‹ Vie du Père Vincent Huby de la Cie de JésusChapitre 17 sur 54 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Il procure l'établissement des Congrégations de Notre-Dame, dans les villes de la Basse Bretagne — Il introduit la pratique de porter sur le bras la Croix de Notre-Seigneur — Il fait graver des médailles des sacrés Coeurs de Jésus et de Marie — Il procure l'accroissement du culte de la sainte Vierge, des Anges et des Saints.

A quatrième invention du zèle du Père Huby est l'établissement des Congrégations de Notre-Dame dans presque tous les villages de la Basse- Bretagne, en quoi il fut secondé par Monsieur de Kerlivio. Son intention en cela fut d'associer, sous la protection de la sainte Vierge,ceux d'une mêmeville qui avaient fait la retraite, afin qu'ils en conservassent le fruit par la fréquentation des Sacrements et par les autres exercices de piété qu'ils pratiqueraient dans le lieu de leurs assemblées. On établit ces congrégations par l'autorité de l'Évêque, sur le modèle de celles qui, par l'autorité du saint Siège, sont érigées dans les maisons de la Compagnie de Jésus.

On n'y admet que des personnes d'une vie exemplaire et l'on en donne la direction à des prêtres zélés qui ont du talent pour cet emploi.

Le Père Huby, voyant les merveilleux succès de

yO VIE DU PÈRE VINCENT HUBY.

cet établissement, procurait qu'il se fît dans toutes les villes et employait pour tout cela les personnes d'autorité, exhortait les Recteurs et les Magistrats à soutenir la congrégation de leur ville, et marquait une tendre affection aux Congréganistes, lorsqu'ils venaient en retraite ou qu'ils lui rendaient visite.

Il désirait avec ardeur de voir aussi des Congrégations établies pour les femmes et pour les filles dans les monastères des Ursulines, Mais il ne trouva que celles de l'institut de Bordeaux qui voulussent entrer dans les desseins de son zèle,comme elles ont fait en divers lieux et particulièrement à Vannes, à Josselin et à Kimperlé.

La cinquième invention de son zèle est la pratique de porter sur le bras, une croix faite à l'aiguille sur un petit morceau de drap. Pratique peu considérable en apparence et qui n'est pas fort au goût de la sagesse mondaine, mais fort considérable en ses effets et que le Ciel a témoigné approuver par un grand nombre de miracles. Le but du Père Huby en cette pratique était non seulement de faire honorer la croix, mais de donner aux fidèles un signal sacré qui servît à leur avancement spirituel, un signal de la présence de Dieu, un signal de l'amour de Dieu, un signal du vice que l'on combat ou de la vertu que Ton veut acquérir, et il ne trouvait rien de plus propre à cela que la croix qui est le signe du chrétien. Il considérait que l'Époux des cantiques invite son épouse à le mettre comme un cachet ou comme un signalsur son cœur et sur son bras . Sur son cœur, pour l'exciter à l'aimer, sur son bras pour

se souvenir de lui. Il jugeait que c'était accomplir à la lettre le désir du divin Epoux que de porter la croix sur son bras, et il engageait tout le monde à contribuer avec lui à mettre en vogue cette pieuse pratique, les j religieuses, les dames et les demoiselles dévotes à faire ! ces sortes de croix, les Missionnaires et les Prédicateurs j à en recommander l'usage, les confesseurs et les directeurs à en donner à leurs pénitents, et il leur conseillait de marquer à chacun une intention particulière pour laquelle il porterait la croix qu'on lui donnerait conformément au besoin de son âme, soit pour se corriger de i quelque vice, soit pour s'étudier à quelque vertu. Suivant ces différentes intentions, il donnait lui-même ■ divers noms à ces croix. L'une était une croix de chas- ; teté, l'autre une croix de tempérance, l'autre une croix \ de douceur, et parce que l'impatience est le vice le plus commun, que la patience est nécessaire en toutes ren- | contres, parce que l'amour divin est la vertu qu'on doit le plus pratiquer, il appelait ordinairement ces croix des | croix de patience ou le signal de l'amour. Il voulait 1 qu'on les baisât avec respect en vue de la fin pour j laquelle on les portait. Pour les rendre encore plus vé- 1 nérables, il les faisait toucher à une relique de la vraie ' croix à laquelle il attribuait principalement les bons effets qu'elles opéraient, non seulement sur les âmes, i mais aussi sur le corps, guérissant souvent les malades, j On peut voir plusieurs de ces guérisons miraculeuses j dans le petit livre qu'il a composé : de la dévotion des ! Croix.

C'était lui faire un singulier plaisir que de lui mander les succès de cette dévotion. Je lui écrivis que j'avais trouvé dans l'histoire de l'ordre de la Merci, qu'un saint religieux de cet ordre avait eu un zèle pareil au sien pour faire honorer la croix ; que ce Père nommé Pierre Urraca de la sainte Trinité, l'un des plus illustres Missionnaires du Pérou, étant en oraison, avait vu une troupe d'Anges qui distribuaient des croix; qu'un Ange lui avait dit que Notre-Seigneur agréait extrêmement qu'on portât sur soi une petite croix et qu'on récitât chaque jour, pour la conversion des pécheurs, trois Pater et trois Ave en l'honneur des trois heures qu'il demeura sur la croix pour le salut des hommes ; qu'il lui avait ordonné d'établir cette sainte pratique, d'exhorter les peuples à l'embrasser et de donner lui-même à tout le monde une infinité de petites croix ; que les croix qu'il donnait faisaient des miracles ; que l'enfer, enrageant des fruits de cette dévotion , en persécutait cruellement l'auteur et qu'à sa mort qui arriva à Lima au Pérou, le 7 août 1657, l'on vit en l'air plusieurs croix de lumière et que le ciel manifesta sa gloire par d'autres marques si éclatantes qu'on a fait des informations pour sa canonisation. Le Père Huby fut ravi de cette découverte. Elle servit à animer son zèle et dans les feuilles qu'il fit depuis imprimer touchant la dévotion des croix, il ne manqua pas de s'autoriser de l'exemple du Père Urraca.

La sixième invention de son zèle est une nouvelle manière d'honorer les sacrés Cœurs de Jésus et de

Marie par des médailles qui les représentent et qui sont mystérieuses. Les figures et les paroles qui y sont empreintes expriment divers points de perfection. Il en a expliqué les mystères dans un petit livre qu'il a donné au public. Il y a enseigné une espèce de chapelet qu'il nomme le chapelet du cœur. Il consiste à regarder amoureusement ou à baiser, ou à serrer contre son cœur la médaille du Cœur de Jésus ou du Cœur de Marie, ou un Crucifix, ou une croix, autant de fois qu'il y a de grains dans le chapelet, ce qu'on fait posément et sans dire ni Pater ni Ave ni aucune prière vocale, sinon peut-être quelques mots de tendresse que l'affection du cœur suggère. On peut aussi, en même temps qu'on laisse tomber les grains de son chapelet, les baiser comme si on baisait les pieds de Notre-Seigneur ou ceux de la sainte Vierge, ou leur sacré Cœur, et par cette action, sans rien dire de bouche, on a intention de protester de cœur à Jésus-Christ qu'on l'adore, qu'on l'aime, qu'on le remercie, qu'on lui demande pardon, qu'on se soumet à toutes ses volontés, qu'on s'abandonne à sa conduite. Les mêmes protestations se peuvent faire au Père éternel et au Saint-Esprit et l'on en peut encore faire de semblables-à la sainte Vierge. Il jugeait que cette manière de prier est un excellent moyen pour acquérir l'esprit d'oraison, et d'ailleurs qu'elle est à la portée des personnes même les plus grossières, des ignorants, des enfants, des infirmes, des malades. « Il y en a peu, dit-il, qui puissent fournir d'euxmêmes à une méditation dans les formes, mais où il ne

I s'agit que de l'affection, c'est de quoi tout le monde est capable, et Dieu ne demande autre chose, sinon que nous l'aimions. Aimons-le, quoique sans discours et sans paroles ; ayons les plus belles pensées, disons les plus belles paroles du monde dans l'oraison : si elles sont sans amour, cela ne contente point Dieu, cela ne nous sauvera pas. »

Sa dévotion au Cœur de Jésus et au Cœur de Marie était fondée sur des vertus sublimes. Il les regardait comme les deux parfaits modèles de la vie intérieure. Les admirables dispositions qu'il y remarquait, le charmaient et l'instruisaient également. Il y trouvait toutes les vertus dans leur plus éminent degré et il allait y puiser ce pur amour qu'il désirait avec tant de passion. Jamais son cœur ne s'embrasait davantage, ni n'était plus comblé de délices que quand il l'exposait aux divines influences du Cœur de Jésus et de celui de Marie.

La septième invention de son zèle est ce qu'il a fait pour l'accroissement du culte de la sainte Vierge, de celui des Anges et de celui des Saints.

Il exhortait tout le monde à consacrer sa famille à Notre-Dame par un acte public de donation qui se renouvelât tous les ans, en présence de tous les domestiques.

Il voulait qu'en chaque maison il y eût une image de la Vierge que l'on honorât sous le titre de Notre-Dame de Charité, pour obtenir qu'elle y conservât l'union et la paix.

Il a procuré que, sur les portes des villes, dans les places publiques, aux fontaines, dans les lieux les plus honorables des bourgs d'une grande partie de la Basse- Bretagne, on mît des statues de Notre-Dame, devant lesquelles on chantât tous les soirs les litanies. Ce n'était d'abord que les enfants qui s'assemblaient pour lui rendre cet hommage, mais leur exemple attira bientôt tout le monde avec tant d'édification que quatre évêques, celui de Vannes, celui de Saint- Malo, celui de Kimper et celui de Saint- Brieuc, ont autorisé par leurs mandements cette pieuse coutume, accordant des indulgences à ceux qui assisteraient aux Litanies de la Sainte Vierge, lorsqu'on les chanterait ou qu'on les dirait en commun, soit dans les églises, dans les chapelles, dans les places publiques, soit dans les maisons particulières.

Il recommandait beaucoup la dévotion aux Saints Anges, que chacun doit honorer, non seulement son Ange Gardien, mais encore les Anges Gardiens de toute sa famille, ceux de ses proches, de ses amis, de ses ennemis, ceux des personnes avec lesquelles on a quelque affaire à traiter ou à qui l'on veut rendre quelque service de charité, ceux des âmes du Purgatoire pour qui l'on s'intéresse, ceux des Saints que l'on aime particulièrement, enfin les Saints Anges qui accompagnent Jésus-Christ en nos autels.

Quant aux Saints, il les honorait lui-même à la manière des hommes vraiment spirituels, c'est-à-dire plutôt par des sentiments intérieurs de respect, d'amour

et de confiance, que par des pratiques extérieures, quoiqu'il ne les négligeât pas. Il marquait en toute occasion beaucoup de zèle pour faire honorer les Saints: on peut voir ce qu'il en dit dans son petit livre De la pratique de V amour de Dieu.

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