‹ Vie du Père Vincent Huby de la Cie de JésusChapitre 25 sur 54 · DE L'ASSIETTE DU CŒUR · texte numérisé non relu

DE L'ASSIETTE DU CŒUR

COmme il y a une certaine assiette du corps, une situation dans laquelle le corps est à son aise, de même y a-t-il une assiette du cœur, une disposition dans laquelle le cœur se trouve en repos. Il faut tâcher de la reconnaître et de s'y mettre ; quand on y est, s'y tenir ; quand on n'y est pas, s'y remettre, non pour sa propre satisfaction, mais afin d'être dans l'état que Dieu veut pour sa demeure, qui doit être un lieu de repos.

Cette assiette consiste dans un acquiescement en Dieu, et dans une cessation volontaire des agitations inutiles de l'esprit et du corps.

L'âme établie dans ce repos est bien plus capable de recevoir les opérations de Dieu, mieux disposée à pro-

duire ces opérations à l'égard de Dieu ; et par cette pratique, quand elle est constante, il se fait en l'âme un grand vide de tout ce qui est purement naturel et humain, et la grâce, avec les principes surnaturels et divins, s'affermit et se dilate de plus en plus.

Tout sert au progrès de l'âme lorsqu'elle sait se tenir dans une même assiette. La privation des choses qu'on peut désirer, même des spirituelles, y contribue extrêmement. En quoi il importe de remarquer que les privations opposées aux inclinations naturelles sont la nourriture des vertus. Le jeûne nourrit la tempérance, le mépris nourrit l'humilité ; les macérations du corps nourrissent la mortification ; les injures et les déplaisirs nourrissent la charité. Au contraire, la possession des objets délectables est le poison des vertus. Le boire et le manger est le poison de la tempérance , l'estime et l'applaudissement est le poison de l'humilité; les plaisirs et les aises du corps sont le poison de la mortification ; les richesses sont le poison de la pauvreté ; les affections humaines sont le poison de la charité : non que ces choses-là produisent d'elles-mêmes cet effet ; cela vient de notre corruption et de ce que nous en faisons d'ordinaire un mauvais usage.

C'est pourquoi les âmes éclairées ne les recherchent pas ; et pour ne point sortir de la pratique des vertus, leur soin fidèle et constant est de tenir toujours leur cœur dans la même assiette parmi les divers événements de la vie.

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