ELECTION DTI PERE A I/ACADÉMIE
a (le plus simple pour le candidat, c'est de donner à son consentement la forme consacrée par tous les précédents, durant trois siècles. Personne ne s'est soustrait à cette formalité traditionnelle, ni Bossuet, ni Massillon, ni M. de Quélen. » Le Père se résigna. îl lui sembla plus orgueilleux de se retirer, en désavouant ce qui avait été fait sans lui par ses amis, que de se soumettre à une démarche exigée par une tradition trois fois séculaire. Hàtons-nous de dire que, sans l'avoir cherché, ni désiré, ni presque voulu, son triomphe fut complet. Trente-cinq académiciens prirent part au scrutin ouvert sur sa candidature ; vingt et un suffrages se déclarèrent pour lui au premier tour. Gela se passait le 2 février 1860 ^
Onze mois plus tard, le 24 janvier 1861, M. Guizot recevait le P. Lacordaire à l'Académie française. Ce fut un grand et rare spectacle. L'Impératrice, le prince Napoléon, la princesse Glotildc, tous les Ministres, M. de Morny, président du Corps législatif, une foule d'autres
1 Voici les détails du scrutin :
Absents V le duc Pasquier, MM. Dupin aîné, Mériméo, Victor Hu£ro. 35 votants :
Le P. Lacordaire 21 voix;
MM. Mazères 7
Halévy . 3
Doucet 3
Henri Martin 1
Pour le Prvr: MM. Villemain, de Baranle. de Lamarline.de Séfrnr, Cousin, Thiers, Oni/.ut, Mignet, Saint-Marc Oirardin, Vitet, deRémusal. Ampère, duc de Noailles, de MontMleml>ert, Berryer, Dnpanloup, de Sacy, duc de Bro^'lle, Biot, de Fallonx, de Laprade.
Contre : ll'Sl. Lelirun, de Pongerviile, Viennet, Scribe, Flourens, Palin, Sainte-Beuve, de Vii;ny, Empis. Nisard, Legronvé, Ponaard. Augior, Sandean.
RÉCKPTION Dr PKRE A L' AC ADKMI R. 393
personnages considérables, assistaient à la séance. On élait avide d'entendre, tous, hélas ! pour la dernière fois, quelques-uns pour la première, cette voix si admirée et si discutée, dont Paris depuis tant d'années regrettait l'absence. Le froc monastique paraissant pour la première fois au sein de l'Académie française, et cela soixante et dix ans après 1791 , — l'homme le plus éminentdu protestantisme français ouvrant à un moine la barrière de l'Institut, et prenant à témoin de cette situation si nouvelle im auditoire unique en Europe, — quelle heureuse révolution et quel contraste ! Le P. Lacordaireet M. Guizot, quels orateurs ! Et en même temps quel public ! Ceux qui ont assisté à cette scène sans exemple et sans égale doivent renoncera en donner l'idée.
Le Père entre dans la salle ayant à sa droite M. de Montalembert, à sa gauche M. Berryer : d'un côté l'ami de sa jeunesse et de son âge mûr, le frère d'armes des combats de 1830 et de 1844; de l'autre, le prince du barreau et de la tribune française, l'homme sympathique entre tous qui avait encouragé les débuts d'Henri Lacordaire et pressenti le premier ses rares destinées. Le récipiendaire s'assied à la place qui lui est assignée, au-dessous de la statue de Bossuet, en face d« la tribune réservée à l'Impératrice. M. Guizot, à son tour, paraît; il porte le grand cordon de la Légion d'honneur et le collier de la Toison d'or ; il prend place au bureau, entre le chancelier de l'Académie, M. de Laprade, et le Secrétaire perpétuel, M. Villemain. Le pupitre traditionnel est devant le Père ; mais on le fait disparaître et le récipiendaire se' lève, admirablement beau dans sa pâleur et sous les