîinte, initié aux choses divines, sera prêt à quitter le Purgatoire et à s'élever aux sphères célestes.

CHANT I

Ces questions de temps et de lieu bien éclaircies, suivons le poète dans la deuxième partie de son pèlerinage. Virgile ne l'a point quitté. Tous deux, remontés à la surface du globe, se trouvent sur la montagne du Purgatoire et voient un vieillard près du soupirail des Enfers. C'est Caton d'Utique, qui tient sous son commandement « sotto sua balian les âmes qui viennent se purifier. Des Limbes il est passé, dit-il,' à la lumière, en y laissant Marcia sa chère épouse, que Dante a trouvée en effet dans les Limbes avec Cornélie et d'autres héroïnes de l'antiquité.

Caton est surpris de l'apparition de ces deux figures ; car les âmes du Purgatoire ne viennent point par là. Elles s'embarquent au port d'Ostie, à l'embouchure du Tibre, et traversent, sous la conduite d'un ange, l'océan Atlantique. Elles font à peu près le même voyage que le poète nous a dit avoir été tenté par Ulysse, au-delà des colonnes d'Hercule ; mais Ulysse a été submergé en vue d'une montagne très-haute, dont une secousse avait excité une tempête. Nous allons savoir ce qui avait produit cette commotion. Caton, prenant pour des damnés cfs deux hommes qu'il voit sortir d'une des bouches de l'Enfer, apprend de Virgile qu'ils ont entrepris ce voyage par une volonté supérieure. Il leur permet alors de visiter les sept royaumes dont se compose le Purgatoire.

D'après ces instructions, ils descendent sur la plage, et Dante accomplit les deux conditions, sans lesquelles il ne saurait se présenter à Tange qui garde la porte du Purgatoire. D'abord Virgile lui lave la face avec la rosée du rivage, où abordent les âmes conduites par l'envoyé céleste. En second lieu, il lui ceint les reins d'un des jonc$ qui couvrent ces bords. Il ne croît que des joncs dans toute la partie basse de la montagne. Toute autre plante y serait déracinée par les secousses qui s'y font sentir ; car la montagne tremble sur ses fondements toutes les fois qu'une âme suffisamment épurée s'élève dans les cieux. Comme le rameau de la Sibylle, le jonc arraché par Virgile est remplacé à l'instant même nunoavulso non déficit alter. » Purgé des vapeurs infernales et muni de cette ceinture, emblème de la simplicité du cœur, Dante pourra s'avancer dans ces régions où règne l'espérance, et qu'habitent des âmes dont le salut est assuré.

Tel est le sonmiaire du premier chant, où, suivant la manière constante du poète, l'allégorie n'est jamais séparée des faits. Sous la lettre il y a toujours la figure facile à saisir. Une seule chose peut étonner, c'est de voir un païen, Caton d'Utique, préposé à l'entrée du Purgatoire, c'est d'entendre cette apologie du suicide : Utique a reçu votre dépouille 1 Quelle sera brillante au grand jour du jugement ! La vesiôf ch'al gran dl sarà si chiara : mais il faut se rappeler que Virgile avait déjà gravé sur le bouclier d'Enée les Champs-Elysées, et Caton y dictant des lois : sécrétas que pios^ his dantem jura Catonem. Et cependant Enée avait vu le suicide puni aux Enfers : « Proxima deinde tenent mœsti loca^ qui^ibi letkum insontes peperêre manu, lucem qiée perosi projecêre animas, » Quelle ne dut pas être aux yeux de Dante, la grandeur morale de cet illustre Romain ! Partisan de César comme type de l'Empire, Dante, Gibelin de cœur, après avoir jeté Brutus et Gassius

ses meurtriers au plus profond de Tabîme, après avoir laissé dans les Limbes, c'est-à-dire avec les damnés, César lui-même, ose sfinctifier son rival et lui donner place et autorité dans le séjour des âmes destinées à la béatitude ! Il fut grand en effet, cet homme qui, résumant et personnifiant la liberté, de Rome, voulut remporter avec lui comme pour la soustraire au joug de Tusurpateur. Il fut glorieux ce suicide, accompli par l'homme juste avec foi en l'immortalité de son âme, et qui conservant la supériorité du droit sur la force, ne laissa au vainqueur qu'un cadavre pour . orner son triomphe !

Au surplus, et quoiqu'aient pu dire les commentateurs, la pensée du poète n'est pas équivoque : Lorsque je passai des sombres bords en ces lieux, dal mal fiume,.. qvando me n'usci fuera. — Gaton n'a-t-il pas pu être sauvé comme les saints personnages de l'Ancien-Testament, e molti altri (ainsi qu'il est dit au quatrième chant de l'Enfer), alors que Jésus-Christ descendu aux Enfers tira des Limbes ceux qui avaient bien vécu, et à qui il n'avait manqué que les lumières de la foi ?

Le chant suivant et les autres, jusques et y compris le neuvième, laissent la: scène en dehors du Purgatoire proprement dit 4 car celui-ci, dont la porte est gardée par un ange, ne conmience qu'à une certaine hauteur de la montagne, et tout ce qui est au-dessous et jusqu'au rivage est occupé par des âmes qui attendent le moment d'être admises aux saintes épreuves. De même que l'Enfer a son vestibule placé en deçà de l'Achéron, et destiné comme nous l'avons vu, aux âmes tièdes et apathiques, ainsi le poète a imaginé des lieux qui n'étant plus l'Enfer ne sont pas encore le Purgatoire, un antipurgatoriOj comme disent les commentateurs, et il y place, en plusieurs catégories distinctes, ceux qui ont été sauvés, sans la confession, par

un acte de contrition fervent à l'article de la mort.

Ces divei*ses classes comprennent : 1" les excommuniés, qui sont retenus au pied même de la montagne, et le plus loin du seuil désiré, comme les moins excusables ; ils y resteront trente fois autant de temps qu*a duré leur obstination, et ils n'acquerront qu'ainsi le droit de rentrer dans l'Eglise dont ils ont été séparés par l'anathème ; 2" les indolents qui, par une coupable négligence, ont différé de jour en jour jusqu'au dernier de se réconcilier avec Dieu ; ils ont mis les pieds sur le premier escarpement de la montagne ; mais ils s'y tiennent assis, tapis à l'ombre derrière une roche, dans une attitude immobile qui ne cessera qu'après un nombre d'années égal au temps qu'a duré leur vie mortelle ; 3" ceux qu'une mort soudaine (violente ou accidentelle), a privé des secours spirituels, et a mis par le repentir en communication directe avec Dieu. Quelques personnages d'élite ayant porté la couronne, et formant peut-être une quatrième classe de pécheurs que la mort a surpris au milieu des soins terrestres, sont réunis au même endroit de la montagne, et retirés au fond d'un vallon creusé dans le roc. Ils sont séparés de la porte du Purgatoire par un second escarpement plus raide, plus inaccessible. Celle-ci est donc à une certaine hauteur audessus du pied de la montagne, et le rivage, du côté occidental, reçoit les âmes que l'ange amène dans l'île pour s'y purifier.

CHANT IL

Reprenons maintenant le récit épîqlie de ces huit chants, et mettons en relief quelques* unes des beautés dont ils abondent. Du rivage, où ils se sont rendus par l'ordre

de Caton, nos pèlerins découvrent en mer une nacelle conduite par un ange qui leur apparaît debout à la poupe. L'esquif aborde, et jette sur la plage une centaine d'Âmes (bien petit nombre, comparé aux milliers que transporte le nocher de l'Enfer), lesquelles chantent le cantique de la délivrance m exitu Israël. Elles demandent à nos deuj^ voyageurs par où la montagne est accessible, et elles s'aperçoivent, à sa respiration, que Dante est vivant et aussi étranger qu'elles-mêmes dans ces lieux.

Dante reconnaît dans une de ces ombres son ami Casella, chanteur habile, qui avait mis en musique des poésies de sa jeunesse. Mort depuis plusieurs années, il avait attendu longtemps sur le rivage, à l'embouchure du Tibre, que l'ange l'admît dans sa barque où il passe qui il lui plaît et •quand il lui plaît. C'est à la faveur du jubilé, ouvert depuis trois mois dans le monde chrétien, que Casella a obtenu enfin son passage, egli ha toUo chi ha voluto mtrar, Casella, sur la demande de sonjetmi, lui redit un chant d'amour avec lequel il calmait autrefois ses folles ardeurs , che mi solea queiar tutte mie voglie. Ce petit poème est la seconde des canzones du Dante, que lui-même a commentées dans son Convivio. Son début : amor, che nella mente mi ragiona, devait jeter notre florentin dans une douce rêverie, en réveillant chez lui des impressions de jeunesse. Captivés par le talent de l'habile chanteur, lui et les âmes à portée de l'entendre avaient ralenti leur marche. Une réprimande sévère de Caton les rend à eux-mêmes et hâte leur course vers la montagne.

CHANT III

Chemin faisant, Dante se fait expliquer pourquoi soniftrps seul, et non celui de Virgile, projette une ombre. « C'est, liii répond son guide, que le vêtement nouveau qui a été donné aux âmes, suivant saint Thomas, est diaphane, et cette

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transparence ne leur ôte point la sensibilité. Quelqu 'étonnant que soit ce mystère, il faut l'admettre. Si l'homme avait pu tout savoir, la rédemption n'aurait pas été nécessaire, rnesiier non era clic par tori Maria. Renoncez, ô hommes, à connaître la raison de toutes choses, S taie contentiy umana génie, alquià, » — Arrivés au pied de la montagne, nos pèlerins y trouvent une troupe d'âmes marchant très-lentement ; ce sont les excommuniés. Un d'eux, le célèbre Manfred, bâtard de Frédéric II, confesse qu'il a commis des attentats horribles; et en effet l'histoire l'accuse d'avoir étouffé son père malade et d'avoir empoisonné ses deux frères, pour saisir la couronne de Naples. Il raconte comment, défait par Charles d'Anjou à la bataille de Geperano en 1265 (l'année même de la naissance du Dante), il s'était repenti sur le champ de bataille où il était tombé parmi les morts; et comment, exhumés sous les yeux d'un cardinal, légat du Pape Clément iv, ses os avaient été transportés hors du royaume à cierges éteints comme ceux d'un excommunié, et dispersés sur les bords du Verde. Mais son repentiç lui a fait trouver grâce devant Dieu, malgré les foudres de l'excommunication, comme l'expriment ces beaux vers :

Per lo maledizion si non si perde Che non possa tornar Teterno amore, Mentre che la speranza hà fior del rerde.

Tout ce que le prêtre a maudit n*est pas tellement abattu quMl ne puise se relever au souffle de la divine miséricorde, tant que l'espérance fleurit encore sur sa tige.

% CHANT IV

En quittant Manfred, Dante, informé qu'il existe une brèche à la base de la montagne qui n'offre pas d'autre accès.

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s'engage dans cette voie étroite et escarpée, et après beaucoup d'efforts, en s'aidant des pieds et des mains, en rampant derrière Virgile, ombre légère que rien n'arrête, il atteint enfin le haut de ce large piédestal, qui s'étend circulairement et leur offre à tous deux un lieu de halte. Us s'y asseoient tournés vers l'orient, et comme dans cette p(»sition, à neuf heures du matin, le soleil les frappe à gauche, le Dante étonné de voir cet astre dans la région boréale, demande et obtient l'explication de ce phénomène. * Là s'offre à ses yeux les repentis de la S** classe, les indolents qui ont attendu à leur mort pour détester leurs fautes Un de ces paresseux qui se tiennent tapis à l'ombre derrière une roche, Belacqua, engage avec Dante qu'il a connu un colloque plaisant par le laconisme de ses réponses. Le poète en fait d'ailleurs une peinture grotesques. Il est assis, la tête baissée entre ses genoux qu'il tient embrassés ; il parle sans changer de posture et en regardant par dessous sa cuisse, movendo'l viso purper la coscia. Il montre plus d'apathie que si la paresse était sa sœur, piu négligente che se pigrizia fosse sua sirocchia.

CHANT V

Après Belacqua, et à quelque distance de ses indolents compagnons, nos pèlerins aperçoivent devant eux, sur la

* V. Purgatoire chant iv, vers 55 et suivants jusqu'au vers 84.

L'Ile du Purgatoire étant à l'antipode de Jérusalem, occupe dans l'hémisphère austral un point d'oti l'on voit le soleil décrire son arc dans la région boréale. U en doit être ainsi au-delà de l'Equateur. Dante n'est donc plus tourné vers le- Sud pour regarder le soleil. Il ne peuc le suivre qu'en se tournant.vera lo Nord. Comme en ce moment il fait face à l'Orient, le soleil déclinant du Zénith vers le Nord par rapport à lui doit frapper son épaule gauche. Il lui frappait l'épaule droite, lorsqu'il faisait face à l'Orient dans Thémisphére boréal, le soleil déclinant du Zénith vers le Sud. — Tel paraît être le sens de l'explication donnée par le poète astronome.

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