LK P. DANZAS PROVINCIAL
sans abroger, en droit, les ordinations qui prescrivent l'office de nuit ; on se bornait à décharger le Maître général du devoir de faire exécuter ce point de l'observance. Rien au reste ne fut innové à cet égard dans la province du P. Lacordaire ; aucun prieur français ne se départit du lever de trois heures. Aucune trace n'était restée au fond des coeurs du dissentiment qui avait éclaté entre le Général de l'Ordre et le Provincial de France-. Dans ses lettres les plus intimes, le P. Lacordaire se montre on ne saurait plus favorable au P. Jandel \ « Dieu, dit-il, veillera sur lui et nous le conservera ~. »
Tout semblait donc fini et les deux dernières années; du provincialat du P. Lacordaire s'accomplirent sans conflit avec le Maître général.
On a vu qu'en sortant de charge, le Père avait souhaité d'avoir pour successeur le P. Danzas. C'était un des anciens de la Province. Il était à Saint-Clément lo 5 mai LS41, le jour de la dispersion. Depuis il avait été à la fois Prieur de Flavigny et Maître des novices; la plupart des religieux avaient reçu l'habit de ses mains. A tous ces titres et aussi par la tendre affection qui l'unissait au P. Lacordaire, qu'il n'avait point quitté depuis cinq années, le P. Danzas était désigné d'une façon toute spéciale au choix de ses pairs. Dès son noviciat, il est vrai, il avait toujours été dans le même courant d'idées qu<ï le P. Jandel sur la question d'ol)servanco. En dernier lieu, en 1(S52, il s'était montré des plus contraires au lever de quatre heures, et, au chapitre de Flavignv,
> V. lii l.'ttro au IG juin 1S52, à M"" de Pniilly. ' Lelli'H A In iiiAmp, 21 iltii't'nil>re 18Ô2.
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il s'était même prononcé pour que l'office de matines fût chanté à minuit. Mais rien de tout cela n'avait lait hésiter le P. Lacordaire à recommander ce religieux à tous les suffrages. On aime à voir dans un supérieur ce respect d'une conviction opposée à la sienne ; on aime à voir l'amitié survivre en lui à la divergence des vues : mais, pour affermir une observance aussi récente que l'observance de fondation de la province de France, voulue par le plus grand nombre des Dominicains français, la réélection du fondateur eût peut-être été plus sage.
En effet il était bien difficile que la présence simultanée, à la tête de l'Ordre et à la tête de la province de France, de deux religieux également dévoués à la stricte observance, ne parût point à Tun et à l'autre l'indication manifeste que Dieu lui-même se prononçait contre les mitigations introduites par le P. Lacordaire. Si l'on en croit les uns, rien ne révéla d'abord cette pensée. vSi l'on écoute les autres, elle se manifesta en particulier pendant le chapitre provincial de 1854, et les Pères capitulaires reçurent des lettres qui ne laissent aucun doute à cet égard ^ Quoi qu'il en soit, toutes choses continuèrent de suivre leur cours accoutumé. Seulement ou ne tarda point à s'apercevoir que le prestige attaché ix la supériorité personnelle du P. Lacordaire avait été pour beaucoup dans l'ascendant qu'il avait exercé au sein de la Province. Dès que le Père eut disparu, dès qu'il ^e fut enfermé à Sorèze, où il s'absorba tout entier, l'esprit in-
• Mémoire du Conseil du la Province du 7 juillet ISÔS,