‹ Vie du Père Vincent Huby de la Cie de JésusChapitre 19 sur 54 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

Grâces extraordinaires dont il fut favorisé — Sa grande réputation — Il dirige plusieurs saintes âmes — Sa dernière maladie et sa mort — Ses funérailles. -^-<.^^-o-o<.o-^-o^-<^-^-<.-^<^

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Ieu favorisa son serviteur de plusieurs grâces extraordinaires. Un jour, pendant qu'il faisait l'exhortation dans la chapelle de la Retraite, la sainte Vierge parut à son côté avec une beauté charmante, lui donnant des marques de tendresse maternelle. Elle y demeura fort longtemps, et le Père semblait pencher l'oreille comme pour écouter ce qu'elle lui disait. En effet, on a su qu'il la voyait lui-même sensiblement, et il s'aperçut bien aussi qu'un de ses auditeurs était témoin de cette faveur. C'est de celui-ci en partie que nous l'avons apprise. Il se nommait dom Pierre Maillard, prêtre de Carnac, esprit solide et d'autant plus digne de foi qu'il n'était pas des plus crédules.

Le Père Huby était si puissant en parole, qu'après lui avoir parlé, on se trouvait ordinairement dans une disposition qui faisait sentir la force de l'esprit dont il était animé. Plusieurs ont avoué qu'il ne leur était pas possible de résister à ses avis, et de ne pas faire ce qu'il leur conseillait. Il obligeait communément les personnes qu'il voyait possédées de quelque passion, à faire des actes ou de résignation ou d'abnégation aux-

quels elles n'eussent pas cru se pouvoir jamais résoudre, et dans quelque trouble qu'on fût en lui venant parler, on s'en retournait tranquille et l'on disait : Je viens de parler à un Saint.

Il avait le don de pacifier les troubles et les peines d'esprit. Ses lettres et sa seule présence opéraient le même effet. Plusieurs nous ont assuré qu'à le voir seulement, ils sentaient leurs peines se dissiper, et qu'ils se trouvaient en paix.

Il était naturellement pénétrant, et la grâce ajoutant ses lumières à ce talent naturel, souvent sur une parole, il répondait à tout ce qu'on avait de plus caché dans le cœur.

L'on a reconnu, en diverses rencontres, qu'il avait prédit ce qui devait arriver, et plusieurs se sont crus redevables de la vie ou de quelques faveurs signalées à ses prières et à ses conseils.

Une bonne servante de Dieu étant à l'extrémité, il assura constamment qu'elle n'en mourrait pas. La même étant une autre fois dangereusement malade, il dit qu'elle en devait mourir à certaine heure qu'il marqua, mais que Monsieur de Kerlivio avait obtenu de Dieu sa guérison. En effet, après une longue agonie, un quart d'heure avant le temps qu'il avait désigné, elle parut tout-à-coup sensiblement en santé, et au même temps, il dit à une personne qui était venue l'avertir de l'agonie de la malade : « Allez, mon enfant, ne vous affligez pas, vous la trouverez guérie. »

Ses prières avaient un merveilleux pouvoir auprès

de Dieu. Madame de Bonabry, Louise Huby, sa nièce, que sa vertu lui rendait singulièrement chère, l'éprouva en deux circonstances remarquables.

La première, étant allée le voir à Vannes, extraordinairement incommodée d'un mal d'yeux et d'un mal de dents qu'aucuns remèdes n'avaient pu soulager, elle le pria de lui mettre la main sur la tête. Il refusa de le faire, mais il la fît mettre à genoux pour lui donner sa bénédiction. Elle lui prit la main et la fit toucher à son front, et à l'heure même, elle sentit qu'on lui ôtait les deux maux qui lui causaient des douleurs extrêmes.

La seconde, étant tous les jours, depuis neuf mois, travaillée d'une fièvre maligne qui avait résisté à tous les remèdes, et à laquelle l'hydropisie se joignait, elle pria son oncle de dire une Messe pour elle, et pendant qu'il la disait, elle fut parfaitement guérie.

Nous verrons que par ses prières, il obtint plusieurs fois la guérison de Monsieur de Kerlivio dans des maladies mortelles. Une femme d'une paroisse voisine de Vannes, étant devenue folle et se croyant déjà damnée, lui fut amenée. Il se recueillit un peu dans son intérieur, comme il avait accoutumé de le faire avant que de répondre ; il lui demanda son chapelet et lui fit faire quelques actes de vertus sur les grains, ensuite il lui donna sa bénédiction, et, à l'instant, elle revint à son bon sens et s'en retourna l'esprit pleinement libre.

Une servante du monastère des Carmélites de Nazareth ayant un bras enflé avec de grandes douleurs,

alla prier le Père Huby de faire la bénédiction sur son bras : il la fit et aussitôt elle fut guérie.

On attribuait communément à ses mérites les fréquents miracles qui s'opéraient par le moyen de ses petites croix. Et pour cette raison la plupart préféraient celles qui venaient de sa main à toutes les autres.

Monsieur Huby de Keroman, conseiller au Parlement de Bretagne, étant tombé en apoplexie, on fit tout ce qu'on fait ordinairement en pareille circonstance pour le faire revenir à lui, mais ce fut en vain. On l'envoya dire au Père Huby qui était son proche parent, et on le pria de l'aller voir. Il y alla ; et d'abord il fit mettre tout le monde à genoux, puis ayant fait sa prière, il s'approcha du malade et lui dit à l'oreille : « Monsieur de Keroman, Monsieur de Keroman, mon fils, voulezvous vous confesser ? » A ces mots, le malade ouvre les yeux et répond que oui. Il se confessa en effet, reçut le saint Viatique avec une grande présence d'esprit, ensuite il retomba dans sa léthargie et mourut. Plusieurs personnes de qualité qui étaient présentes, publièrent que le Père Huby avait fait en cela un miracle.

Un autre conseiller du même Parlement, étant à l'extrémité, ne voulait point se confesser et il n'y avait pas moyen de l'y résoudre. On en avertit le Père Huby qui se mit à prier pour lui. L'effet de sa prière fut que le mourant le demanda, se confessa à lui trois fois de suite et mourut fort chrétiennement.

Un certain homme avait résolu de ne rien faire de ce que le Père Huby lui avait demandé. Le Père s'adressa

à Dieu pour qu'il changeât le cœur de cet opiniâtre. Aussitôt celui-ci fit de son plein gré ce qu'il avait opiniâtrement refusé de faire auparavant.

On peut compter comme un miracle la prolongation de la vie du Père Huby jusqu'à une extrême vieillesse, parmi tant de travaux et malgré sa faible complexion, ses infirmités spirituelles et les grandes maladies qui le conduisaient de temps en temps jusqu'aux portes de la mort.

Monsieur Priât, vicaire du Quilio, et à présent de Merléac, témoigne qu'ayant ouï dire que le Père Huby était à l'extrémité, il le vint voir et trouva qu'il se portait bien ; que le Père lui dit qu'à la vérité, il avait été fort mal et désespéré des médecins, mais que, par la grâce de Dieu, il avait été guéri, une nuit, sans savoir comment ; que le matin, ils était levé sans fièvre et sans douleur, au gremd étonnement des médecins et de ceux qui étaient auprès de lui.

A sa soixante-dix-huitième année, il eut une maladie qui le réduisit à tel point qu'on ne croyait pas qu'il dût passer la journée. C'était un dimanche soir, pendant le temps d'une retraite. On en avertit Monsieur de la Ville- Guérin, avocat général au Parlement de Bretagne, l'un de ses plus chers enfants spirituels. Il vint promptement au Collège pour avoir la consolation de voir mourir un saint et de recevoir de lui sa dernière bénédiction. Trouvant qu'il avait encore l'usage de la parole et le jugement libre, il se mit à lui parler et lui dit, comme par condoléance, qu'il ne doutait pas que ce ne lui fût une

peine sensible de ne pouvoir faire la clôture de la retraite comme à son ordinaire. Le Père le regardant tendrement lui dit d'une voix languissante : Monsieur, il y a encore deux jours ; comme s'il eût su la grâce que Dieu lui devait faire. Monsieur l'avocat général, surpris de cette réponse, lui répondit : Ah ! mon Père, on ne revient pas en deux jours d'une extrémité pareille à celle où vous êtes ! Le Père ne répliqua rien, mais ce fut une surprise générale de le voir le mercredi suivant parfaitement guéri, et en état de faire, comme il fit, tous les exercices de la clôture de la retraite, avec la même ferveur qu'il avait accoutumé de les faire.

Monsieur de Kerlivio, qui le connaissait mieux que personne au monde, disait que les démons le persécutaient fort, mais qu'il éprouvait une sensible protection du Ciel contre leurs attaques. Ils le jetèrent deux fois du haut d'un escalier de pierre de onze degrés, avec une telle raideur qu'il en fut blessé et qu'on tint pour un miracle qu'il ne fût pas mort. On trouva, après sa mort, qu'il portait encore les marques de ces chutes.

Un ecclésiastique d'une vertu distinguée a témoigné qu'un jour, l'étant allé voir, et ayant ouvert doucement la porte de sa chambre, il le vit à genoux, à son oratoire, environné de lumière, qu'il le considéra dans cette posture près d'un quart d'heure, que n'ayant osé l'interrompre, il sortit et alla en ville faire quelques affaires ; qu'ensuite, il revint et le trouva encore dans le même état ; qu'ayant attendu qu'il revienne à lui, il fut charmé des choses admirables qu'il lui dit avec un

visage enflammé, les larmes aux yeux, parlant comme un homme qui ne se possédait pas.

Un domestique de fort bon sens et d'une vertu si solide qu'on lui avait permis de communier tous les jours, entrant un matin dans la chambre du Père Huby, qui n'était pas encore levé, la trouva toute remplie d'une lumière céleste. Surpris de cette merveille, il en alla faire le rapport à Monsieur de Kerlivio qui lui répondit : Jean, il ne faut pas vous en étonner, le Père Huby est un saint.

Le feu prit une nuit dans un quartier de la maison de retraite, une voix intérieure en avertit le Père Huby, pour le faire éteindre.

Dieu lui donnait quelquefois d'une manière fort particulière, des lumières surnaturelles pour la conduite des âmes.

L'an 1672, étant à Rennes, en prière, il lui sembla voir une vaste mer et une personne dedans qui allait se noyer. Il s'approcha pour la secourir. Mais il lui fut commandé de l'enfoncer davantage dans l'eau de sorte qu'elle y fût abîmée. En même temps, on lui dit que cette mer était Dieu, et cette personne une Ursuline de la ville de Fougères, dont on lui fit remarquer les traits du visage, sans lui en dire le nom. Quelques jours après, il alla à Fougères chez les Ursulines où, ayant fait une exhortation à la grille du chœur, il fit ensuite approcher les religieuses l'une après l'autre pour recevoir de sa main de petites croix. Il reconnut celle qu'il avait vue en esprit et lui demanda son nom, après lui

avoir manifesté le désir de l'entretenir en particulier. Lorsqu'il fut seul au parloir avec elle, il lui déclara qu'il

' était envoyé du Ciel exprès pour lui dire qu'elle devait se perdre désormais en Dieu par un entier abandon d'elle-même entre ses mains, qu'il fallait se défaire de

• ses craintes et de ses réflexions qui empêchaient sa parfaite nudité d'esprit, que l'assurance qu'elle cherchait, était un appui que Dieu lui voulait ôter. Il lui dit beaucoup d'autres choses qu'on ne peut rapporter ici, parce que la personne est encore vivante et ne veut pas être connue. Depuis ce temps-là, il prit grand soin d'elle, la dirigeant par lettres et lui écrivant toutes les fois qu'il croyait qu'elle avait besoin de son secours.

Il reçut beaucoup d'autres faveurs signalées que nous ne savons pas. La Mère Marie Eucher de sainte Scolastique,qui a fondé et gouverné avec beaucoup de bénédictions le monastère des Ursulines de Redon, me dit un jour que si elle survivait au Père Huby, elle dirait de lui des choses admirables que la fidélité du secret ne lui permettait pas de découvrir avant sa mort. Mais Dieu voulut qu'elle mourût avant lui.

Dès son vivant, tout le monde le regardait comme un saint, non seulement le peuple, mais généralement les ecclésiastiques, les religieux de tous les ordres et tous les Prélats de la Province.

Monseigneur de Rosmadec, évêque de Vannes et depuis archevêque de Tours, disait que si le Père Huby ne faisait pas de miracles, c'est qu'il ne le voulait pas, ayant assez de mérites devant Dieu pour en faire. Il

l'estimait un des hommes de France les plus éclairés dans la vie spirituelle. Avant l'établissement des retraites, il le menait avec lui dans les visites du diocèse. Il voulait qu'il l'avertit franchement de tout ce qu'il trouverait à redire dans sa conduite. Il l'écoutait comme un novice écoute son maître. Il le consultait dans ses doutes, suivait ses avis et venait souvent l'entretenir des choses spirituelles.

Le saint évêque de Tréguier, Baltasar Grangier de Liverdeys le fit venir plusieurs années de suite pour donner les exercices de S^ Ignace aux religieuses de son diocèse, et lui-même,avec tous ses domestiques.faisait chaque année une retraite sous sa conduite, à la manière de celles de Vannes.

Un grand nombre d'ecclésiastiques distingués par leur naissance, par leur savoir et par leur vertu venaient de bien loin à Vannes faire des retraites, pour avoir l'avantage de communiquer avec le Père Huby et de profiter de ses lumières.

Au sortir des retraites, tout le monde s'en allait plein d'estime et de vénération pour lui, donnant mille bénédictions aux fondateurs d'une si sainte institution. Des hommes fort habiles dans les affaires temporelles disaient qu'il fallait une retraite pour leur ouvrir les yeux, et un Père Huby pour les tirer de leur aveuglement. D'autres, d'un grand mérite, protestaient qu'ils avaient été plus touchés de ce que leur avait dit le Père Huby que de tout ce qu'ils avaient lu ou entendu en toute leur vie. D'autres qui faisaient profession de

gÔ VIE DU PÈRE VINCENT HUBY.

la vie dévote avouaient qu'ils avaient plus profité dans une retraite sous sa conduite, qu'en plusieurs années sous la conduite des plus sages directeurs ou dans la compagnie des hommes les plus vertueux.

Les personnes de qualité regardaient comme une faveur du Ciel les marques qu'il leur donnait de sa bienveillance et recevaient comme des reliques les petits présents de piété qu'il leur faisait. Elles s'estimaient j heureuses d'avoir part à ses prières, et plusieurs ayant j quelque voyage à faire, venaient lui demander sa béné- j diction. Certaines manières simples qu'elles n'eussent pu î supporter en d'autres, leur agréaient dans le Père H uby.

Les soldats qui passaient par Vannes se disaient les uns aux autres : Allons voir le Saint, Il leur marquait i une bonté de père , leur faisait comme saint Jean-Bap- | tiste, un petit sermon et leur donnait des croix. Quelques-uns disaient : Je me fie plus en cette croix que le \ bon Père m'a donnée, qu'en cette épée que je porte à j mon côté. j

Outre Armèle Nicolas, cette sainte servante, dont la vie, qu'on a donnée au public, a fait tant de fruit, il diri- ' gea plusieui"s autres personnes d'une éminente vertu, de toutes sortes de conditions. I] y en a une que je ne puis omettre, ayant eu l'avantage d'être son confesseur. I

Elle se nommait Mathurine Barbelot , native de Ploërmel , d'une honnête famille. Dans une mission du Père H uby , elle alla se confesser à lui, coiffée à la mode et parée de vains ornements de luxe. Le Père re-

connut en elle un esprit bien fait, un cœur généreux, une âme grande et capable de la plus haute vertu. La regardant d'un œil de compassion, il lui dit avec cette tendresse que le zèle inspire : Ma fille, à quoi sert cette pompe mondaine ? Ces deux mots animés du Saint- Esprit ouvrirent les yeux à cette jeune fille et lui percèrent le cœur. Elle sentit une vive atteinte de contrition et fondant en larmes, aux pieds du saint homme, elle protesta dès ce moment qu'elle renonçait aux vanités du siècle. Sa détermination au service de Dieu fut aussi entière et constante qu'elle avait été prompte.

L'amour divin établit en elle son règne par de si puissants attraits, que nul objet de la terre ne la toucha plus. A peine avait-elle fait les premières démarches dans la vie spirituelle, qu'elle fut élevée à une sublime contemplation et à cet état que les mystiques appellent passif. Le Père Huby, admirant en elle les progrès de la grâce, prit un soin particulier de sa conduite et lui permit de se confesser et de communier tous les jours.

Le désir de se lier plus étroitement à la sainte Vierge qu'elle avait prise pour sa Mère et qu'elle aimait tendrement, la fit entrer dans le tiers-ordre du Carmel. Elle avait mis la figure d'un cœur aux pieds d'une petite statue de Notre-Dame qu'elle avait à son oratoire, pour marquer qu'elle voulait que tous les mouvements de son cœur rendissent hommage à la Reine du Ciel et fussent par elle présentés à Notre-Seigneur.

Dieu l'éprouva par de grandes infirmités ; les humiliations et les souffrances faisaient ses délice-s. Le Père

Fond, des Retraites. 7

Adrien Daran, Jésuite, son confesseur, lui permit de faire des actions héroïques en matière de mépris du monde. Monsieur de Kerlivio, le Père Huby, le Père Valentin de S'^-Armel, le Père Pierre de la Résurrection, d'autres Carmes fort éclairés l'estimaient beaucoup. Pour moi qui l'ai confessée la dernière année de sa vie, et qui l'ai assistée à sa mort, je puis assurer que je la tiens pour une des âmes les plus parfaites de notre siècle.

Elle vivait parmi les créatures comme s'il n'y eût eu que Dieu et elle au monde, dégagée de toutes les affections humaines, insensible à tous ses intérêts propres, morte à elle-même, toute absorbée en Dieu, ne respirant que l'air du pur amour, toujours égale et marquant sur son visage la paix dont elle jouissait au dedans.

Je lui permis une fois de sucer le pus de l'ulcère d'un pauvre dont la seule vue faisait horreur. Ce fut un rafraichissement^que je ne pus refuser à l'ardeur du feu qui la consumait.

Elle me dit qu'un jour, ayant surpris un homme qui lui volait dans une armoire une bourse de cinquante écus, la pensée qui lui vint d'abord fut que cet homme avait besoin de cet argent. Ainsi, elle ne fît pas semblant de le voir et le laissa jouir paisiblement de son larcin sans en parler à^personne.

Dieu ne lui donna que huit ans pour travailler à sa perfection, mais elle remplit ces années de mérites. Elle mourut le 6 décembre 1669 à l'âge d'environ 33 ans. Son corps repose devant l'autel de Notre-Dame dans l'église des Carmes du Bondon. Une grâce singulière

qu'elle m'avait promis durant sa vie de m'obtenir de Dieu, s'il lui faisait miséricorde, me lut une preuve de son pouvoir auprès de Dieu après sa mort.

On verra encore dans quelques saintes Ursulines, si l'on donne leur vie au public, des fruits excellents de la direction du Père Huby. Une des maisons oùil fît le plus de bien, fut l'Abbaye de la Joie de l'ordre de Cîteaux, dont l'Abbesse, Mère Madeleine le Coigneux, plus illustre par ses rares qualités et par sa vertu que par sa naissance, entretint toujours un saint commerce d'amitié avec lui. Enfin, on peut dire généralement qu'il eut une liaison avec tout ce qu'il y eut de saintes âmes de son temps en Bretagne.

La consolation d'un ouvrier apostolique est de mourir dans l'exercice actuel de son ministère, et de voir,en mourant, l'accomplissement de ses desseins pour la gloire de Dieu. Le Père Huby a eu cette consolation tout entière.

Il venait de faire imprimer son dernier ouvrage inti- I tulé' : Motifs d'aimer Dieu, pour chaque jour ; et lorsqu'il y travaillait, on lui avait ouï dire : Quand j'aurai achevé ce livre, je dirai : Nunc dimittis.

Trois jours avant que la maladie dont il mourut le prît, il envoya à Mademoiselle de Kerdef, supérieure de la maison de Retraite des femmes, un écrit qu'il avait promis de faire avant sa mort, pour le bon règlement de cette maison, et le jour qu'il tomba malade, il donna ordre qu'on envoyât au Père Guymond, recteur du noviciat de la Compagnie de Jésus à Paris, un paquet oii il

lOO VIE DU PÈRE VINCENT HUBV.

avait mis des copies de tous les exercices qui se pratiquent dans la maison de retraite des hommes à Vannes, Le mardi au soir, i 7 mars, il avait fait commencer la retraite de Pâques, et il se disposait à y travailler à son ordinaire, lorsqu'il fut attaqué d'une fluxion de poitrine et d'une fièvre d'abord assez légère, mais acconipagnée de redoublements. La douleur de côté dont il se plaignait détermina les médecins à le faire saigner. Il se sentit un peu soulagé, mais peu après, il tomba dans une si grande faiblesse, que le samedi soir, on perdit toute espérance de sa guérison.

Il demanda le saint Viatique, et on le lui apporta sur les sept heures. Il le reçut avec de grands sentiments d'amour de Dieu et de soumission à ses saintes volontés. Les marques de piété qu'il donnait tiraient les larmes des yeux aux assistants. Trois heures après, on lui administra l'Extrême-Onction. Il répondait à tout avec sa paix et sa présence d'esprit ordinaire. Plus il approchait de sa fin, plus son amour pour Dieu et le désir de s'unir à lui l'embrasait. Il pria qu'on récitât les trois Pater et les trois Ave qu'il avait coutume de dire à l'exemple du Père Urraca, depuis qu'on lui eut fait connaître ce saint religieux de la Merci. Comme on les récitait lentement, il dit : « Hâtez-vous, le temps presse; je vais à grands pas à la mort. » Il ne parut privé de sentiment que la dernière demi-heure de sa vie. Après quoi il expira doucement le 22 mars, à l'âge de 85 ans; il en avait passé 68 en la Compagnie.

Son corps fut deux jours exposé à la vénération du

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peuple qui vint en foule l'honorer. Chacun voulait avoir de ses reliques. On lui faisait toucher des chapelets, des médailles et des linges. On déchirait ses habits, on coupait ses cheveux.

La maison de retraite des femmes demanda son cœur, et la demande étant appuyée de l'intercession de Monseigneur de Vannes, on ne put le refuser. Il est gardé comme un précieux trésor dans la chapelle de cette maison où il sert encore, après sa mort, à allumer dans les cœurs ce feu de l'amour divin dont il brûlait pendant sa vie.

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