UliJKC.TlOXS
article de la loi, ou cet^se dès lois de l'envisager coimii»-' l'expression de la volonté divine. On ne s'y soumet plus parce qu'elle est la loi imposée par les Saints, sanctionnée par l'Eglise; on donne à cliacun le droit de mettre en question l'observation de chaque article, et le rationalisme pratique a bientôt porté ses fruits. C'est là en deux mots l'histoire de la décadence de tous les Ordres. »
Tout le plan de réforme du P. Jandel est dans ce peu de mots. Il ne fut pas conqjris tout de suite. Les Dominicains l'rançais ne prirent point à la lettre ces catégoriques paroles. Ils étaient si loin de l'esprit de relâchement, ils se sentaient si intimement pénétrés de la sève dominicaine, qu'il ne vint pas à l'esprit de la plupart d'entre eux que la réforme du P Lacordaire pût être regardée, par un de ses fils, et comme insuffisante et comme infectée à leur insu d'un principe protestant ou rationaliste. Gomment confondre en effet avec l'esprit de rationalisme. Tosprit pratique, l'esprit d'application, l'esprit d'expérience, qui, tout en vénérant la règle, tout en st)uhaitant de bonne foi qu'elle soit observée le plus exactement qu'il est possible, se préoccupe de la ditî'érence des temps, de l'affaiblissement des tempéraments, des exigences croissantes du ministère apostolique, et cherche en toute sincérité la conciliation de la loi antiijue avec ces nécessités si nouvelles? Go n'est point l'arbitraire, parce qu'il est bien entendu d'avance que les tâtonnements par lesquels on est obligé de passer (puisqu'il s'agit d'expérimenter ce qui dans ra[)plicalion de la règle est resté possible), que les tâtonnements, dis-je, auront un terme, et (juchs miligationsqui seraient reconnues indispensa-
MALKNTr'.NDr. ^2:>
l>les devront ptre consacrées par l'aïUorité du Siège apostolique.
Ainsi donc le malentendu persista. Le P. Lacordaire continua de se croire d'accord avec le P. Jandel. Tous les deux en effet voulaient une réforme, et le grand point, pour l'un comme pour l'autre, était de faire prévaloir cette réforme en Italie. L'acceptation de la réforme par les religieux italiens, telle fut la pensée qui, jusqu'au mois de mars 1852, domina toutes les autres pensées, au point d'empêcher tout à fait de se faire jour le dissentiment secret existant dès l'origine entre les Dominicains français.
Ce n'était pas que le P. Jandel dissimulât ses vues ; il ne cessait d'affirmer son idée mère avec une insistance croissante. Il s'élevait avec force contre l'éclectisme en fait d'observance ; mais^, encore une fois, rien de tout cela ne semblait aux Français leur être applicable.
Ce qui augmentait l'illusion, c'est que, dès la fin d'octobre 1850, le P. Jandel, en fondant à Rome, à Sainte- Sabine, sous la conduite du P. Besson, un couvent modèle, une pépinière destinée à préparer pour toutes les provinces de l'Ordre des éléments de régénération , avait adopté pour ce couvent l'observance de la province de France, en faisant même certaines concessions de détail aux habitudes et au climat d'Italie. Gomment le P. Lacordaire pouvait-il n'en pas conclure que son observance était approuvée à Rome ? Aussi toute sa correspondance de 1851 avec le Père Vicaire général témoignet-elle de leur bonne intelligence; et ce qui l'atteste mieux encore, c'est l'acte par lequel ce dernier mit, cette année-
:V2C, QTT.STION' DT LKVKR ])K NI'IT.
là même, les couvents de Belgique sous la juridiction du Provincial de France.
Cependant la lutte continuait en Italie entre les partisans et les adversaire» de la réforme. Au mois de novembre 1851, sous la présidence du cardinal Orioli, préfet de la congrégation des évêques et réguliers, des conférences s'ouvrirent entre le P. Jandel, le P. Buttaoni ot le P. Gnude, depuis cardinal, sur la mesure dans laquelle il y avait lieu de rétablir l'observance ; elles se prolongèrent jusqu'au mois de janvier. Le P. Jandel y obtint gain de cause sur tous les points, sauf un seul, lo rétablissement du lever de nuit, prescrit par la règle. Lo \^icaire général se montrait tout disposé aux concessions les plus larges; il offrait de n'exiger le lever de nuit nulle part, de ne pas même y astreindre les couvents de noviciat ; mais il demandait instamment que le principe fut maintenu et qu'il fût permis aux hommes de bonne volonté qui l'accepteraient spontanément, connue la Province de France et Saint(^-Sabine, d(^ conserver au sein de l'Ordre de Saint-Dominique ce souvenir et cette tradition de temps meilleurs. Une supplique avait été présentée en ce sens au Souverain Pontile le 18 octobre; elle était demeurée sans réponse. Le Saint-Père, alarmé' de l'agitation qu'excitait dans les couvents d'Italie la réforme annoncée, avait remis toute cette affaire entre les mains du cardinal Orioli avec plein pouvoir do décider. Le Cardinal se prononça pour la suppression du l<*ver (l(> iiuif, iiième à Sainte-vSabine. En présence d'uno pareilji» détermination, le P. Jandel se sentit désarmé vis-à-vis dos onnemis do l'observanco et tout à fait découragé vis-
LEVKR DK QUATRK IIKTRKS. 0?T
à-vis des religioux qui avaient compté sur lui pour la foiro revivre : il déclara qu'il allait déposer sa démission aux pieds du Pape, et il comptait si bien l'obtenir qu'il s'occupait de préparer sa circulaire pour convoquer 1*' <liapitre chargé d'élir»' un nouveau Maître général ^
En ce moment donc, la cause de la réforme dominicaine paraissait définitivement ]ierdue -. Il est permis dr croire que le P. Lacordaire crut la sauver par une d<^ ces évolutions soudaines qui, à la dernière heure, ont plus d'une fois changé le sort de la bataille : le lever de nuit semblait être l'unique pierre d'achoppement; le 4 février 1852, le Père publia à Gand, où il était alors, un<3 ordination qui fixait le lever à quatre heures du matin, en toute saison, pour tous les couvents delà Province de France. Ce n'était pas là, de sa part, une pure manœuvre de circonstance, comme quand on jette une partie de la cargaison à la mer pour alléger et sauver le navire dans une tempête. Depuis longtemps il était tourmenté du désir d'épargner à ses religieux les inconvénients d'un sommeil interrompu '■\ Il partait de ce point que sept heures consécutives de somuKul suffisent à la santé, au lieu qu'en cas d'interruption huit heures de re- [)0s au moins sont nécessaires, et le P. Lacordaire ne pouvait se résigner à cette perte de temps d'une heure par jour. D'ailleurs l'expérience avait appris que l'insuffisance du premier sommeil (avant trois heures) était mal réi)arèe
' J'empi'viiitH littf^ralemenf toiil ce ivcil à un Mémoire inédit ilii
* Lettre du F. Besson au F. Lacordaire, Rouif, 18 jaiivii^r 18">1.'. '• Ténnoii.''iia'iP du F. .îamlpl. (Mémoire cité.i
.?2S MOTIFS^ DR CRTTR MRSIRE.
par colni qui (Hait permis après matines, sommeil nul pour la plupart, mauvais pour d'autres, qui eût été pourtant indispensable afin de soutenir les forces amoindries par l'abstinence et le jeûne. Ainsi donc, en soi, le lever de quatre heures semblait être la meilleui'e solution pratique du problème, qui consistait à concilier, s'il se pouvait, les divers besoins de la prière, de l'étude, de la pénitence et de la conservation des forces. Le P. Lacordairo s'en était expliqué récemment, àFlavigny, avec plusieurs religieux des plus considérables de la province et les avait trouvés dans ce sentiment ^ . Le lever de quatre heures, en pleine vigueur dans les couvents belges, en vertu d'une dispense ancienne et régulière, offrait de plus l'avantage de satisfaire pleinement le P. Buttaoni et par conséquent de faire cesser l'opposition si embarrassante des Pères italiens à la réforme. Ces considérations et la situation en apparence* désespérée à Rome de la cause de l'observance, entraînèrent le P. Lacordaire. Accoutumé depuis douze ans à se regarder comme investi de pleins pouvoirs pour rétablir son Ordre en France, ayant toujours tran ohé presque souverainement, à ce titre, avec une hardiesse constamment heureuse, toutes les questions dominicaines qui s'étaient présentées sur son chemin, il agit en cctt<? occurrence comme l'aurait pu. faire un fondateur d'Ordre, et en usa envers le P. Jandcl, moins comme avec un supérieur que comme avec un fils engendré par lui à la vie monastique. J'explique le fait, je n'entends pas le déclarer exempt de reproche, eu égard surtout à la si tua-
' I.PlIr.' (lu R. 1'. lin.', .1(1 18 iVvri.T ISr.J.
l'RKNflF'^R M.H'VI':MF':NT 1)F- 1". .lANDKI,. :{2:>
tion de plus eu plus difficile où il plaçait le IV-re A'icaiiv général ^
Le croira- t-on ? Le P. Lacordaire n'eut pas du tout conscience de ce que la mesure qu'il venait de prendre ne pouvait manquer d'avoir de pénible pour ce dernier. Aussi, en lui annonçant la chose, insista-t-il sur V opportunité d'une façon toute particulière -, avec la candeur qui lui était propre. « Que si votre conscience, ajoutaitil, répugne à sanctionner le lever de quatre heures, pourquoi ne recourriez- vous pas au Souverain Pontife? Ce serait une occasion de montrer combien vous êtes loin de tout esprit systématique et absolu, et ce qui s'est passé à Rome dans les conférences dernières vous ouvre une voie pour cette démarche. » Il y a là un trait de caractère. Les impressions du Père étaient souvent si vives qu'elles devenaient pour lui l'évidence même ; elles subjuguaient son imagination à tel point que les raisons de douter ne lui venaient pas à l'esprit.
Le premier mouvement du P. Jandel, en recevant communication de l'ordination du 4 février, fut de rendre les armes. Mais le P. Besson, qui était auprès de lui comme socius, ne fut pas de cet avis. Il dit que, tant que la démission du Père Vicaire général n'avait pas été acceptée, le devoir de celui-ci était de rester sur la brèche et d'épuiser, jusqu'au dernier, tous les moyens d'une légitime défense, et il inspira cette résolution à son supérieur. On peut trouver exagérée l'importance qu'ils at-
» V. aux Pièces justificatives, N" 23, le lexte, .l'ailleiirs li-ès-remaniual)le, de rordination du 4 février 1852. - Li' 1*. Jandi;i., Méimiire ciie.
JJO LEVER DE TRnIS flElRES MAINTENU.
tachaient Ym\ et l'autre au lever de trois heures, mais en même temps on ne peut sVmpôcher d'acl^mirer en soi cette énergie de conviction et ce courage. Le courrier, qui partait de Rome le jour même où venait d'j arriver la communication du P. Lacordaire, ne permettait pas do ditférer, ne fût-ce que d'une nuit, les l'ésolutions du Père Vicaire généraP. En etfet il y avait péril en la demeure. Chaque jour de retard était une chance de plus pour que le nouveau règlement reçût son exécution, pour que le public français en fût instruit, et que Rome l'apprît à son tour au grand détriment de la cause soutenue par le P. Jandel tout seul dans la ville sainte. Le Père Vicaire général écrivit en ces termes au P. Lacordaire :
« Mon très-révérend Père,
« Je reçois à l'instant même, avec une surprise aussi douloureuse que profonde, votre circulaire du 4 février.
« Il n'est pas en mon pouvoir, quand même je le voudrais, d'accorder la dispense que vous me demandez de l'ordination d'un Chapitre général. Je me vois donc dans la nécessité d'écrire à tous les Prieurs de la Province à l'etfet de taire reprendre immédiatement le lever de trois heures pour les matines.
« Je vous bénis en Notre-Seigneur et je réclame pour notre Ordre et pour moi l'assistance de vos prières.
« Fr. A. \'. Jandee,
Vimire (irni'rn) des FrrrfS-Prrr/irurs. »
A in n'ceptioii de cette lettre . (b'pourvue de toute
' I.oUi-o <lii I', Une .lu 2S fevi-ior isr»?
rRF.MIKP. MoirVEMFNT DT' \\ L Af'.oR D AI R R. nni
oxplicatioii (In temps pour cola avait mauquô), 1<3 1'. Lacordaire fut vivement ému, et quelque chose d'humain se passa en lui : aliquid htimani 'passus est. Le 27 fcvrier, il répondit qu'il en appelait au Chapitre général de son Ordre (on a vu que, dans la crise qui venait de se produire à Rome sur la question d'observance, le P. Jandfl était à l'état de démission et qu'il songeait à rédiger la lettre de convocation d'un Chapitre général). A cette occasion, le Père revint avec quelque amertume sur le passé ; il se plaignit d'avoir rencontré dès le début, dans le P. Jandel, une pensée contraire à la sienne. Il le tit avec une liberté de langage qui s'explique par \\ situation d'ancien supérieur du P. Jandel. Au reste, cette partie d-' sa correspondance n'aurait dû être connue que de celui à qui elle était adressée. Le P. Lacordaire, qui avait conservé la minute de toutes ses lettres à AL de Quélen, n'a pas laissé dans ses papiers la moindre trace de la correspondance en question ; il l'a complètement anéantie. Je crois être fidèle à sa pensée et à sa mémoire en n'en reproduisant rien ici.
Quoi qu'il en soit, ce conflit soudain du (If'uéral de l'Ordre et du fondateur de la Province de France était assurément, je l'ai dit d('jà, un formidable danger })our une œuvre naissante. Cette épreuv*^ fut héroïquement traversée. J'ai sous les yeux les leKres qui furent échangées à cette épocpie entre les Prieurs, comme celles qui furent adressées par eux et par les religieux les plus anciens, soit au P. Lacordaire, soit au P. Jandel: elles sont dignes des plus beaux siéch^s do l'Kglise. Il v régne une sainte liborfc' miio à font le ri^spt^ct (!•'
:r:\2 R AlM'R(iCHRMI<:\T.
la piété filiale, l'no imposante majorité, je le reconnais, se prononce pour le maintien du lever de nuit, réclamé comme indispensable afin de conserver aux Dominicains français le caractère de véritables réguliers. Partout éclate la sympathie la plus franche pour le Père Vicaire général, près de succomber en Italie à la lutte qu'il a glorieusement entamée « pour le soutien de « Vohservance française. » Mais en même temps , quels élans de cœur vers le P. Lacordaire? Quelle crainte de le voir abdiquer les fonctions de Provincial ! Quelles supplications pour qu'il reste à la tête de ses enfants ! Ces supplications furent entendues : le Père retira promptement son appel au Chapitre général et se montra profondément animé, dit le P. Jandel, du désir de la conciliation. C'était aussi le vœu du Vicaire général, qui, de son côté, s'empressa, le 10 avril, de répondre au Provincial de France avec la plus sincère intention d'opérer le rapprochement des cœurs sans exiger le sacrifice des convictions.
La vertu monastique était sauve, mais malheureusement la situation n'était pas changée. Le Père Vicaire général et le Provincial de France restaient en face l'un de l'autre, avec des tendances qui, je le crois, n'étaient pas absolument inconciliables, mais enfin qui étaient loin d'être les mêmes, dominés, l'un par le respect de l'antiquité, l'autre par le sentiment des besoins de son temps. Tant que le P. Lacordaire avait été le supérieur du W Jandel, cette divergence n'avait pu se révéler par des actes. Elle était manifeste désormais : dans l'expérience qu'il était résolu de tent<M- d'un retour immédiat
iuél: d un couvent EXCKI' l IoNNKL. :«o
et cotnplet à l'observance prinative, le Vicaire jjénéral savait dorénavant (ju'il ne pouvait compter sur le concours du Provincial de France. 11 ne vit plus qu'un moyen de tourner la difticulté : c'était de créer en France, à œié des couvents existants, un couvent de stricte observance, dont l'exemple démontrerait que la règle de Saint-Dominique peut très-bien être pratiquée au dix-neuvième siècle absolument comme elle l'était au treizième. Il s'en explicpie loyalement dans cette lettre du 10 avril 1852, dont je parlais tout à l'heure:
« Après que Benoît XIII a permis à nos Pères le lever de trois heures, grand nombre de nos couvents sont demeurés fidèles au lever de minuit, et ce qui seul a empêché la division de notre Ordre a été l'élab lisse ment des couvents de stricte observance, en vigueur parmi nous depuis plus de quatre cents ans, et qui ont sans cesse otFert un asile à la ferveur et à l'esprit de mortification des âmes d'élite et des hommes d'énergie. Ce sont aussi ces couvents qui ont préservé notre Ordre d'une entière décadence et (pii lui ont conservé quelque gloire au milieu de ses humiliations. Je ne demande donc pas mïeiw que d'en voir rétablir et de pouvoir ainsi devenir d'autant plus indulgent pour les autres qu'ils ne seront plus un obstacle à l'élan des vocations plus généreuses. Il me semble que c'est là seulement que peut se trouver lô véritable esprit de conciliation et de respect pour la liberté. »
La même pensée était déjà exprimée, bien (ju'en des
33t 1'RI-:M1I:R CllATITllK DE FLA\1GNV.
tormes un peu plus généraux, dans la circulaire du 1'. Jaadel, du 2o décembre 1850. Alors elle avait peu l'rappé le P. Lacordaire ; mais ce dernier pouvait d'aillant moins se méprendre sur la portée de la lettre du 10 avril 1<S52 que cette lettre lui était personnellement adressée.
C'est sous le coup de toutes ces complications imprévues, ([uc le P. Lacordaire avait subitement renoncé à visiter les couvents d'Irlande ot brus(|ué son retour d'Angleterre en France. Il avait reçu avec une grande bénignité les remontrances de ceux de ses religieux que son ordination de Gand avait al'riigés, etjl se disposait avec calme à l'ouverture du Chapitre provincial, le premier qui eût été tenu en France depuis 1789. Ce Chapitre s'assembla à Flavigny-sur-Ozei-ain, le samedi 24 avi'il 1852. Il se composait des quatre Prieurs de Nancy, de Chalais, de Flavignj et de l^aris ^, sous la présidence du Père Provincial. Le Prieur de Nancy proposa d'émettre un vœu pour l'établissement canonique du lever de quatre heures. Les Prieurs de Flavigny et de Paris se prononcèrent pour l'heure de minuit; le Prieur de Chalais resta neutre. On convint de s'en remettre par une humble supplique* sur cette question à la décision souveraine du Chef de rÉulise =■'.
' Nancy, le R. 1*. Hue:
(Ihalais, li- R. 1*. RoumsoI ; Flavigny, le R. I'. Diiiuas; Paris, le R. 1'. Aussunt.
Les Prieurs n'avaient pu avoir de so<ii, les couvenls in.UHiiiaiil ilireligieux ayant les qualités rec|ui8es pour en élire.
■-' Kn réj)onse à celle sti|i|ilique, le Saiut-1'oro, à titre d'essai, :uil(»ri>ii le lever de (|iiatre lieure?». (Lillrc du P. .Tandel au P. Lacordaire du
MKMOIKK l)i: r. LACoKDAIKi:. 335
L"acto le plus considérable de ce (Chapitre lut ladlu'sion donnée à l'unanimité, sauf le point relatif au leveide quatre heures, au Mémoire qui fut soumis auxPrieuis par le V. Lacordaire sous ce titre : «Mémoire pour la restauration des Frères- Prêcheurs dans la Chrétienté, présenté par le R. P. Henri -Dominique Lacordaire , Provincial de France, à la Commission de réforme instituée par la ConjJ:réj2\'itioii des Evê(]ues et Ilé,iiuliers, Tan 185:^ ^ » Cette pièce est la pièce capitale du débat qui s'est él(?vé sur l'observance établie par le P. Lacordaire : il convient donc de s'y arrêter.
Le Père commence par reconnaître la nécessité d'une réforme, nécessité attestée par le mandat même qui était donné à la Commission de réduire à une meilleui-e forme le corps des constitutions dominicaines, où six siècles révolus avaient déposé des choses dont quelques-unes, disait la sacrée Congrégation, sont impraticahles et d'autres contradictoh 'es.
Dans une première partie, le Mémoire traite des causes de la décadence de l'Ordre ; dans la seconde, des remèdes à cette décadence.
La première cause de la décadence de l'Ordre, ;iux yeux du P. Lacordaire, c'est la grande difticult<' de maintenir ses pratiques dans une véritable mesure et de
t< juin 1852.) -Mais il ne ijarail |);l^ qiu- la l'ruviiKe de Fraïuo ail ii>é de ii'Ue autorisa (ioi).
> A parler oxaclemeiil, la Con-ré-aliou avait nommé deux Commissions, l'une pour les études, rautre pour les constituJions. Ces deux commissions se composaient des Pères Gaude, Procureur général île l'Ordre, mort cardinal, Degohi, Modeua, Oenis, commissaire d'Kspagne. et Spada, sorilis du Général pnur les provinct's de Naples et de Sicile. Kiles étaient présidées par le V. .Tandel.
33G MEMulRl-: DU 1'. L ACulllJ A IRE.
les concilier dans leur eiiseiuble avec les nécessites de la vie apostolique et doctrinale . Saint Dominique avait été chanoine régulier- avant d'être apôtre ; il voulut donc retenir les siens dans les liens étroits de la vie cénobitiijue. Il subordonna, toutefois, le moyen à la tin, l'institution monastique à l'apostolat, et c'est pour cela (|u"il permit à chaque Prieur de dispenser ses religieux des jeûnes, des abstinences, des veilles, de la psalmodie de l'office, non pas seulement pour cause d'infirmité, mais, ce qui était tout il fait nouveau, lorscjue ces observances auraient nui à l'étude, à la prédication ou au bien des âmes ^ Mais des religieux enclins au relâchement pouvaient s'élire un Prieur faible et oljtenir de lui des niitigations destructives du bon exemple et contagieuses pour toute une communauté. On a dit proverbialement de l'Ordre de vSaint-Dominique que c'était l'Ordre des Prieurs, c'està-dire celui où les Prieurs ont le plus de pouvoir. Gela est vrai ; mais cela n'a point tourné à l'avantage de l'Ordre, et la liberté s'est montrée ici ce qu'elle est quelquefois, une cause de ruine.
Dans la seconde pirtie du Mémoire, le Père en venait aux remèdes qui lui semblaient possibles et efficaces ; il ne crut pouvoir le mieux faire qu'en exposant les principes (ju'il avait suivis dans le rétablissement de la province d<^ Franc<\ Quelles devaient ètie les bases de celte régénération ? Fallait-il s'en tenir simphMnent à la lettre des âges passés et se proposer, quelle que fût la ditiérence des choses et des moyens, de rétablir une obser-
' Coitadl. l'rolo;/., tex'. 3.
vance telle qu'on l'avait vue dans les beaux jours du premier siècle de l'Institut ! Ou bien fallait-il ajouter encore à la sévérité de nos lois, comme on l'avait fait au temps de la splendeur des Congrégations réformées? Ou bien plutôt fallait-il innover dans un autre sens, et dans quelle mesure? Le Père croyait avoir décidé la question avec maturité, et Dieu, en bénissant son œuvre, semblait lui avoir donné une sanction. Toutefois cette sanction n'était pas canonique, et c'était, par là même, une base imparfaite et fragile. « L'Église seule, écrivaitil, a reçu de Dieu le pouvoir de fonder, par la pierre inébranlable sur laquelle repose sa propre fermeté; toute œuvre qui ne prend pas là son point d'appui, est une œuvre destinée à périr dans la conflagration des sentiments et des volontés contraires. » Le Mémoire avait donc pour but d'obtenir la sanction canonique de l'observance française.
Le Père faisait observer que, lorsqu'on étudie attentivement l'histoire de l'Eglise et de sa discipline, on la voit toujours ferme sur l'essence et flexible sur l'accident. Si elle no fléchit jamais dans ce qui est fondamental, elle condescend beaucoup dans ce qui ne l'est pas. Jamais l'Eglise n'a touché à l'essence de la loi du jeûne quadragésimal ; mais quels ménagements successifs dans l'application qu'elle en a faite aux temps et aux lieux ! Si nous considérons dans un ordre inférieur, quoique éminont, les fondateurs de discipline religieuse, disait le P. Lacordaire, nous y remarquons le môme caractère de lidélité à l'essence et de rémission à l'égard de l'accident. L'histoire des réformes monastiques est pleine de ces
i-.\cou!)Aii'.i:. II. 22
exemples, et Ton peut poser eu thèse générale que jamais un Ordre, une province ou une congrégation, ne se rétablit sans que le réformateur n'introduise quelques changements, en plus ou en moins, dans l'observance qu'il remet en vigueur. Aussi les Pères de l'Ordre des Frères- Prêcheurs, dans le chapitre généralissime qui en fondait la législation sept ans après la mort de Saint-Dominiquo, prévirent, avec une sagesse dont ils voulurent laisser le monument écrit, qu'il pouvait se présenter des conjonctures telles qu'il deviendrait nécessaire d'apporter quelques modifications à certaines lois de leur Institut. La question était donc de savoir si, en France, en 1843, sur un sol bouleversé par soixante ans de révolutions, où l'Ordre de Saint-Dominique avait péri tout entier, les conjonctures permettaient ou même exigeaient d'introduire des modifications dans quelques-unes des observances primitives. Le Père l'avait pensé, et cela pour trois raisons : premièrement , parce qu'il lui sembla que la force des corps était réellement diminuée , soit par le fait des mœurs, soit par l'état des esprits, soit par l'action du temps chez un peuple civilisé ; secondement, parce que le nombre des religieux était considérablement moindre qu'autrefois, et ne permettait plus d'établir partout que de petits couvents de douze à (juinze religieux; troisièmement, parce que l'occupation des Fri'res-P rèclicurs était, au contraire, infiniment augmentée par la rareté du clergé séculier ou régulier.
Dès lors il ne s'agissait plus que de faire en sorte que les mitigations satisfissent aux besoins du temps, en de-
ME.MulRE DK 1S52. 339
ineurant dans Ceaprît des Constitutions et sans blesser leur essence. « C'était là le difficile, écrivait le Père, et on peut dire qu'en toutes choses il n'y a pas d'autre difficulté que celle-là, la difficulté de la mesure. Otez la mesure, portez tout à l'extrême, attachez-vous à la lettre servilement ou foulez-la brutalement aux pieds : dans l'un ou l'autre cas, la difficulté cesse, mais aussi le mérite. Ce qui fait le législateur, et surtout le réformateur, c'est le respect et" le choix combinés, c'est l'amour de l'antique et l'acceptation du nouveau. »
Le Père concluait ainsi :
« J'estime donc
« 1" Uu'd faut respecter à tout prix les choses essentielles de l'Ordre ;
« 2° Qu'il est nécessaire de déterminer d'une manière précise, et avec une autorité souveraine, les modifications qu'il est possible et souhaitable d'y apporter sans blesser sa nature, sa forme, sa tin et ses moyens ;
« 3" Qu'il faut ordonner à chaque province de réghn" d'une manière uniforme, sous l'approbation du Alaitrc général, la distribution de tous ses exercices intérieurs ;
« 4" Qu'on doit procéder à une nouvelle édition de nos Constitutions.
« 5° Une fois nos lois éclaircies, assurées, tempérées sans violer leur essence, il devrait être sévèrement interdit à toute province ayant l'esprit de vie et de réyularité de laisser former dans son sein des conr/ relations plus strictes d'observance. Car ces congrégations, remède extrême et malheureux aux maux du relâchement, dissolvent les provinces, exagèrent le régime d'un
(Jrdre, eu changent Tesprit, et, après avoir brillé quelque temps, s'évanouissent en laissai nt derrière elles une plaie profonde et une plus vaste désorganisation. Lorsqu'on ne peut mieux faire, il faut s'y résigner ; mais, partout où la régularité est réelle, il n'y a rien de plus à craindre, »
La pensée dominante du Mémoire est dans ce dernier paragraphe. Tout ce travail du Père, alors même qu'il paraît aborder le sujet d'une façon générale, proteste au fond contre la pensée, dès lors évidente pour lui, d'établir, en face de l'observance de fondation des Dominicains français, un couvent de stricte observance. Cette sorte de monastères n'avait été introduite dans l'Ordre qu'assez tard, au quinzième siècle, pour servir d'asile aux âmes d'une forte trempe, au milieu d'un relâchement invétéré, que les saints eux-mêmes désespéraient de guérir. Le Père s'étonnait qu'il pût être question d'appliquer ce remède à une province instituée depuis dix-huit mois seulement et dont le plus ancien couvent n'avait pas neuf ans d'existence. Cette province avait ses points vulnérables ; mais elle était pleine de sève et par conséquent guérissable sans recourir au moyen extrême dont il vient d'être parlé. Les inconvénients que le Père voyait dans l'emploi de ce moyen, l'expérience Ta prouvé, n'étaient point chimériques. D'ailleurs, comme l'a si judicieusement observé M. Cartier, « dès qu'on ne peut justifier les différences d'observance par le changement de climat et de nation, il est naturel de losexpli(|U(M'par des degrés différents de relâchement rt do ferveur. Ces appréciations
.MI-:sl'RES DE CONCILIATION. 341
du public sont souvent injustes et deviennent par conséquent une cause continuelle de comparaisons et de froissements. »
Quoi qu'il en soit, le Mémoire du P. Lacordaire n'eut aucune suite. La double commission à laquelle il était adressé ne se réunit qu'une fois. Dans cette unique séance, tous les membres tombèrent d'accord qu'avant d'entreprendre l'œuvre qui leur était confiée, il était indispensable d'exécuter un travail préalable, celui de la compilation des chapitres généraux de l'Ordre, et bien avant que ce travail, très-difficile et fort long", eût été terminé, le P. Genis était mort, le P. Gaude était devenu cardinal ^ et le décès du cardinal Orioli, remplacé comme Préfet de la congrégation des Réguliers par le cardinal Fornari, qui était d'un esprit tout opposé, avait donné aux affaires monastiques une impulsion très-différente de celle sous l'empire de laquelle avait été instituée la commission de 1852.
, Sur ces entrefaites, avant que le nouveau Préfet eût été nommé, la Congrégation des Réguliers avait donné aux Prieurs un pouvoir pleinement discrétionnaire pour fixer l'heure du lever dans chaque monastère, sous l'unique réserve de ne pouvoir la différer au delà de quatre heures et demie du matin dans les couvents de stricte observance. C'était un moyen terme conçu dans un esprit de conciliation. En ordonnant au Général délaisser chaque Prieur maître absolu de fixer l'heure du lever pour son couvent, on apaisait l'effroi des provinces italiennes,
» r.etti-e «lu R. P. Jan.iel, 19 novemtire 1868.