‹ Vie du Père Vincent Huby de la Cie de JésusChapitre 41 sur 54 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

il y fonde la pension d'un chapelain — Ses qualités pour la charge de grand-vicaire — On l'oblige à modérer ses austérités — 11 s'instruit d'abord de l'état du diocèse — Pour le connaître par lui-même, il le visite tout — Sa sagesse et son zèle à régler tout en l'absence du prélat — L'estime que ce prélat a pour lui, jusqu'à le prendre pour son confesseur — Changement du prélat à l'égard du dessein du Séminaire. -<.^^-<>^-<y^^^o-<y^-<^^^ ^^^^^^^^.^^^^

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VANTque de quitter Hennebond, Monsieur

de Kerlivio mit en sa place, à l'hôpital, un

prêtre dont il fonda la pension, et auquel il

laissa son appartement meublé. Il acheta

un jardin pour les pauvres et il le fit accommoder.

Il avait toutes les qualités et toutes les vertus requises pour remplir dignement la charge de grand-vicaire ; la science, la prudence acquise, et la surnaturelle, beaucoup de pénétration et de discernement ; une maturité à ne jamais rien précipiter ; une infatigable application au travail ; une vigilance à laquelle rien n'échappait, un parfait désintéressement, une droiture et une fermeté que nulle considération ne pouvait ébranler ; une étendue d'esprit et de zèle qui le rendait capable de s'occuper en même temps des affaires communes du diocèse, et des particulières que la charité lui faisait entrepren-

dre ; et tout cela tirait sa force d'une étroite union avec Dieu et d'une continuelle oraison.

Il mit d'abord, selon sa coutume, ce nouvel emploi sous la protection de la sainte Vierge ; il en étudia les devoirs, et il s'y donna tout entier. Le Père Rigoleu et le Père Huby, qui craignaient qu'il ne succombât sous le poids d'une si grande application, l'obligèrent de modérer ses austérités, d'user d'un matelas et de se mettre en pension dans une maison de la ville, où ils avaient donné ordre qu'on eût soin de lui, attendant qu'on lui eût préparé dans le séminaire qu'on bâtissait, un petit appartement conforme à son esprit de pauvreté.

Son premier soin fut de s'instruire à fond de l'état de tout l'évêché, prenant lumière du Père Rigoleu et de monsieur Le Galois, qui en avaient acquis une parfaite connaissance, l'un par ses missions, l'autre par ses charges. Celui-ci était Guillaume Le Galois, que nous avons vu réunir en sa personne les emplois de Recteur de la ville, de Théologal, d'Official et de Vicaire général. Monsieur de Kerlivio disait souvent que le clergé de Vannes lui avait des obligations éternelles, s'étant employé dès sa jeunesse jusqu'à une extrême et vigoureuse vieillesse au service du diocèse, et particulièrement à l'instruction des ecclésiastiques qui étaient alors dans une grande ignorance de leurs devoirs. Il l'eut depuis pour collègue, et il entretint toujours avec lui une étroite correspondance. Il lui communiquait ses desseins, et lui demandait avis, étant persuadé, comme je l'ai ouï dire plusieurs fois, que si les grands vicaires

ne sont fort unis ensemble et n'agissent de concert, ils ne feront pas la moitié du bien qu'ils pourraient faire, et souvent l'un renversera le bon ordre que l'autre aura établi.

La première visite qu'il fit fut plutôt pour connaître tout par lui-même, que pour faire des règlements sur le rapport des autres. Il écoutait tout, marquait tout par écrit, et n'ordonnait que ce qui était évidemment nécessaire. Il jugeait sagement que rien n'est plus préjudiciable au bon gouvernement que la multitude des ordonnances, et la trop grande facilité à en faire de nouvelles, sur quoi, je lui ai vu fort approuver le conseil que le Père Etienne Binet de la Compagnie de Jésus, si estimé du Cardinal de Richelieu, pour sa singulière sagesse, donna un jour à un évêque nouvellement sacré, qui lui demandait quelque maxime pour sa conduite : Je neii ai qiittne .Monseigneur, à vous donner pour maintenant, hii dit le Père; cest de ne point faire d ordonnance d'ici à deux ans , observant cependant toutes choses pour les régler enstiite selon votre prudence. Le Prélat reconnaissait depuis et disait en toute rencontre qu'ayant suivi l'avis du Père Binet, il avait évité bien des fautes, où un zèle trop ardent et moins éclairé l'aurait fait tomber.

Dès cette première visite il gagna tellement les Recteurs, que la plupart eurent toujours depuis toute leur confiance en lui, et plusieurs qui étaient ligués contre l'évéque, reconnurent leur faute et employèrent ce charitable médecin pour faire leur paix.

Monseigneur de Rosmadec, étant resté deux ans à Paris pour les affaires de la province, à son retour en son diocèse fut surpris du bel ordre qu'il y trouva par les soins de son nouveau grand-vicaire. Il ne se lassait pas de lui en témoigner sa reconnaissance, de le louer en toute occasion, et de bénir Dieu de lui avoir donné un tel secours. La cure de Plumergat étant venue à vaquer, il la lui conféra et voulut absolument qu'il l'acceptât. Il le prit pour son confesseur, lui fît promettre qu'il l'avertirait de ses fautes et mit en lui toute son affection, de telle sorte, qu'il voulait toujours l'avoir auprès de lui presqu'en tous ses voyages.

La considération qu'il avait pour lui, le retenait en plusieurs rencontres,et on lui entendait dire : Si je faisais cela, Alonsienr de Kcrlivio ne bappro2iverait pas. Et en effet, celui-ci, usant de la liberté que son évêque lui avait donnée, le reprenait assez souvent, sans craindre de lui déplaire, et lui disait avec une franchise respectueuse : Saint Charles aurait-il fait cela, Monseigneur ? Et quelquefois, le voyant se relâcher en certaines occasions, il le priait de reprendre ses lettres de grand-vicaire. Alors le prélat lui renvoyait les affaires, et rien n'était plus efficace pour l'obliger à tenir ferme, que cette espèce de menace. Il disait hautement que nulle perte ne lui eût été plus sensible que celle d'un si fidèle ministre. S'il venait à être malade, le prélat était presque continuellement au chevet de son lit, et allait lui-même le recommander à toutes les maisons religieuses. Il dit une fois à la Mère Supérieure des

Ursulines, qu'il donnerait de bon cœur un de ses bras pour conserver son grand-vicaire.

Mais quelque affection qu'il eût pour lui, il ne laissa pas de lui causer le plus sensible déplaisir qu'il ait eu dans sa vie. Ce fut lorsque, le Séminaire étant achevé, il fut question de l'employer à son usage, selon le projet duPère Rigoleu.Le prélat,qui d'abord l'avait agréé, changea de sentiment, et la chose ayant été proposée dans le synode, qui se tint en ce temps-là, tous les Recteurs s'y opposèrent avec éclat. Monsieur de Ker livio,qui était présent, entendait paisiblement les invectives qu'on faisait contre lui et contre les Jésuites.

Mais Dieu, qui n'afflige ses serviteurs que pour les disposer à recevoir ses consolations, ne tarda guère à le consoler, en lui faisant connaître à quel usage la Providence destinait cette maison que l'on criait alors inutile.

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