‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 19 sur 23 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

\ Charité du P. Vaiin pour le procliain.

Le P. Varin avait trop a amour pour Dieu et le cœur trop sensible pour n'être pas touché des maux du pioehain. Aussi la charité était-elle une de ses vertus de prédilection. Plus il voyait de misère, plus il témoignait de bonté et d'affection. Rempli de l'esprit de son bon maître, il se plaisait particulièrement avec les affligés, les pauvres et les infirmes. Pendant le séjour qu'il faisait de temps en temps à ]\ïantes dans ses dernières années, il sortait vers cinq heures pour aller faire une méditation dans la chapelle de l'hopiial de cette ville. Il aimait ce lieu , parce que, disait-il , il y trouvait tout ce qu'un prêtre peut désirer, savoir: hi pauvreté^ l'enfance, la vieillesse et la souffrance ; et tout cela da)is la société du bon Maître.

A cette époque de sa vie, il avait quelquefois un peu de peine, vu ses autres occupations, à recevoir sous sa conduite certaines personnes qui se présentaient; mais si on lui disait qu'elles étaient pauvres, il ne balançait plus. Un jour entre autres on lui parlait d'une pauvre femme : « Est-elle bien pauvre, bien pauvre ? demanda-t-il. — Oh ! oui , mon Père ; elle manque de tout ; elle est dans la dernière misère, et

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l\v plus irès-iiialade. — Uh ! s'il en est ainsi , je m'en charité bien volontiers : jii'ai chez elle. » 11 allait en effet la voir presque tons les jours, et c était pour lui un Ijonlieni'de porterqnehines douceurs à celte pauvre femme.

Celte chaiité compatissante ne se laissait pas l'ebuler par les pins repoussâmes misèi'es. i)ans ses,piomenades à Manies, il découvrit une famille de païalyliques réduite ou à peu près à la vie animale. Uii des' enfants de celte l'amille, nommé Louis, âgé de quarante-huit ans, avait les jambes et la langue palalysées depuis làge de dix-huit ans , et rampait dans la poussièi'c ou dans la fange du débarcadèi'e du chemin de fer, toujours assis par teire, se traînant sur ses mains d'un voyageur à laulre, pouv solliciter leurs aumônes. Sa dillicullé à s'exprimer l'avait fait regarder comme idiot, quoi(pi'il ne le fut nullement. Le P. Varin apprit par un vieillard de riiopital de Mantes que la mère do ce paralytique, âgée de soixante-quin/e ans , était .^a sœur, qu'elle conduisait elle-même tous les jours son fils sur une brouette au débarcadère, et n'avait d'autre ressource que la charité publique pour pourvoir à sa propre subsistance et à celle de ses enfants; car celte honnête femme avait aussi une fille, nommée Marie^ paralytique, comme son frère, depuis l'âge de dixhuit ans, et qui, plus malheureuse tncore, n'était pas sortie depuis trente ans de leur misérable réduit. Le P. Vcirin , s'éiant informé de leur demeure, visita ces pauvres gens, qu'il trouva tous éloignés des sacre-

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ments depuis plusieurs années. Profondément ému à la vue de tant de misères corporelles et spirituelles, le P.Varin se liàta d y apporter quelque soulagement. Il commença par aller, pendant un certain temps, au moins une fois par jour, donner l'instruction religieuse à Louis et à Marie. Puis, quand il les eut suffisamment instruits, il entendit leur confession , et crut pouvoir les admettre à la communion. Grâce aux liiiéralités de personnes charitables, il leur procura les vêtements doi]t ils manquaient, et le dimanche 28 mai 18Zj8, ils s'approchèrent tous trois de la table sainte. La mère communia à l'église paroissiale. Quant au frère et à la sœur, la sainte communion leur fut portée chez eux. Le vénérable P. Varin, après avoir dit la messe pour cette intéressante famille, s'avança, suivi de l'oncle, delà mère et de quelques personnes pieuses, vers l'humble demeure de ces pauvres gens qu'on avait appropriée à i'avai)ce. Arrivé à la maison, le P.Varin fit à nos infirmes une exhortation dans le but d'exciter leur foi ei leur reconnaissance envfrs l'hôte divin qui venait les honorer de sa présence. Il insista sur la bonté de notre Sauveur, sur sa prédilection pour les pauvres, pour les malades, pour tous ceux qui souffrent, sur les moyens que leur offrait la pauvreté de mériter le bonheur éterjiel, s'ils faisaient un bon usage de leurs souffrances, s'ils les recevaient de la main de Dieu, et en observant ses commandements el ceux de l'Église, dont nous sommes tous les enfants.

Xolre-Seigneur apporta avec lui la joie et la cou-

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^olalioiî dans cclto famillo jîisquc-Ià si délaissée ; et, malgré sa profonde nnsèiT, tout y prit un aspect de bonheur.

Après le d<''jennei' que madame de Saisseval av;iit l'ait servir pour tonte la famille et pour les voisins, la mire traîna le pauvre paralytique à l'église paroissiale, où il entendit la grand'messe. Pour 1q fd'e, qui n'avait personne pour l'y traîner, elle s'y. unit de CdHir sans sortir de la maison.

Le reste de la journée se passa en actes de reconnaissance ; et pour compléter la fête, madame deSaisseval lit porter à dîner à toute la famille.

C'est ainsi que, grâce à la tendre compassion du l*. Varin, celte famille, rjui pai'aissait si dt'gi'adée, (ut tirée de l'abjecliDU où elleg-'missait et comme rendue à une nouvelle existence \

' Nous cruxons (luo l'on lunis saura gré de cou^iynor ici une i)riôrc pleine de piété ([ue le ^.^'arill coiuposa pour l'usage de celle pauvre famille :

« 0 mon Jésus! qui avez tant souiïert pour mon salut, j'accepte <le tout mon cœur les ainiclions et les .soulIVances qu'il vous a iilu de m'envoyer , et toutes celles quexous m'enverrez jusqu'à mou <lernier soupir. Je les unis aux vôtres, ainsi que toutes les actions <Ie la journée, ne Voulant plus aMjir d'autre désir que de vous plaire et de vous aimer.

« Marie, Mère de mon Jésus, souvenez-vous que vous êtes ma t>onne et tendre mère. Oblenez-moi la grâce de persévérer jus(|u'à la fin dans le service et dans l'amour de votre divin l'ils.

«0 Joseph! épouv de Marie et père nourricier de Jésus, soyez mon protecteur et mon père.

« Mon bon ange, qui ne me quittez jamais, veillez sur moi et protégez -moi. »

Le P. Varin ajouta ces mots: « Mes bons amis, le bon Louis et

Il rappela de la même manière à la vie morale un autre infortuné, nommé Pierre, espèce de vagabond, abruti par l'indigence, et que l'on croyait idiot. Le pauvre enfant, orphelin dès son bas âge, et fils de ces bohémiens qui errent de ville en ville, après avoir pris rhabitude de passer ses nuits tantôt sous l'arche d'un pont, tantôt sous une voiture de rouliers, employait ses journées à courir et à sauter pour exciter la curiosité des passants. Une si profonde misère émut le cœur sensible du P. Varin. Résolu d'arracher Pierre à cet état de dégradation, il chercha d'abord à gagner sa confiance, et dans ce but, il ne craignit pas d'avoir recours à mille petites industries, jusqu'à lui offrir des friandises et des sucreries. Pierre fut touché de ces prévenances. Le Père profila de ses bonnes dispositions, lui donna rendez-vous, l'entretint en particulier, et finit par reconnaître en lui des qualités qu'on n'aurait pas soupçonnées. Enfin Dieu bénissant les démarches charitables de son serviteur, celui que l'on regardait comme frappé d'idiotisme fut complètement réhabilité aux yeux de ses semblables. Plusieurs années après la mort du P. Varin, Pierre habitait une chambre dont le loyer était payé par son travail, et dont l'ordre et la propreté excitaient l'admiration. M. le curé de Mantes lui avait même donné

la bonne Marie, mes deux cliers enfants, mes chers paralytiques, réciteront une fois la prière: Are, Maria, Je vous salue, Maiic.

« Qu'ils ne manquent jamais de réciter la prière ci-dessus qu'ilont si bien apprise par cœur ; qu'ils la disent tous les matins une fois, et, s'ils le peuvent, une seconde fois dans la soirée. »

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kl charge de sumiciir de son église, avec respt'iancc d'en devenir le saciislain.

Qneltinerois des indigents, aUiiH'S par lexpressioi? de bonlé qni se peignait sur les traits de son visage^ s'appi'ocliaienl et lui deniand:iient lanniùne : « Hélas 1 leur disait-il d"nn ton pénétré, je suis pauvre nioinième, et je ne puis, comme mon c(jeu)' le, désirerait, soulager votre misère. • Puis il les consolait et les renvoyait plus louches a phis fortifiés par ses bonnes paroles cpie pai' le secours le i>lus abondant donne'' avec un sentiment moins tendre de compassion. Un vieillard pauvre et iidirme lui demandant un jour l'aumùne, le Père n'avait cpi'un sou. Désolé de ne pouvoir donner davantage, il dit au. pauvre qui le remerciait : u Ah! mon bon ami, il faut que je sois un pauvre moi-même pour vous donner si peu de chose. ^) Quand il rencoîJtiait un indigent, il ne manquait pas de se découvrir, par respect poui" Xotrc-Seigneur que la Foi lui montrait sous les haillons de la misère. Aussi le moyen le pluseiricace pour faire diversion à sessouflVances habituelles (Hait de lui' fournir l'occasion de donner.

Les petits enfants étaient particulièrement l'objei de sa prédilection. A l'exemple du divin Maître, il aimait leur innocence et leur simplicité qu'il proposait pour modèle. Il se plaisait à en être entouré, à les bénir et même à assaisonner ses petits mots de quelques bonbons pour rendre plus insinuante la morale qu'il leur adressait. De leur coté les enfants, charmés passon incomparable douceur, étaient attirés vers ce bon

Père par une espèce d'instinct, et s'estimaient heureux d'être bénis par lui. « Je ne pouri'ais, écrit une personne qui lui était unie parles liens du sang, je ne ponn-ais tarir en parlant de l'inépuisable bonté du P. Tarin pour tous les enfants et les jeunes gens de sa famille ou pour ceux avec lesquels il avait des rapports. Il m'est resté un délicieux souvenir de toutes ses bontés pour moi. »

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