‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 14 sur 23 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Événements de 1814. — Entrée du P. Varin dans la Compagnie de Jésus. — Son séjour chez madame de Bonnault d'Houet.]

Nous avons vu que le préfet du Doubs, Jean Debry, avait fini par exercer une surveillance moins rigoureuse à l'égard du P. Varin, et par lui accorder une certaine latitude dans ses rapports. L'homme de Dieu profila de cette demijiberté pour recevoir quelquesuns de ses anciens confrères, ei pour aller rendre visite à d'autres, qui habitaient dans les environs. Il communiqua aussi plus fréquemment par lettres avec ceux des Pères qui ne pouvaient le visiter ; et cette correspondance, en adoucissant l'amertume de la séparation , ranimait leur courage et leur désir de se voir réunis ; mais rien n'annonçait encore l'approche de cet heureux moment. Le chef de l'Église conti-

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minit à gémir dans la raplivilé : toiil semblait s'opposer iioii-seulemeni au rélablissemcnl de la Compagnie de Jésus, mais même à la réunion des Pères de la Foi. Malgré des apparences si propres à déconcerter la confiance la plus robuste, l'espérance vivait au fond de leurs cœurs. Elle ne fut pas trompée. La révolution la plus inattendue vint la réaliser. On sait par quel encliaînemeni de merveilles, et par quelles dispositions extraordinaires de la divine Providence, PieYII, délivré de sa prison, rentra triomphant dans la capitale du monde chrétien. Ces prodigieux événements servirent à l'accomplissement des vues providentielles de Dieu sur la Compagnie de Jésus. Le 7 août I8I/4, PicVÏI publia la bulle SoUicitudo onuiium Ecclesiariim qui la rétablissait dans tout l'univers. Cependant les Pères de la Foi n'avaient pas attendu ce moment si désiré pour tenter de se réunir, dès que les circonstances le leur avaient permis. De tous côtés ils s'étaient mis en mouvement pour se rendre à Paris. Quant au P. Varin, le blocus de Besançon et la résistance du général Marulaz le retinrent enfermé dans cette ville jusqu'à la tin de mai. A peine le siège eut-il été levé qu'il partit pour Paris avec le P. Boissard % et ayant rassemblé auprès de

* Léopold Boissard naquH à Pontavlier en 1 mO de parents honnêtes et jouissant d'une certaine aisance; cai on l'entendit plus tard se féliciter de ce que la révolution l'avait dépouillé de l'abondance dans laquelle il était né, et qui, disait-il, l'aurait peut-être perdu, tandis que la pauvreté l'aidait à se sanctifier.

Son père exerçait la profession d'avocat, et s'était laissé séduire

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lui un cerlain nombre des Pères fixés dans les environs de la capitale, il leur proposa cette question : Faul-il se rétablir sur le pied où l'on était en 1807, ou bien doit-on faiic de nouvelles démarches pour se joindre aux Jésuites de Russie? Sur celte question,

par les idées démocratiques, c'est tout ce que nous connaissons de sa famille.

I.éopold, se destinant ù l'état ecclésiastique, poursuivait au séminaire le cours de ses études, lorsque la révolution éclata. Pour recevoir le sacerdoce, il fut obligé de s'expatrier, et alla se faire ordonner à Fril)0urg en Suisse en 1793 ou 179^. Devenu prêtre, il rentra en France, et sous le nom de P. Paul, il exerça secrètement à Dôle les fonctions sacerdotales, au plus fort de la terreur. En se dévouant à ce périlleux ministère, Boissard avait fait à Dieu le sacrifice de sa vie, bravant les menaces et les tourments pour travailler sans relâche au salut des catholiques, surtout de ceux qui, dans ces jours mauvais, étaient détenus dans les prisons. Sa vie fut en eiïet celle d'un apôtre de Jésus-Christ ; et malgré la vigilance et le mauvais vouloir des persécuteurs, il eut la consolation de ramener à Dieu une foule de pécheurs, même parmi ceux qui s'étaient prosternés devant la déesse Raison. Grâce à ses pieuses Industries, un grand nombre de malades purent recevoir les derniers sacrements qu'il allait leur administrer jusque dans les plus obscurs réduits. Son zèle néanmoins était toujours réglé par la prudence ; et lorsque les circonstances exigeaient plus de circonspection, il .«avait se modérer, moins pour pourvoir à sa propre sûreté que dans l'intérêt des lldèles. Mais, d'un autre côté, il ne se ménageait en rien, quand le salut du prochain le demandait. Toutes les fois qu'il était question de porter secours aux prisonniers, il y courait avec empressement. Lui représentait-on qu'en agissant ainsi , il exposait sa vie, il répondait que si, après avoir pris les précautions suggérées par la prudence, il venait à tomber entre les mains des persécuteurs, il périrait victime du devoir ; sans doute alors Dieu n'aurait pas jugé qu'une plus longue vie dût servir à sa gloire et au salut des âmes ; lui-même aurait atteint son but plus promptement en versant son sang pour la foi. « Après tout, ajoutait-il, le sang des martyrs ranime la ferveur des chrétiens , et convertit même les bourreaux.» Aussi n'échappa-t-il plus d'une fois à la

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les doutes et les difllcuUés qui avaient agité le P. Variii au uiomeut où il se sépara de Paecanai i, se représentaient de nouveau.

La plupart des Pères néanmoins furent d'avis cpril lallait écrire sans délai au R. P. Tliadée Drzozowski,

mort que par son adresse, et un soin particulier de la Providenro. In jour, entre autres, les ennemis de la religion avaient formé le projet de le précipiter du haut d'un troisième étage, lorsqu'il aurait achevé de remplir son ministère auprès d'une personne malade. Ils entrent donc dans la chambre, écoutent l'exhortatiim du prêtre, et les paroles de reconnaissance adressées par le malade à son consolateur. Ce spectacle adoucit la fureur de ces forcenés : c. Quel mal a-t-il fait pour que nous attentions à ses jours? » dit l'un d'eux à ses compagnons, et ils le laissèrent aller sans lui faire aucun mal.

Le zèle du vertueux prêtre ne se renfermait pas dans l'enceinte de la ville de Dùle. 11 parcourait encore les campagnes pour administrer les sacrements aux villageois dispersés ; et il eut beaucoup à souffrir dans ces courses. 11 fallait quelquefois se condamner à rester des journées entières dans des réduits étroits et malsains, sans pouvoir se donner le moindre mouvement, lù presque respirer, parce que souvent il n'y avait qu'une chambre pour toute la famille, dont une partie même n'était pas catholique. Le missionnaire demeurait là privé de nourriture, jusqu'à ce que tous se fussent retirés pour prendre leur repos dans les écuries. C'était alors seulement que l'on pouvait convoquer les fidèles du voisinage pour recevoir les sacrements et pour assister au saint sacrifice.

Nous devons rapporter à cette époque de la vie du P. Boissard un trait admiraljle de pardon des injures. Dén^^ncé aux patriotes par un de ses parents, et mis en prison, il se vengea en faisant une auuiône annuelle à ce parent dénaturé et en procurant une place à son enfant.

Après avoir consacré les premières années de son sacerdoce à ces ceuvres de zèle et de charité apostoliques, le fervent missionnaire quitta Dùle en 1802 pour se réunir aux Pères de la Foi, et fut nommé supérieur du collège de lîoanne. Dans ce poste, il sut se faire généralement estimer, et maintenir l'esprit de régularité dans la maison par une sage fermeté jointe à une charité sincère et cor-

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général de la (Compagnie en Russie, et lui demander d'y être admis de la manière qu'il jugerait la plus convenable. Le P. Varin se sentait porté à prendre luimême ce pnrti : toutefois, pour ne pas agir à la légère dans une affaire aussi grave, il alla consulter le P. de Clorivière et deux prélats romains qui se trouvaient

diale. 11 n'y avait alors ni préfet des études ni surveillants en titre : sa présence seule imposait à tous et faisait respecter la règle. Il aimait avenir pendant la récréation s'asseoir au milieu des plus jeunes élèves, qui de leur cùté se plaisaient à l'environner ; et il prolitait de son ascendant sur eux et de l'abandon de ces conversations familières pour travailler à former leur esprit et leur cœur.

Nous n'avons pas besoin de dire avec quels déchirements de cœur il s'arracha à leur alïection, lorsqu'en 1807 les Pères de la Foi furent obligés de se disperser \ Dans la dernière entrevue qui eut lieu avec le préfet du département en présence des élèves, il ne put contenir son émotion ni ses larmes. La faiblesse de sa santé ne lui permit pas, pendant son séjour à Roanne, de se livrer à toute l'activité de son zèle : mais toujours gai et aimable au miheu de ses inflrmités habituelles, il disait agréablement que Dieu permettait que le supérieur fût malade lui-même pour le rendre compatissant aux inilrmités des autres.

Après la dispersion des Pères de la Foi , le P. Boissard revint à Dôle, et s'y employa de nouveau aux fonctions du saint ministère. Peu répandu au dehors, vivant d'une vie obscure et cachée, il ne rendait pas de visites, n'acceptait point de repas, et ne mangeait que rarement même chez ses confrères. Son inviolable attachement aux principes le lit pendant un certain temps taxer de rigorisme ; mais on reconnut bientôt combien il avait agi sagement en refusant de communiquer avec les prêtres constitutionnels qui n'avaient pas renoncé sincèrement à leurs erreurs.

Malgré les voiles sous lesquels il cherchait à s'envelopper, son mérite ne tarda pas à se faire jour, et bientôt il s'acquit une grande réputation de prudence, de vertu, de zèle et de science. 11 prêcha

Voyez cliap. xix, p. 180.

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à Paris, IMonsoigiieur de Grégorio et Monseigneur della Genga, depuis Pape sous le nom de Léon XÏI. Tous trois répondirent que les Pères devaient rester en France, et continuer à y travailler comme auparavant, jusqu'à ce que Dieu niauifestat plus claire-

plusieurs lois avec succès à l'église paroissiale, et surtout il donna, le jour des morts, un sermon qui fut généralement admiré. '

En 1SI4, le P. Boissard s'empressa de se rendre à Paris pour solliciter son entrée dans la Compagnie de Jésus. 11 y remplit l'office de procureur de province, et parcourut la France en cette qualité pour travailler à organiser les diverses maisons. 11 fonda aussi et dirigea pendant quelque temps le petit séminaire de l^orcalquier ; et dans ces premiers commencements, ses confrères et lui éprouvèrent les rigueurs de la pauvreté. Ils en furent réduits à mancpier de lits, de linge, de mobilier. Ils étaient contraints de se contenter du pain le plus grossier.

Depuis longtemps le P. Doissard portait le germe d'une maladie qui devait le conduire au tombeau. Des obstructions au foie dont il était atteint déterminèrent une fièvre de langueur. On crut que l'air natal pourrait contribuer au rétablissement de sa santé, et on le renvoya à Dôlc ; mais tous les soins furent inutiles. Après onze mois de séjour dans cette ville, il s'endormit dans la paix du Seigneur le 2 mars'1819. Voici en quels termes un de ses confrères, le P. Charles Gloriot', rend compte de l'impression qu'il ressentit en assistant à ses derniers moments : <« Il n'est guère possible de mourir avec plus de caractères de prédestination. Je ne puis décrire son calme, son nnion avec Dieu, sa patience, sa charité attentive a tout. Je bénis Dieu de la grâce qu'il m'a ménagée d'être témoin d'une si sainte mort. 11 loua Dieu en apprenant notre arrivée; c'était l'avant-veille du ^écès. Sa consolation était que la Compagnie recueillît ses derniers soupirs par notre ministère. II lui sera encore plus utile dans le ciel , où il nous a bien promis de prier pour elle. Nous allons à son convoi ; mais nous sommes plus dilatés et consolés qu'affligés , quoique la nature ait ses droits et qu'il faille les payer. Sa mort a été une calamité publique pour la ville de Dùle, où il avait exercé le lainislère avec les plus grands fruits de

t !S'u(içç n, ?,

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ment sa volonté à l'égard do la réunion avec les Pères de Russie.

Au moment où le P. Varin rapportait cette décision à ses confrères, il recevait une lettre du P. Ronsin qui lui marquait que les PP. Leblanc, Bruson et d'autres membres de la Société de la Foi en Belgique, étaient résolus d'aller au plus tôt se présenter au R. P. général pour se mettre entièrement à sa dis-

puis 1708, aux intervalles près qu'il passa dans les maisons de la Compagnie. Elle perd un saint religieux, un homme de talent, un bon prédicateur, un directeur éclairé, un ouvrier infatigable, qui a joui d'une très-grande considération partout où il a travaillé. »

La vénération dont on était pénétré pour le P. Boissard s'attacha aux moindres objets qui lui avaient appartenu. On les a conservés comme des reliques ; et le souvenir de ses vertus a contribué à préparer les voies à l'établissement de la maison de la Compagnie qui fut formé à Dôle en 1823.

Le P. Boissard était en etïet doué de qualités précieuses : dextérité et prudence dans les affaires, caractère ferme et élevé, grande solidité de vertu, vif attachement à sa vocation, beaucoup de droiture de cœur, et , sous des formes en apparence un peu sévères, bonté, sensibilité, attentions délicates et touchantes. On remarquait encore en lui un don tout particulier de discernement des esprits, et certaines personnes ont atiirmé qu'il leur avait manifesté ce qui se passait dans leur intérieur, quoiqu'elles n'en eussent parlé à personne.

La faiblesse de sa santé ne fut jamais pour lui un motif de négliger la pratique de la mortification. On ne pouvait le faire consentir à accepter rien d'extraordinaire dans la nourriture. 11 usait de ce qui lui était servi sans témoigner aucune préférence ; et quand les mets qu'on lui présentait étaient mal apprêtés, il ne s'en prenait qu'à la bizarrerie de son goût. Sa patience dans les douleurs des obstructions dont il soull'rit pendant quinze ans, fut telle qu'on ne s'apercevait pas qu'il tut malade. Peu de temps avant sa mort, on l'a entendu s'écrier après des crises : Combien le bon Dieu me fait de grâces. ' Son amour pour la pauvreté lui a fait plus d'une fois exprimer le désir de mourir dans un hôpital au milieu des pauvre:-'.

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position. Le P. Ronsiu ajoutait que sou avis était qu'on en fît autant en France, et que pour sou compte il n'iiésitait pas à suivre l'exemple des Pères de Belgi(iue. Le P. Varin , après s'être abouché avec le P. Ivonsin, se rendit en Belgique pour conférer et agir de concert avec les PP. Leblanc et Bruson \ et surtout avec le P. Henri Fonteyne, profès et supérieur de la maison d'Amsterdam , qui avait reçu du P. Brzozowski les pouvoirs de commissaire pour procéder au rétablissement de la Compagnie de Jésus en Belgique. Les PP. Leblanc et Bruson témoignèrent vivement leur surprise de la décision donnée par les pi'élats romains et par le P. de Clorivière : ils la combattirent de toutes leurs forces. Quant au P. Fonteyne, il conseilla au P. Varin d'écrire au R. P. général et de le supplier de désigner pour la France quelque Père avec pouvoir d'examiner et d'admettre les sujets, et qui, sans se faire connaître ouvertement (ce que les circonstances ne permettaient pas), préparerait l'œuvre du rétablissement de la Compagnie. Il ajouta qu'il connaissait un moyen plus eflicace encore pour assurer le succès de cette demande, mais qu'il n'osait proposer au P. Varin, vu la faiblesse de sa santé : c'était de faire lui-même le voyage do Pétersbourg, et d'aller solliciter en pcisonne la faveur que lui et ses confrères désiraient. Dans une lettre écrite au R. P. général au mois de juin de cette année, le P. Varin raconte lui-même la manière dont il ac-

^ yotices n' 1 et 12.

cueillit la proposition du P. Fonteyne, et par quel concours de circonstances providentielles ses désirs et ceux de ses anciens confrères furent accomplis. «Je puis vous assurer, mon très-révérend Père,» écrit le P. Varin, «que cette dernière proposition entra bien aisément et bien profondément dans mon cœur. Le délabrement de ma santé, les ditïicullés, la longueur et les fatigues d'un tel voyage ne me firent pas la plus légère impression. Je n'étais touché que du sentiment de mon bonheur, si, en vous donnant cette marque de dévouement, je pouvais accélérer pour la France le moment du rétablissement de la Compagnie, et pour mes Frères le moyen d'y être plus proujptement admis. Il me semblait que, si le ciel eût béni ma démarche, en vous inspirant d'acquiescer à ma demande, j'aurais dit de tout mon cœur: ]Sunc lœtiis moi'iar^. Le P. Fonteyne vit avec plaisir ma détermination, et il écrivit à Amsterdam pour préparer les voies à mon embarquement. Mon départ ne devait être différé que de quelques jours pour me doîHier le temps d'informt^r le P. de Clorivière - de mon voyage, et lui témoigner la joie que nous éprouverions, si votre Paternité nous le donnait pour la France , comme elle a donné le P. Fonteyne à la Flandre. Quelles furent ma surprise et ma consolation, lorsque, dans cet intervalle, il m'annonça luimîMiic qu'il venait de recevoir une lettre de votre Pater-

^^Mahilenant je mourrai avec joie, ^ Notice n" 10.

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uité qui l'autorisait à piép^^»'^'»' ^^^ moyens de rétablir en France la Compagnie ! Je m'emprtssai donc de me rendre auprès de lui , et considérant en sa personne votre Paternité dont il nous tient la place, je me remis entièrement entre ses mains, et avec moi tous ceux dont la Providence m'avait pour un temps confié la direction. Comme la plupart sont encore dispersés, je vais les informer de la démarche que je viens de faire en leur nom, et je suis assuré qu'ils seront au comble de la joie. Du reste, mon tiès-révérend Pcre, nous sommes bien loin d'avoir la prétention detre agrégés in (jloho dans la Compagnie. Xous ne nous y présentons que comme de siujples individus, disposés à réj)ondre à toutes les questions qu'on voudra nous faire, et à passer par toutes les épreuves qu'on jugera convenables. En sollicitant comme la plus grande des faveurs notre admission, nous nous en reconnaissons bien indignes. Mais si quelque chose peut nous donner un peu de confiance, c'est le grand désii' que nous avons depuis si longtemps de vivre et de mourir sous l'obéissance dans le sein de la Compagnie. Je crois devoir encore ajouter qu'il n'y en a pas un parmi nous (jui ne soit tout dévoué au vicaire de Jéaus-Christ, et qui ne soit bien éloigné de toutes les opinions (}ui peuvent le conirisler. [Maintenant, mon très-révérend Père, je me livre à l'espérance que vous ne rejetterez pas des cœurs qui, pénétrés du sentiment de leur misère, mais remplis de bonne volonté, se donnent tout à vous, pour que vous les unissiez à Jésus-Christ, et je

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liiiis en vous assuiant de nouveau de l'entier dévouement de tous ceux qui m'étaient associés et du profond respect avec lequel je suis, etc. »

Le P.Varin revint donc sans délai à Paris, comme nous venons de le voir, et se mil sous l'obéissance du V. de Clorivière. Celui-ci le reçut dans la Compagnie de Jésus le 19 juillet. C'était le jour anniversaire du martyre de sa vertueuse mère. Les autres Pères de la Foi, qui en firent la demande au P. de Clorivière, furent également examinés et individuellement admis à commencer le noviciat.

Tel était l'état des choses, lorsque PieYÏI publia la bulle du rétablissement de la Compagnie de Jésus.

Le P. Yarin commença donc son noviciat sous la conduite du P. de Clorivière ; mais la rentrée en France de l'empereur Napoléon au mois de mai 1815 vint en interrompre le cours.

Les Pères résidant à Paris, craignant l'effet des réactions, qui ne manquent guère de se produire en pareil cas, crurent par prudence devoir se disperser. Dans ces conjonctures, le P. Yarin éprouva d'une manière vraiment extraordinaire la protection du Seigneur, et fut assez heureux pour servir de sauvegarde à une pieuse veuve de Bourges, madame de Bonnault d'Huuet S dont le fils était élève de Saiiit-

^ Marie -Madeleine -Victoire de Bengy de Bonnault d'Houet, fondatrice et première supérieure générale de la Congrégation des Fidèles Compagnes de Jésus, morte à Paris le 5 avril 1858.

Lorsque nous avons parlé de cette Congrégation dans la Vie du F. Sellier, p. 183, nous n'étions pas sullisimment renseigné sur

Acheul. Un bruit déiiiu'' de fondement sViant répandu qu'une insurreelion avait éelaté à Amiens, et qu'on avait ehassé tous les élèves qui habitaient la maison de Saint -Acheul, madame d'Houet se décida sur-le-champ à partir pour aller chercher son fils. Arrivée à Paris, elle se rendit à la demeure des Pères pour offiir au P. Varin sa maison pendant tout le temps de la crise. Il était absent. Le P. de Clorivière, à qui madame d'Houet lit part de son projet, l'approuva, ei l'engagea à protiler de la première occasion pour en instruire le P. Varin lui-même, qui

L*erlains détails (jue nous sommes heureux de trouver ici l'occasion ie rectifier. Ce n'est pas au I». Sellier, mais au P. Varin f^u'est due la fondation de cette Société, commencée dès 1820. Le P. Sellier n'eut alors avec elle aucun rapport direct. Quand madame d'Houet nnt se li\er à Amiens en 1817, cest au I*. Jennesseaux \ supérieur 3u petit séminaire de Saint-Acheul, que le P. Varin l'adressa. Au Jépart du P. Jennesseaux, le P. Varin remit la pieuse veuve entre les mains du P, Sellier, mais pour la confession seulement, voulant jue pour tout le reste elle eût recours au P. Follope, et à son dé- ;aut au P. Druilhet "-. La règle des fidèles Compagnes, empruntée i celles de la Compagnie de Jésus, fut approuvée, ainsi que leurnom, par les Papes Léon XI 1 en 182G, et Grégoire XVI en 1837. Le t)ut de cette Congrégation n'est pas seulement de réunir des enfants pauvres, mais de s'employer a l'éducation de la jeunesse de toutes les elasses de la société. Les orphelinats pauvres sont placés ordinairement dans une maison de campagne, qui sert en même [emps de lieu de délassement et de but de promenade au premier pensionnat. Les lidèles Compagnes donnent aussi chaque année, «ous le bon plaisir de XN. SS. les évèques, des retraites gratuites iu\ personnes du monde, qui désirent aller se retremper quelques jours dans la méditation des vérités éternelles.

' yulice n" 5.

' Police n" 18.

était à Soissons, ajoutant qu'il le ferait aussi de son côté. L'occasion se présenta aussitôt après l'arrivée de madame d'ilouet à Amiens. Là on était loin de croire que le P.Varin dut accepter cette proposition. Ce n'était pas à Bourges, dans l'intérieur de la France, qu'il devait iroiiver un asile convenable. On expédia néanmoins un exprès au P.Vaiin p>)ur connaître ses intentions. Quelques jours après, l'envoyé étant de retour: u Je ne sais, dit-il à madame d'Houet, ce que Dieu veut faire de vous. Je ne puis vous donner la réponse du P. Varin : car déjà il était parti quand je suis arrivé, et on a été obligé d'aller à sa poursuite pour lui remettre votre lettre ; mais voici, chose étonnante I ce qu'il a dit à nos Pères avant même de l'avoir reçue : Ne pensez pas à me retenir ici. Dieu m'a fait co)inaitre d'une manière trèspositive qu'il me veut à Bourges, où jetais me rendre sur-le-champ, et qu'il me mo?itrera le lieu où je dois me retirer et ce que je dois y faire. »

Le P. Varin partit donc pour Bourges avec madame d'Houet, mais bientôt intervint un arrêté du maire de cette ville qui obligeait les habitants à déclarer le nom de toutes les personnes logées dans chaque maison. Cette circonstance engagea madame d'Houet et son hôte à aller demeurer à la campagne. « Les événements qui suivirent, écrit madame d'Houet, prouvèrent que c'était pour moi seule que Dieu avait envoyé ce bon Père ; et de mon côté, n'ayant alors de rapports avec personne, je fus plus à xmvm çle reçuelUir le tmw de §cs suintes couveisu--

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lions. Il s'étonnait de ne me voir aucun gont pour la v\c religieuse, dont il me parlait souvent avec toute l'estime quelle mérite. Ses entretiens roulaient moins sur la Société à Uiquelle il appartenait, que sur l'esprit intérieur dont elle doit être animée. »

Lorsque l'armée de la Loire prit ses cantonnements ^i Bourges et dans les environs, le père de madame d'Houet, effrayé de la voir seule à la campagne, lui écrivit de tout abandonner pour revenir promptement à Bourges. Le P. Yarin s'y opposa : il dit à cette dame que la volonté de Dieu était qu'elle restât à la campagne pour veiller à la garde de sa propriété ; qu'il ne viendrait point de troupes à la maison, ou que s'il en venait, ce ne serait que pour la protéger; que luimême, quoiqu'il put sans crainte se rendre à Paris, il resterait avec elle jusqu'à ce que cette armée fût éloignée ou dissoute. Madame d'Houet transmit ces détails à son père qui lui répondit: '( Quand un homme comme le P. Varin parle de la sorte, ou doit le croire. Dis-lui que je suis maintenant sans inquiétude. Je te remets entièrement entre ses mains. »

La terreur, toutefois, était répandue dans les environs. Le maire du village, qui était l'homme d'affaires du château, venait à chaque instant raconter des nouvelles pluseffra\antes les unes que les autres, et qui jetaient Tépouvantc dans l'àme de la vertueuse châtelaine. Le P. Varin demeurait impassible, et ne cessait de répéter : u Ayez donc confiance; vous savez ce que je vous ai dit : il ne viendra point de soldats, ou s'il en vient, ce sera pour vous protéger. »

?!n VIE DU R. P. VAÏÎIN.

Les soldats vinrent enfin, et se présentèrent au château pour y prendre leur logement; mais ce fut en effet pour en protéger les habitants, ainsi que nous allons le voir. D'après les avis du P. Yarin, madame d'Houet commença par les recevoir avec la plus grande politesse ; elle les pria de regarder sa maison comme la leur, et leur déclara qu'elle ne se réservait qu'une chambre pour elle, et une autre pour un ecclésiastique, ami de sa famille, et qui était alors à la campagne avec elle. Ces messieurs firent d'abord peu d'attention à ses paroles, et continuèrent à s'entretenir et à agir en véritables propriétaires. « J'étais épouvantée, écrit madame d'Houet, et je me recommandais de tout mon cœur au bon Dieu, lorsque le colonel se plaçant à une fenêtre, vit un bâtiment très-élevé et me demanda ce que c'était. Je lui répondis que c'était la tour de Bourges. Ah! reprit-il, j'irai dans quelques jours pour y revoir un ami intime qui m'est hien cher, M. de Bengij. — Mais cest mon père, lui dis-je aussitôt. — Ah ! c'est votre père^ reprit-il d'un ton ironique : mais c'est à VÉcole polytechnique que je J'ai connu. Jugez vousmême s'il est possihie qu'il y ait vécu avec moi. — Mais y lui dis-je alors : celui que vous avez connu est mon frère. — Ce n'est ni l'un ni l'autre, répondit-il d'un ton assez brusque.

<f J'avais un dessin composé par mon frère, lorsqu'il étudiait à l'École polytechnique, et signé par lui. Je priai l'officier d'y jeter les yeux. En le voyant, il poussa un cri de joie, et dit avec vivacité : Oh ! oui.

je connais ce dessin; il Va fuit à jnes cotes; et voilà bien aussi son écriture et sa signature. Quoi! TOUS êtes réellement la sœur de Bengy ! Oh ! combien je m'estime lienreiix de pouvoir rendre service à la sœur de tnon ami ! Je vous l'avoue y tnadame, votre position était a/f'reuse, et plus que vous ne pouvez penser . Mais qu'on appelle vite le maire de la commune. Je réglerai tout aveô lui, et je lui donnerai le nom des officiers qu'il doit loger ici; et afin que vous n'éprouviez aucun désagrément, il placera nos domestiques chez votre jardinier. Je prends votre maiso/i, vos propriétés et toute la commune sous ma protection , et il ne vous arrivera rien de fâcheux. Je fis alors plier le P. Yarin de venir, et je lui racontai, en présence de ces messieurs, la scène qui venait de se passer. Il jeta sur moi un regard qui semblait me dire : Eh bien! vous ai-je trompée?

« Ces messieurs restèrent à peu près trois semaines avec nous, et montrèrent constamment le plus grand respect et les plus touchants égards pour le P. Varin. S'ils arrivaient par hasard avant lui pour l'heure des repas, ils restaient debout, et refusaient de s'asseoir jusqu'à ce qu'il fût entré. Ils piolégèrent et préservèrent non-seulement ma maison , mais encore toute la paroisse ; et nous fûmes dans tout le pays la seule exception en ce genre. «

Le P. de Clorivière autorisa le P. Yarin à prolonger son séjour chez madame deBonnault autant de temps que les circonstances l'exigeraient : il ne devait s'é-

la

loigner qu'après s\Hre assuré que le régiment avait quitté pour toujours la paroisse.

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