‹ Vie du Père Vincent Huby de la Cie de JésusChapitre 16 sur 54 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Son zèle et ses industries pour procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes — Il fonde l'adoration perpétuelle du Très-Saint Sacrement — Il établit les Maisons de retraite — Plan des Retraites — Son talent pour les Retraites — Les images morales sont de son invention, -o-<^o-.>-^^^^^^-<^^oo-<y^^^^^o-^^^^o-

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E zèle du Père Huby était pur et désintéressé. L'inclination naturelle et les vues humaines n'y avaient point de part. Il n'était pas de ceux qui se jettent dans le tracas des 'bonnes œuvres, parce qu'ils ne peuvent souffrir la solitude et le recueillement, parce qu'ils n'aiment point l'étude et qu'ils ne trouvent point de goût à l'oraison. La vie intérieure pour lui avait tant de charmes, qu'il douta s'il ne devait point quitter le travail des missions pour se donner davantage au repos de la contemplation. Il pria la Mère Jeanne des Anges de consulter le Ciel là-dessus,et le saint Ange qui avait accoutumé de la visiter, répondit que le Père devait s'employer aux fonctions apostoliques, selon le devoir de sa vocation, et que Dieu ne voulait pas qu'il menât une vie plus retirée.

Dans tout ce qu'il entreprenait pour la gloire de Dieu, il ne considérait nullement soi-même. Il n'attendait aucune reconnaissance des personnes qu'il^^servait.

et les âmes qu'il conduisait n'eussent osé lui faire paraître qu'elles eussent senti pour lui le moindre attachement.

Son désintéressement édifiait tout le monde et le faisait aimer de ceux même qui étaient le moins affectionnés aux Jésuites.

Il était infiniment éloigné de cet esprit d'envie qui met souvent de la discussion entre les ministres du Seigneur, et qui fait que les uns ne voient qu'avec peine le succès des autres. Il s'intéressait dans les travaux de tous les ouvriers de l'Évangile, parlant toujours avantageusement d'eux, s'employant de tout son pouvoir à leur donner crédit, et se réjouissant sincèrement des bénédictions dont il plaisait à Dieu de les I favoriser. Il avait correspondance avec tous les Missionnaires et tous les Ecclésiastiques zélés non seulement du Diocèse, mais encore de toute la Province et il n'est pas concevable combien il leur témoignait d'estime et d'affection en toute rencontre. M. de Kerlivio et lui étaient unis avec le séminaire des Missions étrangères. Et quand ces Messieurs passaient par Vannes pour aller s'embarquer au Port Louis, ou quand ils revenaient des Indes, il fallait absolument qu'ils logeassent clans la maison de Retraite.

Son zèle était fécond en saintes industries. Il inventait tous les jours de nouvelles manières de glorifier

Dieu et d'aider les âmes ; et il a été heureux dans le

succès des inventions de son zèle.

La première fut l'Adoration perpétuelle du St-Sacre-

ment. Jamais pratique de piété n'a été reçue avec plus d'applaudissement, ne s'est plus étendue en peu de temps et n'a produit plus de fruit.

Nous avons déjà dit qu'elle fut établie pour la première fois dans la Cathédrale de Quimper au mois de Septembre 1651. Bientôt après Monseigneur de Rosmadec, évêque de Vannes, l'établit lui-même dans sa Cathédrale et fit la distribution des billets où étaient marquées toutes les heures du mois de Janvier. Il prit pour lui le premier billet depuis minuit jusqu'à une heure du premier jour de l'an, et ensuite il donna les autres à un grand nombre d'ecclésiastiques et de peuple qui s'étaient assemblés pour les recevoir de sa main. On assigna par son ordre à chaque paroisse du diocèse, un mois pour l'Adoration du St-Sacrement, et M .de Kerlivio, grand vicaire du Prélat, envoya à tous les Recteurs d'excellents règlements pour rendre cette pratique aussi utile aux âmes qu'elle le pouvait être. Les autres Évêchés de Bretagne suivirent l'exemple de celui de Vannes et, dans peu d'années, le Père Huby eut la consolation de voir l'Adoration perpétuelle du Saint- Sacrement s'établir par toute la France, passer dans les pays étrangers et s'étendre jusque dans les Indes.

La seconde invention de son zèle est l'établissement des maisons de Retraite, entreprise si considérable que quand M. de Kerlivio et le Père Huby n'auraient fait que cela en toute leur vie, il serait vrai de dire qu'ils auraient rendu à l'Eglise un des plus grands services qu'on lui puisse rendre, ayant fait en quelque manière,

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par cet établissement, tout ce qui se peut faire pour le salut des âmes. Dieu qui voulait montrer que lui seul ; en était l'auteur, choisit pour l'exécuter des hommes humbles, qu'il savait lui en devoir rendre la gloire, sans y prendre d'autre part que le travail, et il le leur fit exécuter sans qu'ils y pensassent, comme nous le dirons dans la vie de M. de Kerlivio.

C'est ici le lieu de tracer le plan des retraites et d'en expliquer l'ordre, pour en donner la connaissance à ceux qui n'en ayant pas fait, ne savent ce que c'est. I Sur la fin de chaque année, on envoie dans les pa- \ roisses la liste des jours auxquels on entre l'année suivante en retraite. Pour donner plus d'autorité à ces I billets imprimés , on les fait parapher par le secréi taire de Monseigneur l'Evêque, et on les affiche dans les églises. On en envoie encore un grand nombre dans les autres diocèses par le moyen de ceux qui , vieiment en retraite. Les jours de retraite se trouvent 1 aussi marqués dans le Directoire de l'Office canonial qu'on imprime tous les ans pour les Ecclésiastiques.

On fait ordinairement deux retraites par mois, hormis certains temps de vacances. On y entre toujours le mardi soir et l'on en sortraprès-dîner du mercredi suivant. La maison de retraite est capable de loger jusqu'à trois cents personnes. Tout y respire la dévotion. On voit dans les salles, les escaliers, dans les réfectoires, dans les dortoirs, des statues, des tableaux, des images et des feuilles imprimées qui contiennent diverses instructions pour toutes sortes d'état.

Il y a deux réfectoires et deux sortes de pension.

On reçoit dans une même bande de retraite les Ecclésiastiques avec les laïques, les personnes de qualité avec le petit peuple. Plusieurs ont trouvé à redire à ce mélange, et eussent été d'avis qu'on fît des bandes séparées. La raison même, en spéculation, semblait autoriser ce parti, mais ni le Père Huby, ni Monsieur de Kerlivio n'y ont jamais voulu consentir, et la pratique fait voir que leur sentiment est le meilleur, au moins à l'égard de Vannes.

Le jour qu'on entre en retraite, à mesure que chacun se présente, on le mène à la chapelle saluer le Saint-Sacrement et demander à Notre-Seigneur sa bénédiction. Ensuite, on lui assigne sa chambre et, s'il a quelque affaire à traiter dans la ville, il y va pour être entièrement libre pendant la retraite. On leur recommande à tous de se rendre à la maison avant le souper. Ensuite on ne sort plus et la porte se tient exactement fermée.

A 6 heures 1/2, qui est l'heure du souper, on se rend au réfectoire. Un des Pères s'y trouve pour régler tout. Il distingue les places selon la condition des personnes, commençant par les Ecclésiastiques. Chacun se met à la table qui lui a été montrée, sans cérémonie et comme on se rencontre. On prend toujours la même place pendant toute la retraite et on se partage quatre à quatre à un même plat. La lecture se fait durant le repas et l'on y garde religieusement le silence.

Après le souper, on va des deux réfectoires dans une

grande salle où un des Pères fait un entretien de la fin de la retraite, des dispositions qu'il y faut apporter et de l'ordre qu'on y observe. Cet entretien fini, le lecteur vient faire la prière du soir avec l'examen de conscience, dont il propose tout haut les points. Ensuite on visite le Saint-Sacrement dans la chapelle et puis on se retire dans sa chambre et on se couche à 9 heures.

Le lendemain, on se lève à 5 heures, au son de la cloche. A 5 heures 1/2, on se rend dans la salle où le lecteur dit tout haut les prières du matin. Ensuite l'on fait la première méditation qui dure une heure. Un des Pères en propose le sujet, en explique les points et en prononce tout haut les actes, les considérations, les affections, les réflexions, les résolutions, laissant un peu d'intervalle entre chaque acte afin qu'on les goûte mieux et qu'on apprenne la pratique de l'oraison mentale.

A 7 heures, on entend la Messe et puis on déjeûne. , . A 8 heures 1/2 se fait la première exhortation dans la chapelle.

A lo heures 3/4, on dîne.

Au sortir du réfectoire, on vient dans la salle où un des Pères explique une des images morales dont nous parlerons ci-après. Cette explication sert de récréation et est suivie d'une visite au Saint-Sacrement. Après cela, on peut prendre un peu l'air au jardin. Lorsqu'on est de retour, les Pères vont par les chambres, parler à chacun en particulier et s'enquérir de leurs besoins.

A 2 heures 1/2, on fait la seconde exhortation.

A 5 heures, un des Pères assemble les Prêtres dans

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sa chambre pour leur faire une conférence où il traite des matières qui regardent leur état.

A 6 heures 1/2, on soupe et après le souper, un des Pères fait un entretien familier sur les points de pratique de plus grande importance et communs à tous, commençant par ce qui regarde la préparation à la confession générale.

Dans les temps libres, où il ne se fait point d'exercice commun, on prépare la confession, on dresse son règlement de vie, on fait les méditations particulières, les lectures et la considération de ses principales actions. Les Prêtres disent la Messe et leur office ; on instruit en particulier les bonnes gens qui ne savent pas lire ; on leur fait dire le rosaire en commun; ils font des stations devant les images de la Passion qui sont exposées en divers endroits.

Tous les jours, à la visite du Saint-Sacrement qui se fait après la prière du soir, on représente sur l'autel un des mystères de la Passion, par le moyen d'une peinture faite sur un papier huilé et transparent, qui est éclairé par derrière, toute la chapelle étant dans l'obscurité. Cette peinture fait une vive impression sur les yeux et sur l'esprit.

Outre cela, chaque jour de la retraite, on fait quelque cérémonie particulière avec un petit discours sur quelqu'un des principaux objets de la piété chrétienne.

Le mercredi, qui est le premier jour, on recommande la dévotion au S^-Esprit. On met toute la retraite sous

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sa conduite, on lui demande ses lumières et ses inspirations et on chante solennellement le Veni Creator.

Le jeudi, après la méditation du matin, tous s'étant rendus dans la chapelle, on fait la distribution des crucifix. Un des Pères en surplis fait tout haut divers actes capables d'inspirer des sentiments de contrition et puis on donne à chacun un crucifix. On l'emporte dans sa chambre et on le garde durant toute la retraite.

Le vendredi, on fait l'adoration de la croix, avec les actes des vertus qui appartiennent à cette pieuse cérémonie, et pendant que chacun va baiser les pieds du Crucifix, on chante le Stabat Mater.

Le samedi, après la seconde exhortation, l'on fait un acte d'hommage à la Sainte Vierge, et chacun va baiser les pieds de son image, qu'on a mise sur un petit autel. Pendant ce temps, on chante les Litanies.

Le dimanche, après l'exhortation du matin, on fait un acte de réparation d'honneur au Saint-Sacrement qu'on expose sur l'autel dans le ciboire.

Le lundi, on expose un tableau d'une âme du Purgatoire. On recommande la charité pour les morts et on chante un De Pi^ofitndis.

Le mardi, on fait une protestation de fidélité à l'Ange Gardien et on recommande la dévotion aux saints Anges.

Le mercredi, qui est le dernier jour de la retraite, après la méditation du matin, on expose le Saint-Sacrement, dans un soleil. Ensuite, tous assistent à la Messe et ceux qui veulent y communient, un des Pères pro-

nonçant tout haut les actes de la préparation et de l'action de grâces. A 8 heures 1/2 on s'assemble en la chapelle pour une cérémonie fort dévote, où l'on apporte un appareil extraordinaire. La sainte Bible, un Crucifix, un reliquaire sont exposés devant l'autel sur une table. Un prêtre, à l'autel, tourné vers les assistants, tient entre ses mains le Très-Saint Sacrement. Un des Pères, à genoux, explique en peu de mots la cérémonie et en fait les actes d'une manière fort touchante. Le premier est un remerciement à Notre-Seigneur pour l'institution des deux Sacrements de la réconciliation des hommes avec Dieu, celui du Baptême et celui de la Pénitence. Le second est une réparation d'honneur, pour n'avoir pas conservé la grâce du baptême, pour n'en avoir pas fidèlement accompli les promesses et pour toutes les fautes qu'on a commises à l'égard du sacrement de Pénitence, Le troisième est un renouvellement des promesses du baptême et une nouvelle protestation de foi, de fidélité, de contrition et d'amour. Ensuite on va par ordre, les uns après les autres, au bas de la chapelle se prosterner devant le Saint-Sacrement, et puis on vient baiser la sainte Bible, le Crucifix et les reliques des Saints pour marquer qu'on veut désormais s'attacher inviolablement à Notre-Seigneur, obéir à la parole de Dieu, combattre sous l'étendard de la croix et marcher sur les traces des Saints. Pendant ce temps, on chante quelques psaumes, et à la fin, le Salve Regina. L'après-dîner, la dernière exhortation étant finie, on chante le Te Deiun.On dit quelques prières pour gagner

l'indulgence plénière de la Retraite ; un des Pères fait l'adieu au nom des autres Pères qui se trouvent là présents et qui embrassent tous les assistants. Tout se fait avec tant de dévotion et de tendresse, avec tant d'humilité que tout le monde fond en larmes.

Comme l'effet qu'on prétend dans la retraite est d'établir ceux qui la font en sûreté de conscience par une sincère conversion à Dieu, tous les exercices qui s'y pratiquent ont rapport à ce but.

I. D'abord on propose la fin de notre création, les motifs les plus pressants qui nous portent à tendre à cette fin et les moyens que nous avons pour y parvenir. C'est là le grand principe de la morale chrétienne et le fondement de toute la vie spirituelle. On emploie à cela tout le premier jour.

II. On cherche ce qui nous détourne de notre fin et ce qui nous empêche d'aller à Dieu, et l'on trouve que c'est le péché. On s'applique à bien connaître le péché mortel et le péché véniel, et les passions qui en sont les causes. C'est là l'occupation du second jour.

III. On pense sérieusement à son retour à Dieu et on en cherche les voies. Il s'en présente deux : celle de la crainte de Dieu et celle de l'amour de Dieu. Le troisième et le quatrième jour, on s'excite à retourner à Dieu par les motifs de la crainte, tirés de la mort, du jugement, de l'enfer. Le cinquième jour, on entre dans l'esprit de pénitence par la voie de l'amour de Dieu et on prend les sentiments qu'inspire la parabole de l'en-

fant prodigue. Avec ces saintes dispositions, on fait sa confession générale.

IV. Ayant pourvu au passé, on songe à l'avenir et l'on dresse un règlement de vie. On forme des résolutions touchant les défauts dont on veut se défaire et touchant les vertus auxquelles on veut s'étudier. On se propose un modèle de perfection en Jésus-Christ, dans ses états, dans ses mystères et dans son esprit. Si l'on n'a pas encore fait choix d'un état et d'une forme de vie, on s'applique à le faire. Si l'on est déjà engagé dans quelque condition, on cherche les moyens de s'y sauver et de s'y perfectionner. C'est là le travail des trois derniers jours, et ainsi une retraite est l'abrégé de toute la vie spirituelle.

Ce qu'il y a de particulier dans la maison de retraite de femmes, c'est que, pendant le temps des retraites, la clôture s'y garde comme dans un monastère et que les demoiselles qui en ont soin font l'explication des images morales, les entretiens d'après le souper, et les actes des cérémonies de dévotion.

Depuis que la Providence eut appliqué le Père Huby à la direction des retraites, il s'y donna tout entier. Il avait une si haute idée de cet emploi, qu'il le préférait à toutes les autres fonctions de la vie apostolique. Il s'étonnait que Dieu daignât se servir de lui pour un ministère si divin et il nous disait souvent que nous étions trop heureux de travailler dans cette maison où le Ciel versait tant de bénédictions.

Bien qu'il fût propre à tout, il faut pourtant avouer

que son talent singulier était la direction des retraites. Il savait y joindre ensemble l'art d'enseigner, celui de plaire et celui de toucher, renfermant dans ses exhortations et dans ses instructions de huit jours tout ce qui peut servir à la conversion et à la perfection des âmes, et ce qui regarde les devoirs de chaque condition, mêlant dans ses discours des digressions agréables et des petits traits qui divertissaient l'esprit, excitant dans les cœurs des mouvements de crainte ou d'amour, selon les divers sujets qu'il traitait. Monseigneur Charles de Rosmadec, évêque de Vannes, disait qu'il n'y avait point de prédicateur qui fît plus de fruits que lui.

Dans ses prédications, il traitait fortement et avec beaucoup d'éloquence les grandes vérités de la foi. Quand il expliquait les points de morale, il les développait si familièrement, qu'il se rendait intelligible aux personnes les plus grossières. Il disait qu'on ne saurait trop s'abaisser ni en venir à un trop grand détail quand on instruit le peuple ; que le petit catéchisme contient les matières qu'il faut le plus prêcher, non seulement à la campagne et au petit peuple, mais dans les villes et au beau monde.

Il donnait par son action un grand ^poids à ce qu'il prêchait. Quelquefois ses yeux, son geste, son silence en disaient plus que sa voix. Il parlait gravement comme ayant autorité et non avec cette rapidité qui semble être aujourd'hui à la mode.

Il interrogeait de temps en temps ses auditeurs et

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puis s'arrêtait un peu, comme s'il eût attendu leur réponse, ce qui servait extrêmement à réveiller leur attention et à les faire entrer davantage dans son sujet. Il jetait quelquefois sur eux certaines œillades qui perçaient les cœurs.

Souvent des choses fort simples avaient en sa bouche une force que les plus solides raisons n'eussent pas eu€ dans la bouche d'un autre, et cette force venait de l'onction intérieure dont il était plein. Quelquefois deux mots, qu'il prononçait d'une certaine manière pathétique, faisaient une impression qui se remarquait sur les visages, principalement lorsqu'il parlait du péché ou de l'éternité, comme quand, en élevant la voix, il disait du fond de son cœur : Jouir dit plaisir ne dtu^e qiiun moment, être damné c est pour T éternité !... Riche pour un mo7nent pauvre p02tr jamais ! ...Pauvre pour un moment, riche pour jamais !... Pécher ce n est qîie poîir un moment, avoir péché c est pour jamais. Ce qu'il disait de l'abondance du cœur, étant persuadé qu'il n'y a que le cœur qui touche les cœurs. Sur quoi il avait accoutumé de nous rapporter ce beau mot de saint François de Sales : « La langue parle aux oreilles et le cœur aux cœurs. »

Le dernier jour des retraites était son jour de triomphe. Il faisait lui seul presque tous les exercices de ce jour-là et l'adieu d'une manière si touchante que toute l'assemblée fondait en larmes, éclatait en soupirs et en sanglots, voyant ce saint vieillard prosterné à leurs pieds, tout baigné de pleurs, leur demander pardon,

leur marquer toutes les tendresses d'un amour paternel et les embrasser étroitement comme s'il eût voulu les loger dans son cœur.

Son premier compagnon dans la direction des retraites, fut le Père Nicolas Bourgeois, ouvrier apostolique et selon l'idée de saint Ignace. Les missions des îles de l'Amérique où il avait été envoyé après sa théologie, ayant ruiné sa santé et les eaux de Bourbon l'ayant ensuite un peu rétablie, les supérieurs le choisirent pour seconder le Père Huby dans l'établissement des retraites.

Ce choix parut une disposition particulière de la Providence. Il avait tous les avantages divinsethumains pour cet emploi ; une vertu solide, un zèle ardent et parfaitement désintéressé, une conversation humble, -douce, édifiante, les manières honnêtes et insinuantes, qui lui attiraient l'affection et la confiance des gens de qualité ; une sainte liberté à leur parler de Dieu et de leur salut, un talent singulier pour faire les exhortations et les autres exercices des retraites, avec une onction qui pénétrait les cœurs.

Il eût été à souhaiter qu'il fût toujours demeuré avec le Père Huby, mais une santé aussi faible qu'était la sienne, ne put supporter longtemps un si rude travail. Les supérieurs l'en retirèrent et l'envoyèrent à Arras, dans son air natal où, durant plusieurs années, il a continué de s'employer infatigablement à toutes sortes de bonnes œuvres, estimé, honoré, aimé de l'évêque, des gouverneurs et de tous les ordres de la ville. Il y mourut de la mort des justes, le 20 décembre 1691.

La troisième invention de son zèle sont les peintures ou images morales de deux sortes, les unes pour les retraites des hommes et les autres pour celles des femmes. On y représente d'une m.anière sensible les choses spirituelles qui regardent les divers états de l'âme, sur la vie, la mort, après la mort ; l'état du péché, l'état de la grâce, le passage de l'un à l'autre de ces deux états. C'est comme un abrégé de toute la morale chrétienne» L'expérience a montré que rien n'est plus propre pour instruire le peuple que ces tableaux, et c'est pour cela que le Père Huby en fit graver des estampes qui ont été imprimées à Paris avec leur explication. Les Missionnaires et les autres ouvriers évangéliques s'en servent avec beaucoup de fruits.

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