‹ Vie du Père Vincent Huby de la Cie de JésusChapitre 22 sur 54 · II. — Sur LES Tentations. — Une âme bien fidèle · texte numérisé non relu

II. — Sur LES Tentations. — Une âme bien fidèle

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tire le même fruit de la tentation du mal que de l'inspiration du bien.

Le grand profit de la tentation consiste a en tirer le bien contraire, dans toute son étendue, et avec toute la bonne volonté dont on est capable.

Les imparfaits succombent dans les moindres occasions du mal, les parfaits triomphent dans les plus grandes.

. Dans les tentations des sens, il faut élever son esprit à l'infinie bonté de Dieu. Dans les tentations de l'esprit, comme de vanité, d'envie, il faut s'abaisser dans l'abîme infini de son néant.

Le moyen de se rendre victorieux des tentations du plaisir, de quelque nature qu'elles soient, est de s'appliquer sérieusement à aimer et à embrasser la croix. Jusqu'à ce qu'on se soit adonné tout de bon àcette pratique, on sera toujours flottant entre le plaisir et la croix, entre la tentation et la victoire, et l'on sera en danger de succomber, ou de tomber dans la négligence, ou du moins dans quelque trouble, le cœur n'en étant pas autant éloigné qu'il peut et qu'il doit être par un vrai amour de la croix.

Il y a encore une autre manière de combattre les tentations des sens. C'est d'anéantir son esprit et d'acquiescer dans son cœur aux ordres de Dieu, au milieu de ces attaques importunes, à l'exemple de saint Paul, « qui se glorifiait rnêine dans ses faiblesses, afin que la force de Jésus-Christ habitât en lui ; » c'est-à-dire afin

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que la grâce seule de son Sauveur régnât en lui, et qu'il reconnût que de lui-même il n'était que misère.

Voilà trois moyens de vaincre ces sortes de tentations : ou par élévation, ou par abaissement, ou par application à la croix.

Le penchant au mal n'est pas un péché. Il peut devenir un exercice de vertu d'où l'on tirera un grand profit, etoùl'on n'a que deux choses à pratiquer, l'abandon et la fidélité : l'abandon à souffrir cet état, et la fidélité à persévérer dans son devoir, sans se laisser aller au mal. Dans les tentations attrayantes, pureté ; Dans les affligeantes, confiance ; Dans celles qui abattent le cœur, douceur ; Dans celles qui élèvent l'esprit, humilité.

III. — Sur LES Souffrances. — Dans nos croix, persuadons-nous bien que ce qui nous crucifie, nous purifie et nous sanctifie de Jésus-Christ est un Dieu crucifié et crucifiant. Il a été crucifié par ses ennemis, et il crucifie ses amis.

Dans la perte des biens temporels, songez que cette perte est un trésor pour l'éternité et qu'un seul acte de résignation à souffrir la pauvreté vaut mieux que toutes les richesses de la terre.

Mon repos doit être dans la privation des biens et dans la souffrance des maux.

Souffrir sans réflexion sur les créatures et sur soimême, et n'envisager dans ses souffrances que la cause première qui dispose tout par sa Providence.

Regarder ses peines comme des croix, et les croix

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comme les choses les plus précieuses du monde, et les embrasser avecleplus grand amour de son cœur, comme les choses qui nous sont les plus utiles et qui sont les plus glorieuses à Dieu.

Nos répugnances nous font plus de mal que nos peines.

IV. — Maximes de Prudence.. — Ne prendre jamais avis de sa passion ni de celle d'autrui.

Plus on a de passion, moins on a de raison.

Qui admet dans son conseil des fous ou des personnes passionnées, quel avis peut-il recevoir d'eux, sinon des avis conformes à leur disposition ? Et s'il les écoute ' et les suit, quelles résolutions peut-il prendre, que des résolutions folles et passionnées ? C'est justement ce qui nous arrive lorsque nous écoutons et que nous j suivons ce que nos sens et nos passions nous conseillent, j

Il faut toujours avoir l'esprit ouvert à écouter la raison, et le cœur ouvert à recevoir la grâce.

Garder pour maxime dans l'exécution d'un dessein de n'y employer que le moins possible de moyens, et précisément ceux qui sont nécessaires pour le faire réussir.

Pourquoi la plupart des choses qui se présentent dans la vie ayant un bon et mauvais côté, ne les prendrais-je pas du bon, qui est celui de la vertu ?

Mettons-nousducôtéde la vertu contre notre humeur, et non pas du côté de notre humeur contre la vertu.

C'est dans moi qu'est la source de mon bonheur ou

de ma peine, puisque c'est l'acceptation ou le refus que je fais de la vertu qui fait l'un et l'autre.

Je ne dois me plaindre que de moi, puisque tout ce que les autres font ou disent contre moi tournera à mon avantage, si je le veux.

Le mal qu'on peut dire de nous ne doit servir qu'à nous animer au bien contraire.

Il est important de voir de quelles vertus on a quelque commencement ; et, au lieu de s'arrêter là, de voir jusqu'où l'on peut aller, afin de s'y appliquer solidement. Manque de cela, on demeure fort en arrière.

Ne prenons pas le change : le temps nous est donné pour travailler et pour souffrir, et l'éternité pour nous reposer et pour jouir.

C'est en vain qu'on s'élève à Dieu, si l'on n'a appris à se connaître et à se mortifier.

V. — De la Mortification. — La parfaite mortification doit me rendre, pour l'extérieur, sourd, aveugle et muet ; pour l'intérieur, insensible partout où l'intérêt de Dieu ne se trouve point.

Ceux qui, faisant voyage, marchent le matin avant le jour, et ceux qui marchent le soir dans les ténèbres, ont les uns et les autres de la peine.

Mais la peine des premiers n'est pas comparable à celle des seconds, parce que ceux-là avancent vers le jour qui commence à poindre, et qui aura bientôt sa pleine clarté. Ceux-ci, au contraire, plus ils marchent, plus ils s'enfoncent dans l'obscurité de la nuit, jusqu'à ne plus voir goutte, en danger de tomber dans quelque

fosse OU dans quelque précipice. De même, ceux qui se retirent dans la conduite des sens, et ceux qui la suivent, les uns et les autres marchent dans les ténèbres, parce que les sens offusquent la vie intérieure. Mais ' ceux qui se retirent de la conduite des sens vont vers le jour, parce qu'ils vont vers Dieu, qui est esprit et lumière, et qu'ils avancent dans la vie de la grâce, qui est une vie d'esprit et de lumière. Au lieu que ceux qui j suivent les sens s'enfoncent de plus en plus dans les ténèbres et dans la nuit, parce que les connaissances et | et les expériences que l'on acquiert par les sens sont basses et grossières et incapables de contenter l'âme. Il faut donc prendre volontiers la peine qu'il y a à se ' retirer des sens, puisqu'il y en a moins qu'à les suivre, j et que plus on s'éloigne des sens, plus cette peine di- ' minue. ;

VI. — Du Dégagement des créatures. — Nous n'avonsde forcequ'autantque nousavonsdedégagementde nous-mêmes ; et nous nous affaiblissons autant que nous nous laissons aller aux recherches de l'amour-propre.

Quoique beaucoup de choses nous soient licites, nous ne devons pourtant nous en rendre aucune nécessaire i hors des desseins de Dieu, parce que l'affection que j l'on a pour la créature, captive le cœur et lui fait per- | dre le privilège de la vraie liberté. j

Notre esprit est entre deux mondes :1e sensible et le spirituel. La nature corrompue, si nous nous laissons aller à ses instincts, retire notre esprit du monde spirituel, et l'abaisse dans le monde sensible. La grâce, au

contraire, si nous suivons ses mouvements, retire notre esprit du monde sensible et le retient dans le monde spirituel. Tandis qu'il est là, il est hors des attaques de la chair, du siècle et du démon : car encore que le démon soit esprit, il ne peut pourtant atteindre notre esprit, ni lui nuire, que par nos deux autres ennemis, c'est-à-dire par les fantômes du siècle, qui remuent notre imagination, et par les sentiments qui s'excitent dans l'appétit. Or tout cela est dans le sensible. Mais pour peu que notre esprit se retire du spirituel, et s'engage dans le sensible, il se trouve exposé aux tentations de ces trois ennemis. Qu'il demeure donc dans son étage propre et naturel, qu'au lieu de s'abaisser à l'étage sensible et corporel, il aille se perdre dans cet esprit infini qui est son principe, son terme et son centre, et qu'il y demeure perdu. Heureux s'il ne s'éloigne jamais de cet Etre souverain, qui est toujours appliqué à nous voir, à nous aimer et à nous combler de grâces et de biens spirituels, lorsque nous lui demeurons attachés.

Une personne solidement spirituelle passe sa vie en trois sortes d'actions : i^ à se séparer de l'affection des choses de la terre ; 2° à se rendre insensible aux plaisirs des sens ; 3^ à fuir seule vers celui qui est seul , c'est-à-dire vers Dieu.

L'âme attachée à la terre n'estime que les choses de la terre. Les choses spirituelles et célestes lui paraissent petites, et à peine les peut-elle voir. Mais si elle se dégage de la terre et se met en liberté, à mesure qu'elle s'élèvera vers Dieu, elle découvrira la petitesse

des choses de la terre et la grandeur des choses célestes et divines.

VIL — Du Recueillement. — En parlant, l'esprit se dissipe et s'éloigne de Dieu ; le silence, au contraire, ramène l'esprit à Dieu et l'y unit.

Plus de silence, plus d'innocence. Me taire, quand je verrai que mon silence vaut mieux que ce que je voudrais dire.

Qui tient son cœur dans la clôture, c'est-à-dire enfermé avec Dieu, garde son cœur de tout désordre. Oii il n'y a que le cœur et Dieu, tout va bien.

Les mouvements de Dieu dans l'âme se font à petits bruits ; un esprit trop occupé au dehors, négligent et peu attentif à soi-même, n'entendra pas la parole intérieure et la laissera passer sans aucun effet. Il faut tenir son esprit recueilli pour écouter Dieu, et son cœur libre pour le suivre.

Dieu s'occupe à l'égard de chacun de nous, comme s'il n'y avait que chacun de nous au monde. Occuponsnous de Dieu, comme s'il n'y avait que Dieu seul au monde.

Pour avoir, partout et en tout temps. Dieu présent, et pour s'unir à lui, il ne faut pas seulement se séparer des créatures à l'extérieur, mais encore dans l'intérieur ; il faut porter en soi une solitude où l'âme, en quelque lieu et en quelque compagnie qu'elle soit, demeure enfermée.

VI IL — De la Paix de l'ame. — La paix de l'âme est le point capital de la vie intérieure et le fondement

de l'édifice spirituel qu'un vrai chrétien veut élever au dedans de lui-même. C'est par cette paix de l'âme, par ce calme intérieur, que l'on imite parfaitement Dieu» dont la félicité n'est jamais troublée par aucun événement. C'est là cette perle précieuse qu'il faut acheter au prix de tout ce qu'on possède ; l'âme qui l'a trouvée est plus riche que si elle possédait un monde entier. Dieu et cet heureux état sont tout son trésor et toute sa vie.

Une âme qui ne résiste point aux volontés ni aux mouvements de la grâce, jouit d'un grand repos dans son intérieur. Nos peines et nos troubles viennent de nos résistances.

Plus l'âme s'approche de l'unité et de la simplicité dans ses opérations, plus elle est tranquille.

Dans la vie naturelle, le trouble commence par les sens, et passe jusqu'au cœur. Dans la vie spirituelle, la paix commence par le cœur, et de là se répand partout.

On prêche la crainte de Dieu aux gens du monde, et moi je prêche aux religieux et aux personnes dévotes la confiance en Dieu. Si en tout temps elle leur est utile, elle leur est particulièrement nécessaire après qu'ils sont tombés dans quelque faute. Je voudrais qu'alors leur confiance en Dieu fût aussi grande qu'elle l'est dans la communion. Après une faute, nous avons plus besoin de confiance qu'auparavant, parce qu'étant plus faibles, nous avons plus besoin d'appui et de force, et la confiance est notre force et notre appui.

Nous ne saurions faire un plus grand dépit au dé-

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mon. que d'animer notre confiance en Dieu après nos fautes. Car ce que le démon prétend pour lors, c'est de nous tenir dans un abattement d'esprit qui ressemble à un petit désespoir, et qui n'est pas une seule faute, mais une continuation de plusieurs fautes.

Pour renverser ce dessein du démon, excitons-nous à la confiance et à la plus grande confiance, qu'il nous sera possible.

Pourquoi nous décourager sous prétexte que nous sommes souvent vaincus ? Le démon, quoique mille fois vaincu, se décourao^e-t-il et cesse-t-il de nous attaquer tous les jours ? Il espère tout de sa malice et de notre faiblesse. Pourquoi n'espérons-nous pas tout de la bonté de Dieu et du secours de ses grâces ? Elles sont infiniment plus puissantes que toutes les tentations du démon.

Xotre confiance n'est jamais dans un exercice plus parfait que quand nous nous trouvons ou en de plus grands dangers, ou en de plus grandes peines.

Le cœur le plus abandonné à Dieu est le mieuxgardé.

Aimer Dieu purement pour le contenter, parce qu'il veut que je l'aime et qu'il mérite d'être aimé. L'aimer sans avoir égard à ce que nous gagnons en l'aimant, à ce qu'il nous peut donner, à ce qu'il a promis à ceux qui l'aiment; mais, comme serviteurs inutiles, immolons tout à son amour.

Qu'il m'ôte tout, hormis son pur amour, j'en suis content et l'en prie. Il ne m'ôtera rien que je ne perde de bon cœur pour l'amour de lui. En me laissant son pur

amour, il me laissera tout ce que je veux. Je renonce de tout mon cœur et pour jamais à tous mes intérêts propres, afin qu'ils soient perdus avec moi dans le pur amour.

Si j'aime l'immortalité que Dieu me promet, ce n'est qu'afin que je puisse posséder à jamais son pur amour. Je souhaite de tout mon cœur de cesser plutôt d'être dès ce moment, que d'être un seul moment sans son pur amour.

V^otre pur amour, mon Dieu, m'est tout, et sans lui, tout ne m'est rien. Il est ma vie, mes délices, mes biens, ma gloire, mon paradis, mon éternité, parce que c'est le seul bien que je vous puisse procurer avec le secours de votre grâce et que vous demandez de moi.

Tandis que je me chercherai moi-même en la moindre chose, le pur amour ne possédera pas mon cœur.

Autant qu'il est juste que mon être soit sacrifié pour rendre hommage à l'être infini de Dieu, autant est-il juste que mon amour-propre soit détruit, afin que le pur amour de Dieu vive en moi.

J'avancerai dans le pur amour autant que je m'éloignerai de mon amour-propre ; et comme il ne faut point mettre de bornes au progrès dans le pur amour, il faut que je m'éloigne infiniment de mon amour-propre.

La vie de l'amour-propre est la mort du pur amour. La vie du pur amour est la mort de l'amour-propre. Ils ne peuvent subsister l'un avec l'autre. Il faut perdre tout amour pour avoir le pur amour.

L'amour-propre se nourrit de consolations et de

goûts spirituels ; le pur amour se nourrit de sécheresses, de désolations intérieures et de croix.

Rien de moi ni pour moi, mais tout de Dieu et tout pour Dieu.

Un bienheureux, dans son état de gloire, est parfaitement content, fût-il dans le plus petit coin du monde, éloigné du paradis et de la compagnie des autres bienheureux. Pourquoi ? C'est qu'il voit Dieu et possède Dieu. Son cœur ne peut pas désirer autre chose que Dieu, au prix duquel tout le reste ne lui paraît qu'un atome.

Également un bienheureux qui occupe la dernière place dans l'état de gloire, est parfaitement content. Il en voit d'autres qui, plus élevés dans la gloire, possèdent Dieu d'une manière plus excellente. Mais cette connaissance n'excite point sa jalousie, n'altère point sa félicité. Il ne peut désirer que Dieu et l'accomplissement de la volonté divine. Dieu lui est tout, le reste ne lui est rien. Voilà le modèle d'une âme qui aime Dieu d'un amour pur et désintéressé.

Il ne faut point prendre son repos dans le repos, mais seulement dans la volonté de Dieu, c'est-à-dire qu'il ne faut pas s'amuser à désirer, chercher le repos quand on ne l'a pas, ni à le goûter quand on l'a ; mais il faut uniquement s'établir dans la volonté de Dieu et avoir une entière indifférence pour le repos et pour le travail. Autrement on se cherche soi-même, et non purement Dieu. Voilà un obstacle qui nous arrête souvent et longtemps, et peut-être toute la vie, et qui fait encore

que nous ne sortons jamais bien de nous-mêmes, et que Dieu ne nous possède point pleinement.

Nous demeurons toujours dans les confins de notre volonté propre et de la volonté de Dieu, de la nature et de la grâce, des vertus et des vices. Il faut nous perdre entièrement en Dieu, donner à la grâce un empire absolu sur nous,, pratiquer la vertu dans toute son étendue et dans sa pureté, nous éloigner comme à l'infini de nous-mêmes, de la nature et des vices. Alors nous entrerons dans une sainte liberté, dans un repos que nul événement ne pourra troubler.

Dans vos troubles, ne cherchez point à vous calmer par d'autre voie que par celle de la résignation et de la patience.

La résignation à souffrir la privation des biens créés, vaut mieux que leur possession. Il faut en excepter la grâce. Les deux choses du monde les plus précieuses sont de savoir prier et souffrir ; toutes deux sont comprises dans une troisième, qui est de savoir se résigner.

Puisqu'il faut être toujours prêt à perdre la vie, au temps et à la manière qu'il plaira à Dieu, il faut être disposé à toutes les autres pertes des biens, de la santé, de la réputation et de l'honneur, par toutes sortes d'infirmités et de maladies, d'humiliations et de calomnies. Il n'y a que cette résignation et cette disposition d'es-, prit qu'il ne faut jamais perdre. Pour la conserver, il faut perdre volontiers tout le reste. Dans toutes les conjectures de la vie, soit dans celles qui arrivent en effet, soit dans celles qui se présentent à l'esprit, il faut

se tenir dans la même résignation, dans le même abandon aux ordres de Dieu.

Il y a des âmes qui rendent tout petit, parce qu'elles font tout avec un cœur petit, avec une volonté étroite, faible et bornée. Il y en a d'autres qui rendent tout grand ; elles font les plus petites actions avec un grand cœur, avec une volonté noble, généreuse et sans bornes. Tout ce que font les petits cœurs est petit ; tout ce que font les grands cœurs est grand.

Faire un grand bien avec une petite volonté , c'est ne faire qu'un petit bien. Faire un petit bien avec une grande volonté, c'est faire un grand bien. Ce qui fait nos actions grandes ou petites devant Dieu, c'est la grande ou la petite volonté.

Quand la difficulté est plus grande que notre volonté, nous cédons. Quand notre volonté est plus grande que la difficulté, nous la surmontons. Or, si nous voulons, il n'y aura jamais de difficulté qui ne soit moindre que notre volonté ; la raison en est évidente. C'est qu'il n'y a aucune difficulté qui ne soit moindre que la grâce que Dieu nous offre. Acceptons donc toute grâce qui nous est présentée, et nous aurons toujours et une grâce et une volonté plus grande que nos difficultés, et par conséquent, nous les surmonterons toutes. Nous devons faire et souffrir les petites choses qui se présentent, avec un cœur aussi grand, aussi noble, aussi élevé, que si l'occasion se présentait de faire et de souffrir pour Dieu ce qu'il y a de plus héroïque, je veux dire d'endurer le martyre.

Si je sais me vaincre moi-même, dompter la nature et l'humeur, cette victoire m'affranchit des péchés, me préserve des peines qui en sont le juste châtiment, et me procure des biens infinis pour le temps et pour l'éternité. Serais-je assez mal avisé, assez lâche pour ne pas assurer un si grand avantage, qu'il ne tient qu'à moi de posséder, puisque jamais la grâce de Dieu ne me manque ?

Ce qui cause la rage des démons, c'est d'avoir perdu de si grands biens et de s'être attiré de si grands maux, par leur pure faute. Quand on ne peut obtenir des autres ce qui dépend d'eux, l'on s'en» fâche et on s'en plaint. Mais que je n'obtienne pas de moi ce qui dépend de moi, et ce qui m'est de si grande conséquence, cela n'est-il pas étrange ? Tout ce que nous pouvons obtenir des autres n'est rien, et leur refus peut, si je le veux, me donner un bien qui me vaut incomparablement mieux, savoir : la patience.

Ce qui fait que nous avançons si peu dans la perfection, ce sont nos fréquentes interruptions. Dès que nous avons fait un pas, au lieu de continuer toujours du même train, nous retournons aux pensées, aux sentiments, aux passions dont nous nous étions un peu retirés par le premier effort ; nous demeurons là un temps notable jusqu'à un second effort, après lequel nous revenons encore aux bassesses de la nature. On ne fait pas assez d'attention à ce défaut. Le moyen de le corriger est de veiller sur nous-mêmes, et d'éloigner constamment les objets dont l'idée ou l'affection pour- Fondateur des RcUaites. 0

rait nous arrêter. Cette vigilance nous mettra dans l'état où nous devons être, afin que Dieu opère en nous selon son bon plaisir.

Notre fidélité à la grâce doit être prompte, entière, constante.

Le moindre mot qui vient d'une personne que l'on aime est doux et bien reçu. N'est-il pas juste que la moindre inspiration de Dieu soit reçue avec la disposition d'un cœur fidèle et parfaitement soumis ?

Oui ne fait pas ce qu'il peut, ne mérite aucune grâce pour faire davantage. Dieu ne nous ôte jamais ses dons que quand nous lui ôtons notre cœur.

Nous devons témoigner à Dieu notre exactitude et notre fidélité à l'égard de quatre choses : 1° à l'égard de ce qui vient de Dieu, de ses grâces et de ses inspirations, pour les recevoir et les suivre ; 2° à l'égard de ce qui est contre Dieu, jusqu'au moindre péché, pour l'éviter ; 30 à l'égard de ce qu'il faut faire pour Dieu, jusqu'au moindre de nos devoirs, jusqu'au plus petit règlement, pour le garder ; 4° à l'égard de ce qui se présente à souffrir pour Dieu, afin de l'endurer de bon cœur.

Nous demandons à Dieu qu'il nous fasse gagner nos procès, et nous lui faisons le plus souvent perdre les siens. Oui, Dieu a tous les jours des procès, dont nous sommes les juges et les arbitres. La matière de ces procès est la possession de notre cœur, qui lui est disputée par ses ennemis, le démon, le monde et la chair. Il a de son côté le bon droit, et il prétend avec justice

que les fonds et les fruits lui appartiennent. Nous jugeons cependant tous les jours en faveur de ses ennemis, nous préférons les suggestions du démon aux inspirations du Saint-Esprit , nous avons de lâches complaisances pour le monde, et nous nous laissons aller aux inclinations de la nature, au lieu de tenir ferme pour les droits de Dieu.

Il n'y a, dans le langage des Écritures, que deux sortes de vies, l'une intérieure et l'autre extérieure ; l'une terrestre, charnelle et animale, et l'autre spirituelle, céleste et divine. Ce qui fait la différence de ces deux genres de vie, c'est la différence des objets qui occupent l'esprit et le cœur, et qui causent nos joies et nos tristesses, nos amours ou nos haines.

La vie extérieure avilit et dégrade l'homme jusqu'à la condition des animaux ; la vie intérieure ennoblit l'homme et l'élève jusqu'à Dieu. Quiconque vit de la vie extérieure, fut-il d'ailleurs un héros ou un monarque, n'est qu'une âme basse et rampante, dont les sentiments ne s'élèvent pas au-dessus de la terre. Un chrétien qui est instruit et formé par le Saint-Esprit lui-même, n'a plus d'yeux que pour contempler ce qui est éternel, plus d'esprit que pour mépriser ce qui est passager et méprisable, plus de cœur que pour aimer Dieu et les intérêts de sa gloire. Voilà l'âme véritablement noble, l'âme vraiment grande et élevée ; voilà l'homme dont le monde n'est pas digne.

La vie intérieure consiste à correspondre à ce qui est surnaturel, à toutes les inspirations de Dieu, à tous

les mouvements de la grâce, et à n'y mêler rien de naturel, nulle recherche de soi-même.

Heureux celui qui sait ne donner à la vie extérieure et naturelle que ce qu'on ne peut lui refuser, et se plonger et se perdre dans la vie intérieure et surnaturelle ! Oui sait faire un juste discernement entre les deux vies, fait peu de cas des avantages de celle-là ; il donne toute son estime, toute son affection et tous ses soins à celle-ci.

Le chemin qui mène à la perdition, et la porte par où on y entre, est large, dit Notre-Seigneur. Mais quand on est arrivé au bout de ce grand chemin, quand on a passé cette grande porte, on entre pour jamais dans un lieu étroit et obscur, le centre de tous les maux : c'est l'enfer. Voilà le malheur où conduisent les honneurs, les biens et les plaisirs d'un moment.

Au contraire, le chemin qui mène à la vie, et la porte par où on y entre, est étroite. Mais quand on a suivi ce petit sentier, quand on a passé cette porte étroite, on entre dans un pays d'une étendue immense, un pays de lumière, de paix, de délices pour une éternité : c'est le paradis. Voilà le bonheur où l'on arrive par la privation de quelques petites et courtes satisfactions des sens, et par la soumission aux saintes volontés de Dieu.

Les paroles de Notre-Seigneur que nous venons de rapporter, se vérifient même dès cette vie, à l'égard des pécheurs et des justes.

VIE DU PÈRE VINCENT ITUlîV

Le chemin qui mène au péché est large, parce qu'on y accorde toute Hberté aux sens et à la nature.

Le chemin qui mène à la perfection est étroit, parce qu'on n'y peut entrer qu'en mortifiant ses sens, qu'en faisant violence à ses inclinations naturelles, qu'en retranchant toutes les choses inutiles.

Mais cette voie large de la liberté des sens conduit à un état de gêne, d'obscurité et de misère. C'est l'état du péché, sous lequel le pécheur gémit, lié et maîtrisé par sa mauvaise habitude ; il est comme dans un enfer.

Au contraire, par la voie étroite de la mortification, l'on arrive dans un séjour d'une vaste étendue, lumineux, délicieux. C'est l'état de la perfection, où l'âme, dégagée des sens, forte et invincible contre les attaques de ses ennemis, vit avec Dieu dans la région de l'esprit, dans une sainte liberté, dans l'abondance des vrais et solides biens. Elle est comme dans un paradis.

^.^.^.r^^^^^Sti^^^^.^.,

REGLES de PERFECTION pour

CONDUIRE l'AME à l'UNION

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