LIBÉRALISME DE LACORDAIRE
Lacordaire souhaita donc à son pays ime monarchie sérieusement contrôlée, et-c'est là surtout ce qu'il entendait (qu'on le sache bien) quand il se proclamait libéral.
Pour moi, je n'aime pas ce mot, mal défini, et trop souvent surtout si mal porté ; mais enfin je ne saurais comprendre qu'on en fasse la plus grosse injure de la langue catholique. «Libéral, écrit M. de Ségur, belle et noble expression, qui veut dire généreux. Etre libéral, c'est avoir l'âme élevée, largement ouverte à toutes les grandes aspirations. Rien n'est chrétien, rien n'est français comme le sentiment qu'exprime le mot libéral^. » Voilà bien certes l'acception dans laquelle il était pris sans contredit par le P. Lacordaire, quand le lendemain de sa réception à l'Académie française, il disait à une députation de jeunes gens : « J'espère mourir en re- « ligieux pénitent et en libéral impénitent. » C'était là une protestation contre le césarisme. Qui peut s'y méprendre ? Qui donc pouvait y voir, de près ou de loin, une protestation contre le Pape ?
C'est ce genre de libéralisme qu'avait apporté Lacordaire au séminaire Saint-Sulpice. Et ce qui l'attachait à la Charte, ce n'était pas l'inditférentisme religieux assurément, c'était l'aversion de l'arbitraire . ^'oilà pourquoi la façon de voir du clergé d'alors, peu sympathique, je le reconnais, au contrôle exercé par les chambres, contrista l'abbé Lacordaire, mais ne l'ébranla point. Et ce n'était pas lui, en ce moment, qui se trompait, l'n jour vint où l'impatience du contrôle des chambres prévalut
1 La IJherte, par Mirr de Séirnr, p. 33.
474 INJUSTICE DK SES DETRACTEURS.
dans le conseil de Charles X, et la France en subit encore les suites.
Elles furent çraves pour Lacordaire. Enrôlé par l'abbé Gerbet, non sans les plus spécieux motifs, sous le drapeau de Y Avenir, il eut un instant le pressentiment du danger de sa situation : « Je ferai des fautes, écrivait-il le 3 janvier 1831 ; j'aurai des chagrins, peut-êù^e bien amers ' . » On a le cœur serré quand, repassant en esprit les trente années de sa vie qui ont suivi, si pleines de travaux et si éclatantes de dévouement à l'Eglise, on voit à quel point le souvenir de cette courte campagne de y Avenir s'est attaché aux pas de Lacordaire jusqu'à ses derniers jours, et combien ce même implacable souvenir poursuit encore aujourd'hui sa mémoire. On a amnistié l'abbé Gerbet, on a magnifié M. de Salinis, cent fois, mille fois plus complices que lui tous les deux de M. de la Mennais, en politique comme dans tout le reste : on n'a point pardonné, quelques-uns ne pardonneront jamais, à Lacordaire. On ne lui a tenu aucun compte de ce qu'il a seul quitté M. de la Mennais dès le 15 mars 1832, et cela par un mouvement spontané, héroïquement spontané, cinq mois, comme je l'ai dit, avant l'Encyclique ; — aucun compte de ce qu'il s'était condamné, au mois d'août suivant, à un exil volontaire indéfini, pour ne pas recommencer V Avenir, auquel tous ses collaborateurs (M. Gerbet, entre autres) demeuraient fidèles; — aucun compte do ce qu'il a rompu, lo premier de tous, avec le Maître, le 1 1 décembre 1832 ; — aucun compte de ce qu'il
I l,.-llr.' .-i M. Loniiii.