‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 7 sur 23 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'artliiducliesse Marie-Anne d'Autriche. — Zèle et délauls du P. Paccanari.

La bienveillance et Tintéièt dont le P. Varin et la Société du Sacré-Cœur avaient été l'objet de la part des personnages les plus distingués, furent continués au P. Paccanari, devenu supérieur général des deux

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Sociétés. ^hn> la protcciiuii la i)liis puissaïUc cl la plus dcvoucc fut celle de rai'cliid'.iclicssc Marie-Anne d Autriclîc, à qui la piinccsse Louise de Condé avait recommandé les Pères. Le P. Varin s'était mis en relalion avec rarchiduchesse, surtout depuis rétablissement de la maison de Prague. ïl l'informa de tout ce qui s'était passé dans raffairc de la réunion. L'archiduchesse vivait à Prague dans la retraite et dans les cxercic' s de la plus fervente piété. Sa cour ressemblait plulotà une communauté religieuse qu'au palais d'une princesse ; aussi di'puis longtemps elle aspirait à la vie religieuse. Le P. Varin, qui connaissait ses disposilioiîs, avait eu la pensée d'en profiler pour commencer la fondation d'une congrégation de religieuses consacrées à l'éducation des jeunes personnes.

Dans sa lettre à la princesse, le P. Varin insistait sur cette œuvre, qui ne put se réaliser que plus tard, et en faisant l'éloge du P. Paccanari , il ajoutait qu'il s'était entretenu avec lui d'un semblable proje t formé en Italie l'année précédente. Prévenue favorablement parcelle letti'c, l'archiduchesse reçut avec toute sorte de marques d'< sliiue et de bienveillance le P. Paccanari qui, accompagné du P. Varin, alla lui rendie visite au commencement du mois d'août 1799.

Les entretiens qu'il eut avec la princesse et les deux demoiselles Naudd, ses dames de compagnie, justifièrent pleinement l'opinion avantageuse qu'elles avaient conçue de lui. Après douze ou quinze jours d'examen et de discussions, elles entrèrent dans ses vues pour l'établissement de la congrégation projetée,

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vl elles solTrireiit pour èli-e les pi'cmieies pierres de ce nouvel édifice. Dès lors, la contiiuicc de l'archidiieliessc fut sans bornes : sa protection et sa l)Ourse furent à la disposition du P. Paecanari.

A son retour de Pragiie, Paecanari, ipii n'i'tail encore (pie simple tonsuré, reçut des mains du nonce, à Vienne, les ordres mineurs, le sous-dfaconal et le diaconat. Mais tant et de si éclatants succès fui'enl une tentation trop délicate pour un homme d'un caractère ardent, impérieux, qui n'avait jamais (>té plié sous le joug de l'obéissance, et dont la vertu n'était pas établie sur les fondements solides de l'iiumilité et de l'abnégation. Ces défauts, l'attache à son sens propre, le despotisme de son gouvernement, surtout son éloignement fiour toute réunion avec les anciens jésuites , se produisirent alors avec plus d'éclat. Les Pèi'cs du Sacré-Cœur s'en aperçurent : ils en furent alarmés. De concert avec le P. Varin, ils profitèrent d'une occasion favorable qui se présenta , pour demander au P. Paecanari une déclaration franche et précise de ses dispositions à cet égard. ^ Le 11 août 1791), il la donna eiî ces termes : « Je suis convaincu (jue la volonté divin*? est que l'Institut de saint Ignace soit rétabli dans ce temps-ci pour la gloire de Dieu et le bien de l'Église. Mon intention, en conséquence, est de faire revivre identiquement cet Institut sous le nom de Compagnie de la Foi de Jésus, ou sous son ancien nom de Compa-

' llistoiic de la Compagnie de Jéswi, i^ar Crclincau-Joly, ^''cdit., t.V, p. il9.

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gnie de Jésus, selon qu'il semblera bon au Vicaire de Jésus-Christ. Je désire en outre que les nouveaux, ainsi que les anciens enfants de saint Ignace ne forment qu'un seul corps, et ne soient animés que d'un seul et même esprit, sous la condition que toutes choses s'arrangent de h\ manière qui paraîtra devoir procurer la plus grande gloii'e de Dieu, et que rien ne se fasse sans l'approbation du Saint-Siège. )>

On voit que, par le vague des expressions et la généralité des formules, Paccanari se ménageait, comme il l'avait déjà fait en d'autres circonstances, des fauxfuyants et des prétextes pour éluder la réunion, quand viendrait le moment de l'opérer.

Au reste, son caractère actif et entreprenant ne lui permit pas de laisser longtemps les Pères d'IPigenbrunn jouir des douceurs de la retraite : eux-mêmes désiraient d'en sortir et d'être lancés enliu dans la carrière apostolique. Il les distribua donc en divers lieux pour exercer le saint ministère et fonda de nouveaux établissements : Dillingen, Augsbourg, Paderborn, Berlin, Amsterdam, la Moravie, la France, l'Angleterre, l'Italie, la Suisse, furent le théâtre de leurs travaux. Mais la plupart de ces œuvres étant étrangères à l'histoire du P. Yarin, nous nous bornerons à celles qui s'y rattachent plus directement , nous rései'vant de dire un mot des autres dans la notice des Pères qui y prirent une part plus active.

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CIlAriTRE X

Le P. Viiiin rentre en France. — Son voyage. — Son arrivée à Pari^. — Missions clans les hôpitaux. — Mission de la Salpétriire. — Vova^e à Besançon. — Le P. Varin et Jean Dcbry.

Cependant les autels se relevaient dans notre patrie, et un vaste champ s'ouvrait au zèle des missionnaires. Le P. Varin fui désigne'' comme le chef de la colonie qui d'ilageiibrunn fut dirigée vers la France. Il était accompagné du P. Roger'. Tous deux se mirent en route le 19 mars 1800, sous les auspices de saint Joseph, patron du P. Varin. Ils marchaient à pied, revêtus de l'habit de la Compagnie de Jésus et sans viatique, demandant l'aumône dans les abbayes on chez les curés. Eu passant à Augsbourg*, ils rendirent visite à Mgr de Juigné, archevêque de Paris, lui firent part de leur dessein et reçurent de lui des renseignements précieux sur l'état actuel de la religion en France, et sur la conduite qu'ils devaient y tenir dans les counnencements. Le prélat leur donna d'amples pouvoii'S pour exercer le saint ministère dans son diocèse, et invoqua avec elTusion de cœur les bénédictions du Ciel sur leurs travaux. Ils prirent avec eux le P. Ilalnat,qui était venu les joindre à Dillingen :

^ Notice n"4.

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quoiqu'ils u'cusseut pu >o pi'ocui'ci' des passo-porfs, ils conliuuèrcnt lieureusî'nicul leur route jusqu'à la fiontière, et ils la franchi renl sans èlrc arrêtés, grâce au déguisement laïque qu'ils a loplèrent.

Mille liails nianifestirent avec quelle tendre so! icitude la Providence veillait sur leurs démarches. l's étaient obligés de voyager la nuit par des chemins détournés, et prenaitut quelque repos pendant le jour chez de zélés catholiques auxquels on les adressait. Ce fut surtout en traversant l'Alsace et la Lorraine qu'ils éprouvèient les effets de la protection du Ciel. Ils coururent plusieurs fois les plus graves dangers. 'i antùt c'était une ti'oiq:)ede patriotes qui remplissaient iiiopinément la maison où ils avaient reçu rhospâlalité, et qui y l'estaiciit toute la journée, sans qu'on put faire passer aux voyageurs im peu de nourriture, et sans qu'ils osassent faire le moindi'c brait; tantôt c'étaient des gendarmes qui, se tiouvant luî'.t à coup sur leur passage, les regardaient fixement et ^e cou tentaient de dire entre eux : Ce .'<o/it des- prèlrcs. Un jour entre autres, leur guide s'étanl égaré, les conduisit sous les murs de Longwy, lorsqu'ils se ci'oyaient bien éloignés de cette place. Ils ue connurent leur ei-reur qu'au moment où ils entendirent la sentinelle crier : Oui rire/^hùi dans cet instant une pluie abondante tombant du ciel enqu'cha qu'ils ne fussent aperçus. Ils s'éloignèrent en silence et à peine avaient-ils fait quelques centaines de pas que le ciel reparut serein comme auparavant. C'est ainsi qu'après un long et pénible voyage de trois mois, le P. Varin et ses deux

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compagnons cnlrèreni dans Paris lo IG juin, iric de saint liaiiçois Rcgis.

Ils ne savaient troi) où poser le pied en entiantdaiis cette capitale : la Providence, cpii les avait environnés jnsque-là d'une protection si maternelle, no les abandonna pas. Arrivés jusque sur la j)]acc Saint-Sulpice, ils se trouvaitnit foit embarrassés de leur peisoiuH^, n'osant se faire coiniaitre. Leur aii' et leur figure exprimaient si bien leur embarras, (tue la femme d'un honnête menuisier, (pii s'c'-lait arrêtée suite seuil de sa porte à les regarder, vint à eux, et les invita très-poliment à entrer chez elle. CV'tail vers le coin d(? la rue du Pot-de-ier, vis-à-vis l'ancien noviciit des jésuites. Après les i)remières civilit(''S, qui achevèrent de rassurer kîs Pères, ils lui présentèrent leur biéviaire. « Je voyais bitn, leur dit cette femme chai'itabie, que vous ('li'Z de biaves gens, et même des pi'èli'es. Picstez ici, mon mai'i ne le trouvera pas mauvais. J ai de (pioi veus loger, mais commencez par dîner, et i)uis nous nous arrangerons. » Le repas Uni, elle les installa à l'entiesol dans un petit appaitement cuinposé de ti'ois pièces, deux cabinets et une chandjre au milieu, (lelk-ci devint naturellement la chapelle. Il y mamiuait lin autel. Les Pères avaient l'emarqué aux cnvii'ons de la maison , et parmi les ruines de l'église du noviciat de la (vimpagnie, ini certain nombre de belles et larges pierres de taille. Ils attendirent qu'il fût nuit close, et ils en apportèrent autant qu'il leur en fallait pour élever un aulel fort modeste, mais précieux par son origine. Ainsi,

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par une merveilleuse coincideiice, l'église dii noviciat ancien prêta ses débris à l'humble chapelle qui allait servir de berceau à une Société destinée à faire revivre, autant que possible, la Compagnie de Jésus détruite. Les Pères n'usèrent que pendant cpielques semaines de celte hospitalité si simple et si cordiale.

Bientôt, par un enchaînement de circonstances ménagées par la bonté de Dieu, ils furent conduits auprès d'un jeune prêtre qu'ils avaient connu avant la révolution : c'était M. Philibert de bruillard, aujourd'hui évêque démissionnaire de Grenoble. M. Philibert, instruit par le P. Yarin et ses compagnons du dessein qui les ramenait en France, leur dit que, puisqu'ils se proposaient d'établir une société d'hommes apostoliques et de marcher sur les traces des anciens jésuites, ils devaient, à leur exemple, commencer par travailler dans les hôpitaux; que la Providence les envoyait fort à propos, que depuis quinze jours seulement la Salpétrière était ouvt rte aux ministres de la religion. « Ce vaste hôpital, ajouta-t-il, renferme 6,000 malades; vous y trouverez de quoi exercer votre zèle; si cela ne vous suffît pas, vous avez Bicêtre qui n'a pas un moindre besoin de secours spirituels, et où vous pourrez aussi travailler sans obstacle. »

Piavis de celte ouverture, le P. Yarin et ses compagnons en conférèrent avec M. Emery, leur ancien supérieur à Sainl-Sulpice ; et après avoir reçu son approbation, ils communiquèrent leur projet à j\Dî. de i\ialaret et de Dampierre, vicaires généraux du diocèse, qui les encouragèrent aussi à commencer Tueuvre

des hôpitaux. Assuré par là de la volonté divine, le P. A'ai'in envoya le V. Ilalnat à Ihospice de Bieèlre, et retint la Salpèlrière pour lui ( 1 pour le P. Roger.

Depuis dix ans aucun prêtre n'y avait paru. Là se ti'ouvaient réunis tous les genres d'iiilii'milés et de maladies qui peuvent alïliger le corps, et en rnème leni})s tous les maux spirituels auxquels ne peuvent manquer d'être en proie des âmes dépourvues de tout secours religieux. Les Pères s'employèrent avec un zèle infatigable à la conversion de toutes ces malheureuses. Ils passaient tous les jours treize à quatorze heures à Ihôpital. Depuis six heures du malin jusqu'à midi, ils entendaient les confessions desplusmalades. ils faisaient ensuite trois catéchismes, dans différentes salles ou dans la chapelle, aux femmes convalescentes. De trois à six heures ils entendaient les confessions de celles qui pouvaient aller à l'église. Ils terminaient la journée pai' la visite des plus malades; et s'ils en trouvaient qui fussent en danger de mort et qui n'eussent pas encore été administrées, ils ne les (juittaient pas qu'ils ne les eussent réconciliées avec Dieu. A peine avaient-ils le temps de prendre à la hàle une légère réfection le matin et à midi ; le soir vers les huit heures ils faisaient ensemble un modique repas : leur dépense était donc fort minime ; cependant, dans les commencements surtout, ils pouvaient difficilement y subvenir, et quelquefois l'argent leur manqua-t pour payer les petites dettes contractées dans la semaine. Ici encore la Providence n'abandonna pas ses enfants. l'n jour, le P. lloger, qui remplissait les fonctions

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d'('Conome, vint dire au P. Variii qu'il n'avait plus d'argent, et que cependant il fallait payer le lendemain la dépense de huit jours : « Ayez confiance, répondit le Père ; la bonne Providence ne nous a jamais manqué ; elle viendra encore à notre secours. « En elfet le lendemain le P. Varin trouva dans la chapelle 06 francs; un inconnu avait donné cette somme.

ÎVos missionnaires eurent beaucoup à souffrir d'une vie si pauvre et si laborieuse dans ce si'Jour de douleur et de misères ; mais ils étaient largement dédommagés de leurs fatigues par l'abondance des bénédictions que Dieu répandait sur ce ministère. Ils avaient affaire, il est vrai, à des âmes étrangères à toute idée de religion, et qui, pendant de longues années, avaient croupi dans la fange du vice ; mais c'étaient des âmes neuves en quelque sorte, sur lesquelles les vérités de la foi faisaient une impression d'autant plus forte qu'elles leur paraissaient toutes nouvelles. Il en coûta bien du temps et bien du travail pour les instruire. Presque toutes néanmoins se montraient dociles à la voix de la grâce qui agissait puissamment sur elles. Le dévouement des Pères, leur charité , opposés au spectacle qu'elles avaient eu jusque-là sous les yeux, formaient nu contraste qui les frappait vivement, et contribuait à leur inspirer des sentiments de repentir et de pénitence. Deux mois s'étaient à peine écoulés depuis que les Pères travaillaient à la Salpêtrière ; et déjà ils avaient préparé à la première communion deux cent cinquante personnes presque toutes avancées en âge. Le même jour, deux

coiUs enfants adultes rurenl baptisés, et einq ceius antres reeurent la eonfirniation des mains de ^h^v. Vcvèque de Saint- Papoiil (jui ciait alors à Paris. On nous saura gré de citer un trait où l'aetion de la grâce se manifeste avec i)lus d'éclat.

Dans le nondjre des femmes dont la conversion X)lTiit plus de dilliculté, il s'en tiouva une de (piarantc à (p'.arante-cinq ans, qui s'était l'ait remarquer i)ar son impiété autant que par sa viedébordi'c. (l'était en vain qu'à plusieurs reprises lo V. Variu avait essayé do la ramènera de meilleurs sentiments : elle n'avait répondu a ses avances (pie \y.\v des blasphèmes et des propos grossiers et licencieux. Le Père ne se rebute pas ; il la voit de temps en temps, et comme en passant lui adresse chaque fois des paroles de consolation, se montre empressé à l'obliger, et parvient enfin à la rendre plus traitable. Il lui parle alors de nouveau de la nécessité et des avantages d'une bonne confession. " Comment voulez-vous que je me confesse? répond la malade. J'ai commis tant de péchés , ([u'il m'est imposï^ible d'en dire le nombre ; et puis ils sont ^i horribles que je n'oserais pas vous les avouer et que vous «lauriez pas le courage de les entendre. — Pour ce qui me regarde, répond le Père, soyez sans inquiétude ; et pour vous, vous n'avez à aecuseï' que les fautes dont vous vous souviendrez : je saurai d'ailleurs si bien vous aider, que votre confession vous paraîtra facile à \ous-mcme. Et pour vous le faire comprendre^ dès ce moment donnez-moi une idée généiale de votre vie ; vous verrez par les questions que je vous adiesserai

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ensuite, que la chose ne sera ni pénible ni difficile. » La malade se rendit à ce qu'on demandait d'elle. Le P. Varin, comme pour lui montrer la manièic dont il s'y prendrait, l'interrogea sur la diversité et la durée de ses mauvaises habitudes, sur le nombre des fautes commises par mois, par semaine, par jour, autant qu'elle pouvait le dire, et après quelques interrogations particulières : a Eii bien , lui dit-il, voilà votre confession faite : n'avais-jc pas raison de vous dire qu'elle serait plus facile que vous ne pensiez ? Il ne vous reste plus qu'à vous exciter à un sincère repentir, à un ferme propos. Je repasserai un peu plus lard, et s'il vous revient quelque péché que vous ne m'ayez pas dit, vous l'accuserez. » Remplie de consolation, cette pauvre femme termina sa confession avec une grande abondance de larmes, et avant de recevoir le saint Viatique, elle envoya dans les différentes salles demander pardon à toutes les malades des scandales qu'elle leur avait donnés depuis si longtemps. Trois ou quatre jours après, elle expira eu paix, pénétrée de la plus vive componction et de la plus tendre confiance en la divine miséricorde.

Voici un auire trait qui se rapporte à la même mission, et que le P. Varin aimait encore à raconter dans sa vieillesse, en lui conservant la couleur locale. « Un jour, disait-il, je sortais de l'hospice de la Salpélrière, vers six heures du soir, après avoir terminé mon travail. En traversant une des salles, j'entends une voix qui me crie : 3Io?i enfant , mon enfant! Je me retourne et la sœur me dit : C'est une bonne femme qui

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csl bien malade et qui même n'en reviendra pas. Je demande si elle peut vivre sûrement jusqu'au lendemain. On me répond (jue oui. Pendant ee temps la maiade eontinuait toujours : Mon ciifauf, mott cnl'uKt! J'approehe. Ucfjarde-inoi bien . {\\{-(i\W , saishi ([ni je suis? — Aon. — Eh bien , je suis une femme de la halte. C'est que je n'ai pas envie d'aller au diable. J'en ai de belles à le dire. A mon tour je lui réponds simplement : Ma bonne femme, )-ef/arde-moi bien ; sais-tu qui je suis/ — ^on. — Eh bien, je suis un militaire, et je n'aime que les militaires. Or, femme de la halle et militaire, ccst la même chose. — Bon, reprend la bonne femme, en ce cas tu es mon fiit. Mais je ne veux pas qu'on me micjnote^ moi. — Sois tranquille. Je m'assieds près de son lit. Commence^ ma botuie femme. — Ih l je te le répète, tu vas en entendre de belles ! Elle commence sa confession qu'elle termina dans les meilleures dispositions. Enfin le Père s'étant retiré, elle dit à la sœur : Je lui en ai dit de belles,- mais lui no/i plus Jte m'a pas niignotee : il a joliment êpludié la salade. Après avoir reçu tous les sacrements, elle mourut de la manière la plus consolante. ))

Ce fut encore pendant cette mission de la Saipètrière que le P. Varin sut avec une merveilleuse adresse prévenir un duel entre deux militaires. Passant un jour de grand matin sur un des boulevards isolés qui avoisinent cet hospice, il aperçut dans un coin plus isolé encore deux soldats le pistolet à la

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DKiin Cl sur le poiiil de se bal Ire. Il portail un vèlejnent laïque : car le port de l'habit cccb^'siaslique 11 "était pas encore autorisé Iioi's de l'enceinte des églises. Le P. Varin dont le costume n'excitait aucun soupçon se précipite entre les deux champions et leur dit : Jles amis, je suis militaire comme vous ; je connais les lois du métier^ et je veux .vous servir de témoin : puisque je Sids seul pour vous deux, je dois visiter vos armes. Les deux soldats interdits lui présentent leurs armes. Le Père les visite, et leur offraiît un des deux pistolets, il leur dit : Maintenant, mes amis, que celui qui en voudra frire usage le décharge sur moi ; car je vous défie de me reprendre l'autre. Etonnés, en entendant ces paroles, les deux adversaires, d'ennemis qu'ils se croyaient un instant auparavant, devinrent amis et s'embrassèrent cordialement. 31ais le bon Père n'avait pas achevé son œuvre. Il savait que le vin entre militaires est le plus sur moyen de cimenteiune réconciliation. Il tii donc entrerses deux hommes dans le café le plus voisin ; et jetant sur le comptoir une pièce de monnaie qu'on lui avait donnée pour un malade, il leur lit servir un rarraîchissement. Il ne voulait pas cependant que son malade fût privé du soulagement qui lui était destiné. Escorté par ses nouveaux amis, il sortit du café; et ne craignant plus alors de leur révéler le secret de sa véritable profession, il leur demanda pour son malade l'aumône qu'il avait sacrifiée en leur faveur. Elle lui fut accordée de srand cœur.

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P/'iulanl (lue les PP. Variii et Uoger recucillaieiil CCS fruits de salut à la Salpèlrièrc, le P. llalnai s'employait avec non moins de succès aupiès des hommes à Bicètre. Il les attirait et gagnait leur confiance par l'onction et !c feu de sa parole, par la rondeur, la franchise de ses manières, et par l'esprit de foi dont il était animé. Il réconcilia avec Dieu une foule de pécheurs et opéra parmi eux d'éclatantes conversions.

Vois W même temps, et peut-être un peu auparavant, le P. Varin (it le voyage de lîesançon pour revoir sa famille dont il était éloigné depuis l'époque de rémigration. Il descendit chez madame de Chevroz, sa sœur. La Providence lui ménagea pendant son séjour l'occasion do réconcilier avec Dieu un grand pécheur, et de faire preuve d'une admirable présence d'esprii et d'une grande élévation de caractère. Voici le fait :

Dans une des rues de la ville, des ouvriers étaient occupés à la démolition d'une ancienne maison religieuse. L'un d'eux remontant sur son échafaud eut ridée diabolique d'emporter avec lui une tète de mort qu'il avait trouvée parmi les débris. La sépulture des moines venait d'être bouleversée. Arrivé au liant de Péchelle, l'ouvrier plante sa barre de fer sur la muraille, et y fixe la léte qu'il as ait apportée ; puis s'adressant à cette lêle : « Ha I çà, dit-il, je te vas faire ton « procès. Combien de fois as-tu commis tel crime? (Il « va sans dire qu'il articulait les ])ius énormes.) Ne (( mens pas au moins. Tant de fois, n'est-ce pas ? Qui

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u ne dit rien consent. Passons à un autre article. Et « tel autre crime? Au moins toutes les semaines? » Enfin après avoir prolongé cet interrogatoire, malgré les représentations de ses camarades qui lui criaient : « Tremble , malheureux ; prends garde : Dieu va te punir ; tremble ; » il en vint à la sentence : ce Pour tant de crimes, lenfer n'est pas trop ; et voici en particulier pour les restes de ton corps. )> En même temps il jette la tète en bas sur le pavé où elle se brisa en mille pièces ; et le démolisseur se remii au travail. A peine cinq minutes s'étaient écoulées, que le pan de muraille qui le supportait s'écroule avec fracas par la base, et l'ouvrier entraîné dans cette chute disparait enseveli sous un monceau de ruines. On le croyait mort : cependant, après avoir promptement déblayé ce tas de pierres, on entend un sourd gémissement ; on prête l'oreille : on reconnaît qu'il respire; et bientôt il crie de toutes ses forces : Un prêtre, un prêtre ! Le P. Varin passait alors dans la rue, et près de lui se trouvait un prêtre constitutionnel. Le Père s'approche tout de suite du malheureux : (( i\Ion bon ami, lui dit-il, voici deux prêtres au lieu d'un; lequel voulez-vous? M. l'abbé a prêté le serment : moi, je ne l'ai pas prêté. — C'est vous, monsieur, que je veux : ayez pitié de mon ame ; je veux aller en paradis. ^) La foule nombreuse qu'avait attirée ce tragique événement entendit ces paroles. Le ministre de Jésus-Christ, se plaçant alors sur une espèce de monticule formé par les décombres, et qui lui permettait de dominer la multitude toujours croissante,

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s'écrie d'im Ion imposant : c< Enfants, en airiùrc ; moi seul ici ai le cli'oit J entendre votre malheureux, fière. » A l'instant celte foule compacte s'éloigna en^silence ' avec une telle promptitude que jamais , disait le P. Varin, évolution militaire ne s opéra avec -plus d'ordre et de précision. « Alors, ajoutait-il, le cbrps penché vers ce malheureux blessé^ il me fut donné d'entendre la confession la plus repentante, la plus entière, la plus consolante quej aie jamais reçue. Puis, ne voulant pas qu'aucun de ceux qui avaient été témoins des blasphèmes pussent douter du repentir, remontant sur le point le plus élevé, je leur criai : Enfa}its, à genoux pour participer au pardon plein et entier que le ho)i Dieu daigne accorder par /fia bouche en ce moment au sincère et courageux repentir de voire frère; son salut est désormais assuré. El tous se jetèrent à genoux aux paroles de Fabsolution. »

Pietiré des décombres après mille et mille dangers, le moribond fut trouvé dans un état inipossible à décrire. Les deux jambes et les deux bras étaient restés comme broyés, le visage entièrement défiguré, et le tronc tellement meurtri qu'on ne pouvait le regarder sans effroi. i\Iaisà partir de ce moment, Theureux pénitent ne cessa de remercier la miséricorde divine qui avait eu pi lié de lui en même temps que sa justice le punissait. On le transpoita à l'hôpital où ii vécut encore vingt-quatre heures, persévérant dans les mêmes sentiments de componction, et se félicitant de laccidentqui lui était arrivé. On vint le visiter par curio-

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site, et on se relirait pénétré d'admiration d'un changement aussi subit queclalant.

Toutefois, ce n'était i)as sans s'exposer aux iracassciies de l'administration que l'homme de Dieu avait rempli ce ministère de charité.

La persécution avait à peine cessé. Le P. Varin était prêtre, émigré, rentré en France sans autorisation ; et par une circonstance malheureuse, le nouveau préfet du Donbs, Jean Debry, était connu par l'exaltation de ses principes dénîocratiques. Il avait été chargé de différentes missions républicaines. Membre de plusieurs légi>latures révolutionnaires et en pariiculier de la convention nationale, il avait volé la mort de Louis XVI sans sursis, et pris une part active dans les comités de salut public et de sûreté générale \

C'était plus qu'il n'en fallait pour jeter l'épouvante parmi les personnes de la famille du P. Varin, au milieu desquelles il se tenait caché, et qui, pour se mettre à l'abri de tout soupçon, croyaient devoir s'astreindre aux mesures de la plus stricte prudence. On ne lui dissimula donc pas le péril auquel à son occasion les siens allaient se trouver exposés. Le P. Varin le comprit ; et voulant assumer sur lui seul la responsabilité

^ Hâtons -nous de dire qu'après les événements de 181 i, Jean Debry déplora la conduite qu'il avait tenue pendant la révolution. Il revint à des sentiments honnêtes et pieux et s'acquittait de tous ses devoirs religieux avec beaucoup d'exactitude. Frappé après le second retour des Courbons par la loi du 12 janvier 181G qui condamnait les régicides à l'exil, il se retira dans le royaume des Pays- Bas, et ne rentra en France qu'après la révolution de juillet. Il mourut à Paris le 6 février 133 1.

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de sa conduite, il pril le purli qui lui avait déjà si bien réussi depuis sa rentrée en France, celui de coidicr à Jean Dcbry lui-même le secret de sa position et de sa qualité de prêtre. Il lui écrivit donc [)uur lui demander une audience, ayant à lui Caii-e une rc'vélalion importante; il s'agissait, disait-il, de la rentrée' d'un noble, d'un émigi'é, d'un prêir(3 dunt les pn|)iers n'étaient pas en règle. Trois heures après, on lui indiquait un rendez-vous auquel il fut exact. Son discours ne lut ni long ni endjarrassé. « Citoyen, dit-il au prélV't, vous voyez devant vous l'accusé et son accusateur. Toléié par le ministre de la police à Paris, lequel avait mon secret, je n'ai pu encore o])tenir ma radiation de la liste des émigrés. Cependant 'e di'sir, 1(^ besoin de revoir mon pays natal et ma famille, m'ont fait commettre peut-être la faute, mais du moins l'impruilence de venir à Besançon avant que mes papiers fussent en règle. Après avoir endjrassc' tous les miens que je n'avais pas vus depuis si longtemps, j'étais sur le [)oint de repartir pour P.nis, ainsi que j'en avais donné ma parole au ministre, lorsque le hasard, ou plutôt la Pi'ovidence m'ayanl conduit au lieu oîi ce malheureux, ouvrier se tiituvait englouti, je me rappelai que j'avais comme prêtre un devoir sacré à remplir auprès de lui ; et j'eusse l'egardé comme une lâcheté indigne d'un vrai Français de ne pas m'en acquitter. Vous même, citoyen, vous en eussiez fait autant à ma place, j'en suis certain. (Jean Debry ne put s'enqiêeher de sourire à cette inteipellation.) Jugez, citoyen, combien il me serait pénible d'avoir, par une

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présence de quelques jours, compromis tous les membres d'une famille dont les habitudes aussi simples que prudentes n'ont jamais lait ombrage aux autorités administr.tives.

i( Si donc vous pensez que ma démai'clic ait été imprudente etrépréhensible, faites votre devoir; mais ne punissez que moi, et ne rendez responsable aucun des miens. »

Jean Debry, satisfait de ces explications données avec une si noble franchise, non-seulement n'inquiéta pas la famille du P. Varin, mais il l'autorisa à rester auprès d'elle tout le temps qu'il jugerait convenable. Depuis lurs, il eut plusieurs fois besoin de recourir à son obligeance, et ii le trouva en toute rencontre disposé à lui être utile, même dans les circonstances les plus délicates.

i( Ce résultat, concluait le P. Yarin, m'a confirmé dans une opinion que je ne me suis jamais repenti d'avoir suivie, c'est qu'on réussit plus sûrement en allant droit au but qu'en louvoyant ou en employant des intermédiaires. Ceux-ci en effet n'étant pas toujours parfaitement au courant des affaires dont ils sont chargés, ne peuvent, malgré leur bonne volonté, les traiter avec cette confiance et cet aplomb qui sont des garanties de succès. ))

VIF. DU R. P. VARiN. 107

CïIAriTRE XI.

Le P. de ClorivitTC. — Matlemoiselle de Cité. — MadamQde la Khit'ie. — Mi:^>ion d'Êtiulc?.

Le P. Varia nciail pas tellement oeeiipé de I exercice du saint ministère, qu'il ne pensât aux moyens d'augmenter le nombre de ses compagnons dans la vue de former des établissements sur différents points de la France. Six mois après son arrivée à Paris, il reçut plusieurs jeunes prêtres dans la Société de la Foi. Par le moyen du P. Ilalnat, il fit en même temps connaissance avec U!i ancien jésuite, le P. de Clorivière', admis au rang des profès peu de temps avant la suppression de la Compagnie. A cette même époque, il se mit aussi en relation avec mademoiselle de Cicé^, nièce de Mgr de Cicé, aichevèque de Bordeaux. Mademoiselle de Cicé était douée de toutes les qualités du cœur et de l'esprit les plus propres à inspirer la confiance : sa prudence, sa modestie, sa douceur, son

^ Xolice n"10.

^ Adélaïde-Marie Champion de Cicé naquit à Rennes le 5 novembre 1749. Klle fut le douzième et dernier enfant de Jerùme- Vinccnt Champion de Cicé, capitaine des dragons au régiment de Bretagne, et de Marie-Rose-I'rançoise de Varennes. L'un de ses frères était à l'époque de la révolution archevêque de Bordeaux, un autre évèque d'Auxerre. Son père ne survécut que deux ans à la naissance de cette enfant qui devint plus tard une des glohes de

108 VI1-: DU R. !'. VAÎU.X.

humilité, sa paiience, son union avec Dieu, son zèle ai dent pour tonte sorte de bonnes œuvres, ne se démentirent jamais au milieu des leiribles épreuves auxquelles sa vertu fut soumise. Le P. de Clorivière l'avait placée à la tète d'une association de dames, (ju'il avait instituée depuis quelque temps, pour rem-

son illustre famille. La charité scml.lait être née avec la jeune Adélaïde. Eile n'avait pas encore atteint sa douzième année qu'elle soutenait s;\ jeunes ûiies placées en apprentissage. Déjà sa plus douce jouissance était de \isiter la chaumière du pauvre, et d'y répandre des aumônes que les grâces de sa personne et ses manières insinuantes savaient si bien solliciter auprès des riches Adélaïde fit sa première connnunion à l'âge de dix. ans chez les Dames de la Visitation de Rennes. Elle goûta tant de consolations dans cette sainte maison, qu'elle eût désiré s'y lixer pour toujours ; mais Dieu la voulait dans le monde pour qu'elle y devînt un modèle accompli de la perfection évangélique.

Revenue près de sa mère, elle ne trouvait dans les personnes qui l'entouraient que des exemples projires à l'encourager au bien. >'éanmoins cette vertu si pure fut sur le point de se démentir. Un instant,' Adélaïde tourna ses regards vers le monde et faillit se laisser cntrainer par ses charmes trompeurs. Mais avertie par une amie vertueuse qu'elle avait chargée de veiller sur sa conduite, elle comprit le danger auquel elle s'exposait, et ne tarda pas à rentrer, pour n'en plus sortir, dans la voie de la ferveur. Ce fut sans doute alin de se prémunir contre le retour de pareilles vicissitudes qu'elle voulut dire un éternel adieu au siècle en entrant au noviciat chezJcs religieuses de la Visitation de Rennes. Mais bientôt les filles de Saiiit- François de Sales reconnurent que ce n'était pas au niilicu d'elles que le Ciel l'appelait ; qu'elle devait , en restant dans le monde, remplir un apostolat de miséricorde et de charité.

Rendue à la société, Adélaïde eut le bonheur de rencontrer dans M. Roursoul un directeur sage et éclairé, à qui Dieu fit connaître la voie dans laquelle elle devait marcher. Sous la conduite d'un si habile maître, elle fit de continuels et rapides progrès dans la perfection. jMais en I"74, la mort enleva ce vertueux prêtre, dont les conseilsjui étaient si utiles.

Cinq ans après, mademoiselle de Cicé, âgée alors de trente ans,

VIE Dr R. p. VAHIN. 109

placer autanl que possible les ordres religieux anéantis par la révoUuiori. Ces dames devaient s'appliquer aux bonnes œuvres, toujours cependant sons la direction de leurs sup('iieurs. Elles s'aitacliaient de préférence à l'éducation de la jeunesse , comnxe étant l'œuvre la plus essentielle, et celle qui oUVait plus de

perdit «a nirre, à la suite de loni:iiC3 rt péniljlcs indimilés qui lui ofrriient l'occa.-^ion de prati(iucr jusqu'à l'iiéroïsme les devoirs de la piété liliale. Les si\ mois qui suivirent ce triste événement, elle les consacra à la plus profonde retraite dans le monastère des carmélites de Rennes. Arrachée à sa chère solitude par sa famille, tt surtout par les instances de ses deux frères, l'évcque de Rliodez, depuis archevêque de Bordeaux, et l'évêque d'Auxerre, elle all.i passer quelque temps dans la maison dite des Dames Rudes de Rennes, aidant les religieuses de cette communauté dans la direction des retraites qui s'y succédaient. Dans les intervalles que laissaient entre eux ces pieux exercices, elle s'occupait à instruire, à visiter les pauvres, à soigner les malades, à mettre à l'alni da danger l'innocence des enfants qu'elle voyait exposés à la srduction ou au scandale, ou bien à maintenir dans le chemin de la vertu de jeunes persojmes prêtes à s'en écarter.

Tant de bonnes œuvres toujours variées n'étaient pas capables de satisfaire la soif de charité qui dévorait Adélaïde. Elle se déroba pendant plusieurs mois à la tendresse de ses proches, pour se consacrer, dans l'hospice des Incurables de Rennes, au soulagement des malades les plus rebutants.

Elle n'eût pas tardé à succM^mbcr dans ces laborieuses fonctions, si l'autorité «lu'avait prise sur elle son frère, l'évèquc d'Auxerre, ne l'eût fait sortir de cet asile. Elle retourna près des Dames de la Retraite pour y reprendre le cours d'fcuvres moins éclatantes, moins pénibles à la nature, mais qui avaient bien aussi leur mérite devant Dieu, lîientùt le délal^rcmcnt de sa santé altérée par tant de faligues l'obligea d'aller prendre les eaux de Dinan. C'est là que commencèrent ses rapports avec le P. de Clorivière dont elle fut jusqu'à la lin de sa carrière l'instrument le plus utile et le plus actif dans les œuvres que devait entreprendre l'homme de Dieu.

Sous sa direction, mademoiselle de Cicé fit de nouveaux proirès dans la voie des saints. Partout où la ProNidence la conduisait, sa

facilité pour vivre plusieurs ensemble, sans exciter des soupçons compromettants. Le P. de Clorivière avait aussi formé, pour les hommes et dans le même esprit, une Association dite du Sacré-Cœur. Mais cette Association s'affaiblit peu à peu et tomba d'ellemême, lorsqu'en 1814 le P. de Clorivière, son fondateur, fut nommé supérieur de la Compagnie de Jésus en

vie n'était qu'une suite non interrompue d'œuvres de miséricorde. Après avoir le matin rempli ses devoirs de piété, elle sortait souvent, sans avoir pris aucune nourriture, et malgré le dépérissement de sa santé et de fréquentes hémorragies, elle ne rentrait qu'à deux heures épuisée de fatigues. Elle était heureuse d'avoir à panser les plaies les plus dégoûtantes. Une de ses œuvres de prédilection était encore de distribuer des vêtements qu'elle portait elle-même dans des chaumières situées souvent à une grande distance les unes des autres, de sorte que quelquefois la distribution était faite en partie avant qu'elle arrivât au terme de ses courses.

A l'aumùne qui soulage les besoins du corps, elle joignait celle qui subvient aux nécessités de l'àme. Avec le pain matériel elle distribuait des livres pieux, des crucifix, des images de Marie ; elle exhortait les pauvres à s'approcher des sacrements. S'il y avait des enfants dans la famille, elle les interrogeait, sur le catéchisme et leur parlait de la religion avec l'onction la plus douce. Le premier âge lui inspirait une grande tendresse : elle caressait ces petits infortunés, et ouvrait leurs jeunes cœurs aux premières impressions de la foi.

Ces soins touchants remplirent toute la portion de sa vie que mademoiselle de Cicé passa dans son pays natai , à Rennes ; la révolution qui vint à éclater n'en interrompit pas le cours et ne fit que donner un nouvel élan à son active charité. Chaque jour de ces temps désastreux fut marqué par un nouveau trait de dévouement.

Cependant en 1791, au moment où la révolution grandissait de plus eu plus, elle fut appelée à Paris par des intérêts de famille. C'est quelque temps après son arrivée dans^cette ville, que le P. de Clorivière la mit à la tête de l'Association dont il avait conçu le plan. Sa conduite au reste fut à Paris ce qu'elle avait été à Rennes,

France. Quant à celle des clames, mademoiselle de Cieé eut la consolation de la voir croître et s'affermir de plus en plus. Sous la direction spéciale et avec l'aide du P. de Cloiivière d'abord et ensuite du P. Varin, elle mit en œuvre tous les moyens que lui snggera un zèle éclairé, pour inspirer à ses filles le désir de la perfection, et pour les former à la pratique des vertus solides. L'Association s'établit dans i)lusieurs pro-

à Saint-Malo, à Saint-Scrvan, ou dans les environs ; elle clieiclia ù Paris, comme elle les cherchait en Brctai:ne, les niallieurcux qui liouvaient avoir besoin de son assistance, et leur procurait tous les soulagements qui étaient en son pouvoir. Citons un fait entre mille. Une pauvre femme du faui)Ourg Saint-Marceau était tourmentée depuis longtemps d'un mal au bras dégoûtant et dangereux. On lui indi(iuc mademoiselle de Cicé comme pouvant lui venir en aide. Cette femme se présente ù mademoiselle de Cicé ; elle en est accueillie avec la plus touchante commisération ; elle en reçoit des secours de toute espèce, eu pansements, en remèdes, en linge dont elle manquait. Heureuse de tant de bonté, la pauvre femme se propose de revenir le lendemain chercher les mêmes soulagements. U Non , lui'dit mademoiselle de Cicé ; votre état demande que vous ne vous déplaciez pas : ce sera moi qui irai vous panser chez vous.» Elle y alla en cllet le lendemain , continua ses visites chaque jour deux mois durant, et quelquefois même faisait jusqu'à trois visites le même jour.

Les besoins de la capitale ne lui firent pas oublier ceux de sa chère Bretagne : elle y envoya un grand nombre de livres de piété et un nombre plus grand encore d'écrits propres à conserver la foi dans ces temps d'épreuve, et destinés à suppléer aux instructions des pasteurs dispersés par la persécution. Elle y joignit des conseils salutaires, des recommandations pleines ûe sagesse, qu'elle adressait aux amies avec lesquelles elle était unie par les liens de la charité. C'étaient là les occupations de tous les jours et de tous les instants ; et elle les continua pendant les plus mauvais jours de la révolution. Nous aurons occasion de revenir encore sur mademoiselle de Cicé, lorsque nous parlerons de l'allairc de la machine infernale.

U2 VIE DU R. P. VAl.IN.

vinccs, et elle produisit partout les plus heureux fruits.

Mademoiselle de Cicé s'intéressa vivement à la Société des Pères de la Foi. Elle leur ménagea des protecteurs parmi les personnes du plus liauti-ang, et de temps en temps elle leur faisait parvenir des secours pécuniaires. Le P. Varin de son coté secondait de tout son pouvoir les desseins de cette àme d'élite.

Dans les i-elalions que les bonnes œuvres établirent entre le P. Varin et mademoiselle de Cicé, celle-ci lui parla un jour de mademoiselle Jugon, depuis comtesse de la Piivière, et l'engagea à se mettre en rapport avec elle, ^lademoiselle Jugon demeurait alors à Etioles, chez M. le comte de Noyan, vieillard respectable et d'une éminenle vertu. ^Mademoiselle Jugon déployait dans la paroisse d'Étiolés le zèle d'un apotrc et opérait des conversions nombreuses. Quand les esprits furent sulPisamment préparés, mademoiselle de Cicé proposa au P. Varin de donner une mission dans cette bourgade, pour y recueillir une moisson qui semblait mûre et que tout annonçait devoir être abondante.

^Mademoiselle Jugon avait à cette époque vingt-cinq ans. Son port était noble et avantageux ; mais ce qui la distinguait surtout, c'était une simplicité et une pu Jer.r vraiment virginales. L'innocence et la candeur étaient peintes dans ses traits ; et le calme habituel de son ùme se manifestait dans tout son extérieur par une expression de joie pure et modeste qui, dans un âge si peu avancé, imprimait le respect joint à l'amour de la plus belle et de la plus aimable des vertus.

VIE DU R. r. VARIN. - 113

On a dit et répéU' souvent avec raison qu'un peintre voulant faire le portrait de la Reine des vierges, n'aulaitpu choisir un plusbeau modèle. Aussi exerçait-elle dès l'âge de vingt-cinq ans un tel empire sur les hommes les plus impies et les plus libertins, qu'ils n'auraient jamais osé se permettre en sa présence un acte ou môme une parole peu mesurée.

Klle avait reçu de Dieu un don tout particulier pour les ramener à la religion , et l'on ne résistait pas au charme de sa franchise et de sa candeur. L'n respectable curé du voisinage disait : « ^Mademoiselle Jugon possède le double esprit de la pureté et de l'apostolat. )) Mais de tous ces éloges, le plus énergiquement exprimé et dans des ternies qu'on peut rapporter, c'est celui d'un paysan connu par son impiété : <( Vraiment, dit-il, cette fille est faite -pour nous convertir tous. »

Dès le premier entretien, le P. Yarin n'eut pas de peine à discerner les grâces dont Dieu avaii favorisé mademoiselle Jugon. Il comprit en même temps tout le bien qu'elle était appelée à faire.

L'état delà paroisse d'Étiolés était déplorable sous le rapport religieux. Le curé avait prêté le serment constitutionnel. Il est vrai que depuis un certain temps il l'avait rétracté ; mais il était demeuré étranger aux fonctions de son état , se contentant de rendre service à quelques personnes atteintes des écrouelles, maladie que ses connaissances médicales lui permettaient de traiter avec succès. C'était d'ailleurs un homme respectable par son âge, ses che-

114 VIE DU R. P. YARIX.

veux, blancs, un air patriarcal et par la pureté de ses mœurs.

Du reste, depuis le commencement de la révolution pas un enfant n'avait été baptisé ; plus de catéchisme, point de première communion, plus de fréquentation des sacrements : pas un mariage béni par l'Église, et les malades mouraient sans les secours de la religion.

Le P. Tarin, s'entretenant un jour avec mademoiselle Jugon, lui dit en souriant : « Eh bien, mademoi- <c selle, voici ce que vous avez à faire : vous aurez soin « de procurer le baptême aux enfants, d'enseigner le « catéchisme à toute la jeunesse, et de la préparer à la a première communion (parmi cette jeunesse se trouce valent déjeunes garconsetde jeunes filles de vingtce trois à vingt-cinq ans); vous ferez réhabiliter tousles « mariages, vous veillerez à ce que personne ne meure « sans sacrements : pour cela vous irez chercher <c quelque prêtre du voisinage ; enfin vous disposerez « M. le curé à reprendre ses fonctions en temps con- « venable. Et il faut que cela soit exécuté en trois « mois. »

Les trois mois écoulés, le P. Yarin, se trouvant de nouveau avec elle, lui demanda ; « Eh bien , maintece nant, où en êtes-vous? D'abord les enfants sont-ils « baptisés? — Oui, à l'exception de deux; mais les « pères de ces deux enfants sont intraitables, ils ont « juré avec serment que jamais ils ne feraient bapti- (( ser leurs enfants. — Et les mariages ? — Si tous ne c( sont pas faits, ils sont du moins en bon train. » Et

VIE DU R. ]\ VAUIN. 115

sur tons les aiUres points , il se trouvait qu'elle avait rempli autant que possible la tàelic qui lui avait été imposée. « Il reste donc encore deux ence fants à baptiser, reprit le missoniuiire : les pères u sont des impies forcenés qui ont juré de ne jamais « faire baptiser leurs enfants? Eh bien, all^z donc; « vous entrerez chez le premier et vous lui direz en (( riant que vous ne sortirez pas de chez lui qu'il ne « vous ait donné sa parole de laisser baptiser son en- « faut ; de là vous irez chez le second et vous ferez la « môme chose; allez de suite et ne perdez pas un ins- (( tant. » C'était en hiver, et déjà l'obscurité la plus profonde régnait de tous côtés. Elle regarde le Père un instant avec un air d'élonncment : « Allez, lui ré- « pète celui-ci, allez avec conllance et tout réussira. » Elle sort à l'instant.

Le P. Tarin reste pour attendre le résultat. Une demi-heure n'était pas écoulée qu'elle était de retour, « Ils m'ont juré, dit mademuiselle Jugon, qu'ils fc- (( raient baptiser leurs enfants. » Ce premier point éclairci, le Père l'intenoge sur les autres. « Et les (c enfants sont-ils instruits? Sont ils disposés à faire « leur première communion ? — Oui, quand vous vouu drez.))Or, ces enfants, comme nous l'avons dit, étaient des jeunes gens et de jeunes personnes de vingt-trois à vingt-cinq ans. Non-seulement elle s'était occupée de leur instruction, mais elle leur apprenait encore à sanctifier les dimanches et les fêtes ; et après avoir présidé à leurs exercices de religion, elle leur procurait d'agréables récréations, les menant à la prome-

IIG VIE DU R. P. VARÎN.

iiade, les jeunes gens à sa droile, les filles à sa gauche, et elle n'avait que vingt-cinq ans, et élait aussi richement clouée des dons de la nature que de ceux de la grâce. Mais tel élait l'empire de sa vertu sur les âmes, que tous ces jeunes gens, oubliant ce qu'ils avaient été, semblaient en sa présence n'être plus que des enfants.

Il ne restait qu'à recueillir le finit de ces semences de salut. Le P. Yarin, aidé du P. Roger, y consacra ses soins. Ils se mirent l'un et l'autre à entendre les confessions générales qui les remplirent de consolation, et leur donnèrent lieu d'admirer les effets merveilleux de la grâce.

Enfin arriva l'époque si désirée de la première communion. Quelque temps auparavant, le curé s'était déterminé à reprendre ses fonctions. Il fallait d'abord bénir l'église qui avait été horriblement profanée pendant la révolution ; ce devait être le premier acte du curé rentré en fonctions. « ^Monsieur le curé, lui dit « le P. Yarin, vous allez donc reparaître comme pas- « leur de votre troupeau, après l'avoir délaissé pence dant plus de dix ans ; il convient qu'en une circons- «■ tance aussi solennelle, vous adressiez quelques ce paroles à vos ouailles. » Le bon vieillard, qui n'avait péché que par faiblesse, et qui avait conservé un cœur bon et sensible, répondit avec attendrissement: « Et « comment voulez-vous que je fasse? J'ai tellement « perdu riîabitude de parlei' en public que je ne pource rai. — Oh ! monsieur le curé, vous ne direz que c( quelques mots. — I\Iais je ne pourrai jamais. — 'S Eh bien , monsieur le curé, vous écrirez quelques

« lignes. » En effet, il dil au Père qui l'avait presse (le parler, en lui montrant un tout petit carré de papier : <( Tenez, voilà les lignes que j'ai écrites, je les (( mettrai dans mon bonnet carré que je tiendrai à la (( main et je pourrai lire. )) Puis il ajouta d'un ton triste : <( Et si je ne puis achever, si la parole me (c nKni([iie, vous m'assisterez à l'autel et vous contic nuerez. «

On procéda donc à la bénédiction de l'église. On y était accouru des villages voisins en si grande affluence qu'elle ne pouvait contenir la foule. La cérémonie achevée, on expose le saint-sacrement ; après le chant dnl e/u', Creator, le pasteur ému monte à l'autel accompagné du Père qui l'assistait; il essaie de lire les quelques lignes qu'il avait écrites : il commence par ces mots qu'il prononce d'une voix tremblante et enti^ecoupée de sanglots : « Mes frères, mes enfants, « mes amis. » Son cœur fut tellement oppressé qu'il ne put continuer, et les yeux remplis de larmes, « continuez, continuez, « dit-il en se tournant vers le Père. Celui-ci, en effet, prenant texte de ses paroles, les développa avec cet à-propos qui faisait le caractère de son talent, et y trouva l'expression des sentiments du pasteur à l'égard de ses ouailles, sentiments que lui-même partageait. Tous les cœurs furent profondément émus.

Une seconde crérémonie non moins touchante suivit de près : celle de la première communion. On vit avec admiration cette jeunesse qui avait traversé les années de la révolution dans l'ignorance des vérités de la re-

118 VIE DU R. P. VARKS.

ligioii et dans i'oubli de tous les devoirs, se présenter pour la première fois à la table sainte, avec un recueillement, une piété, qui attendrirent tous les assistants. On nous permelira de citer, à propos de cette première communion, le trait si intéressant d'une jeune enfant de huit ans, dont les parents étaient d'honnêtes cultivateurs. Cette jeune enfant s'était plusieurs fois adressée au P. Yarin pour la confession. Il avait été si charmé de son innocence et de sa candeur, que, la trouvant suffisamment instruite, il la proposa pour la première communion. On se récria : « Elle est « trop jeune 1 elle est trop enfant! » disait-on. Le Père insista, et l'enfant fut admise. Pour célébrer la joie de ce jour, ses parents invitèrent à dîner un certain nombre de personnes. L'enfant avait été placée à l'endroit le plus honorable : le Père était à ses côtés. Vers la fm du dîner, il lui dit : « Mon enfant, racontez-nous simplement ce que vous avez éprouvé au moment de votre première communion, mais dites-le tout haut, afin que tout le monde vous entende. » L'enfant rougit d'abord, parut embarrassée et garda le silence. Mais sur les nouvelles instances du missionnaire, elle prend un air recueilli, et avec une délicieuse naïveté, elle dit à haute voix : « Quand j'ai vu I\L le curé descendre de l'autel tenant en main le saint ciboire, je me suis sentie pénétrée de crainte, je tremblais. A mesure que Notre-Seigneur s'approchait de moi, mon cœur battait, battait... Au moment où M. le curé me présenta la sainte hostie, mon cœur battait plus fort; il faisait comme ça, » en exprimant avec ses

VIE DL' U. P. VAUIX. 119

iiKÙiis les palpitations de son cœur, ce ^îais à peine eus-je irçu Autre -Seigneur, mon cœur ne battait plus, j'aimais. )>

Plusieurs années après, le P. Varin rapportant ce trait devant cpielques ecclésiastiques, parmi lesquels se trouvaient trois prédicateurs du roi, l'un d'pux s'écria : « Et nous, prédicateurs du roi, nous ne sommes que des enfants à côté de cette éloquence. >>

On n'eut pas lieu de se repentir d'avoir admis à la table sainte cette àme innocente malgré sa grande jeunesse. A dater de ce moment, son cœur fut embrasé de reconnaissance et d'amour pour Notre-Seigneur.

Quelque temps après, on la chercîiait de tous côtés au moment de se mettre à table, et on la tiouva retirée dans un coin de la maison, à genoux au pied d'un crucifix. Comme on lui demandait avec un peu d'émotion ce. qu'elle faisait là, tandis qu'on la cherchait partout : « Ahl répondit-elle, je pensais à l'amour incompréhensible de Jésus-Christ pour moi. » Deux ans après, n'étant âgée que de douze ans, elle avait fait de si rapides progrès dans la vertu, qu'on put la mettre les dimanches et les fêtes à la lète de toutes les jeunes personnes, et lui confier le soin de présider aux différents exercices de la paroisse.

Cette journée fut pour les habitants d'Étiolés, et surtout pour ceux qui avaient eu le bonheur d'être admis à la première communion, un jour de joie et de grâce. Mademoiselle Jugon ne les quitta pas un instant, et lorsque sur le soir elle les ramena à l'église en

procession au chant des cantiques, on les entendait s'écrier : « Ah 1 faut-il donc que ce beau jour soit passe?;) Le bien opéré par la mission se soutint et se perpétua par le moyen des congrégations qui furent établies et par le zèle toujours croissant de mademoiselle Jugon, à qui dans la paroisse on ne donnait plus que le nom d'ange ou d'apotre^

^ On nous permettra d'ajouter sur mademoiselle Jugon, comtesse delà Rivière, quelques détails destinés à compléter ceux que nous venons de donner.

Depuis l'époque de la mission d'Étiolés jusqu'au changement qui eut lieu dans sa position, mademoiselle Jugon ne cessa de s'employer à la conversion des âmes avec cette douceur et cette aménité à laquelle on ne résistait pas. Son zèle s'étendait aux paroisses voisines encore dépourvues de pasteurs ; et quand les enfants la voyaient passer, ils se disaient les uns aux autres : « Ah ! voici la demoiselle qui vient nous baptiser.»

Le moment arriva où une espèce de révolution allait s'opérer dans l'existence de mademoiselle Jugon. M. lecomte delà liivière, chevalier de Saint-Louis, âgé de soixante-dix ans, qui habitait imc campagne assez voisine d'Étiolés, tomba malade. Mademoiselle Jugon le visita pendant sa maladie, et, par ses entretiens pleins d'onction et de suavité, elle procura de saintes et salutaires consolations au comte dont la conscience délicate, mais craintive à l'excès, treml^lait à la vue des jugements de Dieu. Ayant recouvré la santé, il se persuada que celle dont Dieu s'était servi pour répandre dans son âme le calme et la paix au milieu des souffrances, pouvait bien aussi avoir la mission d'être le soutien et l'appui de sa vieillesse. Cette pensée avait toutefois quelque chose de si étonnant et de si étranger à la conduite ordinaire de Dieu qu'elle ne devait pas être accueillie sans de mûres délibérations. M. le comte de la' Rivière tenait par sa naissance aux familles les plus distinguées : il était déjà, on vient de le voir, âgé de soixante-dix ans, jouissait d'une fortune honnête, tandis que mademoiselle Jugon, iillede simples cultivateurs, n'avait pour elle que ses vertus et les qualités naturelles dont Dieu l'avait prévenue.

Mais le Seigneur se plut à donner des preuves si multipliées de

CIIAriTRE xir.

Affaire de la machine infeinalc.

Les PP. Yariii et Fiogcr étaient à peine de retour à Paris, lorsque, vers la fia de décembre 1801, un crime épouvantable, l'attentat de la machine infernale dirigée contre les jours du premier consul, Napoléon Do-

sa volonté qu'il ne fut pas possible de la méoonnaîtie. Outre le jugement porté par un vénéraMe prêtre, ancien jésuite, qui dirigeait la conscience de M. le comte de la Rivière, et qui ne doutait pas que Dieu ne voulût la réalisation de ce projet , les ecclésiastiques les plus éclairés et les plus pieux^ furent consultés, et tous sans exception reconnurent dans ce concours de circonstances une manifestation de la volonté divine. Pour s'en assurer encore davantage, dans un grand nombre d'oratoires de Paris, on fit des prières, on offrit le saint sacrifice. On peut donc dire que jamais union ne fut plus certainement l'œuvre de Dieu ; et nous ne craignons pas d'ajouter que jamais union ne fut plus parfaitement et sous tous les rapports l'image de l'union de Marie et de Joseph.

M. le comte de la Rivière possédait dans un degré éminent toutes les qualités qui pouvaient assurer le bonheur de sa vertueuse épouse, une douceur et un calme inaltérables, une piété tendre et éclairée, un penchant naturel à rendre service à tout le monde, une charité si délicate qu'il ne se serait jamais permis un mot qui pût tant soit peu blesser le prochain ; aussi répandait-il autour de lui comme une atmosphère de vertu et de paix, en sorte que ceux, qui l'approchaient ne pouvaient s'éloigner qu'avec peine. On voyait réunies dans sa modeste demeure à la campagne les personnes du plus haut rang , et les nombreux, et illustres visiteurs s'en retournaient édifiés et touchés. De son côté, madame de la Rivière, sans oublier sa première condition, et sans rien perdre de sa belle et naïve simplicité qui était le fond de son caractère, savait se mettre à la hauteur de sa nouvelle position. Elle unissait à une ravissante

122 VIE DU Pi. P. VAUIN.

iiaparte, vint jeter la consternation et l'effroi dans toute la France. Les Pères de la Foi ressentirent le contre-coup de ce tragique événement, et peu s'en fallut qu'ils n'en devinssent victimes. Voici de quelle manière :

Mademoiselle de Cicé, dont nous avons parlé un peu plus haut; mademoiselle de Cicé, la mère, la consolatrice et l'appui de tout ce qui souffrait, fut, par suite d'un acte de chaiité, compromise dans cette conspiration dont elle ignorait même l'existence. Mais comme le complot était attribué aux amis de l'an-

modestie la dignité et la noblesse des manières qu'exigeaient les convenances sociales de son état présent. Pendant quatorze années environ que dura cette sainte et douce union, elle continua, autant qu'il lui fut possible, le cours de ses bonnes œuvres.

Devenue veuve et héritière de toute la fortune de son mari, ma" dame la comtesse de la Rivière s'associa une jeune amie, vertueuse et zélée, et se fixa à Versailles. Cette ville devint alors le théâtre de ses œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle. Après avoir rempli tous les devoirs de la plus fervente piélé, elle consacrait le reste de s un temps à la charité : visite des malades et des pauvres, dans les maisons particulières, dans les hôpitaux, dans les prisons ; soin et instruction des enfants abandonnés ; abondantes aumônes sagement distribuées, dons multipliés aux églises des campagnes, secours fournis aux établissements religieux. Sa charité industrieuse et active semblait doubler son temps, multiplier ses ressources, la multiplier elle-même. Sou zèle n'était pas renfermé dans la seule ville de Versailles : il s'étendit jusque sur la capitale et dans les provinces éloignées, en ^'ormandie, en Bretagne et même hors de France. La Société de la Foi , et ensuite la Compagnie de Jésus ont éprouvé les effets de ses libéralités. Quand le P. Varin se voyait chargé d'une bonne œuvre sans avoir le moyen d'y faire face, il recourait à madame de la Rivière, et il ne le fit jamais en vain.

Mais surtout son ardeur pour le salut des âmes ne connaissait

cicmie monarchie, et que mademoiselle de Cicé avait eu des relations avec un certain nombi'e d'émigrés, on crut qu'on pouvait tirer d'elle d'utiles renseignements, et on voulut les obtenir. Elle fut donc arrêtée, enfermée à la ('.onciergerie, et on instruisit son procès. Ses amis, son défenseur, M. Bellart\ pensaient qu'elle ne pouvait refuser des éclaircissements jug('S nécessaires à son salut. ^lais un sentiment de délicatesse porté jusqu'à l'héroïsme, lui faisant préférer ia tranquillité de ses semblables à la conservation de sa propre vie, elle protesta qu'elle s'abandonnait aux conséquences du procès, qu'il en serait ce que Dieu voudrait, mais qu'elle ne nommerait personne-. «J'ai fait

pas de borne?. On l'a vue fréquemment s'enfermer des journées entières dans les cachots les plus infects, pour instruire et ramener à Dieu des pécheurs que leurs crimes allaient conduire à l'échafaud : elle ne les quittait pas qu'elle n'eût triomphé de leur obstination. On a vu des prêtres zélés, après avoir épuisé inutilement toutes les ressources de la charité, s'adresser à madame de la Iiivière, la prier de tenter un dernier edbrt, et il était rare que le succès ne vînt pas justilicr leur espérance. Madame de la Rivière mourut à Versailles de la mort des justes, le I" novembre 1845, àTàgc de soixante-treize ans. Nous devions ce tribut de reconnaissance aune des femmes les plus vertueuses et les plus estimables que nous ayons connues, à une bienfaitrice signalée, qui, jusqu'à son dernier soupir, conserva avec le P. Varin des relations de zèle et de bonnes œuvres.

^ Nicolas François Bellart, célèbre avocat, nommé en 1815 par Louis XVIll avocat général à la cour royale de Paris, et mort le 17 juillet 1826.

^ Mademoiselle de Cicé avait procuré un asile à un jeune homme blessé par l'explosion de la machine. Elle ignorait, lorsqu'elle s'occupa de lui , qu'il eût trempé dans le complot. L'ayant appris plus tard, elle ne voulut pas l'abandonner ; en le nommant, elle l'aurait perdu, et avec lui la personne respectable qui le lui avait recommandé. On a trouvé dans les papiers de M. Bellart une note où il

tant de malheureux autour de moi, dil-clle, par ma fatale indiscrétion, que je ne veux pas avoir un malheur de plus à me reprocher. Je ne veux pas faire comprendre dans cet affreux procès un infortuné de l'innocence duquel je suis aussi sijrc que de la mienne, et qui a été trompé comme moi. )>

Cependant, parmi d'autres objets saisis dans les perquisitions rigoureuses opérées au domicile de mademoiselle de Cicé, on avait trouvé dans son secrétaire un sac qui pouvait contenir 120 à 125 francs. Ce sac portait pour étiquette : Bourse de ces messieurs. C'était plus qu'il n'en fallait dans les ciiconstances présentes. Ces mots furent regardés comme une preuve de complicité, ou du moins comme un moyen de parvenir à la découverte des coupables. Cette bourse était évidemment la bourse des chouans. Or, la petite somme en question était tout simplement le produit d'une collecte faite parmi les ca-

raconte le stratagème qu'il crut devoir employer pour essayer de faire parler celle qu'il voulait sauver à tout prix : «Je résolu?, ditil, de profiter de la crainte de mourir que je découvrais dans ma malheureuse cliente pour l'engager à renoncer à son dessein de taire pour toujours le nom qu'elle ne voulait pas prononcer. Je la sollicitai, la priai, la pressai, la conjurai. Elle me fit une question : «Et que m'arrivera-t-il donc, me dit-elle, si je continue à ne pas parler? — La mort, mademoiselle, lui criai-je. — La mort,» répéta-t-elle avec un mortel effroi. Ses traits se contractèrent, les convulsions la saisirent, ella tomba roide sur le pavé. Qu'on juge de mes regrets et de mon emliarras. Nous lui donnâmes des secours; elle revint peu à peu, enfin elle ouvrit les yeux. «Mon Dieu,» dit-elle, et ce furent ses premiers mots, « pardonnez-moi ma faiblesse, la nature me trahit : j'ai peur de mourir ; n'importe, ma vo-

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tholiques : elle devait être remise au P. Yariii et à SCS compagnons designés par les mots : Bourse de ces messieurs. Mais le juge dinstiuction refusa d'ajouter foL à cette déclaration. L'embarras visible de l'accusée avait encore augmenté les soupçons de la justice. Ne voulant pas nommer les Pères de la Foi, soit pour ne pas les compromettre, soit pour ne pas créer d'entraves à rexercice de leur ministère qui n'était pas avoué par le gouvernement, elle s'était exprimée en termes assez obscurs. Ce défaut d'explication claire et précise fit prendre à raccusalion une tournure encore plus grave. L'avocat de mademoiselle de Cicé crut dès lors que, pour sauver sa cliente, il était indispensable que le P. Varln et un de ses confrères se présentassent devant les juges, afin do rendre témoignage à l'innocence de la vertueuse demoiselle, en produisant des preuves incontestables qu'eux seuls étaient désignés par les mots accusateurs. L'affaire était fort délicate ; les Pères étaient rentrés

lonté me reste. Je mourrai s'il le faut ; mais je ne livrerai pas un innocent à la justice. «

« Je ne sais si l'on peut voir rien de plus sublime que ce combat de la faiblesse physique et de l'énergie morale, dans laquelle la victoire demeure à la générosité sur l'égoisme, et à l'àme sur le corps. Cet homme qu'elle refusait de nommer, c'était un prêtre, son confesseur, le supérieur spirituel de sa Congrégation charitable, et l'oncle de .... , qui, comme elle, ignorait que Carbon fût complice de Saint-Piégent, et qui n'avait recommandé ce complice à la charité de mademoiselle de Cicé, qu'après avoir été trompé lui-même par . . . . , dont les paroles lui avaient seulement représenté Carbon comme un émigré exposé aux recherches de la police, dans ces moments de troubles, pour défaut de papiers. »

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en France sans passe-port, sans déclaration faite à la police. L'omission de ces formalités suffisait pour les rendre suspects. De plus, on pouvait appréhender qu'on les interrogeât sur leur émigration, sur les motifs qui les avaient ramenés à Paris, sur leur état, leurs occupations; de là la crainte d'être expulsés duteri'itoire français, et par suite de voir anéanti tout le bien qu'ils espéraient faire. D'un autre côté, il s'agissait de sauver la vie à une personne innocente, à une bienfaitrice signalée qui rendait à la religion les plus éminents services. Le P. Varin n'hésita pas. Il dit à l'avocat qu'au jour indiqué il paraîtrait devant les luges. Après avoir recommandé raffaire à Dieu et célébré plusieurs messes à cette intention, il se fit accompagner du P. Kalnat. Il aurait désiré avoir le P. lloger pour compagnon; le caractère bouillant et impétueux du P. lïalnat , et la peur qu'il ne lui échappât quelque parole imprudente et peu mesurée, causaient une certaine inquiétude au P. Varin ; mais un incident imprévu ne lui laissa pas la liberté du choix. Après les interrogations d'usage, auxquelles les Pères répondirent avec simplicité, ils déclarèrent sans balancer qu'ils étaient prêtres catholiques. Le P. Ilalnat alla plus loin. Oubliant les recommandations réitérées qui lui avaient été faites de se contenter de répondre en peu de mots aux questions qui lui seraient adressées, à peine eut-il satisfait aux trois ou quatre premières interrog.ations que, n'écoutant qiie son zèle , il apostropha les^ juges , leur parla du redoutable jugement de Dieu et de la sévérité de sa

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justice, etc. Cette sortie si impcslive pouvait les perdre. Dieu veillait sur eux. Les juges parurent ne pas faire attention à celte saillie; ils reprirent tranquillement la suite de Tinterrogatoire, et le procès suivit son cours. Le résultat fut pour mademoiselle de Cicé, non-seulemeut la preuve !a plus complète de son innocence, mais encore la manifestation de ses éminentes vertus. Les dépositions de soixante-deux témoins, hommes et femmes, sans distinction de parti, pauvres, infirmes, malheureux de toute espèce, qui vinrent déposer en sa faveur, et qui tous, parlaient de son inépuisable charité et des consolations qu'elle leur avait procurées ; l'assertion de l'un d'entre eux qui aflirma que la salle, toute grande qu'elle était, ne pourrait contenir le nombre des infortunés dont elle avait calmé les douleurs; son acquittement, prononcé à runanimité : tout fit de ce procès un triomphe pour celle qui en était l'objet ; et son avocat ' lui rendit un

^ On nous saura gré de réproduire ici, à la gloire de mademoiselle de Cicé, la fin de l'éloquent plaidoyer de M. iJellart. « C'est, dit la l)iouraplile universelle, un modèle de simplicité, de raison, de chaleur et de conviction. »

« Le crime du 3 nivùse a fait des orphelins j rendez à la société celle qui , pendant trente années entières, fut la mère de tous les orphelins.

« Ce crime a fait des veuves ; rendez à la société celle par qui les veuves furent secourues et consolées.

« Ce crime a fait des pauvres ; rendez ù la société celle par qui il n'y aurait plus un seul pauvre, si cela eût été en sa puissance.

'< Ce crime a fait des blessés ; rendez à la société celle à qui tant d'infirmes et de blessés ont dû leur soulagement.

« Cp crime enfin a frappé même un de nos frères d'armes j rendez

si éclatanl hommage, qu'on disait hautement que c'était là pour mademoiselle de Cicé un procès de canonisation.

à la société celle qui, dans son universelle cliarilé, sut quelquefois faire arriver d'utiles secours jusqu'à nos défenseurs.

« J'ai fait serment, jurés, de défendre Adélaïde de Cicé en respectant la vérité : je le jure de nouveau ; j'ai rempli mon devoir.

aVous avez fait serment de n'écouter aucune prévention et d'absoudre l'innocence; vous remplirez le vôtre.»

Mademoiselle de Cicé, après son procès, reprit avec une nouvelle ardeur l'exercice de ses bonnes œuvres et le soin de l'Association à la tête de laquelle le P. de Clorivièrc l'avait placée. Son cœur maternel fut éprouvé par la mort de quelques-unes de ces personnes vertueuses que Dieu lui avait données pour compagnes, et qui semblaient, vu leur âge, destinées à lui survivre. Dieu acheva de la purifier par une maladie de quinze mois qui se termina par une fièvre bilieuse de onze jours. Avant que le danger devint imminent, elle voulut recevoir les sacrements. Jamais ses vives souffrances ne lui arrachèrent la plainte la plus légère : le déchirement intérieur de sa poitrine, les plaies qu'elle avait dans la liouche et qui ne lui permettaient d'avaler qu'avec une extrême diflîculté,ne lui citaient pas un instant de paix et de jouissance en Dieu : plus ses douleurs étaient aiguës, plus elle se plaisait à répéter: « C'est mon bonheur. » D'autres fois elle disait et redisait avec allégresse : « Mes souffrances sont ma joie et mes délices.» D'autres fois enfin, recevant une potion souvent bien amère, elle répétait avec une expression qu'on ne peut rendre : « Mais, c'est le Seigneur. »

Depuis plusieurs années, mademoiselle de Cicé avait un appartement aux Missions étrangères avec une petite tribune ayant vue sur l'église. Elle passait là une grande partie de ses jours, les yeux tournés du côté de l'autel pour y adorer le saint-sacrement. Elle avait fait placer son lit dans cette petite pièce d'où elle pouvait apercevoir le tabernacle. C'est là que, le samedi 25 avril 1818, elle entra sur les huit heures du soir dans une paisible agonie, s'unissant continuellement à son Dieu , et ne détachant ses regards du sanctuaire où il reposait que pour les abaisser avec bonté sur les personnes qui l'entouraient et qui lui avaient été si constamment dévouées. Elle rendit le dernier soupir le dimanche 2G avril, à quatre heures du matin.

La vénération qu'elle inspirait porta un grand nombre de per-

Quant tuix PP. Variii et Ilalnat^ il fut reconnu qu'ils ('taient tout simplement des prêtres émigrés, rentrés en France dans le dessein d'y exercer le saint ministère. Connue la persécution contre la religion et les prêtres avait cessé, on fernui les yeux sur ce que la rentrée des Pèies pouvait avoir d'irrégnlitr, et on les laissa continuer tranquillement leurs travaux apostoliques.

Ils les reprirent en effet avec un nouveau zèle, et Dien, qui venait de leur donner une marque si visible de son assistance, répandit sur leur ministère des bénédictions de plus en plus abondantes.

sonnes à venir piicr près de sa dépouille mortelle et à se procurer quelque objet qui eût été à son usage.

Ses restes demeurèrent exposés dans la même tribune pendant toutes les messes qui furent célébrées durant trois jours jusqu'au moment de ses obsèques. Aussi longtemps que son corps demeura découvert, ses membres consersèrent leur souplesse : son visage respirait la béatitude céleste. La mère des pauvres avait exprimé le désir d'être inhumée comme eux ; mais sa famille n'y voulut pas consentir. Ses funérailles se firent dans l'église des Missions étrangères. Tous les témoins de cette triste cérémonie fondaient en larmes. Les jeunes personnes de la paroisse accompagnèrent son corps jus([u'au cimetière deVaugirard, où il fut iidiumé.

^ Le 1*. llalnat passa l'année suiv;.nle en Angleterre. Quatre ans après, il se présenta avec leà Pères établis à Lontlres au P. Grubcr, pour être reçu dans la Compagnie de Jésus. Le Père général admira son zèle, sa droiture, son dévouement. 11 ne crut pas néanmoins qu'il fût appelé à la Compagnie. Le P. Halnat retourna en Angleterre, et de lu dans l'île de Madagascar, où il avait été missionnaire avant son entrée dans la Société de la Foi.

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