‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 15 sur 23 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Premiers vœux du P. Varin. — Il est nommé socius et secrétaire du P. de Clorivière. — Son admission à la profession.

Après six mois passés chez madame de Bonuault, le P. Yarin revint à Paris reprendre les exercices de son noviciat, et, les deux années prescrites par la règle étant écoulées, il prononça ses premiers engagements.

Depuis cette époque jusqu'au mois d'octobre 1818, il remplit auprès du P. supérieur les fonctions de socius et de secrétaire, l'accompagnant dans ses voyages et l'aidant dans le gouvernement de la Compagnie en France. Mais, durant cet intervalle. Dieu ménagea au P. Varin une grande consolation. Le R. P. Brzozowski, usant à son égard de la faculté que les Constitutions laissent au P. général d'abréger le temps des épreuves, le reçut à la profession solennelle des quatre vœux pour le 15 août 1818. Cette distinction n'excita aucune surprise dans la Province, et fut même accueillie avec une vive satisfaction. On la regarda généralemeni comme la récompense légitimement due

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au mérile, aux iravaiix et aux vertus du P. Variu. Lui seul parut étonné de cette faveur. Voici avec quels sentiments d'humilité, de dévouement et de reconnaissance il s'en exprime dans une lettre adressée le 9 juin au R. P. général :

u Le P. Simpson * (alors supérieur de la Compagnie en France), m'avait annoncé, avant son départ de Forcalquier, la grâce que vous voulez bien -iu'accorder en m'appelant aux derniers vœux. Celle faveur, en me pénétrant de la plus vive reconnaissance, m'a couvert de confusion. Je n'ai pu m'empécher de rentrer en moi-même, et j'ai senti d'une manière bien vive combien j'étais, sous tous les rapports, indigne

^ Le P. Antoine-Louis Simpson était né à Nevcrs. Son nom véiital)le était Sionnct , et c'est pendant son séjour en Angleterre qu'il prit le nom anglais sous lequel il était connu en France. Il avait appartenu à l'ancienne Compagnie. Après la suppression, il passa en Angleterre, et enseigna pendant plusieurs années les mathématiques au collège de Stuny-Hurst. 11 possédait des connaissances étendues et variées, et s'exprimait avec facilité dans plusieurs langues. Il parlait peu, et presque toujours par lurme de sentences , mais de sentences aussi judicieuses que profondes. Désigné le 23 janvier 18 18 pour succéder au P. de Clorivière dans le gouvernement des maisons de France, il fut nommé provincial le 5 janvier 1820 par le R. P. général Brzozowski. Religieux, d'une vertu austère, grand oltser valeur de la discipline, et tenant fortement aux anciens usages de la Compagnie, oubliés ou trop facilement omis dans l'entraînement de ces premiers conunencements, il travailla par son exemple et par ses leçons à les faire revivre dans la Province. C'est à lui que le noviciat de Montrouge dut sa naissance et ses progrès. Ce fut lui encore qui, d'après des instructions reçues du P. général, ordonna que tous ceux qui enseignaient dans les collèges sans avoir fait leurs vœux, iraient, avant de les prononcer, passer au moins un an au noviciat pour y étudier l'Institut, en prendie l'esprit, et achever de se former aux vertus de leur

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d'un grade qui demande tant de qualités et de vertus. Cependant, je ne puis dissimuler que j'ai éprouvé une grande consolation dans la pensée que, par ces derniers engagements, je me trouverais uni plus étroitement à Notre-Seigneur et à sa sainte Compagnie. Ayant si peu de moyens à lui présenter, du moins, il me semble que ma volonté est sans réserve, et qu'elle n'aura pas besoin d'efforts pour s'unira celle de votre Paternité et à celle du R. P. Simpson, en tout ce qui pourra être jugé propre au bien de la Société. Je me porterai donc de tout mon cœur à remplir les désirs que vous me manifestez par rapport à l'esprit qui doit régner dans celte maison. »

état. Il fut à peine trois ans à la tète de la province ; mais pendant ce court espace de temps, il lui rendit les plus signalés services, et l'on peut dire, sans être taxé d'exagération, que c'est lui qui, à proprement parler, la constitua religieusement. Dans les premiers jours du mois de mai 1820, quoique aiTaildi par les travaux d'une lonaue vie et par des indi>positions récentes, il était venu à Saint- Aclieul pour y faire la visite accoutumée. On espérait que la belle saison et l'air de la campagne lui seraient favorables. Il n'en fut pas ainsi. On le vit dépérir peu à peu, et enfin tomber dans un épuisement total, qui ne lui laissa de force et de vigueur que dans la tète. Le iG juin, jour de la fête de saint François Régis, il demanda lui-même les derniers sacrements, et les reçut avec une piété touchante. A la fin de la cérémonie, le P. recteur à genoux près de son lit, ainsi que tous les assistants, lui demanda, au nom de tous, pardon d^îs peines qu'ils auraient pu lui causer. Le malade élevant le crucifix qu'il tenait dans ses mains, fit sur eux un signe de croix, et prononça d'un ton grave et afïectueux ces paroles: Ipsp vohis iç])iOscat, et bencdicat in nmnine Patris et Filii et Spirilus Sancti. Amen. Il mourut le 25 du même mois et fut enterré dans le cimetière de Saint-Aclieul.

vir: Di' ^^. p. vaklx. 321

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