‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 157 sur 195 · QUESTION DE L'UNIVERSITE · texte numérisé non relu

QUESTION DE L'UNIVERSITE

être y a-t-il lieu de regretter que la farta francese s'y soit mêlée, que l'esprit de réaction contre les grands critiques du dix-septième siècle soit allé trop loin, et que des pièces liturgiques d'une vraie beauté aient été sacrifiées sans motifs.

La modération naturelle de Lacordaire lut l'une des raisons qui, dans la grande campagne de 1844 pour la liberté de l'enseignement, le tinrent en dehors de la guerre contre l'Université, guerre qui lui paraissait, comme au P. de Ravignan, dirigée d'une manière aigre, personnelle, et sous certains rapports égoïste ^ « la nature, écrivait-il, a mêlé à mon énergie un ingrédient d'extrême douceur et simplicité, qid me rend mal 'propre Ci Vàpreté de presque tous ceux que je vois manier nos intérêts. C'est, à tout le moins, une preuve que Dieu ne me veut pas dans ce genre de service ^. »

N'est-ce pas sous l'empire du même sentiment que le Père a décerné à Ozanam cet éloge suprême : « Il était « doux pour tout le monde et juste envers l'erreur? » Et mettant en lumière cette pensée par un grand exemple, il ajoute : « Quand on lit V Histoire des Variaiions de Bossuet, une des choses qui frappent le plus dans ce mâle génie, c'est sa bonté. Il tient sous sa verge, et c'était la plus terrible qu'une main d'homme eût portée depuis Moïse, il y tient les premiers auteurs d'un scliisme détestable, qui avait arraché à l'Eglise une moitié du monde et créé des maux dont le n^gard de Bossuet embrassait avec etFi'oi toute l'immensité. Cependant nulle part vous

« Leltiv à M. Foiss.-I, 20 janvier 18-1!). i A M- Swelcliiiu', 12 juillet 1845.

EXEMPLE DE 1U-»SSUET. 467

iie rencontrez l'injure, mais une discussion puissante et calme, un épanchement sérieux de la vérité ; et, lorsque les personnes doivent inévitablement paraître avec leurs faiblesses et leurs crimes, on sent que l'historien est trop loin dans la paix pour leur insulter. Il montre ces grands coupables tels qu'ils furent, sans leur refuser rien de ce qui peut encore exciter l'intérêt; et, comme pour se reposer d'un spectacle qui lui est douloureux, il consacre un chapitre tout entier à pleurer l'àme et le souvenir de Mélanchthon. C'est que Bossuet était de la race de ceux en qui l'Evangile n'est diminué ni par le défaut de vues ni par les passions et l'inclémence du co^ur. On ne se fait guère ainsi, on est fait de Dieu, quand Dieu, pour toucher le monde, veut unir la tendresse au génie dans une même créature ^ »

Cette souveraine impartialité de Bossuet, Lacordairc l'a constamment pratiquée. Et pourtant il sentait en lui « toutes les imperfections d'une nature prompte et iw)-- « tée à 7'ompre en visière aux choses ~. » Mais, dès sa jeunesse, comme on l'a pu voir par le récit de ses relations avec M. de la Mennais, il avait su combiner, avec l'ardeur des opinions et la hardiesse des résolutions, une saine modération dans le jugement et une rare prudence dans la conduite. Il s'en était fait une règle... « Regarde, écrivait-il à trente ans ta M. de Montalem-

> Œuvres, t. V, p. 441-442.

. On ne saurait trop méditer sur ce grand exemple donné par BoNSuet dans la controverse, exemple suivi par toute l'Eglise de France avant la Mennais, sans amoindrissement aucun de la vérité.

2 A M. de Montalembert, 4 octohre 1842.

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