PAR G. COLLETET
fon troifiefme vers, feiâ ce mot pays monoflillabe Csic) quoyqu'il foit de deux fillabes, comme payfan Teft de trois, erreur dans laquelle pluûeurs autres poètes font tombez auffy bien que luy & entre les autres ce fumeux poète de Qerac, aufTy cognu en France par fes difgraces que par fes vices >, lorfqu'il dit dans une Ode à fon frère:
Je reverray fleurir nos prez; Je leur verray coupper les herbes ; Je verray quelque temps après L,t payfan couché fur les gerbes.
Comme après ces deux mauvaifes rymes pre\ & après il n'a £ait payfan que de deux fillabes, il n'euft pas manqué fans doubte de faire dépqyfer de troi^ fillabes feullement, quoyque ce mot le foit effeâive-, ment de quatre. Mais je pardone facilement ces petits défauts a cet excellent génie, qui parloit en cela comme on parle dans fa province, & qui, dans fon humeur libre, ne put jamais s'aflujettir aux règles
tice à une année postérieure à sa réception; c'est-à-dire, vers 1637, Tannée même où Ângot publiait ses nouveaux
satires.
* Théophile de Viaud, né à Clairac (Agenois) en 1590^ mort à Paris le 25 septembre 1626. Colletet, si sévère ici, oublie que l'arrêt du Parlement rendu et exécuté le 19 août 1626 contre les auteurs du Parnasse satyrique, qui condam-
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eflroittes de la grammaire ny à la feverité des loix de Malherbe & de la raifon. Et par cefte raifon mefme je pardonne auffy à noftre Angot TEperoniere & ce d'autant plus qu'il eftoit fort jeune & qu'il n'avoit de guerre pafTé Taage de i5 ans lorfqu'il < compofa ces amours d'Erice, ce que j'apprends de ces vers tirez d'une de fes Elégies:
A peine avois-je encor veu Phœbus par les cieus Promener quinze fois fon coche radieux , Lorfque pour mon malheur (a clarté coullumîere Feiil cognoiUre à mes yeus vollre belle lumière ^.
La féconde partie de fes œuvres confifte en plufieurs Elégies, la plus part amoureufes, & qui font autant de naïfs & de véritables tableaux de fes paffions. Il eft bien vray que, parmy fes Elégies, il y en a qui peuvent
naît Théophile à être brûlé en Grève, le bannissait luimême pour neuf ans. Il est vrai que le procès avait été réformé, que Théophile était mort et que douze ou quinze ans avaient passé sur tout cela. Le temps modifie tant de choses !
' Variante : Quand il,
» Prélude Poétique, Elégie II, fol. 34. — Il affirme de nouveau qu*il était poète à 16 ans, dans ces vers qui se trouvent p. 40 de ses Nouveaux Satires :
Je n'avois pas feize ans quand ma vois begalànte Chanta du grand Henri la gloire triomÊinte.
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PAR G. COIXETET. y
paiTer pour de véritables petits poèmes épiques. Telle eft celle^qu'il appelle le Songe & cefte autre qu'il intitule Oq>héei; pour ce que dans l'une & dans l'autre, qui pafTent de beaucoup la longueur de l'Elégie , il traite d'autres matières que des plaintes d'amour, & qu'il 7 a des defcriptions, des comparaifons & tous les autres ornements des longs poèmes. AufTy dans ma penfée cefte féconde partie, toute raboteufe qu'elle eft en pluûeurs endroits dans fa diâion, eft de beaucoup meilleure que toutes les autres, foit que le ftyle elegiaque foit un peu plus facile que le fonnet ou que le lyrique, foit que celluy qui eft naturellement poète ait dans ce genre de poëûes plus de liberté & donne carrière à fon efprit & à fes belles imaginations.
I Dans le Songe (Prélude Poétique, fol. 22 v® et suiv.) Angot voit apparaître un vieillard, couvert de pauvres habits, qui lui montre, peints en quatre tableaux qu'il décrit longuement, les Ages d'or, d^argent, d'airain et de fer. 11 conclut par l'éloge de la vie rustique, et pour confirmer son dire, raconte, d'après Horace, la &ble du rat de ville et du rat des champs. — L'Orphée (fol. 46 et suiv.) est un récit en 35o vers de la Êible d'Eurydice. — Ces deux pièces, malgré leur prolixité, ne sont pas sans mérite, surtout la première, où la verve satyrique du poète se Eût déjà sentir. 2
8 VIE SE R. àKGOT,
La troifîefme partie eft un livre d'Odes, les unes pindariques & les autres Horatiennes, c'eft à dire di* verfiffiées, tant pour le fubjet que pour la mefure, à l'exemple de celles d'Horace. Celle qu'il adrefle à Thomas Roggers, Gentilhomme Anglois & poète latin excellent, me femble une des plus fupportables. En voicy le commencement :
Quelle plus cruelle avanture Peut un bon père rencontrer Que de voir fur une torture Sa déplorable geniture Mille fupplices endurer ?
Vaincu d'une angoîfle infinie 11 n*a plus qu*en la mort recours , Et voudroit, laifé de fa vie, Lui mefme en la rive blemie, Hâter fes miferables jours >.
Et le refte qui ne cède guère à ce commencement & qui m'apprend que cefte belle fille, dont il chantoit les louanges fous le nom d'Erice, eftoit une jeune demoifelle de fon voifinage de Caën & qui avoit quel-
' Cette ode se trouve au fol. 67 v* du Prélude Poétique. CoUetet y a introduit deux corrections. — Au troisième vers, au lieu de sur une torture, il a mis dans. — 11 a corrigé ainsi le septième vers:
La feule mort eil fon recours.