‹ Vie du Père Vincent Huby de la Cie de JésusChapitre 44 sur 54 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Monsieur de Kerlivio porte toujours avec lui un catalogue où il avait marqué tout ce qui regarde le bon ordre du diocèse — Son zèle pour les missions et pour former des missionnaires — Règles qu'il donnait à ses missionnaires — Instruction pour la conduite des missionnaires. ■^^^•^^<v^^o^^o^^<-<^^^^-^^

A vigilance de Monsieur de Kerlivio semblait le rendre présent partout. Il portait ordinairement avec lui un catalogue où,par des chiffres connus de lui seul, il avait marqué l'état des paroisses ; les bonnes et les mauvaises qualités des recteurs et des prêtres ; les bons confesseurs et les bons catéchistes ; ceux qui avaient du talent pour la prédication ; ceux qui devaient remplir les stations pour l'année prochaine, lesquels il désignait dès la visite ; le mois de chaque paroisse pour l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement ; les missions qui se devaient faire, et les sujets qu'on y pouvait employer ; ceux qui méritaient d'être promus aux bénéfices ; les monastères soumis à la juridiction de l'évêque, et tout ce qui regardait leur conduite. Il confirmait ou changeait ses notes selon les nouvelles connaissances qu'il acquérait sur les lieux, ou qui lui venaient de ses correspondants, gens qu'il savait être hors de soupçon de lui donner des avis par passion, ou légèrement, sans être bien assu-

rés de ce qu'ils avançaient. Si les choses qu'on lui mandait paraissaient douteuses, il les marquait comme telles, jusqu'à ce qu'il en eût été pleinement informé.

Le Père Rigoleu,en mourant, avait laissé le diocèse si bien fourni de prédicateurs qu'il y en avait assez pour remplir des seuls prêtres toutes les chaires,et pour faire sans cesse des missions. Monsieur de Kerlivio, héritier du zèle de ce Père, eut soin d'entretenir de si bons ouvriers , de faire former par eux les jeunes ecclésiastiques qu'on jugeait propres à ces emplois, et de procurer qu'il se fît presque continuellement des missions,et souvent deux à la fois en divers endroits, l'une bretonne et l'autre française.

Il avait de saintes adresses pour trouver de quoi fournir à tant de missions, pour engager les recteurs et les personnes riches à en faire les frais, et pour lever les obstacles qui se rencontraient. Dès qu'on lui avait parlé d'une mission, il prenait ses mesures pour la faire dans la saison propre, et par les ouvriers qui pourraient y être appelés plus commodément et y travailler plus utilement. Il les avertissait de bonne heure, et dès lors qu'il s'était assuré d'eux, et que le temps approchait, il leur écrivait encore d'une manière si engageante qu'ils ne manquaient point de se rendre au lieu de la mission le jour qui leur avait été assigné.

Voici les règles qu'il avait prescrites à ses missionnaires :

i^ — Ceux qui ont l'honneur d'être appelés au minis-

tère évangélique des missions doivent s'adonner à l'oraison pour être bien unis à Dieu.

2° — Dès qu'un prêtre sera invité par ses supérieurs à une mission, il s'y rendra le jour qui lui aura été marqué, avec une intention pure de la gloire de Dieu et du salut des âmes.

3° — Qu'ils prennent garde par les chemins, soit en allant, soit en revenant, de ne boire et de ne manger qu'avec sobriété, donnant partout témoignage des fonctions apostoliques qu'ils exercent.

40 — Étant arrivés au lieu de la mission, ils se résigneront à la volonté de Dieu, et à la conduite du supérieur ou du directeur.

5<^ — Qu'ils tâchent toujours durant la mission, d'agir dans l'esprit de la grâce, et ne laissent échapper aucune des occasions que Dieu leur présentera d'ôter le mal et de procurer le bien qu'il leur fera connaître.

6° — Tous les missionnaires, s'il est possible, se logeront ensemble.

70 — Ils réciteront le soir. Matines et Laudes de l'office divin, et puis les prières, et se coucheront à la même heure.

8° — Ils se lèveront à cinq heures du matin, feront pour le moins, une demi-heure d'oraison, et puis diront Prime et le reste des petites heures. Ensuite, ils iront à l'église dire la messe, selon l'ordre qu'aura établi le directeur.

90 — Le signal pour aller à l'église le matin, et pour

en sortir le soir, sera le son de l'angelus. A quoi le directeur donnera ordre comme à tout le reste.

10^ — A l'entrée de table, on fera une petite lecture pendant laquelle on ne mangera, ni ne boira.

I lo — Qu'ils traitent leurs pénitents avec une grande douceur, à l'exemple de Notre-Seigneur.

12° — Quelque foule de pénitents qu'il y ait, qu'ils ne se pressent jamais.

130 — Pour donner plus grande liberté à leurs pénitents,ils éloignerontdu confessionnal ceux qui attendent leur rang pour se confesser.

14^ — Qu'ils diffèrent l'absolution à ceux qui sont dans l'occasion prochaine, jusqu'à ce qu'ils aient donné des preuves de leur amendement. Qu'en cela, ils agissent avec douceur, faisant voir au pénitent la nécessité de cette conduite et la lui faisant agréer.

150 — Quand il se rencontre des cas douteux, qu'ils en diffèrent la décision pour s'en éclaircir et pour consulter en secret, mais qu'ils ne se lèvent point sur le champ pour aller consulter. Ils attendront la première commodité.

16° — Ils ne se proposeront jamais leurs difficultés devant les laïques ni devant les prêtres du lieu où se fait la mission.

I/O — Ils ne prendront point l'argent des pénitents pour quelque cause que ce soit.

18° — Ils s'emploieront avec toutes les adresses d'un saint zèle à tirer les péchés cachés des pénitents et à

les exciter à une vraie contrition et à un ferme propos d'éviter les occasions.

190 — Qu'ils aient une liste des meilleurs moyens et des remèdes les plus efficaces pour empêcher les rechutes.

A ces règles communes à tous les missionnaires, il avait joint des instructions pour le bon ordre et pour le succès de ses missions. Les voici : 1° — L'ouverture de la mission, qui aura été indiquée quelques jours auparavant, se fera par une procession générale où le Saint-Sacrement sera porté par le recteur assisté de ses prêtres. Les missionnaires pourront l'accompagner avec modestie et avec humilité.

2° — Dès l'entrée de la mission, il faut avoir une liste des scandales et des désordres de la paroisse, et voir quel remède on pourra y apporter.

3^^ — Il faut aussi avoir un catalogue des enfants qui n'ont pas fait leur première confession et leur première communion, pour assigner un jour à confesser les uns et à faire communier les autres. Cependant on les instruira des dispositions requises à ces deux Sacrements.

40 — Au commencement de la mission on avertira que ceux qui auront des malades s'adressent au direc teur, afin qu'il leur envoie un confesseur.

50 — Il est à propos d'employer trois ou quatre jours à l'instruction avant que d'appeler tous les missionnaires pour se mettre à entendre les confessions.

6° — Les instructions populaires qu'on fera le

matin traiteront de la confession, de la préparation à la bien faire, de son intégrité, etc.

70 — Les prêtres du lieu ne doivent point confesser pendant la mission.

8° — Il serait bon que quelque missionnaire leur fît des conférences.

90 — On fera faire autant qu'il sera possible les restitutions avant l'absolution et rendre les obligations payées, ou marquer ce qui est reçu à valoir sur elles. De même, on obligera les procureurs des églises et des chapelles à rendre leur reliqua, avant de les absoudre. L'expérience fait voir que rien n'est plus difficile à exécuter que les restitutions. On promet toujours de les faire et on ne les fait jamais.

10° — L'expérience ayant appris combien il est nécessaire que les pénitents se confessent deux fois pendant les missions, on remettra la communion le jour que le directeur le jugera à propos. Quant à ceux qui ne peuvent pas revenir une autre fois, il est expédient, après les avoir confessés, de les renvoyer pour quelque peu de temps penser encore à leur confession, et se mieux disposer à recevoir l'absolution qu'on leur donnera ensuite à leur retour.

11° — II faut choisir quelqu'un qui ait une bonne voix pour apprendre au peuple à chanter les cantiques et pour leur donner cours.

12° — Faire le possible pour terminer les procès, les différends, les haines ; voir les deux partis . . . etc . . .

2 54 ^'lE DE MONSIEUR DE KERLIVIO.

130 — Engager la noblesse à prêter la main aux missionnaires pour exterminer les scandales.

140 — Vers la fin de la mission, indiquer une communion générale pour les morts, et un sermon sur ce sujet. De même indiquer un samedi ou un autre jour pour prêcher de la dévotion à la sainte Vierge.

15'^^ — Avoir soin qu'il y ait un mercier pour vendre des chapelets, des crucifix, des images de Notre-Dame, des bénitiers et les cantiques du Père Maunoir.

16° — Faire une conférence des missionnaires et des prêtres du lieu pour traiter des moyens de conserver et d'augmenter le fruit de la mission, et pourvoir s'il ne reste point quelque chose à faire, et comment on en pourra venir à bout.

I 70 — Commettre un prêtre du lieu, de l'avis du recteur, pour continuer le catéchisme et les cantiques, et pour visiter les maisons, une fois l'an, avec les prêtres de chaque quartier, en esprit de charité et de zèle.

18° — Il ne faut pas manquer de faire cette visite des maisons à la fin de la mission, elle est très nécessaire, comme l'enseigne le Père Maunoir et comme l'expérience le montre.

190 — La clôture de la mission se fait comme l'ouverture, par une procession générale après vêpres. Ensuite un sermon pressant, qui sert d'adieu, et puis le Te Deum en action de grâces.

Outre ces règles et ces instructions, il avait marqué les choses que les missionnaires devaient particulièrement procurer et recommander. C'était :

jo Les Retraites, l'Adoration perpétuelle, l'entretien d'une lampe devant le Saint-Sacrement.

2° Que l'on sonnât régulièrement rAngelus,le matin, à midi et au soir.

30 Que la Confrérie du Rosaire s'établit où elle n'était pas.

4° Qu'on portât des croix, des Agnus et ces petites couronnesde Notre- Dame sur lesquelles ondit unCredo, trois Pater et douze Ave.

50 Que ceux qui ne savaient pas lire récitassent les dimanches et les fêtes, un chapelet pour vêpres.

6^ Qu'on ne parlât point ^ux autres de sa confession et de sa pénitence.

y^ Qu'on évitât les superstitions.

8° Qu'on ne différât point de porter les enfants à l'église pour recevoir le Baptême.

90 Qu'on envoyât les enfants à confesse dès qu'ils sont un peu instruits.

Il fit composer par ses missionnaires, une espèce de Directoire ou Manuel pour les conduire, principalement au sujet de la confession. C'est un recueil de leurs expériences, plein d'excellentes maximes, de pratiques, qui étaient la matière de leurs conférences secrètes, et chacun en avait un exemplaire manuscrit.

Il ne manquait guère à chaque mission d'aller visiter les missionnaires, pour animer leurzèleetpourtémoigner l'estime et l'affection qu'il avait pour eux. En toutes occurrences, il leur rendait tous les services possibles, et il leur faisait ordinairement conférer les bénéfices

dépendants de 1 evêque. De cette sorte, il attira dans le diocèse un grand nombre d'excellents hommes qui y ont fait un bien inconcevable.

Il s'informait souvent de la conduite de ses prédicaleurs et de ses missionnaires, et s'il apprenait que quelqu'un ne se comportât pas bien, il l'effaçait de son catalogue, et ne l'employait plus, voulant que les ouvriers dont il se servait fussent irréprochables.

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