CATHOLICISME ET LIBERTÉ
remplir uniquement son devoir de Français, strictement tenu qu'il était, comme nous tous, par la loi de Dieu, à servir son pays selon ses lumières et selon ses • forces, dans la mauvaise fortune comme dans la bonne.
Le Catholicisme peut-il se concilier avec l'amour de la liberté politique ? Lacordaire n'en a pas douté un seuljour.
Faut-il s'en étonner? A-t-on donc oublié qu'il y a cinquante ans, au moment où Henri sortait du collège, l'amour de la liberté était littéralement la religion de la jeunesse? Louis XVIII venait de donner à la France une charte constitutionnelle : cette charte établissait une monarchie contrôlée par deux chambres. Le parti hostile aux Bourbons les accusait de ne point aimer la Charte et de rêver le retour de l'ancien régime. Les royalistes étaient partagés : les uns acceptaient la Charte ; les autres voulaient la monarchie absolue. Qu'on se représente Henri Lacordaire subitement jeté au milieu de ces dissensions civiles. La Charte n'était-elle pas le gouvernement établi ? On pouvait trouver ce mode de gouvernement mauvais, mais qui pouvait le dire illégitime ? L'éducation classique d'ailleurs inclinait naturellement Henri vers des institutions où la tribune avait sa place. Comment eût-il préféré la monarchie absolue, si mal représentée en dernier lieu par Louis XV, si faiblement défendue par Louis XVI? La monarchie absolue pour nous, c'était le sceptre dans la main de madame de Pompadour ou de madame Dubarry, c'étaient l'abbé Terray, Maurepas ou Calonno ; la Charte, c'étaient le duc de Richelieu, M. Laine, M. de Serre, M. de Villélc.