‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 6 sur 23 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Paccanaii. — Société de la Foi de Jésus. — Pn-jels de réunion. — Détenlion des Pères de la Foi au château Saint-Ange. — Réunion de la Société du Sacré-Cœur avec celle de la Foi.

Tandis que la Société du Sacré-Cœur grandis>aitet se fortifiait en Allemagne, sous la direction du P. Varin, une Société semblable s'était formée dans la capitale du monde chrétien. Elle avait commencé à Rome au mois d'août 1797, et se proposait, comme la première, la reconstitution de la Compagnie de Jésus. Cette Société, dont Ihistoire se rattache si étroitement à celle du P. Varin, reconnaissait pour fondateur et pour son chef IVicilas Paccanari, clerc tonsuré du diocèse de Trente.

Paccanari, né d'une famille honnête, mais peu aisée, dcValsugana, aux environs de Trente, avait été élevé chrétiennement, mais n'avait fait aucune étude. Il se destina d'abord au commerce, puis il embrassa la vie militaire et fut sergent dans la garnison du château Saint-Ange ; ensuite il reprit le commerce : trompé par un associé, il se trouva réduit pour vivre à montrer quelques curiosités de ville en ville. Au milieu de

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toiilcsccs viscissiliides, il avait conservé ses i^oùls religieux. ÉiaiU revenu à Rome, il fréquenta l'oratoire fondé par le P. Gravita, vulgairement connu sous le nom de Caravita K Quelques conlVères. pour imiter le zèle des jésuites dans leurs missions, enlreprirent de catéchiser et d'instruire les gens de la campagne ; ils s'assemblaient fi'équemment pour d('libér(;r sur leurs proji is, et il leur vint en i)ensée qnils ])ourraient i(''lal)lir les jésuites sous un autre nom. Paccanai'i, qni était comme eux un pieux laïque, et qui d'abord s'était proi)Osé d'entrer dans l'ordre des carmes, pour se consacrer aux missions étrangères, se crutappcléà faire revivre la Compagnie de saint Ignace, sous le nom de Société de la Foi de Jésus. Ses talents naturels, sa pénétration, sa facilitéàparler la langueilalienne, suppléaient en lui au défautd'instruclion. Il communiqua à ses amis l'ardeur dont il était embrasé. Ils s'adjoignirent quelques prêtres : c'étaient Joseph délia Vedova, docteurde la Sapience, et deux ecclésiastifpies fiançais, lîalnat % du dioc"-se de Rennes, et Epinelte, du d'O-

■ On .Tppelle on Ila'ie du nom d'uraloiros les associali(ln^ qui s'assemblent dans une clinpclle ou un oratoire. Le I\Gra\ita, jésuite zélé, avait, formé à l»omc une réunion de confrères pris dans les diverses classes de la société, et qui s'étaient toujours distingués l>ar leur nombre et par leur ferveur, même après la suppression de la Compagnie de Jésus. On disait vulgairement qu'un confrère de i'oratoire du Caravita ne pouvait être bon chrétien à demi, et qu'il fallait ou quitter l'oratoire, ou tendre à la perfection.

- Halnat, missionnaire à Madagascar, était venu à Home pour oflrir yQ.< hommages au Souverain Pontife, et pour l'instruire de l'état ce la religion dans cette i!e. Il fut un des premiers cjmpagnons du !*. Paccanari. A'nycz 'jliap. U'.j

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cèse (lu Mans; tous reconnaissaient Paccanai'i pour leur chef. Doué d'une mémoire heureuse, actif, entreprenant, mais peu formé aux exercices de la vie intérieure €t aux pratiques des communautés, Paccanari n'était peut-être pas inaccessible à des idées d'ambition. Peut-être aussi fut-il ébloui par le rôle subit qu'il se vit appelé à jouer. On ne peut douter néanmoins que ses premières intentions n'aient été pures. Malheureusement pour lui, il n'eut jamais l'occasion de vivre sous l'obéissance religieuse, ni par conséquent de dompter son caractère impétueux el de plier sa volonté.

Quand il se vit à la tète de quelques compagnons, et avant que de mettre la dernière main à son projet, il entrepi'it le pèlerinage deLorette, pour réclamer le secours de la sainte Vierge, pour méditer à loisir et devant Dieu sur les moyens de parvenir à son bul. et pour se préparer par la retraite et la pénitence à l'accomplissement des desseins de Dieu. Après avoir tracé brièvement les règles de conduite que devaient suivre ses compagnons pendant son absence, il partit de Piome, et arriva à Lorettc au commencement de mars 179G. Logé chez un paysan à un quart de lieue de la ville, se contentant de la nouriiture gro>sièie qu'on lui donnait par charité, il allait tous les jours de grand matin entendre plusieurs messes à la Sainte- Chapelle, el y passait la plus grande partie du jour en oraison. Le reste du temps était consacré à la lecture des livres de piété. Plusieurs fois par semaine, il s'approchait de la sainte table. Il avait choisi un dircc-

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leur éclaire qui, l'ayant suirisaninient éprouve', entra dans ses vues sur le rétablissement de la Compagnie de Jésus, et lui donna de sages avis pour sa direction et pour celle de ses compagnons.

Il avait passé onze mois environ à Lorette, lorsque, pressé par ses compagnons restés a Rome de venir les rejoindre et de donner une forme à l'œuvre' commencée, il (juilia le sanctuaire de Lorette. M;iis avant de se rendre à Kome, il voulut visiter à Assise le tombeau de saint François. Il demeura encore près de cette ville environ quatre mois, suivant à peu près le mémo genre de vie qu'à Lorette. Il profita de ce séjour pour consulter le P. Tempio, ancien général des cordeliers, personnage d'une grande réputation de sagesse et de piété, qui approuva ses projets. Paccanari retourna enfin à Rome au mois de mai 1797.

Il y trouva ses compagnons toujours pleins de ferveur et brûlant du désir de mettre leur projet à exécution. Après avoir de nouveau consulté Dieu dans la prière, et obtenu l'approbation des personnages les plus graves et les plus éclûrés, entre autres celle du cardinal délia Somaglia, vicaire de Sa Sainteté, ils résolurent, pour donner plus de stabilité à leur Société naissante, de procéder régulièrement à l'élection d'un supérieur et de s'engager par des vœux. Paccanari fut élu la veille de l'Assomption 1797. Le lendemain, ils se rendirent dans la chapelle du Caravita, et à la fin de la messe célébrée par l'u.n d'entre eux, le P. délia Vedova, ils firent les vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et de soumission au Souverain Pontife.

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.Uisqiic-là ils vivaient isolés les uns des autres et uc se ^éullis^aient qu'une fois ou deux par semaine ; mais ils éprouvaient le besoin d'avoir une maison pour s'y constituer en communauté religieuse et y vaquer en silence à la prière et à l'étude. Un pieux genlilhomme, le chevalier Piangiani, dont le fils entra plus tard dans Ja Compagnie de Jc'sus, offrit de les recevoir dans une maison de campagne, située sur une colline à un quart d'heure de la ville de Spolelte. Divers incideuis retardèrent le départ pour Spolelte jusqu'à la iin de décembre, et les Pères ne purent s'établir dans la campagne du chevalier Piangiani qu'au commencement de janvier 1798. Ils firent le voyage à pied et revêtus de l'habit de l'ancienne Compagnie. Arrivés dans leur solitude, ils se livrèrent avec zèle aux exercices de la vie intérieure. Paccanari les animait par ses exhortations, et leur ferveur allant croissant, il fut nécessaire d'y mettre des bornes pour prévenii'de pieux excès.

Paccanari profita de son séjour à Spolette pour aller avec un de ses compagnons visiter le Pape détenu à Sienne dans le couvent des Augusiins, et solliciter l'approbation au moins provisoire de sa Société. Pic VI les accueillit avec une grande b^nté, les encouragea, leur accoi'da plusieurs faveurs spirituelles dans un rescrit où il leur donnait le nom de Compa- ^gnie de la Foi de Jésus, et leur recommanda les élèves du séminaiie de la Propagande que les révolutionnaires venaient d'expulser de leur maison. A ces témoignages de bienveillance, le Saint-Pèi'C en ajouta

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d"aiilr('S encore : il ortionna à rarcliovL'que de Sienne deoi'irc do sa part des lellrcs de reeommandalion, en faveur du P. Paccanari, au palriarchc de Venise el à tous les nonces qu'il pourrait rencontrer dans ses voyages; en un mol, il n'omit rien de ce qui pouvait favoriser les progi'ès do rAssueialion.

( 'ombles des faveurs du Saint-Père, P.ccaihiii el son compagnon r(qMirenlla roule de Spolclte. Paccanari ne s'y ari'èla que quehpies jours, et il s'empressa d'aller à Home pour recueilli!' les élèves de la Propagande que le Pape avait conlit'S à ses soins, et qu'il avait même autori>és à entrer dans la Société de la l'oi, nonobstant le sei'ment qui les liait à la Propagande. Il lit trois fois le voyage de Rome pour la conclusion de cetie affaii'e, et il touchait au moment de la conclure, lorsqu'il fut arrêté comme susprct par ordre du gouvcrneuient républicain, et renfermé au château Saint-Ange avec le P. Ilalnat , son compagnon. Presqu'en même temps, on arrêta aussi tousses confrères à Spolctte : ils furent amenés à Piomc et enfermés également au cliùleau Saint-Ange. On instruisit leur pi'ocès ; mais comme aucune charge ne pesait sur eux, il ne leur fut pas difficile de prouver (ju'ils étaient innocents. D'ailleurs leur vie tout apostolique dans la prison dunt ils avaient fait une école de vertu, disposait favorablement les juges en leur faveur. Enfin l'évêque de Spolette rendit le plus éclatant témoignage à leur conduite édifiante, peu.iant les huit mois qu'ils avaient passés dans son diocèse, et assura avec serment qu'ils y avaient toujours paru

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(Hraiigers à toute intrigue politique. Après une détention de quatre mois, ils furent remis en liberté à condition que les étrangers quitteraient le teriiloire de la république romaine. Ils partirent , emmenant avec eux quelques élèves de la Propagande, et la plupart se rendirent dans le duché de Parme où la protection du duc Ferdinand leur offrait un asile assuré, et où la présence de plusieurs anciens jésuites leur faisait espérer un bienveillant accueil.

Cependant le P. Halnat, pendant son séjour à Fiome, avait appris par l'abbé Pey , qui continuait à être le directeur du P. de ïournely et le conseiller des Pères du Sacré-Cœur, que plusieurs prêtres fiançais étaient réunis en Allemagne dans le dessein de faire revivre rïi]stitut de saint Ignace. Cette ouverture du vertueux abbé inspira à Paccanari la pensée de fondre en une ces deux Sociétés qui se proposaient le même but et agissaient par les mêmes moyens. Récrivit donc dans ce sens à l'abbé Pey, le priant instamment de s'entendre avec le supérieur des Pères d'Iiagenbrunn, pour travailler à cette réunion. On entama une négociation. Des lettres furent échangées de part et d'autre ; mais on ne tarda pas à reconnaître qu'une affaire de cette nature cl de cette importance ne pouvait être traitée et menée à bonne fin par correspondance, et qu'une entrevue était l'unique moyen de la terminer.

Paccanari fit donc écrire au P. Varin, vers le mois de juillet 1798, qu'il allait se mettre incessamment en route pour Ilagenbrunn, qu'il n'y arriverait pas cependant avant la fin d'octobre, ayanià régler certaines

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îifTaircs à Parme et à Venise. ]Mais Paceanari venait d eli'c arrêté à Rome. Au lieu de le voir ariiver à Pépoqne indiquée, on reçut de lui à Ilagenbrunn une icitre datée de Rome; elle renfermait trois diplômes par lesquels il recevait dans la Société de la Foi de Jésus les nieml)res de la Société du Sacré-Choeur, et îeur communiquait tous les pouvoirs qu'il disait avoir reçus du Saint-Siège pendant son st'jour à Sienne, au mois d'avril de cette année 1798. Il ('-tahlissait en même temps le P. Varin supérieur de la Socic^té en Allemagne. Une pièce aussi extraordinaire et expédiée sans aucune explication surprit étrangement les Pères d'Iïagenbrunn. Cette démarche parut une espèce de dérision et presque un acte insensé. On avait mèiue renoncé à tout espoir de réunion, lorsque, au mois de février 1799, le P. Varin reçut une nouvelle lettre de Paceanari. Il y annonçait sa détention et celle de ses compagnons au château Saint- Ange, et sa mise en liberté au bout de quatre mois. Il ajoutait qu'il allait enfin se diriger vers l'Allemagne et qu'il espérait être rendu à Vienne vers le commeneement d'avril. Il priait le P. Varin de regarder comme non avenue la pièce qu'il lui avait adressée précédemment, pi'omettant de lui expliquer de vive voix les motifs qui l'avaient déterminé à prendre une mesure si singulière en apparence. Cette lettre dissipa les préjugés défavorables qu'avait fait naître l'envoi des diplômes. On attribua à la captivité du chef et des membres de la Société de la Foi ce que ces pièces avaient d'étrange. Elfeclivement le P. Paceanari, se

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voyant eiilLTiiié avec les siens sous la prévention de trames politiques et de conspirations contre-révolutionnaires, et ignorant quelle serait l'issue de son procès dans un moment où l'on n'épargnait aucun de ceux qui passaient pour être opposés à la nouvelle république romaine, avait jugé prudent de communiquer ses privilèges aux membres de la Société du Sacré-Cœur ; il ne pouvait le faire qu'en les admettant dans sa propre Société.

On reprit donc à Ilagenbrunsi et sérieusement l'aifaire de la réunion. On fit, à cette intention, des prières particulières. On consulta des personnages sages et surtout l'archevêque de Vienne ; M. Pey et !c P. Halnat écrivii'cnt de nouveau au P. Varin. Le P. lïalnat surtout entrait dans certains détails relatifs à la détention au château Saint-Ange, et il donnait de grands éloges au zèle, à la pénétration, à la prudence et aux autres qualités du P. Paccanari.

Paccanari, de son côté, ayant, comme nous l'avons vu, recouvré sa liberté, s'était rendu à Florence. Admis de nouveau à l'audience de. Pie VI, il en obtint de nouvelles faveurs pour la Société de la Foi. Le Saint- Père lui parla du mémoire qu'il avait reçu d'Iïagenbrunn, et l'engagea à faire le voyage de Vienne pour opéier la réunion des deux Sociétés : Car, ajouta le Pontife, puisque vous vous proposez les uns^t les autres d'atteindre le même but par les mêmes moyens, il convient de vous réunir pour ne former qu'un même corps, et doubler ainsi vos forces I Ce mot de Pie Vî devait être d'un grand poids et exercer une influence

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Lk'cisivc sur la drtciîniiialioii du P. Vaiin cL de ses compagnons 5 en même temps il eonlirma Paceanari dans la pensée de travailler de toutes ses forces à la fusion des deux Sociétés. Celle fusion était d'ailleurs l'objet de ses vœux les plus ardents. Sa j)elite Société ne comptait que trois prêtres et à peine vijigt personnes. Il n'avait pas trouvé dans les anciens jésuites de Parme, ni plus tard dans ceux de Venise, le concouis au(|uel il s'attendait. Ces Pères, apiès Pavoii' accueilli avec une grande bienv( illancc; et lui avoir même procuré des secours d'argent, n'avaient pas lardé à s'apercevoir qu'il ne se prêterait que ditricilcment à une réunion avec les jésuites de Kussie. I.^ès lors ils s'étaient éloignés insensiblement, et avaient Uni par le regarder plutôt comnie m\ obstacle au rétablissement delà CompLignie de Jésus. Dans cette espèce d'abandon, son union avec la Société du Sacré-Cœui' lui paraissait le seul moyen de consolider celle dont il était le chef.

Il se mil donc en route pour Vienne, emportant des lettres des nonces de Florence et de Venise, adressées au nonce de Vienne, et deux autres lettres du pairiarclie de Venise à lempereur pjiuieois II, el au baron Tugutti, son premier minisire. Toutes ces lellres faisaient un grand éloge de Paccanaii el recommandaient son œuvre.

Parti de Venise le 1^ mars, el ariivé à Vienne le 3 avril 1799, le P. Paceanari était à Ilagenbrunn dès le 7 du même mois.

Les Pères du Sacré-Canir le reçurent avec joie,

mais avec une ccrlainc réserve. Il produisit des témoignages non équivoques de la bienveillance du Saint-Père. En même temps le cardinal Migazzi et le nonce à Vienne firent connaître les intentions du Pape. En présence d'autorités aussi graves, toute hésitation devait disparaître. On ouviit le 9 avril des conférences relatives à la réunion. Elles eurent lieu deux fois par jour pendant dix jours entiers. Tous les profès du Sacré-Cœur y prirent part. Cette importante affaire fut discutée avec lenteur et maturité, et examinée sous toutes ses faces. Chacun eut lalibcriéde présenter ses difficultés et ses objections, et on ne passait à une nouvelle objection que quand la précédente avait été résolue à la satisfaction des deux partis. Chaque jour le P. Yariii, accompagné du P. Sinéo, son assistant et son interprète (le P. Paccanari ne savait ni le français ni le latin), allait trouver le P. Paccanari, lui communiquait le résultat des conférences; et celui-ci, après y avoir réfléchi, faisait ses observations, admettait ou improuvait les résolutions prises, souscrivait ou modifiait les conditions, ainsi qu'il le jugeait plus utile. La séance suivante commençait par Fexamen des réponses et des observations du supérieur de la Société de la Foi. Si l'on croyait devoir insister sur quelque article et faire de nouvelles observations, le P. Yarin les communiquait au P. Paccanari et rapportait sa réponse. Quand la question était enfin résolue, on passait à un autre point de délibération qui était débattu de la même manière. La dernière question à résoudre était décidée d'à-

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-vance par loiil ce qui avait précédé. On n'avail pas mis en délibération si la Société de la Foi se réunirait à celle du Sacré-Cœur, ou si celle-ci entrerait dans celle de la Foi. Les privilèges que la dernière avait reçus du Saint-Siège, la mission que Pie VI avait donnée à Paccanari, quchiues autres raisons <}ncore d'une moindre gravite'' avaient décidé les Pères du Sacré-Cœur à entrer dans la Société de la 1 oi. Il n'y avait plus qu'à reconnaître Paccanari pour supérieur. On avait lieu de penser d'un coté qu'il ne consentirait pas à voir le P. A'arin ou tout autre gouverner à sa place ; de son cùtèlc P. Varin n'aspirait qu'à su voir décliargé d'un fardeau qu'il regardait comme au-dessus de ses forces. Il est vrai que ces dispositions opposées de la part des deux chefs étaient et paraissaient à plusieurs une raison de préférer celui qui se croyait le plus indigne : néanmoins le désir devoir la réunion s'opérer engagea les Pères du Sacré-Cœur à faii'c taire les sentiments d'aliacliement et de vénération dont ils étaient pénétrés pour leur supérieur, et à renoncer à un choix qui eût mis un obstacle peut-être insurmontable à la conclusion : tous consentirent à accepter Paccanari pour chef.

Toute discussion étant donc terminée, le P. Varin assembla les profès du Sacré-Cœur pour la dernière fois ; après avoir fait la récapitulation de toutes les délibérations, il recueillit les suffrages, et le dépouillement du scrutin constata l'unanimité en faveur de la réunion. Le P. Varin, à la tète de tous les profès, alla annoncer cet accord unanime au P. Paccanari j

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il en parut vivement touché, et il exhorta les Pères à rendre à Dieu de sincères actions de grâces. C'était le Xi) avril. On convint que la réunion s'opérerait le IS. On fit connaître à ceux qui n'étaient pas profès la conclusion des discussions précédentes ; ils y applaudirent avec joie.

Le 18, vers sept heures du matin, la communauté s'assembla chez le P. Varin pour le remercier de tout le bien qu'il avait fait à la Société du Sacré-Cœur : tous étaient émus. Après quelques paroles en rapport avec la circonsiai.ce, ou se rendit à la chambre du P. Paccanari : prenant le P. Varin à sa droite, il s'avança vers la chapelle, en commençant le cantique Benediclus Dominus Dciis Israël, qui fut continué à deux chœurs jusqu'au pied de l'autel. Après le chant du T eni., Creator et une messe solennelle du Saint- Esprit célébrée par le P. Varin, celui-ci, au nom de toute la Société du Sacré-Cœur, reconnut le P. Paccanari pour supérieur général, et confirma la nomilion faite par la Société de la Foi. Les profès de la Société du Sacré-Cœur renouvelèrent leurs vœux entre ses mains et lui promirent obéissance. On chanta le Te Deum en aciion de grâces, on se donna l'accolade fraternelle en signe d'union des esprits et des cœnirs, et Paccanari fit lire un décret qui établissait le P. Sinéo délia Torre provincial d'Allen:iagne, et le P. Varin recteur du collège d'IIagenbrunn.

Nous sommes entrés dans quelques détails sur les circonstances qui ont amené et^ accompagné cette réunion, afin d'expliquer la conduite du P. Varin'quc

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Ton pom'i'ail, à en juger [)ai' les ri'SuUals, ùlro lenlc de taxer de préeipiiaiion et d'inipnidenee. Puisque quelques années plus tard on se erut obligé de se sousli-aire à l'auloiité de eelui au piel on s'i'tait soumis, et qu'un peu i)lus tard eneore il mérita d'élro frappé par le Saint-Siège, n aurait-on pas du agir avec plus de circonspection, plus de lenteur, plus de sagesse, et prévenir par là un si fâcheux dénoument?

Mais d'abord, an Ta vu par tout ce qui ce précède, la maturité et la réserve avec laquelle le P. Varin et ses confrères procédèrcjit dans toute cette affaire, exclut même l'idée de pi'éeipilation et de légèreté. Et puis les Pères du Sacré-Cœur pouvaient-ils, au moment de la réunion, prévoir et raisonnablement craindre les événements (\m en furent la conséquenee? Us ignoraient ce qui s'était passé entre les jésuites de Parme et de Venise et le P. Paccanari. Ils voyaient au contraire dans le supérieur de la Soeiété de la Poi un homme auquel le P. lïalnat et l'abbé Pey lui-même, leur conseil et leur ami, donnaient les plus inaguih(iues éloges. A la vérité, il n'avait point fait d'études; mais la pénétration de son esprit, la justesse de ses raisonnements, sa prudence, son expérience, éclataient dans la discussion et le maniement des affaires. Il se présentait environné de l'estime des personnages les plus émincnisen vertu, en scienee et en dignité. Des prélats, des évèqnes, des cardinaux, Pie YI même, qui lui avait accordé un grand nombre de privilèges, le regardaient comme l'instrument dont IJieu voulait se servir pour consommer cette œuvre.

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Enfin, et celte raison ])arut péi'cmptoirc au P. Varin et à ses compagnons, Paccanai i était à leurs yeux un homme revêtu d'une mission spéciale du vicaire de Jésus-Christ pour opérer \à l'éunion des deux Sociétés. Eu fallait-il davantage pour produire dans les Pères du Sacré-Cœur une intime conviction que Dieu voulait cette réunion, et qu'on vain ils piéicndraient désormais procurer sa gloire et accomplir ses desseins sur eux par d'autres moyens ? De là cette conformité de sentiments et cette unanimité de suffrages quand il s'agit de décider la question. Il est aisé de s'ériger après coup en censeur d'une mesure dont les résultats n'ont pas été satisfaisants sous tous les rapports ; mais on ne peut sans injustice inculper ceux qui y ont coopéré, lorsqu'ils ont pris toutes les précautions que suggère la prudence selon Dieu, surtout quand cette mesure entraînait avec elle le sacrifice le plus pénible.

Sous la direction du P. Paccanari, la communauté d"Hagenbrunn prit une tout autre, face. On y donna moins de temps aux exercices de pitié etplus à l'étude, particulièrement à celle de la langue allemande, dans laquelle plusieurs firent eu peu de temps des progrès rapides. Ayant remarqué que les Pères du Sacré- Cœur ne s'étaient pas assez exercés à parler en public, il les faisait prêcher presque tous les jours au réfectoire, et ne leur donnait que peu de temps pour se préparer. Si les changements se fussent bornés là, on y aurait universellement applaudi ; mais le nouveau supérieur introduisit d'autres usages qui furent loin

d\'lre cgal'iiiom goùlés. Sous prclexteque les Pures du Sacré-Cœur menaient une vie trop concentrée, que leur modestie paraissait outrée, et que leur recueillement mal entendu devait paralyser l'énergie de leur zèle, il les poussa à un extrrme opposé. Il prolongea les récréations quelquefois au delà de deux et trois lieures, même celle (jui suivait le souper. Il établit des jeux, des courses et autres divertissements plus convenables à des écoliers qu'à des religieux. Cette conduite suscita des plaintes et des réclamations. Paccaiiari qui en l'ut informé expliqua ses motifs. On rendit justice à ses intentions; cependant on n'en désapprouva pas moins les moyens étranges auxquels il avait recours. Cetétatde choses ne dura quequelques mois, mais il laissa dans les esprits des impressions fàclieuscSj que justifièrent trop bien les écarts dans lesquels donna bientôt le nouveau supérieur général.

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