SUPPLÉMENT
Il est évident que, lorsqu'il écrivit cette notice, GoUetet n'avait sous les yeux que le Prélude Poétique et qu'il ignorait môme si Robert Angot était vivant ou mort. Il ne pouvait avoir lu les Nouveaux Satires, puisqu'ils paraissaient à l'époque où les pages qui précèdent ont dû être composées.
L'appréciation de l'abbé Gouget , qui n'en sait pas davantage ^, moins prolixe dans la forme, est la môme pour le fond. — Il signale en plus l'Ode à Nicolas de MalâUastre, sieur du Mesnil, Maistre ordinaire des Comptes en Normandie (fol. 60 vo), dans laquelle nous voyons Qu'Angot, orphelin de bonne heure, avait été aidé de |a protection et des conseils de ce magistrat. — Dans les Elégies, il remarque (fd. 31) la fable du rat de ville et du rat des champs, dont nous avons parlé ci-dessus. — Nous citerons encore l'Ode à la Chapelle du Cornu (fol. 62, Ode IX), qui donne quelques renseignements sur notre poète :
1 Bibliothèque Françoise, t. XIV, p. 313.
12 SUPPLÉMSafT A LA VIE
Divin séjour qae je révère Non pour ton bel air salutère, Non pour ta belle marque encor, Non pour embrasser favorable, Dans ton bocage vénérable, Mon plus cher paternel trésor. . .
Mais hélas ! ô sainte Chapelle , J'estime ta cjme plus-belle, Non pour faire voir à mes yeus Alançon, et Vire, et le Maine, Et mainte contrée lointaine Où Phœbus se couche ocyeus;
Mais pour y regreter sans cesse Le lieu de ma chère Maistresse^ Que j'i remarque par sus tous.
Nous apprenons par ces vei;s', qui ne sont point dépourvus de gr&ce, dans quelle contrée l'héritage du poète était situé; car l'antique chapelle du Cornu subsiste encore. Elle est édifiée sur le territoire de la commune du Mont-Ciiauvet, près des communes de Lassy eft de La Bruyère-au-Comu, dans un site des plus pittocesques. On y découvre sans doute encore vers le couchant^ la demeure d'Erice de Bonfossard, qui apparaissait au poète par-dessus les* cimes verdoyantes de la forêt de Saint-Sever, qu'il lui fallait traverser pour ailer deson habitation à celle de sa bien-aimée.
Nous avons déjà vu que le roman amoureux de Robert
DE BOBERT ANGOT. 13
Angot eut un triste dénouement, puisque la dernière partie de son Prélude Poétique contient l'épitaphe de Damoiselle Erice de Bonfossard, dont il exalte, en accents émus, la beauté, la vertu, le savoir^ et dont il déplore la fin prématurée.
Pourtant il ne lui resta point toigours fidèle ; et Ton rencontre, dans la Muse Amoureuse, qui fait partie de son dernier recueil de poésies, les noms de Glorinde, d'Erice (soit la même, soit une autre) et de Nérée. Cette dernière semble l'avoir payé de retour; car il raconte, dans une élégie, qu'il fut, au sortir de chez elle, surpris par un jalpux qui l'attaqua l'épée au poing et qu'il se tira à grand'peine de ce guet-apens.
Il est supposable môme qu'il se maria (bien qu*il ne paraisse avoir fait aucune mention de sa femme), car il parle de son fils dans l'un de ses factums poétiques.
Ces deux mots factums poétiques qui semblent jurer l'un contre l'autre, dépeignent admirablement l'existence de R. Angot. En qualité de poète, il commença par aimer et chanter ses amours ; mais il était en même temps avocat au Présidial de Caen, et le métier de plaider tant pour les autres que pour lui-même aigrit son cœur et envenima sa plum«. Il composa des factums pour défendre la succession passablement embrouillée que lui avait laissée son père et, de peur de perdre l'habitude de rimer, illes écrivit en vers. C'étaient des feuilles volantes, qui déridaient un instant le
14 SUPPLÉMEITT A LÀ VIE
tribanalf et qui, pour la plupart, détruites par ses adversaires, négligées par ses juges, peut-ôtre par luimême, n'ont pas survécu aux procès qui en furent Toccasion et la cause.
Ses Nouveaux Satires et Exersices gaillards de ce temps ne furent pas plus heureux, et pourtant ce petit livre, imprimé sur du papier détestable, avec des caractères usésdetoutesprovenances, romains, italiques, etc. tenait plus que ne promettait son misérable aspect, et mettait le poète en un rang où son premier ouvrage ne faisait pas supposer qu'il dût atteindre. En effet, son stjle a désormais acquis de la force, de Tampleur, et une verve satirique peu commune s'est développée en lui.
L'auteur a divisé son œuvre en neuf parties auxquelles il a donné le nom de Muses : Muse Céleste, Muse Héroïque, Muse Satjrique, Muse Amoureuse, etc. La Muse Céleste renferme des traductions de Psaumes, des Hymnes et des Sonnets chrétiens d'un style assez élevé.
Voici le XV® Sonnet:
Prends courage, ô mon âme, et ne t'afflige point De voir tant de voleurs prospérer en leur vie ; Ne te courrouce point, si Thomme plain d'envie Sourit dedans le cœur du souci qui te point.