EXTRÊME-ONCTION
Dans la nuit du 5 au 6 novembre 1861, les vomissements et les douleurs rhumatismales reparurent plus terribles. Le 6 au matin, le médecin se présenta. Le Père, contre son habitude, le laissa parler sans l'interrompre, et comme le docteur se levait : « Adieu, monsieur Houles, lui dit-il d'une voix ferme; adieu, vous avez été bon pour moi, je vous en remercie. » Vers neuf heures, le P. Mourey, sous-directeur de l'Ecole et son confesseur, fut averti par le domestique que la crise de la nuit recommençait. Il vint : « — Eh bien ! mon Père, vous souffrez beaucoup? — Non, ce n'est rien. Qu'a dit le docteur? — Hélas ! mon Père, qu'avec un tempérament ordinaire, il n'y en aurait pas pour vingt-quatre heures, mais qu'avec vous on ne savait trop que prédire. — N'importe, mon ami, si vous le jugez prudent, et vous ferez bien, c'est maintenant qu'il faut m'administrerl'Extrême- Onction, et sans larder. » Puis, regardant fixement lo P. Mourey, il ajouta : « Adieu, mon ami, adieu. Il faut nous séparer. Je sens ma vie qui s'échappe, elle s'en va pièce par pièce; adieu. Pourtant (en levant les bras au ciel), cinquante-neuf ans ! Il me semble que je pouvais encore être bon à quelque cliose. Mais Dieu on décide autrement, il faut nous soumettre à Dieu '. » Les religieux profès et les élèves de VLisfifuf, avec le neveu du Père, se réunirent dans sa première chambre, les [«rêtres dans la seconde. Tons éclataient en sanglots. Lui seul était calmo et il répondait à toutes li^s piiAros. (^mml tout
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ADIEUX A L'INSTITIT 1)K SORKZE. iW
fut fini, il bénit les religieux et les embrassa tous. Il embrassa son neveu Frédéric, qui lui représentait sa famille, et qui ne l'avait pas quitté depuis plusieurs jours. Il voulut embrasser aussi chaque élève de V Institut, lui disant : « Adieu, un tel, adieu, mon ami ; c'est pour la dernière fois... Soyons toujours sage. »
Il recommanda au P. Mourey de ne point abandonner Louis, qui depuis sa maladie, était attaché à son service. Il aimait Louis, non comme un serviteur, mais comme un enfant. Depuis vingt jours, ce jeune homme ne s'était pas mis au lit : il eut, jusqu'à la fin, pour son malade, des soins d'une délicatesse que l'afléction la plus dévouée pouvait seule inspirer. « Mon pauvre Louis, lui disait le
Père, il faut nous quitter ! Dieu le veut ainsi, il faut
se soumettre ! » Quand la violence du mal lui arrachait quelques plaintes, aussitôt il regardait tendrement ce fidèle serviteur, et lui passant le bras autour du cou, il l'attirait près de lui et lui demandait pardon de ses mouvements d'impatience. Le médecin étant entré après un de ces mouvements : « J'ai grand'peine à me retourner, lui dit-il, et puis, il faut l'avouer, je suis un peu impatient ! »
Après avoir reçu le saint Viatique, il demeura absorbé dans un grand recueillement, interrompu çà et Là par quelques paroles à ceux de ses enfants ])lus intimes qui venaient le voir ^
Les Pères de la maison d'Oullins, mandés par le télégraphe, venaient d'arriver. En voyant entrer dans sa
' Le P. CiinrARNb;, p. 04(j.