‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 3 sur 23 · ME DL' [{. 1». VARI.N · texte numérisé non relu

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le couvent des capucins pour y vaquer pendant dix jours aux exercices de la relraile. C'est là que Dieu leur réservait ses grâces les plus aboiidanles. L'abbc' de Tournelyen lut comme inondr. Dieu lui communiqua les plus vives lumières, pai liculiriement au su^et de la petite Société qu'il s'agissait détablir. Il a\ail éprouvé jusque-lù quelques ii'résohitions : elles cessèrent entièrement ; les difllcultés qui l'avaient effrayé disparurent, ou lui semblèrent faciles à surmonter. Sa timidité naturelle fit place à un courage supérieur à tous les obstacles. Convaincu dès lors que le Seigneur voulait qu'il travaillât de concert avec son ami à Ic-iablissement d'une société destinée à marcher sur les traces de celle de saint Ignace, il ne compta pour l'exécution que sur la protection du Ciel. Chaque jour de la retraite, en lui appoitant de nouvelles lumières, lui donnait en même temps une nouvelle force et une nouvelle confiance.

Un jour qu'étant en oraison devant le crucifix, il contemplait amoureusement le côté ouvert du Sauveur, toutes ses pensées et ses sentiments se portèrent vers le cœur de Jésus embrasé d'amour pour les hommes, et il se sentit vivement pressé de donner à la future congrégation le nom de Société du Sacre- Cœur de Jésus. Cette dénomination avait un rap[)ort marqué avec celui de Compagnie de Jésus, qu'il ne croyait pas pouvoir adopter sans réveiller la haine des impies. La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus venait d'être approuvée plus solennellement par l'Eglise, et se propageait chaque jour davantage parmi

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les fidèles. Cel aimable lilre indiquait un dévouement d'amour à la personne adorable du Sauveur. Enfin il ne doutait pas que Jésus-Christ ayant promis que son cœur se dilaterait en faveur de quiconque l'honorerait d'un culte spécial, il ne répandît l'abondance de ses grâces sur une Société qui lui serait consacrée, et qui porterait le nom de ce divin Cœur. Ces raisons, jointes aux lumières que Dieu lui communiquait, le confirmèrent dans la pensée de donner à la nouvelle congrégation le nom du Sacré-Cœur. Toujours en garde uéan moins contre les illusions de l'esprit propre, aussitôt après la retraite, il alla, de concert avec l'abbé de Brogiie, soumettre ses pensées et ses sentiments à l'abbé Pey. Celui-ci y reconnut évidemment les opérations de la grâce, déclara de nouveau que le projet de la nouvelle Société avait Dieu pour auteur, et approuva sans hésiter le litre que Tournely voulait lui donner.

Il ne s'agissait plus que de mettre la main à l'œuvre. L'abbé Pey choisit Tournely pour supéi leur, et, peu de jours après, il engagea un banquier de Louvain, son ami, à prêter sa maison de campagne pour être le berceau de la Société. Par une disposition particulière de la Providence, cette maison de campagne était celle des anciens jésuites de Louvain. L'abbé de Tournely et l'abbé de Brogiie s'y établirent le 8 mai 179Zf, sous les auspices de saint Michel, dont on fête en ce jour la célèbre apparition sur le mont Gargan. Ils y étaient à peine installés que Dieu, comme pour encourager ce projet, leur envoya deux nouveaux compa-

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giions. C claienl Xavier de Tounicly, fièie de l'abbé, et Piene-Chai'les Leblanc ', l'un et l'autre soi lis réceninieni de raiinée de Condé, où ils avaient servi pendant deux ans.

Dans celle retraite nos quatre solitaires se livièrent avec ardeur aux pratiques de la vie intéiieurc. Tournely li'aça un règlement qu'ils suivaient avec la plus scrupuleuse exactitude; et depuis quatre heures du matin jusqu'à neuf heures du soii', tous les instants ('laient remplis par des exercices de piété et par l'élude des constitutions de saint Ignace. Heureux de la paix dont ils jouissaicnl, ils auiaienl voulu y faiie participer tous leurs amis. Un des premiers qui s'ol'li ircni à leur pensée, ce fut le jeune Varin, avec lequel Touinely et Charles de Ihoglie avaient conlractt; une étroite liaison au séminaire de Saint-Sulpice. Ils lui écrivirent donc pour rengager à venir pai'tager Utuv g-nre de vie. Varin, nous l'avons dit, nouriissait des idées bien différentes. Cependant, comme la lettre des solitaires de Louvain l'instruisait en même temps que le njai'échal de Broglie, dont il était tres-coniui et qu'il désrait intéresser à sou av.incement,se trouvait alors à Dusseldorf, il prit cette direction, afin de se procurer une entrevue avec le maréchal.

Laissons mainieuml notre jeune ndlitaiic, devenu l'un des compagnons du P. de Tourneiy , raconter lui même comment la grâce p:irvint à triompher de ses dernières résistances, et la joie qu'il ressentit

^ Vovcz Xoticcu^ 1.

d'avoir enfin obéi à la voix de Dieu. Nous lisons cet édifiant récit dans une lettre adressée le 28 juillet 179^ à madame de Chevroz, sa sœur, réfugiée en

Suisse.

CHxVPIïRE lY.

Le P. Varin entre dans la Société du Sacré-Cœur de Jésus. Cobicnlz, le 28 juillet 179^.

« Si je te disais, ma chère amie, qu'enfin, après bien des peines et des traverses, je viens d'obtenir une plice avantageuse, au delà même de toutes mes espérances, oh ! sans doute, je porterais la joie dans ton ame. Pourquoi? Parce que cette place semblerait me promettre le bonheur, ei que c'est à me voir heui-eux que tendent tes vœux les plus ardents. Eh bien , réjouis-toi, ma chère amie, je viens de l'obtenir cette place; mais léjouis-toi doublement, puisque ce bonheur que j'ai déjà commencé de goûter est un présage certain de moii bonheur éternel. Quel début, ma tendre amie, combien il a droit de te frapper! Oui, ton cher Solmon d'aujourd'hui est bien différent de ce qu'il était il y a quinze jours. 11 est actuellement si déguisé que ses meilleurs amis ne le reconnaîtraient

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pas. Toi-mcnie, ma bonne sœur, tu croii'ais rrvor ou le voyant, l^coutc-nioi donc, cl que je me liàte de faire cesser la siirpi'ise.

« Tu sais qu'il y a six semaines, M. le nîaréchal de Broglie eut la bonté d ecrii'c à M. le duc de Choiseul pour demander en ma faveur une place de cadet dans ses housards. Après plus d'un mois d'attente, impatient de ne pas recevoir de léponse, je résolus de l'aller chercher moi-même numi d'une seconde leitre. Si celte corde venait à m'échappei", j'avais une autre lettre pour I\l. de Damas qui m'aurait donné une place de volontaire dans les housards qui font partie de sa légion. Ainsi je ne pouvais manquer mon coup. Je pars donc, il y a une quinzaine de jours, pour Anvers où je devais trouver le régiment de Choiseul. AI;iis j'espérais la satisfaction de voir à l\uremonde% sur mon chemin, les abbés de Brogiie et de 'J'ournely et le cher chevalier. ^lon empr^■:s:^ement était si vil que, pour y arriver en un jour, quoiqu'il y eût douze mortelles lieues, j'essayai de forcer ma marche ; la fatigue et des boucles aux pieds me forcèrent de m'ai réter à trois lieues. Juge de mon chagrin, quand le lendemain, après avoir parcouru toute la ville et avoir piis des reuseignemenls de tous les cotés, je vis clairement qu'ils n'y étaient pas. Je me doutais qu'ils pouvaient être à Yenloo; n'ayant cependant aucune certitude à

* Nos solitaires, poussés par les armées franeaiscs, après la bataille de Fleurus le 2G juin 1794, avaient quitté la retraite de Louvain où nous les avons laissés, et s'étaient retirés à Venloo.

eei égard, et d ailleurs accablé de faliguCj dcvais-je me détourner de huit lieues? J'hésite; et l'amitié ranimant mon courage, je pars; j'arrive à Yenloo à iicuf heures du soir. Je complais ne chercher ces messieurs que le lendemain ; mais ne pouvant pas trouver à me logrr, je cours à la poste m'infurmer si l'on pourrait m'indiquer leur demeure, et s'il me serait possible de partager leur asile. Quelle est ma joie lorsqu'en ouvrant la porte, les premières personnes que j'aperçois sont les chers abbés 1 Celte joie fut néanmoins bien tempérée, lorsqu'ils me dirent qu'ils partaient le lendemain matin à trois heures et demie. Heureusement la charrette qu'ils avaient retenue leur fait défaut , et voilà leur voyage remis à l'aprèsdiner. Le lendemain matin les abbés entrent dans ma chambre. Ils me parlent de leurs projets pour se soustiaire entièrement aux poursuites des patriotes; ils pariaient pour [Munich en Bavière. Ils me témoignent leurs regrets de ne pas me voir avec eux, bien convaincus, disaient-ils, que je n'étais pas dans ma vocation, et les voilà à me prêcher. Assurément ils prenaient fort mal leur temps, et mes idées étaient bien différentes des leurs. Brûlant autant que jamais d'une ardeur guerrière, je ne pensais qu'au plaisir de me voir housard sous peu de jours ; et j'allais demander à M. l'abbé Charles de me donner encore des lettres pressantes pour ajouter à mes recommandations. Je le dirai donc : pour la première fois je les • trouvai très-importuns dans ce moment, et je ne le leur cachai pas. Sans se décourager, ils se réduisirent

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à me demander une seule eliose, qui ne m'engageait à rien : c'était de me confesser et de faire une communion. Je ne m'y sentais nullement disposé. J'étais épuisé des fatigues de la veille, qu'une très-mauvaise nuit n'avait peut-être fait qu'accroître; je ne me croyais pas la force de me liainer à l église ; cependant je cède par complaisance. Il n'y avait que peu de temps que je m'étais approché des sacremenis : la préparation ne devait pas me couler beaucoup ; et ce fut surtout ce motif qui me détermina à me rendre à leurs instances ^ Enlin, ma chère amie, j'approche de la sainte table : grâces à jamais vous soient rendues, ô mon Dieu! un moment, un seul moment m'a changé entièrement et pour toujours. L'extrême lassitude que je ressentais un moment auparavant avait disparu et fait place à un état de bien-être, de paix et de tranquillité, qui me permit d'entendre claiiement la volonté de mon Dieu. Tu connais mon caractère, ma chère amie; indécis, irrésolu; il ci'aint les examens et les discussions, où pour l'ordinaire il ne trouve que trouble et qu'embarras, lîli bien , dans le calme le plus parfait, tout se manifeste en un moment et si clairement à mes yeux qu'au sortir de l'église je ne puis m'empêcher de dire hautement à mon cher Charles, de la main de qui j'avais reçu le bon Dieu : Oïdj quand même le hou Dieu m'aurait envoyé

^ Le prêtre auquel s'adressa le jeune Varin était l'abbé Pey, que nous avons déjà nommé. Lui aussi crut reconnaître l'action divine dans tout ce qui s'était passé à l'égard de son pénitent.

ttn ange pour me faire connaître sa volonté^ je n'aurais jias une certitude lAus entière ^ je n'hésite plus : ce soir je pars avec vous ^

« Depuis ce moment, ma clièie umie, ni le jour ni la nuit, je n'ai pas eu une seule idée, un seul sentiment qui ne vînt me confirmer dans la pensée que j'obéissais à la volonté de Dieu, en reprenant la carrière ecclésiastique. J'ijjouterai à la gloire de Celui qui, par wuc miséricorde infinie, ne s'est jamais lassé de mes nombreuses infidélités, que je ne rapporte pas dans cet étal les mêmes vues qui m'occupaient il y a quelques années. Le monde, jusqu'à un certain point, avait toujours tenu une place dans mon cœur ; et ce cœur, qui ne peut trouver de paix dans un. partage si injurieux pour un Dieu qui le veut tout entier, était constamment combattu entre l'attrait du monde et l'appel de la grâce. Ce conflit, si injuste et si disparate, avait jeté le trouble etla confusion dans mon intérieur. Pour cette fois, Dieu en touchant mon cœur l'a changé tout à fait. Après m'ètre examiné, je ne vois rien en moi qui m'attache encore à la terre. J'ose croire ,

^ Ajoutons ici une circonstance dont le P. Varin ne parle pas, et que nous avons apprise de sa bouche, c'est qu'après la communion qu'il avait eu le bonheur de faire, lui qui n'avait pas le don des larmes, et dont la dévotion était au contraire fort sèche, fut si attendri ce jour-là , que ses pleurs coulèrent en abondance. « C'était, disait-il , quelque chose de nouveau pour moi , dont j'étais encore plus confus que surpris. A.ussi je fis tout ce qui était en mon pouvoir pour soustraire mes larmes aux regards des assistants, tant je craignais qu'on ne s'en aperçût ! Mais en même temps je me sentis intérieurement métamorphosé. »

(j mon Dieu! que mon sacrifice esl entier. Je vous Tai promis j je vous le répète, jusqu'au dernier soupir de ma vie je n'existerai que pour accomplir votre sainte vulonié. Sois toi-même, ma bien chère amie, le garant de mes promesses; sois ma caution , et tous les jours ne cesse de prier pour que, par une dernit're et déplorable infidélité, je ne mette pas le sceau à ma réprobation. »

Fiancfort, 2 août.

(.( ^''ayant pu finir à Coblentz, je continue à Francfort. Nous sommes partis de Venloo le vendredi 18 du mois précédent, ^'ous avons passé par Aix-la-Chapelle pour y prendre le chevalier de Tournely, qui di puis deux mois est tonsuré et minoré. De là nous vînmes à Cologne ; c'est dans celte ville que, avant d'approcher une seconde fois de la sainte table, je déposai avec joie tout ce qui me restait du monde. Je me débai'rassai de mes cheveux, comme on jette un habit dont la mode est passée et pour lequel on n'a plus que du dégoût. Je m'affublai d'une redingote noire, d'un chapeau ecclésiastique, et, erj moins de cinq minutes, il ne paraissait pas que j'eusse jamais eu un autre costume. Le bon Dieu me réservait un genre d'épreuve qui devait encore faire jaillir une lumière vive sur la vérité qu'il avait dévoilée à mes yeux. Je devais dans ce costume, si étrange après celui que je venais de quitter, parcourir tous les lieux où, pendant trois ans, j'avais porté toutes les pensées du monde et de la

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vaiiik'. Je devais, un bréviaire ou un chapelet à la niaiii, voyager sur les mêmes routes où tant de fois, monté sur un supeibe coursier, j'avais promené de folles idées de grandeur. Eh bien , ma chère amie, je n'ai pas craint de faire la comparaison de ces deux positions si différentes, ei je n'ai rien vu dans la première qui me donnât le moindre regret. Combien de fois, au contraire, ne me suis-je pis écrié dans toute la joie de mon cœur : Que je suis heureux 1 que je suis heureux! Oui, plus j'y réfléchissais et plus je me disais : Il faut que des âmes fervent<^s aient beaucoup prié pour moi. J'ai pensé à loi, ma chère amie, à notre pauvre mère' qui, dans la cruelle prison où elle gémit depuis si longtemps, oublie, je n'en doute pas, ses pi'opres infortunes pour s'occuper de ses chers enfants. Combien les prières d'une mère si tendre, que ses malheurs et ses vertus peuvent placer à juste titre au nombre des martyrs, doivent être puissantes et efficaces! Ah! du moins rendons-lui piété pour piété, amour pour amour.

« Que dis-tu de la persévérance de mes chers abbés ? Ils m'ont assuré que, pleinement persuadés de ma vocation à leur genre de vie, ils n'avaient pas cessé un seul jour de faire à Dieu une prière particulière pour lui demander mon retour. Si le temps me le permettait, que de traits je pourrais ici te citer, qui tous manifestent les vues de la Providence sur moi ! Que de i roubles, que d'inquiétudes nai -je pas éprouvés

^ LeP.Yaiin ignorait encore alors que sa digne mère n'existait plus.

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dans ces (Jeriiières années, en ])ensanl que peut-èlre je n étais pas dans la voie où Dieu nie voulait ! Je me rappelle surtout le souvenir d'une certaine nuit que je passai à 3Iotierst)'avers, huit jouis avant mon départ. Au moment de me rengager dans la carrière militaire, je fus cruellement agité, troublé par des inipiiéuides sur ma vocation ; de toute la nuit je ne pus fermer l'œil; et le matin je ne parvins à me calmer qu'en promettant au bon Dieu que, la campagne terminée, je m'attacherais fortement à connaître sa volonté et à l'exécuter.

(( Combien de fois aussi en entendant parler du progrès, de la ferveur de mes anciens amis, et surtout du départ de quelques-uns pour les missions, et du martyre de plusieurs autres, n'avais-je pas ressenti un chagrin, un dépit secret de m'ètre peut-être soustrait par ma faute à un sort si digne d'envie ? Maintenant tout est réparé : me voilà réuni à ces chers et vrais amis; réuni au digne et respectable M. Emery , qui avait vu avec une profonde douleur le changement de celui qu'il avait coutume d'appeler son cher enfant; me voilà réuni au moins par le désir à mes amis qui ont terminé glorieusement leur vie par le martyre. Que sait-on, ma chère amie, peut-être le bon Dieu, par un effet de sa grande miséricorde, me réserve-t-il ce même bonheur? Je ne m'occuperai désormais qu'à le mériter.

« Il faut actuellement te dire deux mots sur notre petite Société et sur ses projets. Je dis Société ; c'en est une en effet. iVous sommes six, et un septième,

qui est Tabbé de Grivcl', va se réiinir incessammeul à nous. Il était cet liivcr à Fribourg, et je l'ai vu plusieurs fois. C'est un ange. Sur les six, cinq ont été militaires. Deux ne sont pas tonsurés. L'un- est un jeune aide de camp, fils unique, et devait jouir d'une

^ Le P. Fidèle de Grivcl, dont il sera encore parlé plus loin, était né le 17 décembre 17G9. Issu d'une famille distinguée de Franche- Comté, il renonça au monde en 1794, entra à Leutersbofen dans la Société des Pères du Sacré-Cœur, et partagea toutes ses vicissitudes, jusqu'en 1803, qu'il alla se réunir aux jésuites de Russie. Quelque temps après son admission, on l'envoya à Krasnopolis pour évangéliser les colonies allemandes établies sur les bords du Volga. Rappelé à Saint-Pétersbourg, il enseigna la rhétorique dans le collège que la Compagnie avait fondé dans cette ville ; puis revint en France en 1815, au moment où les jésuites furent bannis des deux capitales de l'empire russe. En ISKî, le P. Rrzozowski le nomma visiteur en Angleterre, d'où il ramena le P. Simpson, qui fut bientôt après nommé provincial. Le P. de Grivcl remplit auprès du P. Simpson et du P. Richardot, son successeur, les fonctions de socius et les aida l'un et l'autre à donner à la province de France une forme plus régulière. Pendant cet intervalle, député en 1820 à la 20'' congrégation générale qui élut le P. Louis Fortis, il y signala son attachement pour l'Institut et son zèle pour la discipline religieuse. 11 enseigna ensuite la théologie aux jeunes religieux de la Compagnie, à Paris et en Angleterre. Après un an ou deux de séjour dans ce dernier pays, il fut envoyé au Maryland, où il remplit diverses fonctions. En 1833 ou 1834, on le chargea de la direction des novices, emploi dont il s'acquitta avec autant de zèle que d'édiiication jusqu'à sa mort, arrivée à Georgetown le 20 juin I8i2, dans la 73^ année de son âge. Pendant les dernières années de son séjour aux États-Unis, sa famille lui écrivit plus d'une fois pour le presser de revenir en France. Le P. de Grivcl répondit constamment qu'il était religieux et enfant d'obéissance ; qu'il reviendrait s'il recevait l'ordre de revenir, mais qu'il ne témoignerait jamais le moindre désir, qu'il ne voulait pas troubler les dispositions de la Providence à son égard.

^ Le P. Pierre-Charles Le P>lanc, Notice n" l.

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grande forUinc. L'autre est un oflîcicr d'infanierie. Ils sont d'une ferveur angcliquc.

« Nous allons à Munich former un établissement où nous nous préparerons aux saints ordres par le travail et la prière. Mgr le Nonce de Cologne nous a donné des lettres de recommandation pour ]Mgr le Nonce de Munich , et nous a promis de s'intéresser pour nous auprès de Sa Sainteté, dans le cas où nous ferions le voyage de Rome, ce qui paraît assez pi'obable. Tout nous porte à croire que le bon Dieu nous appelle aux travaux des missionnaires. Sera-ce en France? Sera-ce en quelque autre partie du monde? C'est ce que nous ne savons pas encore ; mais auparavant, lorsque notre petite Société sera un peu augmentée, nous irons nous jeter aux pieds du Saint-Père, et recevoir notre mission de sa propre bouche.

« Notre voyage est un apprentissage de la vie à laquelle nous aspirons. Tous les jours nos deux saints prêtres, les abbés de Broglieet de Tournely, disent la messe, et plusieurs fois la semaine nous avons le bonheur d'y communier. Nos journées sont partagées entre la sainte messe, l'oraison, le bréviaire, le chapelet et de pieuses conversations. Nous ne faisons que de petites journées, cinq ou six lieues, allant à pied, chacun avec un sac sur le dos. Ne t'inquiète pas sur nos moyens de subsistance : nous comptons moins sur quelques avances que sur la Providence qui, nous ayant appelés, ne nous abandonnera pas. Plusieurs d'entre nous n'ont rien apporté à' la masse : personne n'a rien à soi, et chacun a toutj tout absolument est

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en commun. Je n'ai donc plus rien, et comme notre Société ne paraît pas devoir être dissoute, je renonce pour toujours à toute propriété.

« iVvant de finir, ma chère amie, encore un retour sur mon cliangement. Qu'il va paraître extraordinaire aux yeux du monde I Que vont dire mes camarades de l'armée de Coudé , qui tous me ('roiront aux avant-postes de Cobourg? Comment taxeront-ils cette démarche, si opposée à tous mes discours et à celte ardeur militaire que j'avais toujours montrée? C'est, je l'avoue, ce qui ne m'inquiète guère. Quand la voix de Dieu se fait entendre, celle du monde est bien faible! Dût-on même envisager ma démarche comme un acte de faiblesse et de lâcheté, et dut-il ne m'en coûter qu'un mot pour détruire cette injuste inculpation, je dédaignerais de le prononcer. Cette lettre est pour toute la famille, tu voudras bien la communiquer.

« Je n'ai pas besoin de te parler de mon attachement à tous mes chers parents, ils le connaiisent. Jamais il ne fut plus vif qu'aujourd'hui : mais il est de nature à n'être point contradictoire au détachement universel que Dieu exige de moi. J'embrasse tendrement mon oncle le chanoine, mon frère Chevroz et toi.

(( A.dieu, ma bien tendre amie, reposons-nous tous entre les bras de la Providence, et nous triompherons de tout. ))

Voilà donc notre jeune gentilhomme enrôlé sous la b^iunière de Jésus-Christ. Il n'avait fait que changer

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(le milice en eiiti'ant dans la Société du Sacré-Cœur. Lorsque, après la communion qui avait opéié dans ses sentiments une n'volutiou si subite et si exti'aordinaire, il eudjra^sait ses amis, il leur avait dit : Je suis à Dieu, je suis à roits. Jiemercions le Seifjnenr de la grande g i'â ce qu'il vient de m'accorde?. Je l'ai reçue, je n'en doute pas, par V entremise de Marie. Remercions aussi cette bonne mère. Il avait ajouté à l'abbé de Tournely, avec celle fiancbise militaire qui ('tait comme le dernier soupir de l'espiit du monde expirant : « Faites de moi tout ce que vous voudrez, excepté un moine. — Soyez traïuiuille, lui avail répondu son ami , vous serez toujouis militaire. La Société dans laquelle vous entrer, est en partie composée de militaires : les règlements sont tout militaires : nous servirons Dieu militaii'ement et toujours larme au bras... et au cœur. C'est tout ce qu'il vous faut ; et vous le voyez, excepté Charles de Brogiie et moi, tous sont sortis de l'armée de Condé. »

A dater de ce moment surtout, jusqu'en iSl.'i, l'iiistoire du P. Varin se trouve tellement mêlée et confondue avec celle de la Sociél('' du Sacré-Cœur, qu'il devient comme impossible de les séparer, et qu'en parlant de l'une, on est amené nécessairement à parler de l'autre. C'est la marche que nous nous avons cru devoir adopter.

3i VI K Dl n. P. VAHIN.

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