‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 17 sur 23 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Zèle du l\ Varin dans l'oxoicico du ?aint ministère, — Suavité et force de ^a direction.

Les foiKlions diverses que le P. Vaiiii fui chargé (le l'emplir dans riiiléi ieiir des maisons et pour le bien dii la eoniniuiiauté ne l'empêchaient pas de se livrer avec assiduité à rexercice du saint ministère. 11 sut toujours unir la pratique du zèle à l'accomplissement de ses autres devoirs. Xous l'avons vu, supérieur général de la Société de la Foi , présider en personne à de grandes missions, et y travailler avec une infatigable activité au salut des âmes. Ils donnait des retraites, prêchait des stations, dirigeait des personnes du monde qui avaient mis en lui leur confiance.

En 1827, la divine Pi'ovideiice lui fournit l'occasion de l'cndrc un seivice signali' à une communauté de religieuses Augustincs, que les tracasseries d'une administration hostile, avaient forcée d'abandonner la direction de l'hôpital de Saumur. Il les accueillit avec la plus bienveillante charité, les aida danslenrdétresse <'t leur délaissement, et soutint leur courage par sa confiance. Il les recommanda à Mgr de Quélen, archevêque de Paris, et s'employa activement à leur procurer un local convenable. D'abord elle s'établiient, sous le nom CiAugnstines du Saint-Cœtir de Marie,

dans l'impasse des Vignes, puis dans la rue de la Santé, où elles possèdent aujourd'hui un magnifique établissement, destiné à recevoir des dames qui désirent s'éloigner du monde et vivre dans la retraite. Une élégante chapelle, un vaste, et beau local, des jardins spacieux, des soins intelligents dans le temps de la maladie, offrent de précieux avantages aux personnes qui se retirent dans cet asile.

Le P. Varin se rendit utile à beaucoup d'autres communautés, qui ont conservé un souvenir reconnaissant du bien qu'il leur a fait. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs des Dames du Sacré-Cœur, de la Congrégation de la Mère Julie, et de^ Sœurs de la Sainte-Famille; mais nous ne pouvons nous dispenser de faire une mention spéciale des soins particuliers qu'il donna, surtout depuis le départ du P. Ronsin, à la communauté de la Congrégation de Notre-Dame établie rue de Sèvres et connue sous le nom de pensionnat des Oiseaux. Il adressait de fréquentes exhortations, donnait des triduum et des retraites aux religieuses, qui le vénéraient comme un de leurs bienfaiteurs et de leurs amis les plus dévoués.

Durant les quatorze dernières années de sa vie, lorsque le P. Tarin fut dégagé du fardeau de la supériorité, les œuvres du zèle furent son unique occupation : jusqu'à l'âge le plus avancé, il ne cessa de s'y livrer, autant que ses forces le lui permirent; et Dieu bénit souvent, par des résultats inespérés, le ministère de son serviteur auprès des pécheurs les plus éloignés de Dieu.

En 1834, le V. Varin fut prié d'aller visiter un mallieiireux jeune homme d'une famille distinguée, lequel toueliait à ses derniers moments. Après avoir roulé de elnite en eluite juscju'au fond de l'abîme, il était alh' eaclier sa honte dans un affreux réduit où il manquait de tout et gémissait en proie aux' plus \ives douleurs. On prévint le Père que, pour comble d'infortune, ce nouveau prodigue , abjurant les sentiments religieux que lui avait inspirés une pieuse mère, ne voulait pas qu'on put soupçonner son existence. Quoiqu'il eut changé de nom de peur d'être deviné , nul ne pouvait pénétrer jusqu'à lui , sa {)orte étant toujours soigneusement fermée. La charité du P. Yarin ne s'effraya pas de ces obstacles. Il écrit un billet conçu à peu près en ces ternies : « Un vieillard, un ami de tous ceux qui souffrent, ose espérer, en déposant ce mot sous votre porte, qu'il la trouvera ouverte, lorsqu'il viendra de nouveau s'y présenter dansquelquesmomeuts. Bon jeune homme, ouvrez donc à mes cheveux blancs ; vous trouverez en moi un cœur ami, qui ne veut que consoler le vôtre, et pleurer avec lui. »

Après avoir glissé ce billet sous la porte, le bon Père va prier Dieu et Marie à l'église la plus voisine. Celait celle de Neuilly : le malade habitait une espèce de masure près du bois de Boulogne, Porte-3Iaillot.

On avait signalé ce jeune homme, âgé seulement de vingt-sept ans, comme un de ceux qui s'étaient le plus fait remarquer dans le mouiJepar son esprit, ses talents et ses qualités extérieures, et, toutefois, le

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Père assura qu'il avait été sur le point de reculer d'effroi, ne voyant devant lui qu'une espèce de spectre hideux, d'une décrépitude prématurée, et sur les traits duquel se peignaient toutes les tortures de la souffrance et de la plus extrême misère.

II était temps que l'œuvre de miséricorde commençât. Dieu seul fut témoin des paroles qui sortirent du cœur compatissant de l'homme de Dieu. Tout ce que nous savons, c'est que sa tendre et ingénieuse charité remporta une complète victoire. En moins de six jours, passant de l'abrutissement aux sentiments les plus chrétiens, ce pauvre jeune homme non-seulement se réconcilia avec Dieu, mais il s'écriait à ses derniers moments, que s'il désirait vivre encore, c'était pour pouvoir servir d'exemple à ceux qui l'avaient entraîné dans le précipice, et s'efforcer de les en arracher.

L'œuvre n'en resta pas là. Le prodigue converti révéla en mourant qu'il laissait trois pauvi'es petits enfants. Le P. Varin ne les abandonna pas : il voulut être leur père. Après avoir ramené leur mère à la vertu, il parvint à lui faire remettre ces innocentes créatures, en les tirant du lieu où elles avaient été déposées. Il n'épargna ni soins, ni peines, ni démarches pour les placer dans différentes maisons de charité, où elles ont reçu une éducation qui a permis à deux d'entre elles de se consacrer à la vie religieuse.

Voici un autre fait qui n'atteste pas moins le zèle charitable du P. Yarin et en même temps l'impression profonde que laissait le seul souvenir de sa douceur et de sa bonté. C'est encore un témoignage

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ajouté à lanl d autres, de la miséricorde de Marie envers les pécheurs.

En 1822, un samedi, le Père arrive à la récréation commune une leitre à la main, et l'ouNrecn disant : « Écoutez donc la singulière letti*e : Monsieur, c'est à la prière de ma mère que je vous écris, pour vous i/uifer à venir me voir : Je suis en danger de mort. Faites ce que vous voudrez. Mon adresse est : rue de Cliaillot , 270. » Puis, reprenant : <( On se moque de moi, dit-il, je n'ii'ai pas. » Et la chose en resta là pour le moment.

Huit jours :iprès, à pareille heure, le Père paraît avec une nouvelle lettre : «Voici, dit-il, le second volume ; pour cette fois, c'est raisonnable. Écoutez : Monsieur, c'était, il est vrai y à ma prière que mon }ital/ieureu.r fils vous adressait un fjriffonnaqe auquel vous ne deviez pas répondre^ je le conçois. Mais y aujourd'hui, tout est cha/igé : le pauvre malade désire vivement vous voir. Il vous a autrefois connu à Saint-. / ch eu l, et le souvenir de votre bonté lui revient souvent. Peut-être êtesvous appelé à sauver un malheureux pécheur. Mais hâtez-vous, je vous en prie, car il n'a plus que peu de jours à vivre. Je suis, etc. Punr cette fois, il faut aller. »

Et, en effet, aussitôt la récréation finie, le P. Yarin part. Le soir, après le souper, sa première parole fut : « Encore nne merveille de Marie ! » Et il commence le récit suivant :

« Je me rends au numéro indiqué; je sonne, et la

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personne qui vint m'ouvrir, était la mère du malade. Dieu soit béni, dit-elle en me voyant: mais entrons de grâce un instant dans ce petit salon, afin que je vous fasse moi-même la confession de mon fils , car il ne peut plus parler qu'avec peine. Mon fils a été élève de Saint- Aclieul : alors, il était pieux, aimant surtout la très-sainte Vierge. Sorti de cette maison, il fut attaché à la cour de Louis XVIII en qualité d'écuyer tranchant. Bientôt, se livrant au vice, il consuma la plus grande partie de sa fortune, sans compter son traitement de 12,000 francs par an. En même temps, il ruina sa santé des plus robustes, et se trouva enfin réduit au désespoir. Tenez, monsieur, voyez-vous les bateaux sur la Seine : voilà l'endroit où mon fils, Tannée dernière, s'est jeté à l'eau. Retiré par des bateliers, il n'a plus fait que languir depuis cet instant. Vous en savez assez maintenant.

« Après ce récit, nous montons ensemble, et je suis introduit auprès du malade. La mère se retire, et me laisse seul avec lui. J'aperçois dans un grand fauteuil un jeune homme, la tête dans ses mains, les coudes sur ses genoux. A peine se lourne-t-il vers moi ; et cependant, après m'avoir comme furtivement aperçu, il revient à sa première position. Pour moi, je m'approche doucement, je prends un siège, et je m'assieds sans en être prié, cherchant le commencement de la conversation. Enfin, à un soupir que laisse échapper le malade, je me hasarde à lui dire : Qiie vous souffrez^ mon pain-re ami! Et lui, de me répondre : Encore si je n'avais rien de pis à craindre.

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A quoi, je reprends : Ah! mon cher ami, je puis bie)i vous assurer que ce sera là votre purga/oire ; écoutez-moi seulement^ et je roas promets le paradis. — Qifoi ! il y aurait encore de l'espoir? — Oui f assurément ; mais laissez-woi faire. Je sais votre histoire : faisons votre confession i et elle sera bientôt finie. Voilà, en effet, la confession commencée. Après un quart d'heure environ, je lui annonce que je vais lui donner l'absolulion. Il refuse d'aboi'd, demandant plus de préparation, enfin, il se soumet; et, à peine Tabsolution donnée, ce pauvre jeune liommc se jette à mon cou. .Ih! (pie je vous remercie, mon Pèrel — Ce n'est pas tout, lui dis-je, demain matin, je vous apporterai le bon Dieu. — Est-il possible? s'écria-l-il. — Oui, demain matin, vers six heures et demie, vous aurez le bonheur de faire la sainte communion. »

Ici le Père, se tournant vers ses confrères réunis, répète encore : Bénissons la inèVe des miséricordes . — Le lendemain, à l'heure indiquée, il se présente portant le saint sacrement caché sous ses habits : il étuit allé le chercher à l'église voisine. La gardemalade, en ouvrant la porte des appartements, dit au P. Yarin : Ah! monsieur, comme ce jeune honune est changé ! Je ne Te reconnais plus. Il n'a fait que prier Dieu toute la nuit : on dirait un saint. Le Père lui fit signe de remettre ces détails à un autre moment, par respect pour le saint sacrement. Tout était prêt pour la cérémonie. Le malade communia avec un recueillement qui tenait du ravisse-

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menl. Le P. Vaiiii lui-niéine en était tout émerveillé. Il communia encore deux, ou trois fois avant sa mort, toujours avec les mêmes sentiments de foi et de piété.

Le P. Varia savait rendre utiles à la gloire de Dieu et au salut des âmes les moments mêmes qui semblaient destinés uniquement au repos et au soin de sa santé. Envoyé à Yieliy pour y prendre les eaux, que le délabrement de son estomac avait fait juger nécessaires, il saisissait avec empressement toutes les occasions d'exercer son zèle et sa charité.

Une jeune dame à qui on avait ordonné le séjour de Vichy, s'y rencontra en même temps que labbé Freyssinous, depuis évêque d'Hermopolis, etleP.Variu. Elle alla réclamer auprès de labbé les conseils et les consolations dont elle avait besoin. Celui-ci la conduisit lui-même au P.Varin qu'elle ne connaissait pas, l'assurani qu'tlle trouverait auprès de lui tout ce qu'elle pouvait désirer pour !e bien de son àme , que lui-même consultait ce Père avec nue entière confiance, et s'es'.imait heureux de se conduire d'après ses avis. Celte dame recouvra en eftet, par ses soins, la paix et le courage qu'elle avait perdus. Pendant longtemps, le P. Varin continua de la guider par ses lettres, et de l'affermir dans la voie de sacrifices et de souffrances où elle était appelée à marcher.

Une autre personne, à laquelle celle-ci avait indiqué le Père, lui dut aussi une grâce signalée, celle de connaître et de suivre la volonté de Dieu à son égard. Depuis bien des années, elle hésitait dans le choix

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a un ('-lat. Elle exposa donc au Vvvc les raisons qui la tenaient en suspens, lui mit sous les yeux sa \ie tout entière, ses goûts, ses penclianls, les motifs qui semblaient devoir la déterminoi- à rester dans Tc-tat où la Providence l'avait laissc'c jiisqnc-là, et qu'elle croyait celui dans lequel Dieu la voulait. Après avoir rc'poiulu à toutes les questions que lui adressa Ihoinnif de l)ieu, elle le vit entrer dans une espèce de rêverie, dans un profond recueillement, les yeux baissés, sans proférer aucune parole pendant cinq ou six minutes. Puis, tout à coup, sortant de cette méditation et prenant un air inspiré, et un ton d'autorité que lui donnait sans doute la lumière qu'il venait de recevoir d'en haut , il prononça que c'était dans l'état du mariage que Dieu la voulait , qu'elle pourrait y travailler à la gloire de Dieu et à son salut, et que le Seigneur lui manifesterait plus tard sur qui devrait tomber son choix.

Cette prédiction faite avec une précision et une fermeté dont Dieu seul pouvait être l'auteur, et que le Père confirma encore le lendemain, reçut son accomplissement un an après. Une lettre vint fortifier alors la déci^ion dont il avait conservé le souvenir; et, depuis cet instant, il ne cessa d'aider la personne doses conseils, et de l'entourer de sa bienveillance paternelle jusqu'à ses derniers moments.

11 n'est pas jusqu'à ses simples promenades qu'il n'eût le secret de faire tourner au bien des âmes. On nous a transmis, entre autres, de touchants détails sur la manière dont il sut rendre utiles les divers se-

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jours qu'il fil à Manies pour raison de santé, surtout dans ses dernières années.

Lorsqu'il allait se promener seul, il choisissait de préférence les lieux isolés pour pouvoir s'entretenir plus librement avec Dieu ; mais, depuis qu'on lui eut imposé l'obligation de se faire accompagner, il ne s'écartait pas de la grande route. On le voyait tous les jours passer par le même chemin, vers dix heures. Il allait s'asseoir au débarcadère du chemin de fer ; et, profitant du repos que laisse aux employés l'intervalle d'un train à l'autre , il semait dans leurs cœurs quelques bonnes paroles. Ceux-ci , de leur côté, attendaient l'arrivée du saint homme avec une sorte d'impatience. Du plus loin qu'ils l'apercevaient s'acheminant péniblement, ils venaient à sa rencontre, lui offraient leur bras, et le faisaient asseoir avec sollicitude dans tel endroit plutôt que dans tel autre, afin qu'il ne fut incommodé ni par un air trop frais, ni par un soleil trop ardent. A l'aide de ces dispositions favorables, le P. Varin entrait, comme l'on dit, par leur porte, pour les faire sortir par la sienne. Il semblait d'abord si curieux des nouvelles du jour, que les employés en recueillaient auprès des voyageurs une ample provision , pour pouvoir les redire à celui qu'ils appelaient leur bon Père. Il écoutait tout avec intérêt ; puis , quand la série des nouvelles était épuisée , le P. Yarin , avec une finesse et une sagacité que son âge ne semblait pas comporter , trouvait le moyen de tirer parti de ce qu'on lui avait raconté, pour en venir à une con-

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«lusioii religieuse ou nioinle , qiii finissait par les captiver. Ces promenades , on plutôt ces conversations lurent si salutaires, qu'après plusieurs années, il en est qui en conservent encore un reconnaissant souvenir.

Le P. Varin n'était pas orateur: il prêchait cependant avec succès , et se faisait toujours écouter avec intérêt et avec fruit. Ses exhortations, quoique de la plus grande simplicité, dit une personne qui l'avait souvent entendu dans sa vieillesse, étaient pleines d'onction et de sentiment; elles visaient surtout à la pratique. Le saint vieillard en puisait la matière dans le cœur de xSotre-Seigneur et dans le sien. L'oraison, bien plus que les livres, lui en fournissait les points et les développements. Son ton habituel était alors presque celui de la conversation; et, néanmoins, jamais il ne lui échappait une' expression impropre ou triviale. Il parlait d'une manière si attachante, et donnait tant d'intérêt aux moindres détails, qu'on l'écoutait toujours volontiers; eî, ce qui est encore préférable, après l'avoir entendu, on se sentait animé d'une nouvelle ardeur et rempli du désir de mieux faire.

Lecaracière propre de sa direction était une grande douceur. Elle tendait surtout à dilater le cœur, à inspirer l'amour et la confiance en Aotre- Seigneur, la conformité et l'abandon à la volonté de Dieu. Il résumait toute la perfection dans des mots courts et simples, mais qui, bien compris, bien pratiqués, devaient élever l'àme à un haut degré de vertu. Ceux qu'il affectionnait particulièrement et qu'il avait le

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plus souvent à la bouche, étaient ceux-ci : Dieu est bon ; c'est le bon maître. Courage et confiance, ita, Pater : oui, mon Père. Paratiim cor moim, paratinn : jMon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est \)\è{. Maxima mcapœnifcntia, vila commimis: i\Ia plus grande pénitence est la vie commune. Inqiiire pacem cl po'sequere eam : Cherchez la paix et ne vous lassez pas de la poursuivre. Il aimait à citer ce mot de Tertullien, parlant de la bonté de Dieu : Tarn pater nemo : Personne n'est aussi père que lui. a Se posséder soi-même, disait-il, oh : quelle belle vertu I C'est la vertu des vertus , c'est plus que les œuvres ; c'est plus que les miracles ; c'est le ciel : car le ciel n'est autre chose que la possession de son âme en Dieu.. Possession de son àme en Dieu I Possession de tout soi-même, en Dieu et pour Dieu ! Oh 1 que cela est donc beau! » « Que Dieu est bon, écrivait-il le 12 juillet 1827, à une personne dont il avait longtemps dirigé la conscience, que Dieu est bon, ma fille 1 11 est bon dans nos égarements et nos faiblesses ; c'est alors qu'il a compassion de nous, qu'il nous cherche, nous poursuit et ne se rebute point de nos résistances. Il est bon, lorsque, cédant à ses instances, nous revenons à lui ; alors, il nous ouvre ses bras, pardonne, oublie, console. Il est bon encore, lorsque ensuite il éprouve, il afflige, il frappe; c'est un père qui veut purifier le cœur de son enfant, pour le rendre plus digne de son amour. Donc, courage et confiance ! » Xous n'hésitons pas à produire quelques autres extraits de la correspondance du P. Yarin. On y remar-

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quera avec quelle suavité et quelle onciion il savaii Ibrlitier, encourager les âmes faibles cl malades, et les exciter à faire de généreux efforts.

(( î\la fille, écrivait-il à une personne profondément affligée (30 avril 1820), ma fille, dis-je, car il faut bien que je vous donne ce nom, puisque ce n'est que ce titre qui peut m'auloriser à vous écrire. C'est en vertu de ce litre, que je connais votre àine, ses peines et ses souffrances, que j'y prends un si vif et si tendre intérêt. Votre amie m'a communiqué vos lettres... Oh 1 que Dieu est bon î vous portez une croix lourde, et sous laquelle tant d'autres ont succombé ; mais Jésus-Christ est avec vous : ne craignea donc pas d'en être accablée. Oui, il est dans votre cœur, et c'est lui qui porte celte croix avec vous. Elle est la sienne, puisque c'est lui qui l'a formée et qui la fait reposer sur vous ; elle est la sienne, puisqu'il la porte avec VOUS; elle est la sienne, puisqu'il y attache tous les mérites de celle sur laquelle il a été cloué; elle est encore la sienne, puisqu'il en fera la matière de votre triomphe et du sien, et l'instrument de ses éternelles miséricordes. Connaissez donc, parla foi, tout le prix de celte croix dont la nature a mesuré les dimensions avec tant d'amertume; oui, connaissez-en le prix, (lie est vraiment le don de Dieu, le don de son amour; acceptez-la des mains de Jésus- Christ, votre sauveur et votre bon maître.

<( Je sais, ma fille, compatir aux souffrances d'un cœur désolé ; mais je sais en même temps que ce même cœur peut, élevé par la grâce, goûter dans sa

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désohition les plus solides doucems. A ous éles a Jésus-Christ; vous lui serez éternellement unie, unie dans ce monde sur la croix par une tendre et amoureuse conformité de sentiments et de volonté, unie dans le ciel par la participation d'une même gloire. Eh bien , sachez que, dans les desseins de sa miséricorde, c'est sur cette même croix si désolante pour la nature qu'est fondée cette union commencée dès cette vie et qui recevra sa consommation dans l'autre. Dites-vous donc souvent: Je souffre, mais j'aime mon Dieu , et j'en suis aimée ; je ne sais pas combien de temps il me reste encore à souffrir, mais je sais que ce temps ne peut être bien long, et (iw' éternellement j'aimerai et serai aimée. Aimer Jésus-Christ, en être aimée, est un bonheur qui adoucit tout, qui console de tout, avec lequel on peut tout supporter, se passer de tout. Et dites-moi , n'en avez-vous pas déjà une preuve ? rv'est-ce pas à votre croix que vous devez l'amour ou du moins un accroissement d'amour pour Jésus-Christ? Qu'est-ce qui a allumé dans votre cœur cette compassion si vive pour les pauvres? Qu'est-ce qui vous les fait regarder comme vos propres enfants, et vous rend si heureuse de les assister et de les servir de vos propres mains ? N'est-ce pas celte croix elle-même qui, établissant un vide affreux dans votre cœur, vous a fait un besoin de le remplir par le sentiment si pur de l'amour des pauvres? Et en aimant les pauvres, en les servant, qui aimez-vous? Qui servez-vous? N'est-ce pas Jésus-Christ lui-même dont ils sont les membres souffrants et de qui il a dit si

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clairement : Tuut ce que vous aurez fait pour eux, c'est à ruoi-ménie que vous l'aurez fait? Aimez donc Jésus-Christ! aimez-le de plus eu plus, et aimez le dans ses pauvres. Quelle abondance de grâces et de consolations attirera sur vous celte tendresse pour les membres souffrants de Jésus-Christ 1 Quel miracle n'a pas opéré cet amour des pauvres dans le prince dont la France déplore si amèrement la perte ! Écoutez une de ses dernières paroles : vous ne la connaissez pas, et je la tiens de la source la ^his certaine. Il montait en voiture pour aller à ce théâtre fatal de plaisir et de deuil, lorsqu'on lui dit (lu'une pauvre famille se trouve sans asihî par l'écroulement de son habitation. Donne rite 500 fv., dit-il aussitôt à son ancien et fidèle ami, le comte de Nantouillet. — Mais, Monseigneui', il n'y a plus rien daus votre cassette. — Donne toujours, raumo/te porte bonheur; demain je serai plus riche. )> Demain, je serai plus riche 1 Et le lendemain de grand matin il avait échangé l'espérance d'une couronne incertaine et périssable contre une couronne immortelle.

'(Ainsi, ma fille, je vous dis : Courage et confiance ; acceptez la croix, aimez Jésus-Christ, aimez-le dans les pauvres, et demain vous serez plus riche. Ce demain, je ne crains pas de le dire, ce demain arrivera pour vous, peut-être plus tôt que vous ne pensez, non pas pour vous faire entrer le môme jour dans le ciel, mais pour vous donner une nouvelle et heureuse occasion de glorifier Notre-Seigneur et de vous unir étroilemeni à lui 1 »

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Quelque temps opiès il écrivait à la même personne : (.( Hélas ! qui plus que moi connaît l'état de votre àme et sait y compatir? Il est temps cependant que cet état change ; pour cela il faut qu'enfin vous connaissiez bien les desseins de Dieu sur vous, et la conduite mystérieuse, toute paternelle de la divine Providence. — Oui, conduite mystérieuse, mais dont le secret doit aujourd'hui vous être manifesté, et devenir le grand remède dont voire pauvre cœur a besoin. Le souvenir toujours présent de vos infidélités d'une part, et de l'autre le poids des chagrins qui vous accablent : voilà ce qui désole votre cœur, et voilà ce que j'appelle la conduite mystérieuse, mais pleine d'amour de Dieu à \olre égard. Il voulait votre cœur et le voulait tout entier ; et voilà l'explication du mystère. — N'aurait- il pas eu mon cœur, me direz-vous, si avec mon innocence je me fusse consacrée à lui dans le sein de la i-eligion? — Oui, il aurait eu votre cœur, mais d'une manière moins glorieuse pour lui, et moins méritoire pour vous, qu'en le lui donnant après l'innocence recouvrée et sous le poids de vos peines. Pourquoi ? C'est que l'humilité et la croix sont la perfection de l'amour, et l'unique fondement de la gloire que la créature peut rendre à son Dieu. Or, je dis : dans cet autre ordre de choses que vous considérez maintenant avec tant de complaisance pour vous consumer en regrets, Dieu n'aurait probablement point trouvé ni une humilité aussi profonde, ni une vie aussi crucifiée ; votre cœur se serait complu dans cet heureux état de l'innocence et

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dans raffranchissemenl de tous les liens du monde, et il se serait livré trop faeilcment à ratleelion pour les ànies saintes auxquelles vous vous seriez unie. Comme il voulait être le seul objet de l'amour de votre eœur, il a permis que vous fussiez contrainte d'embrasser un genre de vie où vous deviez tiouver une source d humiliations et d'amertumes. Ce sera donc un cœur humble et soulVrant (|ue vous lui ofîrirez, un cœur où vous ne verrez plus rien en quoi vous puissiez vous complaire, et où il régnera seul et sans partage.

uSi tel est le dessein de Dieu, s'il na permis vos malheurs que pour vous disposer et vous conduire à un amour plus pur et plus ardent, ne dimandez plus s'il vous a pardonné ; mais livrez-vous à la confiance la plus entière. Ne pensez plus qu'à remplir les desseins de son amour, en l'aimant lui-même tous les jours davantage. La niarque infaillible de voire amour pour Xotre-Seigneur, sera une soumission douce et paisible sur la croix où il a voulu que vous fussiez attachée. Ainsi, acceptaliwn habituelle de tout ce qu'il y a de triste dans votie position ; douceur inléiieure à l'égard de Dieu, qui de toute éternité avait pr(''paré pour Vous cette croix ; douceur à l'égard de ceux qui, comme les instruments dt; Dieu, vous y tiennent attachée ; douceur à votre égard , ne vous agitant point par mille réflexions inqitiètes et inutiles, mais cherchant le repos de votre âme dans l'accomplissement de la volonté de Dieu et dans l'abandon à s;i bonté.

246 ME DU R. P. YARÎX.

« Consolez-vous donc par cctic pensée : Oui , mon Jésus ! je puis et je dois maintenant vous aimer plus que jamais. Telle esi votre volonté, tel a été votre dessein sur moi, lorsque vous avez permis que je fusse humiliée et crucifiée. Reprenez courage et confiance, et bannissez tout ce qui vous porterait à des idées sombres et noires, propres à flétrir votre cœur. Pensez plutôt à le dilater par la reconnaissance et par la confiance. Aimez Notre-Seigneur, ce bon maître qui vous a aimée plus que lui-même et qui s'est sacrifié pour vous ; tournez sans cesse votre cœur vers lui, et ce même cœur, autrefois si sensible, puis flétii et déchiré, recouvrera les qualités que Notre-Seigneur y avait mises pour lui-même : la sensibilité, la tendresse et la délicatesse du sentiment. Alors vous reconnaîtrez que cette croix accablante jusqu'ici était cependant cette même croix que l'amour de votre Dieu vous avait destinée pour vous unir plus fortement et plus étroitement à lui. Courage donc et confiance ; encore une fois, cessez de parler de votre malheur, puisque ce malheur même est précisément le moyen qui doit vous conduire au plus grand bonheur, à l'amour )e plus pur et le plus

solide envers Jesus-Christ Notre-Seigneur Donc

plus d'accableiîient et de tristesse ; dilatez votre cœur dans le Seigneur î )>

Au mois de mars 1823, le P. Varin fut désigné par les supérieurs pour accompagner le P. Guyon * à

^ Le P. Claude Guyon, si connu dans toute la France par ses

VI K Dl: R. W VAUIN. 247

Bayoniio. Ce z(''l(' niissioiinniro avoil élô choisi à la (lomande du grand aumônier de France, pour évangéiiser l'armée qui. sous le commandement du duc d'Angoulème, allait rétablir le roi Ferdinand Vil sur le trône de ses ancéti'cs. Nous trouvons dans la correspondince que nous venons de citer quelques lignes sur celte œuvre de zèle. La lettre est datée dunendredi saint, et le P. Varin profite avec un admirable à propos de la circonstance pour foi'tificr dans de cruelles épreuves la personne affligée à laquelle il écrit :

« Qu'allez-vous penser en voyant cette lettre datée de Bayonne? Ai-je donc voulu reprendre le casque et le mousquet? Ce qu'il y a de sur, c'est que je suis au milieu du tumulte des armes et que de là je viens me recueillir un moment avec vous. Voici le fait en deux mots : le 11. P. piovincial n'a pu refuser le P. Guyon, un de nos missionnaires, aux instances de Mgr le grand aumônier de France, qui le demandait pour évangéliser les troupes à leur passage à Bayonne; il lui fallait un compagnon, et l'on a jeté les yeux sur moi, moins pour l'aider dans ses travaux que pour le consoler et l'encourager par la présence d'un ami. rsotis sommes partis de Paris le \U de ce mois et arlivés le 21. Sept jours et six nuits en voiture pour une cbétive carcasse comme la mienne semblaient être audessus de mes forces, et cependant je me suis trouvé

travaux apostoliques, était né le 18 juillet 1785. Il est mort à La- \aur dans l'exercice du zèle le 25 novembre 1815.

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moins soufiVant en arrivant qu'avant le départ. C'est que Dieu est bon ; oui, sans doute : et nous en avons une nouvelle preuve dans ce moment, où il bénit d'une manière admirable les travaux, du P. Guyon. Malgré toutes sortes d'obstacles et de contrariétés, les soldats viennent se ranger en foule autour du missionnaire pour entendre des paroles de salut, et un grand nombre n'entrera en campagne qu'après s'être réconcilié sincèrement avec Dieu et avoir satisfait au devoir pascal. Lundi prochain arrivera le prince, Mgr le duc d'x\ngoulème. Je crois que nous retournerons à Paris, aussitôt tiprès l'entrée de l'armée en Espagne.

« Parlons maintenant de vous, ma fille : car si je viens de si loin pour contribuer au salut d'àmes avec lesquelles je n'ai jamais eu et n'auiai plus jamais aucun rapport, pourrais-je devenir indifférent au salut d'une àme qui depuis des années m'est si précieuse, le Seigneur me l'ayant contiée et recommandée d'une manière si spéciale? Combien je désire et demande pour elle la paix I La paix du cœur, quel trésor'. Demandons-la sans cesse et faisons de notre côté ce qui dépend de nous pour écarter les obstacles. Vous les connaissez, ma fille, et vous gémissez sur votre faiblesse ; mais courage et confiance. Vous voudriez que votre cœur fût tout à Dieu, tout à Jésus-Christ; vous sentez qu'il n'est fait que pour lui ; et ce pauvre cœur se truuve partagé, et en même temps agité, déchiré. Je le répète : courage et confiance ; ranimez sans cesse la bonne volonté, la volonté d'être tout à

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Dieu, tout à Jésus-Christ, cl il aura i)ilié tic voire misère, il détachera, il purifiera votre cœur; il se rattachera et le mettra dans la paix. Ainsi, comprenez bi* u la conduite que vous devez tenir, pour entrer dans la voie de la paix. Faites agir le plus doucement possible la volonté en reportant souvent votre cœur vers Dieu, en jetant souvent un regard de dc'sir et de conliance sur le cœur de Jésus-Christ, noire bon inaîh'e ; et avec cela ne vous troublez pas, ne vous tourmentez pas de lous les tiraillements de ce pauvre cœur vers la créature : seulement ne la fixez pas volontaiiement ; alois ce ne sera plus qu'une importunité, une peine, une souiTrance ; et elle sera bien adoucie par la grâce, mériloirc, et glorieuse à Notre-Seigneur. Quant à l'autre sentiment bien opposé qui désole votre cœur, celui de l'antipathie, eh bien , ma (ille, disons-le : la personne qui en est l'objet, voilà votre croix : l'acceptez-vous? La repoussez-vous? Et en quel jour vous adressé-je cette pai'ole? Dans ce grand jour, où nous contemplons Jésus-Christ, attaché cl cloué à la cioix par amour pour nous. Par amour pour nous, il la aimée et désirée toute sa vie, cette croix ; il l'a embrassée et n'a voulu s'en détacher qu'à son dernier soupir. C'est encore par aniuur pour nous qu'il a voulu que ses amis entrassent en participation de sa croix, et qu'il nous a préparé à chacun la nôtre. Vous avez donc la vôtre; c'est l'amour de Jésus-Christ qui l'a choisie, préparée, formée pour vous; c'est lui qui vous l'a présentée, qui vous y a attachée, clouée; et c'est celle croix qui doit vous associer à son sacrifice

et vous unir à lui. Etre unie à Jcsus-Christ sur la croix, c'est la paix, c'est le bonheur caché au monde^ mais que votre bon maître vous a révélé. Ensuite être unie à Jésus-Christ, dans sa gloire, dans une gloire imuiortelle, ah ! ma fille, n'est-ce pas ici qu'on peut hardiment s'écrier : Courage et confiance? Un moment sur la croix, et sur une croix où Ton goûte la paix, la douceur et l'union avec son Dieu, un moment..., et puis une éternité de repos , de délices et de joies dans le sein de son Dieu !

(( Il faut finir, non toutefois sans vous réitérer la recommandation pressante que je vous ai déjà faite, de vous approcher souvent, le plus souvent possible, de la Table sainie.Yous avez besoin de Notre-Seigneur? — Mais,direz-vous, et la confession qui est pour moi un tourment, parce qu'on ne me comprend pas, parce que je ne peux pas m'expliquer.. ! Mais les craintes et les inquiétudes quand je vais à la communion.. ! — Dites, ma fille, tout ce que vous voudrez; je vous dirai encore : Tâchez, autant nue vous pourrez, de calmer votre âme et d'en bannir la crainte, et recevez le plus souvent possible notre bon maître. ))

Nous avons déjà remarqué que la douceur du P. Yarin dans le gouvernement de ses inférieurs n'excluait pas la fermeté dont il savait donner des preuves quand le besoin s'en faisait sentir. Sa direction nous offre la même alliance de ces deux qualités qu'il est souvent difficile de posséder à la fois dans une juste mesure. Nous puisons dans sa correspondance un témoignage de l'énergie qu'il savait déployer, quand

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il sngissnil de rompre avec l'occasion du péché. <( Votre dernière lettre, écrit-il, m'a enfin donné la consolation que je désirais. Dieu soit béni I Oh 1 ma (ille, sur le bord de quel affreux précipice avez-vous marché depuis un si long temps, avec un bandeau devant les yeux, et un bandeau que les mains les plus fermes ne pouvaient déchirer 1 jMon Dieu, mon Dieu ! que vous m'avez donc donné d'inquiétudes I mais je le répèle : Que Dieu est bon I Plus vous irez en avant, et plus vous sentirez vivement cette bonté toute misc'l'icordieuse et vous vous écrierez avec le saint Koi, Misericordiœ Domini ^ quia non siinius consunipli ! Quelle expérience 1 quelle leçon pour l'avenir! Aon, ce n'est pas sans quelque dessein de Dieu j cette cruelle expérience ne servira pas à vous toute seule ; elle tournerai l'avantage de plusieurs âmes que vous rencontrerez dans le cours de votre pèlerinage, et qui, connue vous, prêtes à se précipiter dans l'abîme, en seront retirées par vos mains. Vous le voyez maintenant vers quel abîme court la vertu qui se croit à l'abri de tout danger, lorsqu'elle marche dans la route séduisante du sentimental. Donc maintenant défiance de soi-même, gravité et modestie, vigilance sur tous les mouvements du cœur, sur les yeux, sur les manières, les gestes, le ton et l'accent de lu voixj mais que tout cela se fasse doucement et en paix, avec une entière confiance dans le bon maître dont le cœur vous est maintenant mieux connu que jamais.

« Voilà donc une chose bien arrêtée, c'est que si le pauvre et malheureux jeune homme a la témérité de

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se présenler où vous serez, vous en partirez sur-lecbamp, sans lui parler ni l'écouler. Il faut qu'il en soit bien prévenu : ne lui écrivez pas vous-même; pour cela, servez-vous, comme vous l'avez déjà fait, d'une main étrangère, et s'il vous écrit, jetez sa lettre au feu sans la décacheter.

(.( Allons, ma fille, courage et confiance, et répétons sans cesse que Dieu est bon. Oh ! l'excellent mois de Marie ! «

«Votre lettre, écrit-il à la même personne, m'a consolé, en me faisant connaître que le Seigneur vous avait donné de nouvelles lumières sur la profondeur de l'abîme qui se creusait depuis longtemps sous vos pas, et sur la folle pitié que vous croyiez devoir accorder au jeune insensé.

« Désormais, donc, vous serez forte et courageuse, non pour affronter et soutenir le combat, mais pour en éloigner l'occasion, pour la fuir, et sur ce point vous serez inflexible. «

Pour achever de faire connaître l'esprit qui inspirait la direction du P. Yarin, nous transcrirons ici un petit écrit qui nous a été communiqué; il en renferme comme la substance. Voici à quelle occasion il fut rédigé :

Une personne, pénétrée de vénération pour ce ^pn Père, et voulant avoir toujours sous les yeux ses conseils dont elle retirait un si grand profit, imagina de les résumer en très-peu de mots sous ce titre : Esjwit du P. Farin. Elle pensait que ces avis pourraient être utiles à d'autres personnes après la mort du Père,

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qui pai"aiss;iit tU'Voii' l'Irc piocbaiiic : ('\''lail au îiiuis (.le janvier 1850. Aliii do s'assurer qu'elle avait l)ien sai^i les sentiments et les pensées du Pèie , elle lui soumit son écrit sous un autre tilie et sous la Ibrme de résolutions particulières pour sa conduite personnelle. Xon-seulement le Père approuva entièrement Ic-ci il , mais ne se douianl pas de la ruse innocenle employée pour obtenii' sa saneiion , il ('erivil de sa propre main au bas de Toiiginal les quelques mots qui le termiiicni. Le voici texluellemenl :

Knrers Xotre-Seiynciir. Conliance enlièi'e, filiale et eiiTantine. Le prendre pour le confideiil intime de ses peines et de ses dilïicullés; lui exprimer en toute simplicité ses désirs et ses besoins , bien assuré qu'il nous entend, qu'il compatit à nos misères, peut et veut y remédier. Usage habituel des aspirations.

Avant la prière. Se lecueiliir toujours un moment.

Oraison. En préparer toujours le sujet dès la veille.

Simplicité. Regard vers Jésus seul, ne clierclier, ne désirer, ne vouloir que lui en tout. / ous seul, à mon Jc'siis, à mon l)o)i maître!

Envers les supérieurs. Ne voii' que Jésus en leur pei'sonne.

Envers le prochain. Douceur et liumililé du C(cur de Jésus. Charité universelle. Si l'on témoigne quelque préférence, que ce soit aux pauvres, aux infirmes de corps on d'esprit, aux plus dépourvus des dons naturels, à l'exemple du divin Maître qui, pendant sa vie mortelle, se trouvait ordinairement en la compagnie des petits, et vivait avec ses apôtres, si grossiers

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Cl si rustiques. Réparer quand on a blessé quelqu'un.

Envers les eiifanfs. Songer que ce sont des ànies chères au Cœui' de Jésus , qui nous les a confiées. Se montrer accessible, affable, gracieux, indulgent; chercher à leur ouvi'ir le cœur, à les dilater; ne jamais leur témoigner de sévérité ou de sécheresse, quand ils avouent leurs torts ; surtout ne jamais leur reprocher d'anciennes fautes. Quand ils viennent nous trouver, qu'ils se retirent contents. Ne rien exiger d'eux qu'on ne pratique soi-même.

Enfance spirituelle. Taire sa devise pratique de ces paî'oles: Si vous ne devenez semhlahles à de petits enfants, vous nentrerez point dans le royaume des cieud'. Dans le petit enfant de l'Évangile, nous trouverons toutes les vertus qui nous conviennent, et que Notre-Seigncur nous demande. Nous y trouverons aussi la man'ère de les pratiquer, à petit bruit, presque naturellement, si l'on peut parler ainsi. Le caractère du petit enfant doit donc être notre étude habituelle. Nous comparer à ce modèle, et nous efforcer de nous y conformer.

Calme de l'âme. Egalité. Posséder son âme dans la paix. Que jamais l'humeur ne fasse omettre un devoir.

Bans les tentations, difficultés. Le recours à Jésus et à [Marie. Regard de l'àme vers le Cœur de Jésus, la main sur le cœur. Eviter le trouble: quand la tentation est passée, ne plus s'en occuper, pas même pour savoir si on y a péché. Paix, abandon, pas de retour sur soi-même.

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./près les fautes. Pardon, mon Jésus; je vais tâcher de mieux faire. Puis paix cl abandon. Xe jamais se d^'oonrager. Toujours bonne volonté, qui peut se résumer par ces paroles : Je fâcherai. Je ferai le inieu.v que je pouiïai.

Dans les satisfactions ou jouissances permises. Elever son cœur vers Dieu pour purifier soir intention.

Dans les contrariétés, peines. Oui, mon Jésus.

Après avoir lu cet écrit, le P. Varin éc: ivit au bas ces paroles : «^ Ce petit écrit m'a fait beaucoup de plaisir. Rien à ajouter , sinon ces deux mots: Jfoc fac et rites. »

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