‹ Vie du poète normand Robert Angot, sieur de l'ÉperonièreChapitre 3 sur 8 · PAR G. COLLETET · texte numérisé non relu

PAR G. COLLETET

Bocages reculez où ma dolente vie Va perdant tous les jours tant de fiinefles vœus, O beau pais, où mon coeur fe rend fi langoreus. Que bien jaloufement je vous porte d*envie 1

Cet vous qui me celez la beauté qui me lie, Cet vous qui defrobez le beau jour à mes yeus Et qui depoifedez mon ame de fon mieus, Sous réternelle orreur d'une abfence infinie.

Et toi fâcheus foleil, contraire à mon repos. Qui feignant de borner ta courfe dans les fios Vas panchant toi^ beau chef dans lefein de ma belle.

Las ! que mes pauvres yeus te font auify jalous, Voians iniquement ta fiame plus cruelle Jotiir toutes les nuis d'un bien qui m'èt fi dous.

Si j'avoie entrepris de faire icy Tanatomie de ce fonnet, afEn d'y monflrer les beautez ou les défauts, je diroie que comme la penfée du fizain eft fort belle, mais affez mal & barbarement exprimée, principalement fur la fin, les deux premiers quatrains font beaucoup plus obfcurs & plus heriffez d'efpines que les bois mefmes aufquels il s'adreiTe. Et quoyque ce fonnet paroifTe > d'abord affez efclattant, fi eft il qu'à le confiderer de près, il cognoiftra bientoft qu'il a pris une vraye happelourde > pour un diamant fin & de

> Variante : soit,

2 Une happelourde est le nom que portait alors le diamant faux, ce que nous appelons le strass» — Notons en

belle eau. Car à vray dire il eft malaifé de Juger fi c'eft lui qui foit > abfent de ce bocage ou fi c'eft fa maiftreffe qui en foit efloignée. Je fcay bien que le fécond quatrain faift bien voir que c'eft luy qui en eft efloigné; mais auffy fcay- je bien que le premier marque * tout le contraire, en difant que fa vie y perd fes vœux & que fon cœur y eft dans une langueur perpétuelle. Ainfy, comme au jeu des gobelets, on peut dire qu'il y eft & qu'il n'y eft pas. Grand défaut en un poëte, qui doit fuir l'obfcurité, comme un efcueil & qui fe doibt fouvenir que, comme légitime fils d'Apollon, il doit eftre clair & lumineux; puifque fon père eft l'ennemy des ténèbres & le Dieu de la lumière. A cefte obfervatiôn j'en adjoufte encore une autre, qui regarde feullement la grammaire & qui, n'eftant pas de grande importance, ne laiffe pas d'eftre neceÛaire en ce lieu; puifqu'elle pourra fervir à quelques jeunes poètes provinciaux, qui n'ont l'air de la Cour, ny de' l'Académie Françoife J. L'dutbetir, dans

passant que la phrase est asse2 mal construite, et que ce : 1/ cognôistra se rapporte évidemment à un lecteur quelconque; mais l'auteur a omis de le nommer.

' Variante: est,

* Variante: dit»

i D'après la manière dont Colletet s'exprime au sujet de l'Académie Française, il est évident qu'il en fsdsait partie depuis quelque temps. Ce qui reporte la présente no-

.*ta^

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