‹ Vie du P. Marc Folloppe, de la compagnie de JésusChapitre 4 sur 11 · SAINT-PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

SAINT-PÉTERSBOURG

Dès le début, le P. Folloppe donna un bel exemple d'humilité en demandant à être reçu en qualité' de coadjuteur temporel; il ne savait pas encore que, d'après les constitutions, ce degré' est incompatible avec le caractère sacerdotal.

Les supérieurs ne tardèrent pas à s'apercevoir que le P. Folloppe possédait à un haut degré les vertus auxquelles on forme les novices.

D'un autre côté, avec des dispositions telles que les siennes, il n'avait pas eu de peine à se pénétrer tle l'esprit de la Compagnie.

On jugea donc à propos d'abréger le temps de son séjour au noviciat. Comme il écrivait bien en allemand et avait composé plusieurs sermons dans cette langue, on le destina d'abord aux missions allemandes en Russie; mais ce projet n'eut pas de suite, et on l'envoya au collège de Pétersbourg.

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Le P. Folloppe n'hésita pas à remettre au Père qui partait à sa place les sermons qu'il avait composés en allemand.

Le collège de Pétersbourg avait été fondé en 1800, sous le règne de Paul I'r. Le P. Gruber en avait été le premier supérieur. Nous trouvons dans une lettre que le P. Billy écrivait de Moscou à la date du 618 mars 1804 au P. Delpuits, à Paris, quelques mots qui peuvent nous donner une idée de l'état de cet établissement à cette époque. « Le collège de Pétersbourg va très-bien; outre les pensionnaires nobles, il y a plus de 400 externes qui fréquentent les classes où l'on apprend les langues latine , russe , française , allemande , italienne , anglaise, et le dessin, la philosophie, la physique, les mathématiques, etc. On ne conçoit pas comment ces Pères peuvent suffire à tout. Outre cela, ils desservent la paroisse, où il y a successivement, les dimanches, sermon allemand, italien et français. M

En 1806, on jugea à propos de séparer complètement le pensionnat des nobles du collège et de lui donner des professeurs particuliers. C'est au pensionnat que le P. Folloppe alla professer la qua-

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tiième, pendant que le P. Ploquin professait la cinquième et le P. Forget la troisième. La classe de rhétorique était confiée au P. de Grivel; le P. de Rozaven cumulait la charge de pre'fet des études avec celle de professeur de philosophie.

On le voit, la plupart des professeurs étaient Français. Le P. Folloppe resta au collège de Pétersbourg plus de neuf ans , depuis la rentrée des classes en 1806 jusqu'à la suppression de la maison, qui eut lieu le 3 janvier 1816. Pendant tout ce temps, il a été chargé d'une classe de grammaire, presque toujours la quatrième.

Professeur et en même temps surveillantd'environ vingt-cinq enfants, qu'il n'avait pas la liberté de quitter presque un seul instant, c'était une nécessité pour lui de sç lever deux heures avant les élèves, afin de s'acquitter de ses exercices de piété et de célébrer la messe. Le soir, quand il les voyait endormis, il prenait sur la nuit le temps d'achever son bréviaire. Une des choses qui coûtaient le plus à sa constitution, c'était de rester pendant tout l'hiver dans une chambre dont la température élevée était, pour lui un supplice, et lui appauvrit le sang de telle sorte que tout le reste de sa vie ne fut plus

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qu'une longue suite de douleurs. Malgré l'état de souffrance où il se trouvait, la joie et la gaieté étaient peintes sur son visage. 11 se refusait tout à lui-même et prodiguait aux autres mille petits soins. Sa charité ingénieuse lui faisait imaginer à chaque moment quelque nouveau moyen de rendre service et, quand il se gênait le plus pour obliger les autres, il s'efforçait de leur persuader qu'il cherchait luimême ses aises. Si quelquefois le caractère des élèves ou la nature de leurs fautes le mettait dans la nécessité de recourir à des punitions un peu sévères, tout en faisant ce que sa conscience ou les ordres de ses supérieurs exigeaient de lui, il avait l'art de leur adoucir l'amertume du châtiment, au point que ces pauvres enfants ne songèrent jamais à s'en plaindre et les reçurent même souvent avec reconnaissance. C'est en prenant ainsi les moyens les plus propres à gagner leur cœur, qu'il fit le plus grand bien parmi eux. Cette douceur admirable ne nuisait en rien à la fermeté nécessaire à un bon maître. Quand il ordonnait quelque chose, il était sûr d'être obéi, attendu que, dans l'exercice de ses fonctions, il parlait toujours avec calme, avec gravité et ne disait que ce qui était absolument néces-

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saire. Sa vigilance était infatigable, rien n'échappait à ses regards, et, pour ne pas être obligé d'en venir souvent aux punitions, il mettait tous ses soins à prévenir les fautes. C'est ainsi qu'à la tendresse d'une mère il savait joindre une fermeté vraiment paternelle.

Ceux qui ont pu juger de la manière dont il conduisait sa classe disent qu'il s'en acquittait fort bien. Ce succès était dû à ses efforts et à son zèle, autant qu'aux qualités aimables qui , sans qu'il y pensât, lui conciliaient les cœurs. Il étudiait avec soin les caractères, et les observations qu'il fit alors pour se diriger lui-même ont plus tard été pour d'autres d'excellentes règles de conduite. A son avis, la familiarité entre les maîtres et les élèves est sujette à de grands inconvénients. Tous les hommes ont leur faible, disait-il, et les jeunes gens ont l'esprit si pénétrant qu'ils ont bientôt découvert les défauts de leurs maîtres, pour peu que ceux-ci se laissent voir de trop près. Par une conséquence de ce principe, il veillait à ce qu'il ne parut rien dans son extérieur qui pût être pris pour l'indice de quelque mouvement déréglé. Quand il se rendait en classe, il s'attachait à ne laisser voir dans ses

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traits ni joie , ni tristesse , sachant que les e'coliers , dès qu'ils ont pu lire sur le visage du professeur la disposition où il se trouve, dressent leurs petites batteries pour tirer parti à leur avantage de sa bonne ou de sa mauvaise humeur.

11 pensait que ceux qui sont occupes de 1' éducation des jeunes gens ont besoin d'une grande vigilance sur eux-mêmes pour ne pas tomber insensiblement dans la dissipation qui, à voir seulement cette jeunesse bruyante dans ses récréations et ses jeux, entre par les yeux.

On peut juger de la manière dont il se comportait à l'égard des enfants par quelques avis qu'il écrivit plus tard pour un scholastique chargé de la surveillance générale.

Parler doucement à tous, avec la même bonté, le même son de voix, le même sérieux, la même honnêteté et déférence qu'on parlerait aux supérieurs; aux enfants, avec une bonté de père, de l'amitié, de la bienveillance, sans familiarité.

ÎNe jamais les reprendre ni les punir dans le moment où l'on se sent agité.

Ecouter toujours leurs raisons. S'ils s'expliquent avec fierté et grossièrement, le leur faire sentir par

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une politesse telle qu'il aurait convenu qu'ils montrassent en parlant.

Modérer la joie comme la tristesse en agissant d'une manière oppose'e à ce à quoi nous portent les dispositions de la nature.

Garder un silence exact, moyen infaillible pour obtenir le recueillement et avoir L'œil de l'âme attentif aux mouvements du cœur et aux touches de ï Esprit-Saint.

Eviter les façons de parler où il y a de la bouffonnerie, de la plaisanterie, de la critique, de la suffisance, une tournure de moquerie tendant à donner du ridicule aux autres, à les piquer ou à les humilier.

Les jeunes gens assez heureux pour être confiés à de si habiles mains sentaient quelque chose de leur bonheur. Plusieurs, après l'éloignement de ce sage guide, se rappelaient encore sa personne et ses leçons avec une vive reconnaissance, et l'un d'entre eux se crut obligé de lui faire parvenir tous les ans, du fond de la Russie, l'expression de sa tendresse et de son respect.

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