CHAPITRE XVII
La Mère Julie et la Congrégation de£ Sœurs de Notre-Dame.
Pendant les missions d'Amiens, de Saint-Valery et d'Abbeville, l'action des missionnaires fut puissamment secondée par une pieuse fille, d'un rare mérite, d'un zèle ardent, et d'une verUi solide et éclairée, Julie Billiarî, connue dans la suite sous le nom de Mère Julie, et fondatrice de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame ^ Les relations qui ont existé entre le P. Yarin et la i\ïère Julie, la pai t d'influence que le saint homme exerça dans l'éta'DÎisse-
'■ Nous avons puisé dans la CoUcction des précis historiqurs de Bruxelles, par le P. Ed. Terwccoren , la plupart des détails que nous donnons ici sur la Mère Julie et çiir la Congrégation do N.-D. V. G^ année, p. 'jl6, i41 et 4G5.
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ment de cette Congrégaiion, ne nous perniellcnt pas de passer sons silence les traits les plus saillants de la vie de cette véiicrable servante de Dieu.
Julie Lilliart naquit à Cnvilly, \wès Compiègne, en 1751, de pare:i!s peu favorisi's des dons de la (bruine , mais dès l'àgc le plus tendre, Dieu la prévint de ses grâces, et nianircsla des vues de miséricorde spéciale sur cette enfint de bén('diction. A j)eine âgée de sept à huit ans, elle assemblait les petits enfants, et leur apprenait le catéchisme dont elle possédait déjà parfaitement la lettre, et dans l'explication duquel elle faisait paraître dès lors une merveilleuse intelligence.
Le digne curé de sa paroisse, M. Dangiconrt, ne tarda pas à découvrir les trésors de grâces cachés dans cette àme d'élite : il lui prodigua des soins tout particuliers ; et dès l'âge de neuf ans, il crnt pouvoir admettre la petite Julie à la première communion.
Jnlieen avançant en âge avançait aussi en vertu. Dieu, qui l'appelait à faire de grandes choses pour sa gloire, voulnt l'y préparer en la faisant passer par le creuset des tribulations. Elle tomba malade. La complication de ses maladies ne céda devant aucun remède, et la laissa, à l'âge de trente ans environ, percluse des deux jambes. Elle souffrait constamment de grandes douleurs dans tout le corps ; et une contraction violente des nerfs de la mâchoire lui 6ta même la possibilité de parler d'une manièie intelligible, M. Dangiconrt, qui avait continué delà diriger et qui la soutenait dans celte épreuve, lui portait tous
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les jours la sainte eommimion, et la piense infirme passai i la journée dans une intime union avec son créateur. Elle fut clouée vingt-deux années entières sur un lit de souffrances sans pouvoir fiiire un pas. De respectables dames, conduites par le digne curé, venaient quelquefois chercher auprès de Julie des exemples de patience et de résignation, et lui donner des témoignages de leur affectueuse sympathie.
]\lais ces consolations furent bientôt enlevées à la pauvre m-ladc. Le curé et les nobles dames furent obligés de fuir pour échapper à la persécution révolutionnaire. Dès lors plus de sacrements, plus de com munions. Laissée pour ainsi dire à elle-même, elle était comme accablée sous le poids de ses épreuves et de ses maux. Le Seigneur néanmoins, qui ne permet jamais que ses élus soient tentés au-dessus de leurs forces, lui rendit après quelque temps la paix et le bonheur qu'elle avait précédemment goûtés.
. La réputation de piété dont jouissait Julie la rendit suspecte Vux révolutionnaires. Ils cherchèrent à s'emparer de sa personne pour lui faire subir d'ignobles outrages ; mais elle passa au milieu d'eux, cachée au fond d'une voiture, sans qu'ils s'en aperçussent.
C'était en 179^. Une des dames qui avait connu Julie s'était réfugiée à Amiens. Elle écrivit à la pieuse fijle pour lui persuader de venir demeurer dans un petit appartement de l'hôtel Blin, où el!e avait pris son logement. C'est là que le ciel l'attendait pour l'accomplissement de ses desseins éternels.
Mademoiselle Marie-Louise-Françoise, vicomtesse
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IMiii de Bourdosi, que Dieu déclinait à li'availlci', de coiiccilavcc Julie, au salut des àines, veuait aussi de tiaverserde mauvais jours : elhîsorlaii de prison, où elle avait été détenue avec sa Camillo. Déjà condamnée à périr sur r('>eliaraud, clic fut rendue à la liberté au moment de la chute de Robespierre. Elle résolut dès lors de renoncer au monde, et désabusée des avantivgcs que la nature et la fortune pouvaient lui oiïiir, elle se consacra tout entière à la prière et aux bonnes œuvres.
Dès qu'on eut conduit Julie Kilîiart chez mademoiselle IMin, celle-ci se (it un devoir de soigner Tinfirmc que le ciel lui envoyait, et eut pour elle les alleiilions de la gardt -malade la plus assidue. 3Ialgréce qu'avait de peu iiltrayaut cet oilicc de ciiarité auprès d'une malade dont elle ne pouvait même comprcndie le laiigage, il s'établit entre ces deux âmes une de ces saintes amitiés dont la mort même ne peut l'ompre les liens.
Vers le même teir,ps à peu près, le Seigneur ménagea à Julie une de ces consolations dont son àme était le plus avide. Vn veitueux prêtre, M. Thomas, dont nous avons parlé plus haut % vint aussi demeurer chez M. Blin. Il disait la messe dans la chambre de rinhrme, lui donnait tous les jours la sainte conniiunion, présidait aux exercices religieux de plusieurs jeunes personnes qui se réunissaient auprès de Julie et qui lui donnaient le nom de 3Ièi'e. Mi\h M. Thomas fut de nouveau recherché par les ennemis de la
^ Chap. XM, p. 154.
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religion : peu s'en fallut qu'il ne tombât entre leurs mains. Pour se mettre à l'abri des visites domiciliaires, il alla se réfugier à Bf'^tbencourt, dans un cbàtean appartenant à deux des demoiselles qui faisaient partie de la société de Ibôtel blin. On y transporta également la 3Ièrc Julie, et mademoiselle Blin de Bourdon voulut les suivre. Dans ses travaux auprès des habitants de Bëtbeneourt, l'abbéTbomas fut secondé avec zèle par la Mère Julie ot par sa vertueuse compagne. Elles se chargèrent de préparer les personnes de leur sexe à la réception des sacrements. Elles faisaient le catéchisme aux petites filles, leur apprenaient à lire, à écrire, à tricoter, mais sans penser encore à consacrer toute leur vie à l'éducation de ia jeunesse. Le village entier changea bientôt de face, et Dieu couronna de succès consolants ces pi'emiers travaux. A la fin de février 1803, les liabitanls du château de Bélhencourt revinrent à Amiens, ci ^l. Thomas entra dans la Société des Pcres de la Foi.
Le P. Yariii, à qui le P. Thomas avait fait connaître la Mère Julie, découvrit bientôt les trésors de grâce renfermés dans cette àme simple et géiiéreuse, et contre toute apparence, il la crut appdée à travailler à la gloire de Dieu d'une manière plus étendue qu'elle ne l'avait fait jusque-là. Mais lorsqu'il communiquait ses pensées à Ihumble malade, elle répondait avec candeur : 3îoii Père, comment cela se pourrail-H faireFJuWe avait, il est vrai, recouvré depuis quelque temps l'usage de la parole ; mais la paralysie était tou-jours complète, et ses souffrances souvent très-vives.
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Elle commença néanmoins à recevoir, dans UiDiuison où elle s'était letiiée avec mademoiseilc Blin, qnelques demoiselles d'un esprit droit et remplies de zèle pourTinslruclion des jeunes fdlespaiivres. On s'attacha à former les pieuses maîtresses aux vertus religieuses et aux connaissances nécessaires à l'éducation de la jeunesse; et le ciel, qui avait choisi Julie pour-son œuvre, bénissait visiblement ses clTorts.
En 1S04, le P. Varin leur donna une p( tile reule pai' lorme d'essai ; et le 2 févriei", les premiers membres de cette Société se dévouèrent en présence du Saint- Sacrement à l'éducation de la jeunesse. Elles se consacrèrent aussi au Cœur de Jésus, sous la protection du Cœur de ]\ïarie.
C'est vers cette époque qu'eut lieu la mission d'Ami< ns dont nous avons parlé au chapitre pn-ct'denl. Les compagnes de Julie en suivii'ent les exercices ; Julie elle-même s'y rendit plusieurs fois en chaise à poiteurs. Les missionntiii'cs de leur coté envoyaient à !a communauté naissante les femmes et les fdles que leur ignorance ne permettaint pas d'admettre à la participation des sacrements, et elles y recevaient rinslruciion religieuse (fui leur manquait.
Dans le même temps. Dieu accorda à la foi vive et à l'obéissance de la Mère Julie la guérison de la paralysie dont elle était depuis si longtemps afllig(''e ; il se servit pour opérer ce prodige du ministère de l'un des missionnaires, le P. Enfantin. Celui-ci vint un jour trouver la Mère Julie, et il lui dit qu'il faisait une neuvaine au Sacré-Cœur pour une personne à laquelle
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ii b'iiitëressait, et il la pria de s'y unir : ce qu'elle fit sans demander plus d'explication. Le 8 juin 180^, jour de la fête du Sacré-Cœur, et le cinquième de la neuvaine, le P. Enfantin revint. On avait porté Julie au jardin, et elle s'y trouvait seule en ce moment : u Mère, lui dit-il en l'abordant, si vous avez de la foi, faites un pas en l'honneur du Sacré-Cœur. » Julie se lève, et fait un pas, le premier depuis vingttrois ans. « Faites-en encore un, » dit le Père ; elle obéit. « Encore un ; » et l'effet suivit le commandement. « C'est bien, continue-t-il, asseyez-vous ! )> Et Julie, avec la simplicité d'un enfant, se rassied, en disant qu'elle se croit en état d'en faire davantage. La communauté cependant ne fut instruite de cette guérison qu'au bout de quatre jours.
Dès ce moment Julie entre dans une carrière toute nouvelle; elle y débute par une retraite de dix jours. La retraite terminée, elle se rend avec plusieurs de ses compagnes à Abbeville et à Saint-Valery où elles eurent une large part au bien que les missionnaires opérèrent dans ces deux villes, renouvelant les exemp/ies de zèle et de pieuse industrie que nous avons admirés à Etioles dans mademoiselle Jugon ^
Ces travaux durèrent deux mois après lesquels la Mère Julie revint vers sa famille religieuse, qui, pendant son absence, était dirigée par la Mère Blin, et comme elles ii'avaient toutes deux qu'un cœur et qu'imie àme, tout marchait à l'ordinaire.
^ Y. chap. XI, p. 113.
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Le 15 octobre 1805, les deux Mères, avec deux des premières compagnes, s'engagèrent par vœu à l'œuvre dont Dieu lenr avait inspiré la pensée : c'était de se consacrei' à réducalion de la classe moyenne dans les villes et les bourgades. Llies ne suivaient encore d'autre règle que celle qui leur avait été domu'e par le P.Varin pour les diriger vers ce but. S'élant bien lût associé dis compagnes pour les seconde^*, elles ouvrirent une école à Amiens dans le faubourg Noy on, où elles louèrent une maison appartenant au séminaire \ Il ne leur fut pas diffîcilc d'y réunir en peu de temps une foule de petites filles à l'instruction desquelles elles se livrèrent avec un admiitible dévouement.
Cependant le P. Varin, qui s'inti'n ssait vivement aux progrès de celle Congrégation naissante, l'avait fait coiinaître à un ecch'siasticjue zélé du diocèse de Gand qui se trouvait rdois à Amiens. La Mère Julie profita du retoui' de cet ecclc'siastique dans sa patrie pour concerter avec Mgr Fallot de Beaumont un projet d'établissement en Belgique. Le prélat ayant accueilli celte pensée avec joie, la']ilère Julie retourna à Amiens, et disposa tout pour le départ de cette première colonie, avec laquelle elle se mit en rente le lendemain de la fête de TLiimaculée Conception 1806.
Pendant ce voyage, la fondatrice fut appelée à Namur p;îr l'évéque de cette ville, Algr Pisani de la Gande; et il fut convenu que l'été suivant elle con-
^ CeUe maison a été achetée depuis par les Sœurs de la SainlOF- Famille, (pii l'ont remplacée parcelle qu'elles habitent aujourd'hui.
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duirail des sœurs pour commencer un établissement. A la même époque, une maison des sœurs fut aussi placée à Montdidier.
La fondation de Xamur, dont la Mère Biin fui la première supérieure sous le nom de sœur Saint- Joseph, est la plus importante de toutes. De là sortiront plus tard ces essaims de pieuses filles qui, sur les pas des missionnaires, iront dans les déserts de l'Amérique donner aux petites filles sauvages, avec le pain qui nourrit le corps, la parole de Dieu qui nourrit les âmes.
Mais lors de celle fondation, la Mère Julie fut soumise à une épreuve d'autant plus pénible qu'elle vint du côté où Ton devait le moins s'y attendre. Les difficultés furent suscitées par le directeur spirituel de la maison d'Amiens, ecclésiastique vertueux, mais remuant et ami des innovations. Il ne voulait point de supérieure générale, point de relations entre les différentes maisons. Il tendait déplus à exercer lui-même une autorité absolue dans la communauté. C'était faire dévier l'Institut delà voie que lui avait tracée le P. Yariii et que la Mère Julie suivait religieusement.
Dès que le P. Varin eut connaissance des changements et du nouvel esprit que prétendait introduire l'abbé "*% il écrivit à la Mère Julie qui se trouvait alors à Bordeaux pour opérer la réunion de l'ancienne communauté des Sœurs de Aotre-Dame à sa nouvelle communauté : « Il serait bien à propos, lui disait-il, que, quand vous aurez suffisamment établi voire nouvelle famille, vous retourniez vers l'ancienne . car,
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njuiuait-il, quelle que soil la confiance que j'aie en M. '", ce n'est pas sur lui que je couqMe pour donner à vos bonnes (illes l'esprit qu'elles doivent avoir pour entrer dans les desseins de Xotre-Seigneur; et s'il n'est pas celui qui doit le leur donner, il n'est pas non plus celui qui doit lentreteuir et le perfectionner. C'est la bonne Mère que le Seigneur eu a chargée. Je vais écrire au cher M. *'* pour lui dire amicalement ce que je pense, et pour le mettre en garde contre l'esprit de changement, même sous prétexte d'amélioration. »
Il ne parait pas que les obseï valions du P. Varin aient fait une grande impression sur l'abbé ***. Il réussit même, en peignant la Mère Julie d'après ses préjugés, à prévenir contre elle l'évèque d'Amiens et le P. Varin lui-même, qui du reste ne lai da pas à reconnaître son erreur.
On conçoit aisénicnt tout ce que ces épreuves et ces contradictions, dont nous passons sous silence les allligeanîs détails, eurent de pénible pour la Mèie Julie. Elles ne cessèrent, après bien des péripéties, que par l'abandon de la maison d'Amiens, dont les sujets allèrent presque toutes rejoindre leurs sœurs de Namur. L'évèque d'Amiens se repentit bientôt de sa conduite à l'égard de la JMère Julie. Il avoua hautement qu il avait été ti'onq^é sur son compte, et la reconnut pour supérieure générale. Mais la fondatrice qui se déliait de l'esprit introduit dans cette communauté, ne jugea pas à propos de s'en charger. Les Sœurs de A'olre-Dame, établies dans plusieurs dio-
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cèsesde France, vini eiil aussi successivemenl se léuiiir à Naniur. Ces renfuiis fournirent le moyen de faire différentes fondations en Belgique.
Quant à la Mère Julie, les frayeurs que lui causa le passage des troupes élrangeres en 1815 et les inquiétudes qu'elle ressenlit pour quelques-unes de ses filles exposées au milieu du théâtre de la guerre, hâtèrent sa fin : elle mourut le 8 avril 1816 en grande réputation de vertu et de prudence.
La Mère Blin, sœur Saint-Joseph, fut choisie d'une voix unanime pour lui succéder, et elle gouverna la Congrégation jusqu'à sa mort, arrivée le 9 féviier 1838. Sous son administration, qui ha un modèle de sagesse, de doiîceur et de prudente fermeté, la Congrégation prit de grands accroissements. Depuis sa mort, elle à continué à fleurir de plus en plus, portant dans tous les lieux où elle s'est établie les fruits de salut que le P. Varin avait en vue dans sa fondation. Elle s'est étendue, non-seulement en Belgique, où elle possède aujourd'hui près de cinquante établissements repartis dans diverses villes ou bourgades, mais encore en Angleterre et jusqu'en Améi ique : elle compte en Angleterre une dizaine de maisons et à peu prcs autant en Amérique.
Ajoutons en terminant qu'en 18^^, Dieu procura à ces pieusi s filles la récompense la plus douce pouiune Société religieuse , celle de voir leur Institut approuvé par la plus haute autorité qui soit aii monde. A la sollicitation de tous les évéques de Beîgiqr.e, la Congrégation des évéques et réguliers rendit un dé-
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crct qui ( omble cVcIoges cet uûU'. Tiisliliit, le eoiilirmo et l'approuve comme Coiigiégaiion sous la juristlictiou des ordinnires : approuve et coufiime ('gaiement ses constitutions et ses ivgies. l.e décret est daté du 28 juin 18'4:V'.
ciiArriRi: xviir.
Rupture avec Paccauari.
Tandis que le l\ Vaiin travaillait sans relâche à consolider en France les établissements cpi'il y avait formes, tout se préparait pour amener une scission dans le sein même de la Société de la Foi. Elle commença par la Fraiice et par l'Anglelene ; voici (piclle en fut l'occasion :
La mission de Touis n'était pas encore terminée, lorsque le P. Varin,(pii la présidait, reçut de Polotsk une lettre du P. Uozaven. Ce Perc lui écrivait qu'au mois de mars 180-^j il avait été admis dans la Compagnie de Jésus, ainsi que la plupart de ses compagnons d'Angleterre.
^ Cette institution n'a aucun lien ni aucun rapiiort avec (leu\ ordres anciens connus sous le même nom : les Religieuses de yolre- Dame, fondées par Jeanne de Leslonac, marquise de Monlferrant, nièce de Montaigne ; et les Religieuses de la Congrégation de Notre- Dame^ filles du l*. Pierre Fourier, mort à Gray en U\U).
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Pendant leur s<''joiii" à Rome en 1802, les PP. Variii et HozQven s'étaient aperçus que Paccanari montrait peu d'ardeur et de zèle pour se réunir aux jésuites. Il semblait même tendie plutôt à affermir sa Société qu'à la préparer à cette réunion. Ils ne remarquaient pas non plus dans la conduiie de ce premier supérieur la gravité, la modestie, le recueillement, l'humilité et les autres vertus qui font le vrai religieux. Les impressions fâcheuses que le P. Yarin avait resseiities après la réunion d'Iîagenbrunn, à l'occasion des jeux et des récréations bruyantes introduites par Paccanari, se renouvelèrent en lui d'une manière plus pénible encore ; car à Rome on ne pouvait pas apportei' pour excuse le besoin de retirer la communauté d'un esprit opposé à l'esprit apostolique.
Tout ce que le P. Varia voyait à Rome dans Paccanari le forçait de tirer cette conclusion : il n'est pas conduit par l'esprit de Dieu.
Le P. Rozaven, de son coté, avait fnit les mêmes observations et partageait !es nîèmes inquiétudes; mais de plus il avait appris sur le compte de Paccanari certaines particulaiiiés d'une nature beaucoup plus grave. Cependant, comme il ne piitricn éclaireir avant son départ de Rome, et que d'ailleurs les griefs venus à sa connaissance n'étaient pas suffisamment constatés, il jugea prudent de garder le silence et de continuer à faire en Angleterre le bien qui dépendrait de lui, en attendant que des circonstances plus favorables lui permissent d'entrer dans la Compagnie de
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Jésus'. Telles étaient aussi les dispositions du P. Varin qui, du reste, ignorait les faits signalés à son compagnon de voyage. L'un et Tautre retournèrent donc à leur poste respectif. Mais à Londres, le P. Kozaven acquit de nouveaux renseignements, et des preuves plus positives encore de la vérité des faits qui lui avaient été révélés à Rome. Il jugea raffaireîissez importante pour eiilreprendi'C de nouveau le voyage d'Italie, et allcrconférer avec le Souverain Pontife luimême. Arrivé à Rome au mois de juin 1803, dans l'absence dePaccanaii, il s'aboucha avec raichiduchessc Marie-Anne et avec le P. Rigolctti , (jui remplissait auprès du supérieur un poste de coiiliance. Ils furent l'une et l'autre frappés des réllexionsdu P. llo/avcn; et on se détermina à en r(''féi'er au Souverain Pontife; mais Paccanari sut agir avec tant d'adresse sur l'esprit du P. lîigolelli ( t sur celui de la princesse, qu'il parvint facilement à dissiper les nuages et à regagner leur estime et leur affection. Le P. Rozaven ne ci'oyant plus dès lors devoir garder aucun ménagement, demanda et obtint une audience particulière du Pape, qui, après l'avoir entendu, lui dit ces propres l>aroles : « Vous avez bien fait et je vous loue d'cti'e « venu de Londi-es pour ('éclairer la religion du Sainl- « Siège. »
Cependant durant l'absence du P. Rozaven, ses compagnons avaient écrit de Londres au R. P. Gruber, vicaire général de la Compagnie en Russie, pour
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dcîmander leur adinissioii iiidividnelle. La réponse favorable ne s'était pas fait longtemps attendre. Elle portait qu'on recevrait avec plaisir tous ceux qui, apiès avoir été examinés, sei'aient trouvés avoir une vraie vocation. Les choses en étaient là, lorsque le P. Kozaven l'eparut au milieu d'eux. Tout en exprimant sa surprise qu'on eût fait sans sa participation une démarche de cette nature, il y reconnut l'expression de la volonté divine, et écrivit aussitôt à Paccanari que ni lui, ni ses compagnons d'Angleterre ne faisaient plus partie de sa Société, et qu'ils allaient partir pour la Russie au nombre de vingt.
Dans sa lettre au P. Yariii sur son admission dans la Compagnie de Jésus, le P. Kozaven exposait les motifs de sa détermination. 11 insistait sur les considérations suivantes ; tous les membres qui composaient autrefois la Société du Sacré-Cœur, et tous ceux qui font actuellement partie de la Société de la Foi, en France, se sont crus appelés à la Compagnie de Jésus, et ils n'ont demandé leur almission dans Finie ou l'autre de ces Sociét('S que par le désii' d'entrer dans la Compagnie : or, il est de fait que la Socif'té de Sairit-îgiîace est présentement rétablie par cette même autorité qui l'a dissoute, celle du Saint- Siège; son rétablissement à Naplcs va faire tomber un bruit malicieusement répandu, et montrer à tous qu'en a des moyens de connaître les désirs et la volonté du Pape, lors même que lies raisons de prudence l'empèch! nt de les consigner dans des actes publics. Enfin il est évident que la Compagnie de Jésus, s'é-
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lablissant par rauloritv du Saiiit-Sit'gc, celle de la 1 oi ne peut coiiliiuier d'exiL-ter sans ('lever aulel coiUre aulel , sans foini! r une Snciél;'' à part et tout autre (pie celle instilu('e par salut Ignace. De là il résulte (jue tous les niend3res de la Soc'u'ti^ de la Foi doivent jaiie leuisefibrts pour entrer dans celle des jésuites : celte démaiclie est l'unique moyen de suivre leur vcritab'e vocation. Au reste, malgré les préventions bien b'gitimes que la conduite équivoque de Paccanari a iiispiiées aux jésuites contre la Société de la Toi, le K. P. général n'en est pas moins IVancIieinent dispusé à admettre dans la Compagnie tous ceux qui seront jugés propres à l'Institut.
« Je dois ajouter, disait encore le P. Rozaven en finissant, qu'en Russie on établit une grande diflérence entre les Pères qui composaient autrefois la Congrégation du Sacré-Cœur et ceux qui formaient la Congrégation de la Foi, ou qui sont entrés après l'union des deux sociétés; on préfère aussi les sujets admis en France ou en Angleterre à ceux qui l'ont été en Italie. «
On se ferait difficilement une idée de l'impression que cette lettre produisit sur l'esprit du P. Varin.
Il avait la plus entière confiance dans la prudence et les lumières du P. Rozaven.
Il était vivement frappé d.s motifs allégués par ce Père en faveur de la résolution que lui et ses compagnons avaient prise. Cependant, ne voulant rien précipiter dans une conjoncture si délicate, il revint à Paris aussitôt après la clôture de la mission de Tours,
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et sans communiquer à personne ses anxiétés et ses incertitudes, il considéra mûrement devant Dieu le parti auquel il devait s'arrêter.
Il tenait peu, il est vrai, à demeurer sous l'obéissance de Paccanari. Cette dépendance lui était trèsonéreuse, dangereuse même, sans lui pi'ocurer aucun avantage réel. Les circonstances ne permettaient avec Kome que des relations rares, insigniiiantcs et seulement pour la forme; l'obéissance à ce chef étranger était précisément ce qui portait le plus d'ombrage au gouvernement. D'ailleurs, le P. Varin et ses compagnons avaient toujours désiré sincèrement et désiraient plus que jamais leur réunion avec les anciens jésuites; la coiiduite personnelle de Paccanari n'était pas de nature à modifier ces dispositions. I\Iais opérer la réunion dans les circonstances actuelles , l'opérer par l'entrée individuelle dans la Compagnie de chacun des Pères de la Foi, était-ce là ce que Dieu voulait dans le moment? Était-ce là ce que demandait le bien de l'Église et surtiuit celui de la France? Éiait-cc enfin le désir qu'exprimerait le Souverain Pontife, et même le général des jésuites de Russie, s'ils étaient consultés? Ces coiisidéi ations jetaient le P. Varin dans la plus cruelle perplexité. H approuvait de toute son âme la démarche des Pères de Londr* s et les raisons qui les avaient déterminés ; mais ces raisons n'étaient pas les mêmes pour lui. Après avoir donc imploré les lumières du ciel pendant plusieurs jours, il lui sembla qu'il n'avait rien de mieux à faire que d'écrire au Souverain Pontife, de lui exposer letat de la Société de
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la Foi en France, le bien qu'elle y opérait, l'espéranee fondée d'en produire un plus grand encore, surtout si elle était séparée de Paccanari, et de lui demander non pas un ordre, ni même la mafiifestation d'un désir, mais simplement ce qui serait le plus agréable à Sa Sainteté. Il alla ensuite trouver le secrétaire'du cardinal Spina, légat en Fiance, et Uii lit part de son projet. ('>elui-ci le dissuada d'écrire directement au Pape, dont la liberté pourrait être gênée par les égai'ds qu'il devait à l'archiduchesse Marie- Anne; qu'il était plus simple et plus sur de s'adresser au cardinal-légat, qui, rtprésentant Sa Sainteté en France, et connaissant parfaitement ses intentions, les lui manifesterait avec une entière libei'té. Le P. Yarin n'hésita pas un instant à se conformer à un avis aussi sage. Le cardinal-légat , après avoir pesé avec maturité les observations du P. Yarin, lui répondit qu'il devait se séparer de Paccanari, et que le Saint-Père ne manquerait pas d'appi-ouver sa conduite, puisqu'il ne reconnaissait nullement l'esprit de Dieu di'.ns les actes de ce supi'rieur. (^ Quant à la réunion avec les Pères jésuites d.; Russi-', ajouta-l-il, elle pourra s'eifectut r plus tard, la marche de la divine Providence sur les Pères de la Foi ne pouvant guère s'expliquer que par là : mais le moment de l'opén r n'est pas encore arrivé ; une réunion collective ne serait pas admise, une réunion individuelle priverait la France d'un secoui's dont elle ne peut se passer dans les circonstances présentes : la gloire de Dieu et le bien de l'Église deuiaudeu! donc que les Pères ce<nti-
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iKionI à servir la leligion comme ils i'oiil fait jusqu'ici; mais sans dépendance de Paccanari et de tout aulre chef étranger. »
Celte décision répandit la paix dans l'àme du P. Varin ; il en témoigna sa reconnaissance au cardinal, et lui adressa en même temps une supplique où il demandait d être, lui et les siens, déliés du vœu d'obéissance fait au P. Paccanai'i, et de conserver les privilèges dont ils avalent joui j!isque-là. Ces demandes lui furent accordées sans difficulté. Le P. Yarin fit ensîiile connaître à ses Frères, soit à Paris, suit dans les provinces, le paiti qu'il avait cru devoir prendr-j et les motifs qui l'avaient fait agir. Tous admirèrent la conduite de la Providence, s'applaudirent du résultat, reconnurent unanimemeut le P. Varin pour leur premier supérieur , et lui promirent obéissance. Celle grave allaire fut consommée le 21 juin 1804. Dès lors la Société de la Foi en France, tout en conservant la même dénomination, redevint en quelque sorte Société du Sacré-Cœur. Le P. Yarin notifia sa séparation à Paccanari et à l'archiduchesse Marie-Anne. Il l'annonça aussi au P. Rozaven en Russie, ajoutant que ce preip.ier pas n'était qu'un acheminement à celui qui restait à faire, pour pouvoir l'appeler son Frère à plus juste titre que jamais. Une dernière circonstaiicc acheva de tranquilliser pleinement le P. Yarin. Pendant le séjour que fit à Paris le Pape Pie YIÏ, à l'occasin du s^cre de l'empereur Napoléon, le Saint-Père, dans une audience particulière, daigna ratifier pleinement et de grand cœur la décision donnée par son
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k'gut. Il appi'ou^a Sj)L'cialc;iieiit lu dt'tenirmaiioii piisi' de dcMiciirer en France pour eoiitiiiiier le bien connnencé. u Quant au reste , ajou(a-l-i!, il faut attendre en pai\ le nionient nKU'(iU('' par la Pi'ovidenee, et ne vous elTraycr ni des saci'ifices que vous aurez à faire, ni des persécutious qui vous seront susci-
CIIAPITRE XÏX.
rrn-rès (le la Société de lu t^oi en Krance,— Nouveaux élablissciiieiil ?. — Missions. — Di>[t?r5!on des Pères.
A cette époque la petite Société sembla prendre un nouvel essor en Fi'ance. L'union des cœurs devint [)lus étroite ; la ferveur, lespril de régularité, augineniaienl chaque jour, et la Congrégation s'étendait et se fortifiait de plus en plus an dehors, La présence du Vicaii e de Jésus-Christ favorisait ces progrès, en comprimant la haine des ennemis de la religion, (pie l'ascendant des vertus du Pontife condamnait au silence. DelSO^i à 1807,1a Société de la Foi jouit en France d'un calme dont pi'ofila le P. Vai'in pour accroîti'e le nombre de ses établissements, et travailler à effacer les traces qu'avait laissées la tourmente révolutionnaire. Xous
^ yotice n" IG. !
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le voyons ouvrir successivement un petit séminaire à Rouleis, à la demande de Mgr de Beaumont, évéque de G;ind % un collège à l'Argenlière dans le diocèse de Lyon, un autre à Montmoriilon dans celui de Poitiers, deux petits séminaires, l'un à Marvejols, diocèse de Mende , l'autre à Bazus , diocèse de Bordeaux.
Le collège d'Amiens ^, transféré de la maison de I l'Oratoire au faubourg de Noyon, et de là à I\Iontdidier, n'avait pas ce^sé de prospérer, aussi bien que tous les autrt s collèges ou séminaires, dont le nombre s'élevait à huit. Les Pères étaient en outre établis à Paris, à Lyon et à Amiens.
L'œuvre des grandes missions, qu'on avait suspendue pour un t' mps afin de ne pas éveiller les susceptibi'iilés, avait été reprise au commencement de iSOG. Les villes de Grenoble, de Poitiers, de ÎNiort, de Bordeaux et d'autres moins considérables avaient été I évangélisées avec des fruits merveilleux de grâce et de salut. A Grenoble en particulier, les Pères, sur les instances de l'autorité ecclésiastique, donnèrent une ! retraite générale à tout le clergé du diocèse. Ce fut comme une extension de la mission qui embrassa tout le diocèse, chaque curé, renouvelé par les saints exercices, communiquant à sa paroisse l'esprit qu'il avait puisé dans la retraite. On voit par ce coup d'œil rapide que la séparation d'avec Paccanari, foin de nuire
Notices n" 1 et 12, Jbid,
vu: Dl il. p. VAHIN. 179
aux Pt'res de la Foi, a\ail conliibué à rendre leur siiiiaiioii pins florissante.
Mais la vue de ces succès rallimia la haine des mcehanls. De toutes parts le ])arli anti-religieux jeta le cri d'alarme. Des lettres qui respiraient riiostililc contre les Pères, et qui distillaient le venin des plus noires calomnies, revêtues de spécieuses couleurs, furent adressées au ministre Fouclié. La Société de la Foi y était représent(îe comme une réunion d'habiles conspirateurs qui, sous le manteau de la religion, ne tramaient i ien moins que le renversement du trône de Napoléon et le rétablissement de Fancienne dynastie.
La police avait de nouveau saisi les lettres des Pères, en avait tiré copie, et quoique cette correspondance ne rciircrmàt rien (pii put paraître tant soit peu suspect, ni donner le moindre ombrage, le ministre y vit des mystères, parce qu'a tout prix il voulait en voii'. FoucIk', (jui iiouri'issait depuis longtemps le dc'sir de fi-apper cette Congrégation, piofita avec enq^resscmenl d'une occasion si lavorabie. Il recueille tous les rapports qu'il a reçus; il écarte adroitement les ca!omni(>s les plus grossières ou les moins saillantes, qui auraient pu servir à détruire les autres ; il en foi"me un ensemble de griefs, et va le présenter à l'einpereur. ?<apoiéon était alors presque à l'apogée de sa j)uissance : il se trouvait à Fontainebleau, cnvironn(' de celte couronne de rois, dont il aimait à s'ciituuiei' de temps en îenq)s. Tous ses ministres et les ambassadeurs des princes étrangers étaient venus rendre leurs hommages au conquérant. Au milieu de
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cette imposante assemblée, le V novembre 1&07, à neuf iieures du soir, l'empereur, malicieusement circonvenu par Fouché, interpelle d'un ton courroucé le cardinal Fcsch , lui reproche la protection qu'il accorde aux Pères de la Foi, les signale comme ses ennemis jurés, comme de dangereux conspirateurs qui trament contre l'empire , qui entretiennent des correspondances énigmatiques, et qui, sous le masque de riiypocrisie, cachent les plus noirs desseins. Le cardinal interdit hasarde quelques mots en faveur de ses protégés ; mais Fouché se lève et ose donner un solennel démenti au cardinal. Une vive altercation s'engage entre Son Eminence et le ministre ; la discussion dura plus d'une heure. Le lendemain Naj)oléon montra au cardinal les écrits fournis par Fouché, comme pièces de conviction, et sans lui laisser le temps de répondre, il lui dit : (( Vous m'avez trompé, ou vous l'avez été vous-même ; c'en est fait : je ne veux plus souflVirces gens-là dans les établissements qu'ils dirigent; c'est beaucoup que je les laisse dans mon empire. Si d'ici ù quinze jouis ils ne sont pas rendus dans leurs diocèses respectifs, j'ordonne qu'ils soient transportés à la Guyane. »
L'ordre de dissolution fut en effet donné sur-lechamp. Le P. Variu était au collège de FArgentière lorsqu'il reçut l'avis ofiiciel. Il se rendit aussitôt à Lyon, puis à Belley où il arriva le 13 novembre, jour de saint Stanislas. Djns une exhortation qu'il adiessa à la communauté, il commenta les trois premiores demandes de l'Oraison dominicale, insistant sur la
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dernière, Fiot roîuntus tua, cl t'iilin il Miuioiiçala fatale nouvelle. Le P. Varin passa successivement dans quelques autres maisons; et pour adieu à ses Frères, il dit ces paroles : « A nous revoii' ; et, je l'espère, à nous revoir bientôt. Quand nous nous retrouverons, on fera l'appel nominal : heureux celui qui pourra répondre Adsum ! )) Entre autres recommandations, il leur donna celle de ne point accepter d'emplois inamovibles, afin de se trouver toujours libres de partir au premier signal.
Lorsque l'ordre fut signifié au préfet de Bourg, on lui dit que l'empereur supprimait la Société de la Foi, parce que ces religieux avaient perdu sa confiance : (( Ils n'ont pas perdu la mienne, répondit le préfet, et je saurai le leur prouver. » En effet, il écrivit sur-Iechamp au cardinal Fesch, cl à d'autres amis puissants qu'il avait à Paris, pour obtenir par leur moyen au moins la conservation du collège de Belley. Il agit dans celte aftaire avec tant de vigueur el de persévérance, il assuma sur lui toute la responsabilité avec tant de résolution, que les Pères purent continuer près de deux ans encore leurs fondions dans ce collège.
Dans tous ou dans presque tous les autres collèges, les préfets, comme celui de Bourg, les maires et autres magistrats ne se prêtèrent qu'avec répugnance aux mesures prescrites par l'autorité supérieure, et les ordres ne furent pas exécutés avec la rigueur à laquelle on avait lieu de s'attendre. On se contentait de faire partir quelques-uns des professeurs : on substituait un prèlie séculier ami au snpéi ieur qui, d(''|jouill('* de
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son titre, n'en conservait pas moins toute l'autorité. Ces tempéraments employés dans la plupart des établis-sements permirent à presque tous les membres de la Société de continuer encore leurs fonctions jusqu'en 1809. Mais les collèges se ressentirent de cet état précaire et de la fausse position de ceux qui les dirigeaient; on finit pas les abandonner presque tous.
Les Pères, qui ne purent rester réunis, se dispersèrent sur divers points de la France, où, par le bon exemple de leurs vertus et l'efiicacité de leur parole, ils continuèrent à travailler à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Sans parler, du bien opéré par chacun d'eux dans le saint ministère pendant six ans, cette dispersion, en les répandant dans les différents diocèses, leur fournit l'occasion de faire connaître l'Institut de Saint-Ignace, de détruire une foule de préjugés formés et accrédités par les ennemis de l'ancienne Compagnie, et de disposer les esprits à son retour, quand il plairait à Dieu de la rendre à l'Église. Disons encore que des germes de vocation semés dans un grand nombre de cœurs se développèrent et portèrent leur fruit. Et c'est ce qui explique comment, trois mois seulement après la promulgation de la bulle du rétablissement par Pie YII, la Compagnie de Jésus put, indépendamment de la maison de Paris, ouvrir en France cinq grands collèges ou séminaires.
Après ce qui précède, nous n'avons pas besoin d'ajouter que la plupart des Pères refusèrent d'être relevés de leurs vœux ; ils conservaient l'espérance de
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se réunir bieiUùt tt d'entrer, dès qu'ils le pourraient, dans la Compagnie de Jésus. M.Montaigne, directeur du séminaire de Saint-Sulpice ù Paris, les confirma dans ce consolant espoir : « Les desseins de Dieu ne sont pas entièrement accomplis sur vous, leur dit-il, vous vous réunirez de nouveau, n'en doutez pas. »
Quant au P. Varin , après avoir terminé la visite de toutes les maisons , épuisé de fatigues et brisé par la douleur, il retourna à Paris. Résolu, s'il était possible, de se fixer dans la capitale, pour pouvoir correspondre plus facilement avec ses Frères dispersés, il se transporta, peu de temps après son arrivée, chez le ministre de la police pour en obtenir l'autorisation. Il était loin de s'attendre à la réception qui lui fut faite. Non content de l'accueillir avec les démonstrations de la plus cordiale bienveillance, l'adroit ministre lui offrit des places de chanoine, de grand vicaire, soit à Paris, soit à Lyon, soit dans toute autre ville à son choix. Le Père s'excusa sur l'état de sa santé. Ce n'était de la part de Fouché que de vaines démonstrations ; car quelques jours après, le P. Tarin fut averti confidentiellement qu'il était menacé delà prison. 11 alla retrouver Fouché qui le reçut encore avec politesse, mais s'exprima sur le compte des missionnaires en général d'une manière qui surprit étrangement le P. Tarin. C'étaient, lui dit le ministre, des hommes dangereux pour l'État; ils mettent en jeu les passions de la multitude; ils exercent un empire absolu sur le peuple ; ils peuvent en un instant soulever les masses
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et toiil ijoiileverser. En vain le Père essaya de Ini faire comprendre que le vice et l'espril de désordre pouvaient seuls redouter les missionnaires, dont le ministère avait pour but unique d'entretenir la paix et de calmer les passions; Fouché lui coupa la parole, le congédia , ei ne tarda pas à lui envoyer l'ordre de partir pour Besançon dans les vingt-quatre heures. Le P. Varin alors malade se crut en droit de réclamer le délai d'un mois pour rétablir sa santé. Fouché refusa avec hauteur; il lui reprocha brutalement d'avoir repoussé les offres qui lui avaient été faites. ^ Ce refus, dit-il, est une preuve assez claire que vous voulez continuer à cabaler; on saura bien déjouer vos intrigues : à Besançon vous serez l'objet d'une surveillance rigoureuse, et le préfet du Doubs va recevoir des ordres en conséquence. » Le Père insista néanmoins afin d'obtenir le mois de repos qui lui était nécessaire pour pouvoir soutenir les fatigues d'un si long voyage. Fouché se montra d'abord inflexible ; mais enfin, vaincu par de nouvelles instances, il accorda le délai demandé.
])ans une de ces entrevues, au moment où déjà le ministre commençait à. se montrer plus froid, probablement parce que ses offres de prot<'Ction n'avaient pas été acceptées : Soyez prudent, monsicui- r arîn, lui dit-il en le congédiant. — Je puis ro7ts le prometti-e, répondit le Père, en ce qui me concerne ; mais j)Uîs-je repondre des démarches compromet faciles que d'autres peuvent fa ire y Par exemple, ce matin j'ai reçu nne lettre,, . — Je sais y
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reprit le ministre, laissant échapper le secret de la police ; c'est une femme qui l'ous demande d'etahlir un ordre religieux. Le fait est qu'il y avait à la prélecture de police un carton spécial pour les renseignements sur le P. Varin.
Etrange illusion d'hommes d'État réputés habiles î P^ouché et son maître, menacés alors au dedans et au dehors par des ennemis puissants, comptent parmi les adversaires les plus dangereux des hommes inoflensif:?, soumis aux lois ( t éli'angers à toute politique, uniquement occupés à annoncer la parole de Dieu, et à établir sur la base de la religion , la seule solide et inébranlable, les principes qui donnent aux âmes la paix, et aux empires la stabilité. Et rexistencc de ces hommes trouble le repos des i)uissants de la terre , i! faut qu'ils se dispersent!
CllAPlTiiE XX.
Séjour du P. Vuiin à Besançon. — Le P. Josej)!! de Dour^iùies. — Constilulions des Dames du Sacré-Cœur. — Diverses œuvres de zèle.
Le P. Varin arriva à Besançon dans le courant de janvier 1808. Il s'aperçut bientôt que le préfet du Doubs , Jean Debry , avait reçu à son sujet des instructions sévères. Jean Debry l'accueillit avec beaucoup
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de froideur et le traita d'abord avec une rigueur extrême. Il ne pouvait sortir de la ville ou faire une exhortation dans une église ou même dans une communauté, sans eu avoir obtenu l'agrément du magistrat. Au bout d'un an cependant, le préfet se relâcha de ses premières exigences, et laissa au Père plus de latitude.
Malgré ces pénibles entraves et cette surveillance gênante et tracassière, leP.Varin ne demeura pas oisif à Besançon. Il sut y trouver de l'aliment à son zèle. Peut-être même ne travailla-t-il jamais plus utilement au bien de la religion que pendant ces années de solitude. Sous son inspiration, on vit se former une foule d'œuvres: celles même qni ne furent pas dues à son initiative, il y prit pari et les seconda de tout son pouvoir. Il habitait chez madame de Chevroz , sa sœur. On passait l'été à la campagne Le P. Variu se chargeait de l'administration spirituelle du village qui se trouvait à quelque distance du chef-lieu de la paroisse. Durant l'hiver, c'est à Besançon même qu'il exerçait le saint ministère. Les prêtres les plus éclairés et les plus vertueux le consultaient dans leurs doutes , recouraient à ses lumières, et se faisaient un devoir de se conformer à ses avis. Outre les retraites qu'il donnait dans les diverses communautés, il prêchait fréquemment, surtout à la paroisse Notre- Dame : ses sermons étaient très-goùtés et très-suivis. Ou disait de lui qu'eu l'écoutant on se sentait comme entraîné par l'éloquence de son cœur. Il dirigeait de j)lusuu gi'und iiouibre de communautés rcUgieu^es ^
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de personnes séculières qui lui avaient donné leur confiance. En un mot, son nom est demeuré en véné* ration à Besançon, où l'on aime à se rappeler son zèle ardent, sa charité inépuisable, sa douceur et son dévouement pour toutes les bonnes (L'uvres.
Ce dévouement se manifesta surtout à l'hôpital militaire où il prodiguait les secours et les consolations de la religion aux malades et aux blessés qui s'y trouvaient en grand nombre.
Dans une de ces visites, on lui parla d'un soldat dont la vie paraissait un prodige dans l'état de mutilation où il se trouvait. Il eut la curiosité de le voir. Il s'approche ; il apL'rroit un homme dont la figure portiiit l'empreinte d'un gi'and calme. « iMon ami , lui dit-il, on m'a dit que vos blessures étaient très-graves/)) Le malade soui'it : « Monsieur, répondit- il, levez un peu la couverture. >> Il la lève et recule envoyant que cet infortuné n'a plus de bras. «Quoi! lui dit alors le blessé, vous reculez pour si peu de chose. Levez la couverture aux pieds. » Il la lève et il voit (ju'il n'a plus de jambes. « Ah 1 mon enfant, s'écrie le chai'itable prèti'c, combien jtî vous plains 1 — Non, l'époiid le malade, ne me plaignez pas, mon Père; je n'ai que ce que je mérite; c'est ainsi que j'ai ti'aité un crucifix. Je me rendais à l'armée avec mes camarades: nous rencontrâmes sur la route une croix qui avait échappé à la fureur des patriotes; aussitôt on se mit en devoir de l'abattre: je fus un des plus empressés; je montai et avec mon sabre je brisai les i)ra,!^ et loîs jmubes du crucifix, et il (oiuImi, A \\\û\\ ^^
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rivée au camp, on livra bataille, et à la première décharge, je fus réduit à l'état où vous me voyez. Mais Dieu soit béni! il punit mon sacrilège dans ce monde pour m'épargner en l'autre, comme je l'espère de sa grande miséricorde. »
Un aulie jour, il s'était arrêté un instant près du lit d'un malade, père de famille à l'agonie, et environné de ses enfants. S'éiant éloigné d'une vingtaine de pas en poursuivant sa visite, il entend tout à coup de grands cris : « 0 mon Dieul » s'était écriée la famille tout d'une voix. Le P. Varin accourt et leur demande avec empressement : (c Mais quavez-vous donc, mes bons amis? — Ah ! monsieur l'abbé, notre pauvre père dans ce moment paraît au jugement de Dieu. » Le malade venait d'expirer. Quand le P. Varin racontait celte histoire, il était encore tout impressionné du sentiment de foi de ces braves gens.
Des occupations si multipliées jointes aux peines d'esprit et de cœur qu'avait éprouvées jusque-là un homme d'une santé frêle et délicate et d'une exquise sensibilité, auraient du, ce semble, épuiser les forces du P.Varin.Cependantletyphuss'étant déclaré à l'hôpital, il n'en continua pas moins ses visites. A son exemple, un de ses cousins , le P. Joseph de Boursières , remplissait ce ministère de dévouemenl.Tous deux furent attaqués de la terrible maladie et le P. de Boursières ^ y
^ Joseph de Boursières, né en 1780, et le second de cinq frère?, devait , d'après les idées qui dominaient alors , embrasser l'état ecclésiastique, et avait reçu la tonsure cléricale dès l'nge de huit
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succomba. Le P. Variii fut longtemps entre la vie et la mort. Mais Dieu qui lui réservait encore bien des «'preuves et des travaux le rappela des portes du tom- ])eau: il guérit. Pendant cette longue et douloureuse maladie , il donna de grands exemples de vertu . On admira en particulier son amour pour la pauvreté religieuse , (jui ne lui laissa pas un instant de calme , jusqu'à ce que son frère eût fait couvrir une glace qui se trouvait dans sa chambre.
A peine était-il rétabli, que rarchevèque de Besançon, Lecoz, qui, du leste, en sa qualité d'ex-évéque constitutionnel , était peu favorable au vertueux prêtre, lui proposa la cure de ^'otre-Dame , vacante par la mort du titulaire, le P. Uaccoffe, dont nous parlerons un peu plus loin. Le P. Varin, nourrissant tou-
ans. La révolution qui éclata peu de temps après vint renverser ces projets d'avenir.
Lorsque le prince de Condé eut formé sur la frontière de France une armée destinée à combattre l'anarchie qui régnait de toute part, M. de Boursières père, quoique retiré du service, crut que sa qualité de gentilhomme ne lui permettait pas de s'abstenir d'en faire partie. 11 s'y rendit donc accompagné de son neveu, le jeune Varin de Solmon, ainsi que nous l'avons raconté plus haut, et lit avec lui les campagnes de 1792 et de 1793.
M"" de Boursières émigra comme son mari, et se retira en Suisse avec ses enfants.
M. de Boursières, qui avait perdu son fils aîné âgé de quatorze ans au commencement de la révolution, ne put, à cause de sa santé et de son âge, faire la campagne de 1795 ; mais Joseph, devenu l'ainé par la mort de son frère, entrant dans sa dix-septième année, et Georges le second, dans sa seizième, leur père voulut leur faire prendre du service, les suivre dans cette première campagne et les voir combattre sous ses yeux.
Au printemps de 179G, ils rejoignirent donc l'armée de Condé et
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jours l'espoir de réunir ses compagnons, et ne voulant pas contracter des liens qui eussent pu mettre obstacle aux desseins de Dieu, n'accepta point ces honorables fonctions ; et dès que ses forces le lui permirent, il reprit le cours de ses travaux ordinaires.
C'est à cette époque de la vie du P, Varin que se rapporte un trait assez singulier qu'il aimait à raconter. Laissons-le parler : « Un officier de l'armée de Napoléon , mon condisciple , qui servait pendant la fameuse campagiie d'Espagne , entra , pendant le pillage d'une ville prise d'assaut, dans une église occupée alors par une troupe de soldats. S'approchant du sanctuaire, il voit le tabernacle ouvert et les saintes hosties dispersées. Ce spectacle l'afflige sensiblement; mais il ne pouvait opposer aucune ré-
fiirent admis comme simples soldats dans le corps des chasseurs nobles.
Un comLat sanglant ayant été livré le 13 août à Obercamlac, Joseph, au moment où il allait lâcher son coup de feu, reçut dans la main gauche une balle qui la traversa de part en part, et envoya son arme loin de lui. A peine avait-il reçu cette blessure, que regardant sa main, il reconnut qu'il pouvait encore joindre le pouce et l'index, et que, par conséquent, rien ne l'empêcherait de reprendre la carrière ecclésiastique qui avait été sa première vocation. Comme il ne pouvait plus combattre, plusieurs de ses camarades l'engageaient à se retirer : il s'y refusa d'abord; mais, vaincu par leurs instances réitérées, il consentit à quitter le champ de bataille, où il avait reçu, outre cette blessure, deu\ balles dans ses \ étements.
M. de Ijoursières père fut tué dans ce combat, et Georges, frère de Joseph, reçut trois balles, dont une lui traversa la jambe.
En considération de ces blessures, on accorda à Joseph et à son frère quatre ans pour la croix de Saint-Louis, et le grade de sous-
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sistance, Il s'avance donc vers la sacristie et le premier objet qui se présente à ses yeux, c'est l'hostie de l'ostensoir. Dans la crainte de la voir profanée comme les autres, il n'imagine rien de mieux que de la prendre, de l'envelopper soigneusement dans une feuille de papier , de la mettre dans sa poche et de la conserver ainsi; car il ne se trouvait pas de prêtre dans le pays. La campagne terminée, il songe à rentrer en France. iVrrivé à Bayonne, il se dispose à aller remettre son trésor entre les mains d'un prèire. — Mais se dit-il à lui-même, depuis que je porte ainsi le bon Dieu , j'ai lait bien des courses et bien des voyages , et il ne m'est arrivé aucun accident. Le bon Dieu me porte bonheur. Gardons-le donc encore, aiin qu'il continue à me protéger; » et il poursuit son voyage jusqu'à Besançon, sa ville natale. Ayant appris que
lieutenant avec rany dans l'armée française, à compter du l" janvier 1791.
Dès le printemps, M"" de Boursières rentra en France avec toute sa famille. Joseph, ne pouvant continuer le service militaire, suivit avec quelques autres jeunes gens un cours de philosophie sous la direction d'un ecclésiastique, ancien professeur au collège de Besancon et caché dans une maison particulière. 11 comn^ença ensuite l'étude de la théologie pour se mettre en mesure d'entrer dans les ordres; et telle était son occupation, lorsque le P. Yarin, passant par Besançon, le reçut dans la Société delà Foi, et l'emmena à Uoanne, où il reçut le sous-diacouat et le diaconat. !1 demeura à lÀoanne jusqu'en ISns, époque où il revint à Besançon avec le P. Varin.
Les deux cousins allaient ensemble porter les consolations de la religion aux malades de l'hôpital militaire. C'est dans cet exercice de charité que le P. Joseph fut attaqué du typhus dont il mourut n'ayant pas encore atteint l'âge de trente ans.
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jliabilais iiioi-niènie cette ville où j'étais alors exilé, il vint me rendre visite , et après les compliments d'nsage: « Ahl çà, c'est que j'ai besoin de faire une bonne confession. Je suis en retard depuis longtemps. — Je suis votre homme, lui répondis-je; mettez-vous à genoux, et commençons. — Oui, mais auparavant il faut que je vous dise uiie chose , c'est que je vous apporte le bon Dieu d'Espagne. — Qu'entendez-vous par ces paroles? — J'entends ce qui est : je vous apporte le bon Dieu. » Et il me raconte son histoire, à la fin de laquelle il tire le papier de son portefeuille, le déplie et me donne la sainte hostie , que je place de telle sorte qu'elle se trouvait entre lui et moi. Il semble que cet acte de foi et cette présence presque immédiate de Notre-Seigneur pendant sa confession lui aient valu une grâce plus abondante; car en recevant l'absolution, il reçut en même temps le don de la sainteté. Il gagna à Dieu tous les membres de sa famille ; ils devinrent comme lui des apôtres et l'édincation de tout ce qui les entourait. )>
Le P. Varin profita des moments de loisir que lui laissait son séjour à Besançon pour travailler à rédiger les constitutions des Dames du Sacré-Cœur. JVous avonsvu que, dès l'année IcSOO, il avait jeté les fondements de cette Congrégation ; mais la multitude de ses autres occupations, lesvoyages continuels qu'exigeait sa charge de supérieur général , lui avaient à peine permis d'ébaucher ce travail. Rendu à lui-même, il s'y livra avec plus d assiduiié et un soin particulier. Cependant vers le même temps l'ennemi de tout bien
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pi'olila de son absence pour semer la zi/.anie dans la Congrégation. Vu ecclésiasticiue, à (iiii le P.A'ariii en avait eontié la direction, le même (lui déjà, par ses tracasseries, avait comme forcé la .Mère Jnlie de se retirer en Belgique, prétendit introduire dans le gouvernement de celte Société des modifications opposées aux règles données par le P. Varin. Un certain nombre de religieuses se laissèrent persuader par les raisons spécieuses de leur directeur. D'autres, et niadame Barat à leur tète, s'opposèrent avec force aux iiinovaiioiis: elles sévirent néanmoins réduites au silence, cl la Société ne (il que végéter pendant les dcinières années de rempire. Elle ne se releva et ne se dcveloi)pa qu'en 181^, lorsque le P.Yarin fut libre de revenir à Paris. Les religieuses qui ne voulurent pas se soumettre à la règle primitive, suivirent leur directeur à Rome, où il essaya, mais sans succès, de fonder un établissement tel qu'il l'avait conçu. Le plus grand nombre se rattacha au P.Yarin et se conforma aux règles qu'il avait données. Le P. de Cloriviere, supérieur du P.Yarin, noii content de Pauloribcr à c ntinucr cette œuvre après son enirée dans la Comp:ignie de Jésus, le sollicita de mettre la dernière njain à la rédaction des règles, qui fut enfin terminée en 1825. La Société des Dames du Sacré-Coinir est une des créations les plus importantes du P. Yarin. 11 n'a cessé de leur porter le plus religieux intérêt ; de leui' côté ces Dames l'ont toujours regardé comme leur fondateur et leur père, même depuis que son enirée dans la Compagnie vint modifier les rapports
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de subordination qui avaient existé entre la Société des Dames du Sacré-Cœur et le supérieur général des Pères de la Foi. Bénie de Dieu, cette Congrégation a fait de rapides progrès : elle est aujourd'hui répandue dans un grand nombre de diocèses de France, en Belgique, eu Allemagne, en Pologne, en Angleterre, en Irlande, en Savoie, en Italie, en Espagne, en Afrique ei jusqu'en Amérique, où elle possède dix-sept établissements. Partout elle dirige des pensionnats nombreux et florissants, et y donne une éducation aussi brillante que solide aux jeunes personnes de la première condition. Elle ne néglige pas cependant le soin des filles pauvres, qui trouvent toujours une école gratuite, ouverte à côté du pensionnat destiné à la classe opulente. Le Souverain Pontife LéonXII approuva, en 1826, les constitutions des Dames du Sacré-Cœur, et les appela à Rome, où depuis plusieurs années elles ont fondé trois maisons considérables. Ainsi se vérifie au delà de toute espérance la prédiction faite au P. A^arin par le P. de Touruely.
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