‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 9 sur 195 · INCIDRXT AI' COLLEGE DE NANCY · texte numérisé non relu

INCIDRXT AI' COLLEGE DE NANCY

que les exaspérer. On allait jusqu'à redouter une émeute populaire aux portes du prétoire K Cette façon de voir Unit par gagner le Goadjuteur, qui, d'abord, avait donné son assentiment à la poursuite ; il écrivit à Lacordaire, pour le prier, dans l'intérêt de la paix, de retirer sa plainte, content de la justice éclatante que lui rendait l'évêque, en déclarant qu'il n'y avait « rien eu que de convenableei de pieux dans lediscours prêché au collège royal. » Il dut en coûter à Lacordaire de déférer au vœu du Prélat. Le jour de l'audience était fixé, le premier avocat de Nancy devait plaider pour le religieux offensé, et le Père avait annoncé qu'il prendrait lui-même la parole. Il était plein d'espérance ; il eût été heureux de traiter en personne, h la barre d'une cour de justice, la grande question de la situation légale des ordres religieux en France, il en exprimait à M. de Montalerabert toute sa joie. Le 30 juillet, il avait écrit à ses enfants de Bosco pour réclamer le secours de leurs prières jusqu'au jour de la lutte ; le 2 août, il recevait du Goadjuteur la lettre dont je viens de parler. En ce qui touchait le Père, l'affaire était terminée.

Elle ne l'était point entre l'Evêque et le Ministre de l'instruction publique. Le Prélat continua de demander satisfaction pour l'aumônier du collège, à qui défense avait été fîiite de recevoir Lacordaire, fût-ce à titre d'ami. Le Ministre éluda toute réparation. Après quatre mois de négociations sans résultat, le Goadjuteur enjoignit à l'aumônier de quitter le collège et de venir demeurer

1 Lacordiiii'c à M"' Swelchiuo, p. 367, ni fine.

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à l'Evêché, tout en continuant provisoirement ses fonctions. Le Ministre n'en tint compte. Enfin, sur les menaces foites par l'Evêque de mettre le collège en interdit, l'on s'avisa d'un terme moyen : il ne fut point permis à la robe dominicaine de franchir la grande porte du collège royal, ce qui eût trop etfarouché M. Isambert et bien d'autres ; mais l'on fît percer, à l'usage de l'aumonier, une porte particulière, qu'il pourrait ouvrir à ses amis, même Dominicains ; cette porte s'est appelée quelque temps la porte Lacordaire. On voit à quelles pauvretés peut être conduit un gouvernement, sous le poids d'une situation fausse. On eût échappé à toutes ces misères en proclamant la liberté des ordres religieux; mais tels étaient les préjugés dominants qu'un Ministre qui l'eût osé aurait à Theure même perdu^ je le reconnais, l'appui de la majorité dans les deux Chambres ^

Cependant la restauration dominicaine avait fait un grand pas. Le P. Jandel était venu, à la fin de juin, rejoindre à Ncn|icy le P. Lacordaire, et quatre mois après, un autre prêtre français, de TOrdre de Saint-Dominique, habitait avec eux la maison donnée par M. de Saint- Beaussant aux nouveaux Frères Prêcheurs. On s'habituait peu à peu à voir et ta, supporter la présence de trois Dominicains sous le môme toit. De plus, un événement considéra))lo était près de s'accomplir : le P. Tjaconlaire

' Tous les lictails (|ii'()ii vient de lire sont imisés dans une icltre <1p M. Liunlilin, alors aunionier du collège de Nancy, aujourd'hui vieaire fçénéra! de Bourges, en date dti 14 mai 1S68. Ils sont pleinement conllrméH par V Esprrnnrc de Nancy, que j'ai eue sous les yeux en écrivant, <| par lr.)is lettres que je possède de Mgr Menjaud au P, Lacordaire

LAflORDAIRI-: PBKCIIH L'AVENT A N- )TR K - 1) A M E. 39

allciit reprendre, à la fin de 1843, dans la chaire de Notre- Dame, la suite de ses conférences de Paris. Il y trouvaille 1^. de Ravignan en possession, depuis sept années, de la station du Carême et dans tout l'éclat de ses services apostoliques : mais la station d'Avent restait libre ; elle fut acceptée par Lacordaire, et c'a été, en ce siècle, un beau spectacle, de voir les deux apôtres partager ainsi, sans ombre de rivalité, durant des années, le fraternel empire de la parole de Dieu. En 1843. le vent avait changé, l'ardeur des catholiques à réclamer la liberté de l'enseignement avait ranimé, jusqu'à l'exaspération, les passions contraires. Mais le danger attirait Lacordaire, et c'est pour cela même que l'heure lui semblait venue pour lui de reparaître, comme il le disait, au centre de la guerre contre l'Église ^ Il s'était donc engagé envers M. Aifre pour cinq Avents consécutifs, et ce temps devait suffire à l'orateur sacré, pour achever l'exposition de la foi catholique.

Tout étant apaisé à Nancv, le Père alla passer trois semaines à Bosco : il lui tardait de revoir un moment ses enfants, qu'il avait mis sous la conduite du P. Besson depuis que le P. Jandel était renti'é en France. A son retour, Lacordaire ne fit que passer par Nancy : Paris l'attendait.

Une difficulté connue se dressait de nouveau devant lui : paraitrait-il en froc dans la chaire de Notre-Dame ? C'était ià un très-petit côté d'une grande question, celle do la liberté religieuse on Fi'ance, question compliquée

' A M. >]>' Mnnl.^lonil.fTl. 2." jiiii, 1843.

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