CHAPITRE XXI
Établisseinoiit des Sœurs de la Sainte-Famille.
rendaiu son séjour à Besançon, le P. Varin contribua encore à la loudatioii et à l'accroissenient d'une autre œuvre destinée à produire de grands fi'uits dans l'Eglise : c'est celle des Sœurs de la Sainte-Famille.
Le premier directeur de cette petite Société lut M. Maire % qui mourut en 1801. L'anivre se bornait
^ Jean-Antoine Maire naquit, le 12 novembre 1706, dans un m1lage de Franche-Comté. Ses goûts et sa lûeté le portèrent de bonne heure à embrasser la carrière ecclésiastique. Entré au grand séminaire de Besançon , il y reçut tous les ordres sacrés, e>icepté celui de la prêtrise. Le malheur des temps le força bientôt de s'expatrier, et il se retira à Fribourg en Suisse. C'est là qu'il fut promu au sacerdoce. 11 se consacra dès lors à procurer les secours de la leUgion à ses infortimés concitoyens, et il choisit, pour théâtre de ^on zèle, un bois situé sur les fnjntières de France, où il administrait à tous les fidèles qui recouraient à lui les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Après deux, ans consacrés à ce périlleux ministère, M. Maire put rentrer en France, et donna avec un grand succès des retraites et des missions, jusqu'au moment où il fut arrêté et conduit dans les prisons d'Ornans. Ou l'en tira après trois semaines de séjour, pour le conduire à Besançon : il était condamné à y subir la peine de mort ; mais une troupe de douze cents femmes et jeunes filles l'arrachèrent sur la route des mains des gendarmes.
Ainsi déhvré, M. Maire reprit le cours de ses missions et de ses retraites, soit à iJesançon, soit dans les villages voisins, et toujours avec de merveilleux fruits de salut. La persécution, qui était plutôt assoupie qu'éteinte, s'étant rallumée plus vivement contre les ca-
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dans ces commenccmeiils à un simple pensionnat ou ouvroir.
Le P. BaccoiTe^ ancien jésuite, alors cure de la paroisse de Notre-Dame à Besançon, ayant remplacé M. Maire, se chargea de diriger le pensionnat nais-
Iholiques, le zélé missionnaire se disposait à quitter de nouveau la France, lorsque, arrêté en chemin , il fut conduit à l'Iiùpilal du Gros-Bois, et de là envoyé dans une prison de Besançon. La crainte de le voir enlevé encore une fois par le peuple avait déterminé l'autorité à faire venir un fort détachement de troupes et deux canons au milieu desquels marchait le missionnaire. M. Maire resta dixsept mois dans cette prison, s'attendant chaque jour à périr sur l'échafaud , et cependant prodiguant les secours de son ministère à tous ceux qui les lui demandaient. Les temps devenant plus calmes, M. Maire, touché de l'abandon où se trouvaient les enfants du peuple et des périls auxquels leur foi était exposée, songea aux moyens de leur procurer une éducation solidement chrétienne. Dans ce dessein , il ouvrit le pensionnat qui fut le berceau de la Sainte-Famille. Il n'en continua pas moins ses œuvres de zèle, jusqu'au moment où Dieu l'appela à lui, le 19 septembre 1801, à l'âge de trente-cinq ans. Sa vie fut courte, si l'on compte le nombre de ses années ; mais il fournit une longue carrière par sa constance dans les persécutions, par l'étendue de ses travaux, et par le zèle ardent dont il était animé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
^ Benoît Baccoffe naquit en in 4. Ses parents étaient d'honnêtes cultivateurs, fermiers, dit-on , des missionnaires de Beaupré. Ils étaient peu favorisés des biens de la fortune, mais généralement estimés pour leur probité. La mère de Benoît perdit son mari de bonne heure, et resta veuve à la tête d'une nomljreuse famille, qu'elle éleva avec beaucoup de sagesse et de fermeté. Quatre de ses lils embrassèrent l'état ecclésiastique, et devinrent tous curés dans la suite. L'un d'entre eux, qui avait d'abord été professeur au collège de Besançon, s'est distingué par ses talents pour la chaire. Benoît, le seul dont nous ayons à parler ici, entra fort jeune dans la Compagnie de Jésus : il n'était âgé que de seize ans lorsqu'il se rendit au noviciat d'Avignon. A l'époque de la suppression, il revint à Besançon n'étant pas encore dans les ordres sacrés. Or-
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saut, il conçul biciilùt l'idée d'une espèce d'école normale, où se formeraient des institutrices pour porler l'éducation cliiélienne au fond des campagnes. Il connnuiilqua son projet à madame Jacoulet, fondatrice et supérieure de l'établic^sement. Celle pieuse
donné prètie quelque temps a[irès, il fut placé en (lualité de* vicaire dans la paroisse de Sainte-Madeleine, la plus populeuse et la plus pauvre de la ville, et chargé aussi de diriger la communauté des Annonciades Célestes. 11 alla ensuite à Paris, où il demeura quelques années. Mais en IISS, il fut rappelé par Mgr de Durfurt, archevêque de Besançon, pour succéder à M. Cruillemin dans la cure de Saint-Jean-Baptiste dépendante du chapitre métropolitain. L'archevêque de Pai is se décida, non sans peine, à rendre au diocèse de Besançon un prêtre aussi éniinent et encore dans la force de i'àge. M. Baccollé n'avait alors que quarante-quatre ans. La réputation dont il jouissait, jointe à ses qualités personnelles, lui concilièrent l'estime et l'affection, et il remplit ce poste à la satisfaction de tous ses paroissiens. Forcé d'abandonner l'ex-ercice public du ministère pour refus de serment à la constitution civile du clergé, et bientôt après de s'expatrier en vertu du décret qui condamnait à la déportation les prêtres fidèles, il se retira en Suisse en 1792.
En 1797, la persécution s'ctant apaisée, il revint à Besançon; mais bientôt la révolution du 18 fructidor l'obligea de nouveau de pourvoir à sa sûreté, jusqu'au moment où la paix fut rendue à l'Église par le premier consul Napoléon Bonaparte. Un prêtre aussi ennemi que M. Baccolfe des innovations schismatiques ne pouvait être agréable au constitutionnel Lecoz, nommé à l'archevêché de Besançon à la suite du concordat. 11 lui confia néanmoins la cure de la paroisse de Notre-Dame, cl on lui assigna pour église celle du séminaire. M. Baccoffe déploja dans ce poste les talents dont il avait fait preuve jusqu'alors, et toute l'activité d'un zèle industrieux il infatigable. Il forma entre autres, malgré des contradictions sans nombre, une association de Dames de Charité selon la règle deSaint- Vincent de Paul , et appela une ancienne Sœur de Charité de Paris pour constituer cette société destinée à fournir des sujets, même pour les campagnes. Mais l'esprit d'intrigue s'agita contre lui et l'obligea d'en abandonner la direction. Cette société n'a pas laissé de subsister, de devenir fort nond^reu-e et de produire de grands
dame, animée des mêmes sentiments que le P. Baccoffe, embrassa avec ardeur un moyen si propre à procurer le salut du prochain.
Le P.Varin était dès lors en rapport avec le P. Baccoffe et madame Jacoulet, et il portait déjà le plus vif intérêt à la Sainte-Famille, ainsi qu'il le marque lui-même dans une lettre adressée en 1836 à la mère Marie-Félix, supérieure de la maison d'Amiens, au moment de la mort de madame Jacoulet : « Sovez Fin-
fruits dans le pays. Au bout de quelques années, le séminaire ayant été rétaljli , M. Baccoffe dut abandonner l'église qui lui avait été donnée. Le zélé pasteur engagea la ville à racheter l'ancienne église abbatiale et paroissiale de Saint -Vincent, qui avait été convertie en magasin de bois. M. Baccotte la fit restaurer à grands frais. C'est aujourd'hui une des plus belles églises de Besançon.
M. Baccoffe avait aussi, comme nous l'avons dit plus haut, pris la direction de la maison dite de la Sainte-Famille, après la mort de M. Maire, son fondateur, et il la dirigea depuis 1801 jusqu'à 18 13, qui fut l'année de sa mort.
Sa santé, d'ailleurs très-robuste, commençait à s'altérer depuis quelque temps, lorsque tout à coup, en se couchant, il fut frappé par un accident imprévu. A peine eut-on le temps de lui administrer l'Extrême -Onction. 11 mourut au mois de février, âgé de 5-oixante-neuf ans.
Toute la ville de Besançon pleura sa perte, et une foule immense assista à ses funérailles. C'était un témoignage de la reconnaissance publique pour tout le bien qu'il avait fait pendant sa vie.
Aux vertus qui font le saint prêtre, M. Baccotlê unissait les qualités naturelles qui font aimer la vertu. Son humeur était douce, son caractère gai, liant, atfable , toujours égal, même dans les circonstances les plus fâcheuses. Rien ne le déconcertait, rien n'était capable de lui faire perdre la paix et la tranquillité de l'âme. Sa mémoire est restée en bénédiction dans la ville de Besançon.
Les détails qui précèdent nous ont été communiqués au mois do juin 1854 par un respectable chanoine de Besançon, M. Domet, l'un (les çontepiporains de, M. Raccofîe,
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(i terprète de mon cœur auprès de votre famille, disait- « il en terminant sa lettre, et souvenez-vous devant « le cœur de notre bon Maître, qu'il n'est personne « qui vous soit, ainsi qu'à elle, plus parfaitement <( attaché et dévoué en Noire-Seigneur, que celui (( qui, depuis trente-six ans, a donné son cœur à la ( Sainte-Famille, lorsqu'elle était encore au berceau. » Non-seulement le P. Varin donna les soins de son ministère à la Sainte-Famille, lorsqu'elle ne faisait que de naître, mais il lui piocura bien des secours temporels pour la meitre en état de travailler à l'œuvre de Dieu. On a su, entre autres choses, que la maison occupée par la communauté à Besancon était une propriété a})parlenant au P. Vaiin.
Après la mort du P. Baccoffe, le P. Varin resta seul chargé de diriger la Congrégation : aussi l'a-t-elle toujoui's considéi'é comme son premier père. C'est sous sa direction qu'elle s'est formée en conmiunauié religieusc.il développa le plan du P. Bacconé,et rédigea, de concert avec madame Jacoulet, une règle appropriée aux. besoins que la Congrégation se vouait à satisfaire. C'était comme le complément naturel et nécessaire de la Société des Dames du Sacré-Cœur et de celle de Notre-Dame \ fondée par la ÎMère Julie.
Les Dames du Sacré-Cœur remplissaient la mission d'instruire les classes élevées de la société. La Congrégation de Notre-Dame ouvrait des écoles aux jeunes
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lilles de la classe moyenne dans les ci lés et les bourgades; et la Sainte-Famille se consacrait à l'éducation des enfants du peuple. Cette Congrégation s'est répandue en peu d'années dans le diocèse de Besançon, et plus encore dans celui d'Amiens, où elle fut appelée en 1817 sur la proposition qu'en fit le P. Varin au P. Sellier* ; elle y possède une maison-mère nombreuse et florissante.
Les Sœurs de la Sainte-Famille exercent les fonctions de maîtresses d'école dans beaucoup de paroisses des deux diocèses de Besançon et d'Amiens et dans les diocèses limitrophes.
A mesure que leur nombre s'augmente, elles s'établissent dans de nouvelles paroisses, qui attendent avec impatience le bonheur de les voir au milieu d'elles; partout où elles dirigent des écoles, les peuples sont édifiés de leur modestin, de leur régularité, de leur ferveur et de leur généreux dévouement. On a entendu des curés rendre à ces bonnes Sœurs le témoignage qu'elles opéraient dans les paroisses un bien qu'ils n'auraient pu opérer eux-mêmes.
Lorsque en 18U le P. Varin fut obligé de quitter Besançon, madame Jacoulet, quoique privée de sa présence, ne cessa pas de se conduire d'après ses avis; jusqu'à sa mort, arrivée en 1836, elle entretint avec
' Le P. Louis Sellier, né à Hangest-sur-Somme le 20 juillet 1772, ancien supérieur du collège de Montdidier, directeur au petit séminaire de Saint-Aclieul, puis missionnaire dans divers diocèses de France, mort à Saint-Aclieul le li mars 1854. Voyez sa vie, V>' Poussielguc-tUi^and, rue Saint-Sulptce, 23, a Paris.
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lui une correspondance suivie, et ne l'aisail licii d'iniportant sans le consulter. Desoncôté, leP. Varin conserva toujours de paternels rapports avec ces bonnes filles au\(iuell('s il ne cessait de l'econunander la siinpliciU', la confiance, la joie dans le Seigneur, l'union, la concorde, l'amour et la pratique d'une vie cacln-c et commune pour imiter celle de la Sainte-lamille à Nazareth. On jugera des sentiments du P. ^'arin pour la Sainte-Famille par ces deux lettres écrites à la Mère Marie-Félix, Fune en janvier 1830), l'autre en février 18^4 5 :
<( Jamais petit format de lettre, ma fdle, n'a renfermé plus de sentiments et de vœux que celui-ci, auquel mon cœur confie avec une grande dilataliun tout ce qu'il éprouve dans le Seigneur pour vous et votre chère famille. Je pense toujours avec un vif sentiment de joie aux bénédictions dont le Seigneur n'a cessé de la combler depuis sa naissance à Amiens; et ce qui ajoute beaucoup à ma consolation, c'est de savoir, et d'avoir vu de mes yeux que notre bon maître a voulu se servir de vous pour l'accroissement et la prospérité d'un établissement si précieux pour la gloire de F)ieu et le salut des àmesl...
u Je vous remercie bien, ma lille, de votre bonne lettre ; je n'ai pu y r(''pondreplus tut. Indépendamment des occîipations et des courses qui y sont attachées, mes pauvres yeux semblent me demander grâce, quand je veux les fixer sur le papier. Je pense toujours avec une nouvelle consolation à votre famille et à toutes les bénédictions dont le bon maître l'a comblée
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et la comble sans cesse. Cela ne m'étonne pas: il voit en elle l'esprit de la Sainte-Famille, esprit de simplicité, de charité et d'obéissance. C'est vous qu'il a chargée de conserver dans toute sa pureté cet esprit, qui lui-même conservera votre famille et la fera prospérer pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Soyez pleine de reconnaissance et de confiance. »