‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 11 sur 23 · CHAPITRE XVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL

Mi>jiims (le Tours, d'Amiens, île Saint-Valery-sur-Sommc et d'Abbeville.

En établissant des pensionnats et des collèges, le P. Varin ne négligeait pas un autre genre de ministère-(|ui lui avait été recommandé à Rome, et qu'il avait lui-même fort à cœur; c'était l'œuvre des missions. Au commencemont du mois d'avril 180^4, il avait organisé un corps de missionnaires assez nombreux pour donner des missions générales dans les grandes

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villes. Los pp. Lambert, Gloriot, TiiomasS Vaiiet, Enfantin et le P. Yarin lui-même ouvrirent la carrière par la mission de Tours. Elle avait été demandée par le cardinal de Boisgelin, prélat recommandable par ses lumières, son zèle et ses vertus. Celte mission eut un plein succès et Tébranlement fut général. Toutefois, les commencements étaient loin de promettre des résultats aussi consolants. Les Pères les plus éloquents s'étaient fait entendre inutilement. L'auditoire semblait demeurer impassible. Le P. Enfantin, qui jusquelà n'avait montré que des taknts fort ordinaires, joints à beaucoup de simplicité, demande au P. Yarin la permission de monter en chaire : Puisque tout est

' Le P. Antoine Thomas, docteur de Sorbonne, né iv SoUeville en Normandie le 23 septembre 1753, était un prêtre rempli de science, de mérite et de vertu. Pendant la terreur, il fut empri.-onné à Arra?, et condamné à mort comme prêtre réfractaire ; mais une maladie dont il fut atteint lit différer son exécution. Pendant cet intervalle, Robespierre ayant été renversé, M. Thomas recouvra la liberté. A sa sortie de prison, il se retira d'abord à l'hôtel B!in de Bourdon à Amiens, et puis au château de Béthencourt près de cette ville. Là, outre l'oflice de chapelain qu'il remplissait dans le cliàteau, il exerça le saint ministère auprès des habitants de la paroisse que le malheur des temps avait privés de toute instruction religieuse, et de nombreuses conversions furent la récompense de son zèle. En 1803, l'abbé Thouias quitta Béthrncourt et entra dans la Société des Itères de la Foi, où il fut appliqué aux fonctions démissionnaire aussi longtemps que les circonstances le permirent. Admis en 18U dans la Compagnie de Jésus, il reprit le cours de ses missions ; nommé supérieur de la maison de Laval, il parcourut pendant plus de quinze ans les principales villes de France avec plusieurs de ses confrères, et Dieu répandit sur leurs tiavaux les bénédictions les plus abondantes. On admirait dans le P. Thomas la candeur, la simplicité, l'aménité du ca4'aclère, jointes à la science et au dévouement. H mourut à Laval le 23 mars 1833.

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à peu près désespéré, dit celui-ci, il n'ij a pas grand risque à eourir. Le P. Enfantin monte en chaire. Son sermon fut celui d'un b( n prêtre et d'un missionnaire zélé ; mais il y mil lanî de laisser-aller, de traits naïfs, de singularités, que le P. Varin, en l'écoutant, était comme sur des épines. A peine le prédicateur eut-il fini, que le supérieur va le trouver à la' sacristie : Qii'avez-vous fait, mon Père, qu'arez-rons dit? Vous avez donné le coup de grâce à la mission; il ne nous reste plus qu'à partir. Il était occupé à faire cette réprimande au P. Enfantin, lorsque le sacristain arrive : Fite, mes Ph^es, on vous al^ tend à V lùjlise : les confessionnaux sont encombrés. De ce moment data le succès de la mission , et la réputation de l'excellent prêtre qui bien inopinément en fut la première cause*. Le préfet eut beau manifester son opposition à l'œuvre de Dieu; en vain appela-l-il une troupe de comédiens pour faire diversion : le théâtre demeura constamment désert, et les acteurs furent obligés de lâcher prise. La mission dura six à sept semaines. V l'exception d'un petit nombre de cœurs endurcis, la population entière s'approcha des sacrements. T,e cardinal de Eoisgelin assislniî à tous les exercices, cl le clergé, à son exemple, rivalisa de zèle avec les missionnaires. Un des chanoines, l'abbé Cabarat, non content de partager leurs

^ Le P. Enfantin ne co=,îa depui?, pendant les temps difficiles qui terminèrent le premier empire, et l'époqne plus pai>ihlc de la restauration , de parcourir en apôtre un grand nnmlirr" de dincè-es de la France, pro luisant partout des fruits de salut.

travaux à Tours, vouliil embrasser leur genre de vie. C'était un des membres les plus influents du conseil archiépiscopal ei le conrident du cardinal. Au moment où le P. Vai'in annonça au prélat la résolution du pieux chanoine : « Quand je vous ai appelés pour donner la mission, répondit-il, je ne pensais pas que vous me la feriez payer si cher. Ccpendaiît je ne veux pas m'opposer aux desseins de Dieu sur lAI. Cabarat. Je vous demande seulement de me le laisser encore un an. Il a entre les mains le fil de toutes les affaires du diocèse. J'ai besoin de lui pour former son remplaçant. Au reste, dès aujourd'hui je le regai'de comme vôtre, et je veux être son premier maître des novices ^ »

La mission d'Amiens suivit sans intervalle celle de Tours. Elle fut couronnée d'un succès égal. Les exercices avaient lieu dans toutes les paroisses simultanément. L'auditoire de la seule cathédrale était habituellement composé de dix mille personnes. On compta plus de six cents mariages réhabilités.

A Saint-Valery-sur-Somme où les missionnaires se transportèrent après la niis-ion d'Amiens, ils éprouvèrent d'abord de grandes difficultés pour attirer le peuple à l'église. Ils y réussirent néanmoins à force

^ Le P. Cabarat dirigea pendant deux an? le collège de Roanne. Après la dissolution de la Société des Pères de la Foi, il fut nommé chanuine et vicaire général de Lyon. En 1814, ce bon Père était en route pour aller rejoindre ses confrères à Paris, et solliciter avec eux son entrée dans la Compagnie de Jésus, lorsqu'il fut atteint de la maladie qui le conduisit au tombeau.

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de zèle et criiKliisliie, cl grâce au concours dames pieuses qui vinrcnldWmicMis pour les seconder. Oiiel- (jues sermons sur les gi'andes vérités commeuçaienl à remuer les consciences , lorsqu'un évéïjement terrible, qui lut regardé comme un cliàlimenl du ciel, acheva l'œuvre de la conversion des plus obstinés. Inspirés par l'ennemi de tout bien et voulant à, tout prix empêcher l'effet de la mission, un grand nombre de jeunes gens et de jeunes fdles organisèrent des danses et d'autres divertissements sur les bords de la Somme. Une partie notable de la ville accourut à ce spectacle. Enhardis |)ar le succès, ils imaginèient de nouvelles parties de plaisir. Ils [)r('parent et décorent une grande barque sur laquelle ils montent en foule. Le ciel était calme et serein. La troupe joyeuse descend la Somme jusqu'à son embouchure; les deux, rives ('taient garnies d'une multitude de spectateurs. Tout à coup s'élève un vent impétueux qui fait pencher la barque sur un des flancs : la foule se précipite du coté opposé; le reilux d'une vague pousse l'enibarcation dans le même sens et la fait chavirer : elle disparaît, et cent personnes sont englouties dans les flots. Cette épouvantable calastroi)l!e (ut un coup de justice miséricordieuse pour toute la ville. On y reconnut la main d' Dieu. Jamais on ne vit plus de docilité à la grâce et de plus sincères retours à Dieu. Les missionnaires eurent beaucoup de peine à s'a.rraeher du milieu de ce bon peuple.

La mission d'Abbeville les attendait. Là aussi ils curent la consolation de recueillir des fruits abon-

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dants, malgré les épreuves et les traverses sans nombre auxquelles ils furent soumis. La persécution alla si loin que, aussitôt après le retour des Pères à Amiens, l'autorité civile leur signifia l'ordre de quitter le département dans les vingt-quatre heures, sous peine d'être arrêtés par la gendarmerie. En conséquence de cet ordre, on fut obligé de suspendre l'œuvre des ujissions.

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