SITTATION A LA FIN DE 1S
de beaucoup dépassions, toutes singulièrement ravivées, en dernier lieu, par la revendication, de la part des catholiques, de la liberté d'enseigner. Dès 1789, la Révolution avait eu malheureusement pour chefs des hommes qui haïssaient ou méprisaient la foi catholique. Depuis cinquante-quatre ans, sauf le court intermède de la Restauration, ces hommes avaient été en tout les maîtres. Ils avaient décrété la liberté de conscience ; mais, pour eux, c'était uniquement la liberté de se passer de toute religion positive. Ils ne revenaient pas de leur étonnement, quelques-uns même d'une sorte d'indignation, lorsqu'ils entendaient des catholiques réclamer naïvement leur part du droit commun : de quel front ceux-ci prétendaient -ils profiter de la Révolution, faite en dépit d'eux, faite contre eux, contre leur Église, contre leurs couvents, contre leur liberté religieuse ? Il leur convenait bien d'invoquer les droits de l'homme ou la Charte de 1830 ! Eux qui avaient pu entendre de la bouche d'un homme, appelé un peu plus tard à l'honneur de donner des lois à la France ', cette brutale pai'ole : « On ne vous doit, à vous, que l'expulsion ! »
Voilà en quels termes la question s'agitait à la tin de 1843.
« Le roi Louis-Philippe, raconte Lacordaire, parut ellrriyé de mon retour à Paris, au milieu de ces circonstances animées. Il manda aux Tuileries l'Archevêque, et là, pendant une iieure, en présence de la Reine, il essaya d'obtenir de lui que je ne remontasse point dans la chaire
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PAROLES Dr ROI A >J. AFFRF:. 41
OÙ j'étais attendu. M. Atfre lui répondit avec fermeté : « Le P. Lacordaire est un bon prêtre, il appartient à mon « Diocèse, il y a prêché avec honneur. C'est moi qui l'y « ai appelé et qui lui ai donné ma parole publique. Je ne « pourrais maintenant la lui retirer, sans me déshonorer « aux yeux de mon diocèse et de toute la France. » Le Roi, ne pouvant vaincre le courage du Prélat, finit par lui dire : « Eh bien ! s'il arrive un malheur, monsieur « l'Archevêque, sachez que vous n'aurez ni un soldat ni « un garde national pour vous protéger ^ . »
Cette scène, qui fut bientôt connue, révèle à elle seule à quel degré d'excitation les partis en étaient alors. Une lutte passionnée et générale au sujet des droits de l'Eglise avait succédé au calme au milieu duquel avaient été prêchées les conférences de 1835 et de 1836. Ce n'était plus seulement, comme au temps de V Avenir, un homme célèbre, entouré de quelques disciples, qui protestait contre l'oppression de la société chrétienne en France, mais l'épiscopat entier, soutenu de toutes les âmes qui attachaient du prix à leur foi. Les évêques publiaient des mandements ; des voix rares mais courageuses leur faisaient écho dans les deux Chambres ; une presse active, répétant leurs plaintes, en propageait et multipliait Fetfet; enfin des associations et des comités tenaient en haleine tous ces moyens d'action, en leur donnant un centre et
• A son lit (le mort, le Père dictait de mémoire les paroles royales. 11 parait que les expressions de Louis-Philippe furent celles-ci : « Monsieur l'archevêcpip, j'ai prévenu voire prédécesseur pour Saint-Germain l'Auxerrois; je vous préviens aujourd'hui ; s'il arrive malheur, vuus ne serez pas défendu. » (Lettre du Père à M. de Montalemlierl, du 11 mars 1844.)
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nue impulsion commnne. Ponr la première fois depnis 1789 l'Eglise de France réclamait sa liberté, qu'elle n'attendait plus du bon vouloir d'un prince ou d'un parti.
« Que s'ëtait-il donc passé? Une grande chose. Le temps avait coulé, et la servitude de l'Église continuant toujours plus pesante, sans qu'aucun miracle vînt à son secours, il avait bien fallu songer à une autre action que cette main extraordinaire de Dieu, qui ne paraît qu'à de rares intervalles dans le gouvernement de l'humanité. La liberté de l'enseignement avait d'ailleurs été admirablement choisie pour le drapeau de cette guerre. Réclamée dès 1814, admise, même avant 1830, par une jeune portion du libéralisme français, comme une nécessité logique du temps, — écrite dans la nouvelle Charte, sans cesse promise et sans cesse ajournée, elle avait fini par devenir entre les incroyants et les chrétiens, entre les libéraux sincères et ceux qui ne l'étaient pas, une de ces positions morales d'où dépendent les doctrines et les siècles.
« C'était en outre une si étrange absurdité que les familles chrétiennes ne pussent faire élever leurs enfants par des maîtres qui eussent au moins leur foi, que Thoir<MU' de cette oppression s'accroissait naturellement cliaque jour et devenait insupportable aux esprits les plus modérés. Pour qu'on fût insensible à cette flétrissure pn'coce fie la foi dans le C(jeur des générations, il eût fallu (|ue la France n'eût plus ni pères, ni mères, ni évêques, ni libi'inux dignes de ce nom, et (jue le vent de l'iuci'f'dulilè V eut Inri jus((u';'i la diM'nière source des pins iiaturi'lli's aircclions. 11 s'auissait de sauver (Milin,