‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Voyage du ÎWaiin à Rome. — Bienveillanre du ministre dos cuites Portails envers les Pères. — Collège de Bellcy. — Décret de I80i, — Collège de Roanne.

De retour à Paris, le P. Varin trouva une lettre du P. Paccanari, qui l'appelait à Rome pour une assemblée, où devaient se traiter divers points concernant le bien général de la Société. 11 parlit dans les premiers jours de juillet 1802, accompagné du P. Rozaven qui avait été mandé d'Angleterre pour le même objet; et ils arrivèrent à Rome la veille de la nUe de saint Ignace.

Ces deux Pères n'étaient pas encore rendu'^ à Rome,

vu: 1)1- II. p. vAniN. m

iorsqu'im iiKkh'iil vinl révclci' les prt'venlioiis loujours subsislaïUc'S du gouverucmcut coulre la Société de la Foi. Le P. Leblanc, supérieur de la maison de Paiis, lut cité à coiuparaître devant un commissaire de police, et sommé de lui remettre les statuts de la Société, sur laquelle le premier consul demaudait un rapport détaillé et fidèle. Dans son embarras, leT. Leblanc eut recours au ministre des cultes, Portails. Celui-ci avait toujours témoigné beaucoup de bienveillance au P. Varin, et jusque dans ses dernières années, ce bon Père parlait avec reconnaissance des services que le ministre avait rendus à la Société. « Il était pour moi comme un père, disait-il; nos intérêts semblaient être les siens : Comment vont nos aCiaires? lue demandait-il quand il me voyait. Lt lorsque j'epi'ouvais quelque dilïiculté, il cherchait avec moi des expédients pour me tirer d'en»barras. Il m'avait permis de v(Miir le trouver à toute heure sans m'assujettir à celles des audiences publiques, afin de pouvoir m'entrelenir plus librement. » Ce fut donc à Porlalis (lue s'adressa le P. Leblanc. Le minisire accueillit lavorablement la réclamation du Pèie, expliqua au premier consul plusieui's pièces que le P. Leblanc avait produites, et la tempête fut ai)ais(''e. Aapolé'on n'insista pas poui' le moment ; il se contenta de dire à Porlalis : « Laissons-les faire; nous veri'ons plus tard à quoi iis pourront nous servir. »

Cependant les Pères assemblés à Home avaient commencé leurs confcMcnces le 6 aoiit, et les continuèrent jusqu'au J-3 du même mois. H s'agissait dans

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celte réunion de régler certains points de discipline, d'établir une marche uniforme dans le gouvernement de la Société et de faire régner le même esprit dans les provinces. On prit pour base des délibérations et des décrets les constitutions et les règles de saint Ignace. ]Mais on se donna une grande latitude dans le choix. On dérogea même bientôt à plusieurs articles qui avaient été adoptés, ou l'on eu dispensa pour un temps.

Avant de quitter l'Italie, les Pères provinciaux assistèrent, d'après l'ordre du P. Paccanari, à une mission qui fut prêchée à Spolette. Le but du supérieur était de donner à ses confrères une idée de la marche à suivre dans ces exercices, et de les rendre témoins des cérémonies qui s'y pratiquais nt , pour en transporter l'usage dans les autr» s provinces, autant que le permettraient les circonstances et les mœurs des populations. Après la clolure de cette mission, les PP. Rozaven et Yarin retournèrent reprendre le gouvernement de leurs provinces.

En revenant de Rome, le P. Varin passa par Lyon ; il y arriva dans le courant du mois d'octobre 1802, précisément au moment où venait d'être dissous le pensionnat formé dans celle ville six mois auparavant. On ne pcui assigner à cette suppression d'autre cause que la haiii' des ennemis de la religion, irrités de la prospérité toujours croissasile de cet établissement. Mais comme si la Providence eut voulu ménager aux Pères une compensation , un mois s'était à peine écoulé depuis la dissolution du pensionnat de F>yon,

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(jnr k' maire d(j lîellcy vint, an nom du soiis-préfct, oirrii- au P. Kogcr l'ancien collège des jésuites, vaste et beau local, mriis dans un état comj>!et de dégradation. Le P. Varin, instruit par le P. Pxoger de la démarche du maii'c, envoya le P. Dcbrossc el un autre Père pour présider aux travaux préliminaires de réparation et préparer les voies. On ne put néanmoins ouvrir les classes que vers la fin de janvier 1803. Dès la seconde année, cette maison compta deux cents pensionnaires, outre un nombi'e considéiablc d'externes. Ce collège l'ut un des plus florissants (pi'aient formés les Pères de la Foi, et celui qui subsista le plus longtemps. C'est là que fit ses études le trop célèbre Lamartine ^

^ Voici en quels termes le poOle, dans un de ses dcrniiis ouvrages, s'exprime sur le compte de ses anciens maîtres :

«Un collège dirigé parles jésuites (c'était à Heiley, sur la frontière de Savoie) était alors en grande renommée, non-seulement en France, mais encore en Italie, en Allemagne et en Suisse. Ma mère m'y conduisit.

«En y enti'ant, je sentis en peu de jours la diiVérence prodigieuse (ju'il y a entre une éducation vénale rendue à de malheureux enlunts, pour l'amour de l'or, par des industriels enseignants, et une éducation donnée au nom de Dieu et inspirée par un religieux dévouement dont le ciel seul est la récompense. Je ne retrouvai pas là ma mère; mais j'y retrouvai Dieu , la pureté, la prière, la charité, ime douce et paternelle surveillance, le ton bienveillant de la famille, des enfants aimés et aimants, aux physionomies heureuses. J'étais aigri et endurci ; je me laissai attendrir et séduire. Je me pliai de moi-même à un joug que d'excellents maîtres savaient rendre doux et léger. Tout leur art consistait à nous intéresser nous mêmes aux succès de la maison et à nous conduire par notre propre volonté et par notre propre enthousiasme. Un esprit di\in sembla t animer du même souftleles maîtres et les disciples. Toutes

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A Amiens, le nombre des pensionnaires augmentait chaque année. La ville de Beauvais, jalouse de jouir du même avantage, s'adressa au ministre de l'intérieur, Chapiai, et elle sut, par le moyen de ses premiers magistrats, intéresser le ministre en sa faveur. Chaptal donna ordre de préparer une maison assez vaste pour recevoir trois cents pensionnaires. Le P. Varin alla en prendre possession au commencement de 180/!. Mais tandis qu'il se préparait à organiser cet établissement, il apprit qu'un nouvel orage grondait sur la Société.

Les ennemis de la religion, iriil(^s du bien qu'opéraient les Pères, avaient adressé de vives réclamations au gouvernenient, et n'avairnî iien omis pour lui rendre odieuse la Société de la loi. De concert avec Fouché, qui venait de rentrer en grâce, ils l'avaient représentée comme incompatible avec la tranquillité publique, et en état permanent de conspiiation. lissollicl-

iios innés avaient trouvé leurs ailes et volaient d'un élan naturel vers le bien et vers le beau. Les plus rebelles eux-mêmes étaient soulevés et entraînés clans le mouvement général. C'est là que j'ai vu ce que l'on pouvait faire des hommes, non en les contraignant, mais en les inspirant.

« Le senllment religieux qui animait nos maîtres nous animait tous. Ils avaient l'art de rendre ce sentiment aimable et sensible et de créer en nous la passion de Dieu. Avec un Ici levier placé dans nos propres cœurs, ils soulevaient tout. Quant àeux, ils ne faisaient pas semblant de nous aimer; ils nous aimaient véritablement, comme les saints aiment leur devoir, comme les ouvriers aiment leur œuvre, comme les superbes aiment leur orgueil. Ils commencèrent par m.e rendre heureux : ils ne tardèrent pas à me vendre sage.

(< La piété se ranima dans mon âme ; elle devint le mobile de mon

vit: 01' H. 1'. \Al;i.\. 151

laiiMitdonc la dissolulion des maisons de l'ordre. Il ne fut pas difficile de faire partager ces idées au chef do l'État, auprès duquel les Pères avaient été indignement ealomni('s. Eu conséquence, un décret fut rendu qui snppi'imait Ions les établissements des Pères de la loi en France. A peine le P. Varin en fnt-il instruit qu'il se rendit à Paiis. D'après le conseil de ses amis, il rédigea un mémoire court et substantiel où étaient exposées et réfutées en peu de mots les calomnies dont la Société était l'objet.

Le ministre des cultes, Poilalis, après quelques liésilaiions, se chargea de pi'ésenter le mémoire, pourvu que le cardinal Fescli consentît à l'appuyer de tout son crédit. Chaplal, qni de son coté avait reçu une i(''clamaii()n de la part d'un grand nombre des principaux habitants d'Ainiens, voulut bien aussi interposer sa médiation. Il uc fut pas d'abord favorablement accueilli par le premier consul ; mais dans le

jinleur au IraMiil. Je formai des amitiés intimes îi\ec des enfants (!e n:on âge, aussi purs et aussi heureux que moi. Ces amitiés nous refaisaient, pour ainsi dire, une famille....

« Ce jour je jcuw delà sortie du collège) arri\a cntin. Ce fut un des plus lieaux de mon existence. Je lis des adieu\ reconnaissants aux excellents maîtres qui avaient su vivitier mon âme, en formant mon ii;tcUigence, et qui avaient fait, pour ainsi dire, rejaillir leur amour de Dieu en amour et en zèle pour l'âme de ses enfants. Les Vl\ Debrosse, Varlet, lîéquet, Wrintz surtout, mes amis plus que mes professeurs, restèrent toujours dans ma mémoire comme des modèles de sainteté, de vigilance, de paternité, de tendresse et de grâce pour leurs élèves. Leurs noms feront toujours pour moi partie de celte famille de l'àme à laquelle on ne doit pas le sang et la chair, mais rinlelligence, le goût, les mœurs et le sentiment.» {Corijidcnccs, liv. vi, notes 2, 3 et 'i.)

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lîièmc temps, Poilalis parut avec le mémoire du P. Varin. Le style concis, énergique et même un peu militaire de ce mémoire, la délicatesse et le tact avec lesquels il était rédigé, firent une vive impression sur l'esprit du premier consul. Le cardinal Fesch vint porter le dernier coup. Outre le désir d'empêcher l'effet d'une mesure qui devait être si funeste à la religion en France, il était personnellement intéressé dans cetle affaire. Il connaissait les heureux résultats du zè!e des Pères de la Foi dans la ville de Lyon et dans celle de Beîley, alors du diocèse de Lyon, où ils dirigeaient un collège florissant. Le cardinal voulait conserver ces avantages et les étendre même, connue il le fit peu de temps après, en formant d'autres établissements en différentes villes du Lyonnais. I! plaida donc la cause des Pères avec chaleur, développa le mémoire du P. Yarin, rendit palpables les calomnies de ses ennemis, ht ressortir tout le profit qu'une saine politique pouvait retirer des principes professés par les Pères et de l'éducation chrétienne qu'ils donnaient à la jeunesse. Des raisons si puissantes et tant de moyens réunis produisirent leur effet. Le décret ne fut point publié. IS'éanmoins le P. Varin crut qu'il était prudent d'ajourner l'ouverture du collège de Beauvais, et de transférer celui d'Amiens dans un des faubourgs de la ville ^ où il continua de prospérer. Ce terrible orage était à peine apaisé que la Provi-

^ 11 fut placé au faubourg Noyon , dans la maison occupée depuis par les religieuses de la Sainte-Famille.

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der.ce ménngea au P. Varin loccasioii cU* Ini-incr un Douvel élabli^^scmcuL Le maire de Uoanue, nu nom (k3 toule la ville, l'invita à venir pivndre possession de l'aneien collège des jésniles. Tàli auti eTois i);ir la famille du P. Colton, confesseur de Henri IV, ce collège était remarquable par son étendue, ses vastes et beaux jardins, et par une église que le vandalisme tcvolulionnairc avait épargn(»e. Le P. Varin accéda à celle demande, et, dès le mois d'avril 180^, les professeurs destinés pour le collège de Beauvais ouviaient les classes dans celui de Roanne. Avant la fin de l'année, il comptait plus de cent pensionnaires, et un grand nombre d'exteiiies fréquentaient les cours.

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