‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 5 sur 23 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

y\nv[ (lu p. de Tournely. — Le P. Vaiin lui succède. — Tentatives pour oldenir à Home i'appiobation de la Société du Sacré-Cœur.

Tandis que les Pères du Sacré-Cœur s'exerçaient dans la retraite d'IIagenbrunn à la pratique des vertus qui font les saints. Dieu, dont les vues sont impénétrables, leur envoyait la plus terrible épreuve à laquelle ils eussent encore été soumis, une épreuve qui semblait devoii- renvei serions leurs projets de zèle et de vie religieuse. Le 9 juillet 1797, le P. de Tournely, leur supérieur, mourait à la fleur de l'âge, après neuf jours de maladie et emportait dans la tombe leurs regrets et presque leuj's espérances ^

^ Le P. de Tournely avait à peine atteint l'âge de trente ans, lorsque, ie dernier jour de juin 1797, il fut attaqué de la petite vérole. Cette

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Cette mort l'iii poui- eux un coup de toudro. Ouclqiic grave que parût sa maladie dès Talxti-d, ils n'avaient pu se persuader que Dieu voulût leur lavir siiùt leur foudaîeur et leur père : tant sa conseivatiou leur paraissait indispensable à l'ieuvre commencée IvL'illusion ne se dissipa qu'à linstaiu où ils le vii'eiit entrer en agonie. Le P. de Grivel, alors ministre de la maison, réunit aussitôt la communauii' dans la chambre du mourant, où tous eurent la douleur et en même temps la consolation de recueillir ses derniers soupirs. Au moment qu'il expira, le P. de Grivel, puisant

maladie cruelle s'acharna sur lui avec tant ilc xidlcncc (juc, malgré t(ui> le? soins et les remèdes, elle rempoila en neuf jours. Kn lisant après sa mort le journal de ses méditations et des grâces particulières qu'il recevait de Dieu, on crut rciiianpier que, de[iuis quel({ucs nioi> il avait eu le pressentiment de sa fin prochaine. On \ rencontrait un passage où il disait à Notre-Seigneur qu'il lui laissait son troupeau , qu'il le lui recommandait et le remettait entre ses mains. Il sanctifia sa maladie par la pratique des vertus qu'on avait remarquées en lui depuis sa sortie du séminaire. Ces huit derniers jours ne furent que l'écho de sa sainte vie, et connue unr r raison continuelle. Tous les jours un peu après minuit, un des l'î-res lui portait la communion, et chaque fois il la recevait avec un redouldement de foi et d'amour. La veille de sa mort, on lui administra le saint Viatique, et le dimanche, 9 juillet, à quatre heures et demie du matin, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur. Le curé de la paroisse dHagenbrunn , pour témoigner la vénération dont il était pénétré pour le serviteur de Dieu, voulut qu'il lïit enterré dans le lieu même qu'il avait marqué au pied de la croiv pour sa propre sépulture.

Le P. de Tournely avait été visil)lement suscité de Diea pour donner commencement à la petite Société du Sacré-C(cur de Jésus, et prévenu des dons les plus rares de la nature et de la grâce pour l'exécution de cette œuvre. Une physionomie agréable, un teint légèrement coloré, des veux vifs, un front toujours serein, une dou-

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dans la perte immense qu'on venait de faire un coui^age et une confiance qui ne pouvaient venir que d'en haut : « Mes frères, dit-il d'un ton ferme et assun'', le Seigneur nous impose le plus pénible des sacrifices ; il nous frappe par l'endroit le plus sensible à nos cœurs : mais ne pensons pas qu'il veuille abandonner son petit troupeau : JSolile tinierej'pi(silh(s gre.v. Il nous enlèvu- le meilleur des pères pour lequel nous ressentions une affection trop naturelle. Dieu veut nous montrer qu'il n'a besoin de personne pour l'exécution de ses desseins, et qu'il peut en assurer le

cenr et un calme inaltéraMes, je ne sais quoi d'anaélifiuc dans son exlérieur, lui gagnaient tous le? cœurs. Celait nn bien aimahJe saint, disaient après sa mort les personnes qui l'avaient connu. On admirait surtout dans un âge si peu avance si maturité, sa pénétration, sa prudence. 11 se distinguait par ses talents et par ses connaissances ; mais ce qui étonnait surtout, c'était celte rectitude de jugement, ce tact exquis et cette discrétion qui se manifestaient dans tous ses discours et dans ses rapports avec le prochain. Il ne disait que peu de paroles : un regard, un sourire, lui suiîisaienl pour tout obtenir de ses disciples.

Aces dons'naturels était jointe la pratique des plus éminentcs vertus. L'esprit de foi, de mortification et d'humilité l'avait ékivé k un degré sublime d'oraison. Quebiuefois le soir à neuf heures, quand le ciel était parfaitement calme et serein, il se mettait à sa fenêtre ; entrant alors dans une espèce de ravissement, il répétait ces mots : Calme du ciel, calme chi ciel ; et il semblait que ce calme du ciel pénétrât dans son âme. Au milieu des faveurs particulières dont Dieu le comblait, il conserva toujours un profond mépris de luimême et ne se regardait que comme un pauvre petit serviteur dans la maison de Dieu. Il possédait à un haut degré le don des larmes : dans s s oraisons et surtout pendant le saint sacrifice, il en répandait une si grande abondance qu'il avait beaucoup de peine à prendre la sainte hostie, tant elle en était imbibée ! Un jour, le P. Varin , son intime confident , prit la liberté de lui demander

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succès par les iiislruniciits les plus faibles comme par ceux qui paraissent les plus propres aux tins quil se propose. Prenons donc couiage; ranimons noti'econliance : ce n'est pas en vain (jc.e Dieu nous a réunis, ol qu'il nous a donné tant de niaiiiues de sa protection ; répondons à ses desseins, promenons sur le corps de notre bon père que nous ne nous séparerons jamais, et que nous serons tous fidèles à noire vo( ation : )i A ces paroles, tous étendirent la main, et promirent à liante voix de ne point quitter la Société. Les PP. Vaiin et de Broglie étaient absents. De rc-

tiuclle était la cause de tant de larmes : « C'est, lui répondit ingénument le P. (leTournely, c'est la double vue de mes misères et de la iionté du divin Maître (lui me confond et fait couler mes larmes. »> Cette qualité de petit serviteur qu'il aimait à prendre dans les elïïisions de son amour envers Notrc-Seigneur était sa disposition lial>ituelle: il l'avait puisée dans une méditation sérieuse et loni;temiis continuée de la fm de i'iiomme. Cette vérité fortement gravée dans •son âme, faisait comme le fond et le but de ses exhortations et de ses pieux entretiens avec ses frères.

Le P. deTournely donna un autre témoignage bien frappant de son humilité, lorsqu'il fut question du chuix d'un supérieur. Dans }c>. commencements de la Société, l'abbé I*ey l'avait placé à la tête <lc ses confrères. Tournely ne ciut pas devoir opposer alors aucune résistance; il ne pouvait se dissimuler que le caractère ardent de l'abbé de Droglie ne permettait pas de lui confier le gou\ernemeut de la Société: mais il espérait que le nombre de ses mend>res venant à augmenter, on ne manquerait pas -de faire une élection dans les formes, et qu'alors on le déchargerait du fardeau. Quand il jugea le moment venu, il réunit ses compagnons, les invita à se préparer par la prière à l'élection d'un supérieur selon les formes voulues par saint Ignace. En même temps il leur développa les qiudités <jue devait posséder leur chef, et il indiqua indirectement les raisons (jui lui paraissaient les plus propres à le faire écarter. Les Pères étaient loin de s'attendre à cette proposition. L'ascendant que

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tour le jour mrinc, ils firent aussi cette promesse. Ce fut comme un nouveau lieu ajouté à ceux qui les unissaient déjà; et la pensée que le P. de Tournely ne leui' serait pas moins utile dans le ciel que sur la terre, en lempéiant leur affliction, les anima d'une ardeur nouvelle poui- continuer l'œuvre commencée. Après avoir rendu les derniers devoirs au clier défunt, le premier s au des Pères fut de songer à lui donner un successeur, pour gouverner la Société dont les membces augmentaient chaque jour. Des prières furent indiquées ; on détermina la marche à suivre pour cette importante opération. Au jour et à l'heure fixés.

sa prudence et =es veilii> lui donnaient, l'avait, indépendamment du choix de M. Pey, sufnsammcnt désigné comme supérieur. I.eur coniiance en lui était sans ])ornes ; tous le vénéraient et le chérissaient à l'égal d'un pèie. 11> s'opposèrent donc à une nouvelle élection qu'ils jugeaient tout à fait inutile. Tournely insista cependant ; mais tous d'une \oix unanime et au même moment le proclamèrent supérieur. Il n'en persista pas moins à demander que l'élection se fit selon les règles, et conjura ses frères de faire tomber leurs sulfrages sur tout aulre que lui. Il fallut bien se rendre à ses désirs ; l'élection eut lieu par voie de scrutin , et le résultat fut tel qu'on l'avait prévu : on l'élut supérieur à l'unanimité. Il céda : cependant de plus en plus pénétré de son insuflisance et de son indignité, il alla s'étendre sur le seuil de la porte ; et malgré la répugnance de ses frères, il les obligea à lui passer sur le cori)S.

Mais sa vertu de prédilection, c'était nn ardent amcjmr pour Dieu et pour l'humanité sainte de Jésus-Christ. 11 en entretenait souvent ses frères, et toujours d'une manière ravissante et avec l'accent d'un coeur embrasé. 11 semldait surtout se surpasser lui-même en parlant du Sacré-Cœur de Jésus. Il ne tarissait pas quand il célélirait ses grandeurs, sa bonté, sa douceur et l'amour immense dont il brûle pour Dieu et pour les hommes. «0 Cœur adorable! s'écriaitil quelquefois, si les hommes vous connaissaient , vous en seriez aimé ! » Le Co^ur immaculé de Marie était aussi pour lui l'objet

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on commcnra par implurci' de nouveau les lumières du Saint-Espiit ; on procéda ensuite à réleclion [»ar scrutin secret.

Dès le premier tour de scrutin, le P. Tarin obtint la majorité absolue et fut pi'oelame supc'rieur. Il n'c'tait alors âgé que de vingt-huit ans; mais sa maturité, sa 1)1 udence, sa dou.ceur, sa tendre piété, sa régularité exemplaire, son attachement à sa vocation, lui avaient concilié Testime et l'affection de tous ses confrères. Il avait de plus mérité le suffiage du P. de Tournely luimême ; car le P. de Grivel, voyant la maladie du vertueux supérieur s'aggraver de plus en plus, lui demanda avec simpliciti' quel vliùi celui (pril voudrait

d'un culte spécial cl d'un tendre auiour, et son zcle industrieux s'employa à propager cette aimalde dévotion.

C'en est assez pour faire a[)précier le mérite et I s\crtus du respectable fondateur de la Société du Sacrc-Cann- de Jésus. A ceux qui pourraient soupçonner queliiue exagération dans ces éloges, nous citerons le témoignage de deux, hommes dont l'autorité ne saurait être récusée. Mgr de la Fare, évèque de Nancy et depuis cardinal, s'écria en apprenant la mort du I\ de Tournely : C'est une verte irréparahie pour la religion. M. Emery, qui , pendant quatre ans au séminaire, l'avait formé à la vie spirituelle, et à qui il avait ouvert son àme tout entière un an avant sa mort , renchérit encore sur cet éloge : « J'ai connu bien des lionmies éminents en vertu, écrivait-il dans deux lettres adressées Tune à la Société du Sacré-Cœur, l'autre à la famille du défunt ; j'ai connu bien de saintes âmes ; j'ai lu les vies d'un grand nombre de saints, et je puis déclarer n'avoir jamais rencontré une àme plus embrasée du feu sacré de l'amour de Dieu que celle de mon cher Tournely. » « Dans toute autre bouche que celle de M. Emery, ajoutait le P. Varin, en rapportant ces paroles, j'aurais trouvé là une teinte d'exagération. Mais connaissant toute la prudence du judicieux supérieur, sa sagesse, sa modération, sa discrétion parfaite, je restai convaincu que ce jugement était un honmiage rendu à l'exacte vérité. ->

avoir pour successeur, si Dieu l'appelait à lui : u Cost le P. Yariii, » avail-il répondu sans hésiler. Le P. Varin en efft t possédait plus qu'aucun autre l'esprit qui avait dirigé le P. de Tournely : il avait été son plus intime confident et comme le dépositaire de tous les sentiments de son cœui'. 11 fit les plus vives résistances pour décliner le fardeau, et il ne céda qu'à un ordre formel de l'assemblée. L'élection faite, on se réunit à la chapelle pour chanter le Te Deum en action de grâces.

Le changement de supérieur n'en apporta aucun dans la maison. Même ordre dans les exercices, même esprit dans la direction, même obéissance de la paît des inférieurs, même cordialité entre tous. On regarda avec raison comme un gage de la bénédiction du ciel la confiance, l'union et la régularité qui continuèrent à régner parmi les membres de la Société.

Cependant le P. Varin ne tarda pas à reprendre les projets que le P. de Tournely avait formés, et dont sa mort était venue suspendre l'exécution. Celui qui tenait le plus au cœur du vénérable défunt, c'était de soumettre les règlements de sa Société à l'approbation du saint-siége. Des démarches avaient déjà été faites dans cette vue. On avait rédigé, du vivant même du P. de Tournely, un mémoire qui devait être envoyé au Souverain Pontife.

Ce mémoire était à peu près semblable à la formule que saint Ignace avait présentée à Paul IIL On y exposait le genre de vie des Pères du Sacré-Cœur, le but qu'ils se proposaient, et les moyens qu'ils dési-

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raiciu prendre pour ratteiiidie. En même temps Sa Sainteté était priée de statuer sur leur sort. Pour donner plus de poids à celte demande, on avait résolu de sollieiter une attestation des évèques de France en faveur de la Société naissante. Le cardinal Migazzi et révèque de A'ancy avaient signé les premiers. Le P. Varin poursuivit avec zèle re\('Cuiion de ce projet. Le P. Sinéo délia Torre *, entré dans la Société Iniil jours après la mon du P. de Tournely, les Pl\ de i>ioglie, de Grivel et Leblanc partirent pour Constance, et se présentèrent à Mgr de Juigné dont plusieurs d'entre eux étaient déjà connus. Le prélat les icriii avec bon(('', approuva et signa le mémoire, ainsi (pie

^ Joseph Sinéo (k'IUi Torre, né le 21 octoltre ITCI , était t'ils du gouverneur de Turin. Élevé au sacerdoce, il s'attacha au 1>. Diesbach , ancien jésuite, et chef d'une association pieuse, connue sous le nom de rAmitié chrétienne. Le but de ceUe association était surtout d'établir dans les iirincipales \illos des bibllotlièiiues de bons livres. Le jeune Sinéo s'empressa de s'associer à cette o'uvrc -, et le P. Diesbach, après l'avoir formé avec soin , l'envoya à Vienne pour y fonder une biJjUollièque qui devint bientôt considérable, et produisit de merveilleux fruits. M. Sinéo jouissait à Vienne d'une grande réputation de science, de prudence et de piété. Le cardinal Migazzi l'avait choisi pour examinateur de son clergé. Entré dans la Société du Sacré-Cœur, et ensuite dans celle de la Fui , lors de la fusion des deux Sociétés (V. chap. vn^, il fut chargé des emplois importants de provincial , de recteur et de préfet des études, soit en Allemagne, soit à Kome, soit en Suisse. Le P. Sinéo fut le promoteur le plus ardent de la réunion des Pères de la Foi de Suisse avec les jésuites de Russie {Notice n" 19\ Rappelé plus tard en Italie, il y remiilit diverses charges, entre autres celle de provincial en 1820, celle de recteur dn 183G, et mourut au collège de Tivoli, le 5 octobre 18i2, à l'âge de quatre-vingt-un ans. (Voyez Histoire de la Compacjuie de Jésus par Crétineau-Joly, 3* édit. t. VI, p. i7,8G.)

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tous les autres évèqups présents à Constance. Les quatre Pères se séparèrent ensuite. L'abbé de Brogiie alia successivement à Munster, à Paderborn, à Pyrmonl, à Mittau pour solliciter l'approbation des évèques réfugiés dans ces contrées, tandis que les autres se rendirent à Fribourg en Suisse pour le même objet.

Ces démarches furent couronnées d'un plein succès, et vingt-cinq ou trente évèques signèrent l'écrit en faveur de la Société. I\Iais les premiers troubles de Rome causés par l'invasion des armées françaises, et bientôt après la captivité de Pie VI, mirent obstacle à l'envoi de cette lettre. Ce ne fut que le l*^"" août 1798, jour de la fête de saint Pierre-ès-Liens, qu'on crut pouvoir l'adresser à Florence où le Saint-Père, quoique détenu, communiquait néanmoins au dehors pour les affaires de l'Église K Le P. Yarin désirait aller se jeter en personne aux pieds du Pape. ■Mgr Ruffo, nonce de Sa Sainteté à Vienne, l'en dissuada et se chargea de faire parvenir la lettre à Florence. Ce prélat et le cardinal jMigazzi, protecteur déclaré de la Société, joignirent à cet envoi des lettres particulières, où ils comblaient d'éloges les membres de la Société naissante, et les lecommandaient à la bienveillance paternelle de Sa Sainteté.

Le P. Varin ne reçut qu'au mois de septembre sui-

^ Pie VI fut enlevé de Piome le 20 février 1798, et renfermé au couvent des Auiiuslins de Sienne. Le 25 mai suivant, il fut transféré à la Chartreuse de Florence. On l'en lira le 27 mars 1799 pour le conduire à Valence, où il arriva le 14 juillet suivant. Il mourut dans celte ville le 29 août de la même année 1799.

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vaut la réponse de Pie VI. Le \(''néiablc pontife cxpriniait la consolation qn'il avait lessentic à la lecture des lettres et du nicnioire; il applaudissait à la lorniation de la Société et au l)ut (iu"elle se proposait; il ajoutait ensuite ces paroles remarquables : « Xous esp(''rons que vous contiàbuercz i)ui-saninicnt à consoler l'Église dans l'clat de désolation ou elle est plongée, cl à lui concilier tant d'ennemis cjui la persécutent. Poar cela de grands tj-avanx vous attendent, et la tâche que vous ave/, à riMuplir est laborieuse cl diflicile. Préparez -vous-y jiai' la jjiicre, jiai' la pratique des vertus et pai l'étude. Puui'prixde vos soins et de vos fatigues, n'attendez sur la terre que des tribulations et des souflVances ; mais si vous êtes fidèles, un poids immense de gloire vous est rc'servé dans les cieux. Vous avez agi sagement en ne venant pas nous trouver. Les circonstances fâcheuses des temps présents, et les orages qui agitent le vaisseau de l'Église ne le permettaient pas. Mais nous envoyons par la même occasion à notre chei- llls le cardinal Migazzi des pouvoirs particuliers , en vertu desquels il fera à votre égard ce qu'il ne nous est pas donné de faire actuellement par nous-mêmes, llegardez-le comme l'organe de nos volonK-s pour ce (jid vous concei'ue. Priez poui' l'Église ; priez pour son chef ; espérez dans le Seigneur, et recevez 1j bénédiction apostolique que nous vous donnons comme gage de notre tendresse '.»

^ Nous n'()>ons afliiincr que ces paroles expriniPiit le fe\te iiièiue (lu liief que Pie VI adressa aux Pères du Sacré-t^œur. L'urigiual eu a été malheureusement perdu, ainsi que quelques autres pièces fort

70 VIE DU R. P. VARIX.

On comprend avec quel religieux respect les Pères (lu Sacrc-Qeiu' reçurent ce bref du Vicaire de Jésus- (>hrist, de que'Ie joie el de quelle consolation leurs cœurs furent inondés. Ils le lurent à genoux et l'arrosèrent de leurs larmes, se pi'omettant de travailler avec une nouvelle ardeur à réaliser les espéi'anccs nianifeslées par le Saint-Père. Le P. Varin le comnuiniqua au cai'dinal Migazzi, qui avait lui-même reçu les dépèches du Saint-Peie. Des lors le prélat l'egarda plus que jamais les membres de la Société comme ses enfants. Il leur témoigna en toute occasion la tendresse d'un père et une bienveillance qui ne se démentit pas. Il fut leur oracle dans toutes les affaires importantes qu'ils eurent à traiter.

Cependant le voyage des Pères en Allemagne et en Suisse n'avait pas été inutile au progrès de la Société, beaucoup de postulants se présentèrent pour partager leur genre de vie. Seize d'enti'e eux furent admis, et on leur assigna la ville dAugsbourg pour rendez-vous-. De ce nombre était Jean-Louis Kozaven ^, mort à Home en 1851, assistant des provi;ices de France. La prudence ne permettant pas de réunir un si grand nombre de religieux à Ilageiibrunn, le P. Varin sollicita et obtint du comte de Pergben, préfet g(''iiéral

intéressantes relatives à la méir.e Société. Mais la mémoire des anciens Pères en a conservé rulèlcmcnt le sens, la phifûut des idirasts et même des expressions. Elle avait laissé dans lenrs cœurs une impression trop profonde pour qu'ils pussent en jamais perdre le souvenir. Plusieurs d'entre eux. en avaient tiré des copies. On n'a pu s'en procurer aucune.

'■ Xotice n" S.

de la police, rauloi'isafioii de former un second étabiissemeni à Prague. Une parlie des nouveaux postulants y fut envoyc'e. L'archiduchesse Marie-Anne prit ce nouvel établissement sous sa prolcclion, et loninit à toutes les d(''penses avec une bonté toute maternelle.

Quelques auti'es des nouveaux membres furent dirigés sur Ilagcnbi-unii. (vUv maison sendjja prendre alors un nouvel essor. Lf nom])i (^ de ceux qui la composaient fut doublé et s'(''leva jusqu'à vingt-cinq. Ils s'appliquaient avec ardeur à 1 étude de la langue allemarjde pour se n^eltre en étal d'exercer le saint ministère, se livraient en même temps à (pielques œuvres de zèle, et allaient dire; la messe dans les paroisses voisines, où ils prêchaient quelquefois; et Dieu couronnait ces essais des plus consolaiîtes bénédictions.

On avait aussi ouvert un pensionnat. Un ancien jésuite vint se joindi'<' à la petite troupe. Le P. beauregard ^ lui-même, qui demeurait au château de Gi'oning, en Souabe , clie/ la princesse Sophie de Hoheidohe, ayant entendu dire que lesji'suites se rélablissiient, desiia finir ses jours dans la nouvelle Société : mais le P. Varin ci'ut qu'il sérail plus utile dans sa position présente, et en vue d'un plus grand l)ien, il aima mieux se priver des lumières d'un homme aussi éminent. Peu à peu des études régulières furent oi'ganisées à Hageidjrnnn -. L'ouverture

^ Notice n"9.

" Le P. Rozaven enseignait la philosoiiliie et le P. Sinéo la théo-

lui;ie.

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des cours eut lieu à hi fin de 1798. On préluda par un exercice public auquel on donna une ceiiaine solennité.

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