FRÉDÉRIC OZANAM
étendue et flexible, mais dupe de la finesse même et de la.ténuité de ses aperçus, et, si je l'ose dire, trop éprise de cette maxime que « la vérité est dans la nuance. » Il n'en a pas moins été jusqu'à la fin un des plus intimes familiers de Lacordaire, et il en était digne.
Frédéric Ozanam appartient, comme M. de Montalembert, à la seconde génération des amis du Père. Henri Perreyve ouvre la troisième.
Ozanam connut Lacordaire « dans l'hiver qui liait 1833 à 1834. » Il commençait sa troisième année d'études à l'école de Droit de Paris ; il avait vingt ans. « Il ne fut pas de ces amis premiers que le souvenir du malheur rend si chers, mais il vint à cette heure-là, ce sont les propres paroles du Père, comme l'avant-garde de la jeunesse, qui devait bientôt, en entourant la chaire de Stanislas, le relever de ses afflictions ^ . » Ozanam venait à l'abbé Lacordaire non pas seulement comme à un homme d'esprit, mais comme à un prêtre et comme à un prêtre animé du souffle des temps nouveaux. Arrivé à Paris avec la plénitude de foi d'un Lyonnais et la vigueur d'esprit qu'avait développée en lui un Socrate chrétien, M. l'abbé Noirot, il n'avait pas tardé à voir que la doctrine catholique, présentée comme elle l'était dans les écrits du cardinal de la Luzerne et de M. Frayssinous, n'avait aucune prise sur la jeunesse des écoles, et qu'elle rencontrait en outre, dans les préventions invétérées du peuple et de la bourgeoisie contre les tendances rétrogrades imputées au clergé, un obstacle à peu près insurmontable. Il n'appar-
» Frédéric Osanam, p. 396, t. V des Œuvres ilu Père.