INJUSTICE DE SES DETRACTEURS
tous ^ Quand dans cet espoir, il lui serait arrivé de pousser trop loin le désir do la conciliation, faudrait-il pour cela le stigmatiser ?A -t-il dogmatisé jamais ? Jamais a-t-il songé cà faire école en théologie? Jamais a-t-il eu, à aucun degré, l'esprit de secte, comme l'ont eu les jansénistes? La simplicité de sa docilité à l'Eglise touchait profondément ; elle avait particulièrement frappé Grégoire XVI, et c'était en effet, comme l'a dit M. Affre, le trait le plus saillant de la physionomie sacerdotale de Lacordaire.
On insiste et l'on dit : 11 y a un principe commun à tous les partis libéraux et qui est le signe de la Bête en eux ; c'est qu'il est bon de séparer l'ordre temporel de l'ordre spirituel : or ce principe est condamné par l'Eglise ^. Eh bien ! c'est précisément la thèse opposée à celle de la séparation qui était la thèse de Lacordaire. Ce n'est pas du tout la séparation qui constituait son idéal, c'était, je l'ai dit ailleurs, la subordination morale (je ne dis pas l'assujettissement) de l'Etat à l'Eglise. « Ce régime, écrivait-il, met l'esprit devant la chair et fait du corps social un être parfaitement un. C'est le système des Papes depuis Gharlemagne jusqu'à Henri IV, et // e^t si simple, tellement modérateur des peuples et du pouvoir, qiCune nation chrétienne n^en a jamais connu d'autre, et qu'elle se jette là, même sans y penser. — Du reste, il ne peut renaître que d'une manière autre qu'il n'a été exercé au moyen âge, et seulement (juand les peuples et les rois le demanderont à genoux, ce qui arrivcn-a '•. »
1 Omnibus omnia factus sum utomnes faccrem salvos. (I rrtr.,ix, 22.)
* Mgr DE Ségur, De la Liberté, p. IC^.
SAM. Foissel, 19 juillet 1830.
Ce r/ui ttn-ivera. C'était l;\ l'illusion -l- M. île la Mennais ot i\o< siens
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Si, malgré cette profession de loi, Lacordairc soutint la séparation, dans V Avenir, c'était, je l'ai dit encore, à titre purement transitoire et comme un remède^ pour atïranchir l'Église, que la séparation aurait fait sortir de l'état d'engrènement (dont il s'exagérait les inconvénients) afin de la mettre, espérait-il, à l'état d'indépendance ^ C'était une erreur de conduite de sa part, et non une erreur de doctrine : en effet, il n'en demeurait pas moins orthodoxe, pas moins ferme sur la question de principe. « Le régime de la séparation, c'étaient ses propres paroles, scinde le monde, et il est métaphysiquement si faux que jamais un peuple d'une foi une n'aura la pensée de l'adopter ^. » Est-ce clair?
Et revenant plus tard sur ce point de doctrine dans la chaire de Notre-Dame, il disait : « Si la société civile veut défendre la vérité, c'est-à-dire empêcher la violence de troubler la vérité dans seseiforts de persuasion, c'est son devoir. Si elle veut aller plus loin et faire de la vérité la loi fondamentale de l'Etat, c'est son droit. Remarquez la ditîërence des deux cas : quand la société civile protège seulement l'Eglise contre la violence, elle accomplit un devoir ; quand elle fait de la vérité sa loi fonda-
enl830. Elle Ait d'une courte durée chez Lacortlaire. Diius la pratique, nul ne sentait mieux que lui la jjuissance des faits accomplis en Europe depuis tant d'années; nul ne nourrissait moins d'arrière-pensées en sens contraire. 11 aimait naturelh'ment la liberté; mais il lui demandait d'être sincér»^, d'être juste env<'rs l'Église. Qu'y ;i\ait-il là d"hétérodoxe?
* Même Lettre.
- Même Lettre.
J'ai invoqué déjà les termes de cette lettre au t. I", j). 102 et suivantes, pour expli(iuer le projet (rémi,'ration de Lacordaire en Amérique et la ligne qu'il suivit dans V Avenir. Mais il est indispen=alde d'y revenir ici pour l'apijréciation ilo co qu'il pensait sur ce point capital.
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mentale, elle use du droit qui appartient à toute société de se constituer librement sous le joug de certaines lois. Et certes, s'il est une idée grande, forte, digne de l'homme, c'est de prendre la vérité pour loi fondamentale ' . »
Telle est la thèse deLacordaire. Il eût souhaité l'union de l'Église et de l'État sur les bases qu'il posait ici : «Ne « fût-ce qu'une utopie, ajoutait-il, ce serait une belle « utopie '. » Mais pouvait-il ne pas voir que les passions humaines ont attaqué violemment cet état de choses dans les temps modernes et qu'elles ont été victorieuses, en sorte que la société civile, profondément divisée en fait de religion, repose aujourd'hui sur un principe absolument contraire, la pleine liberté des cultes ? « Puisse du moins, s'écriait Lacordaire, puisse du moins cette liberté n'être pas un vain mot, et l'Église obtenir une fois de l'erreur l'exercice paisible et entier de ses droits spirituels, c'està-dire du droit de persuader le genre humain ^ ! »
Eh bien ! qui peut nier que ces paroles, prononcées en 1835 sous les voûtes de Notre-Dame de Paris, ne fussent une judicieuse appréciation du présent et de l'avenir ? Est-il aujourd'hui une seule nation sous le soleil qui fasse de la vérité sa loi fondamentale, et n'en sommesnous pas réduits partout à désirer, comme Lacordaire, que la liberté des cultes ne soit pas un vain mot et que l'Église puisse en effet obtenir de la puissance politique l'exercice paisible et entier de ses droits spirituels?
Assez sur ce point. On voit maintenant ce qu'il faut
' Conférence de 1835 (vu* (".niiférenc»-). 1 Mi^iin^ Coiiférfiice.
•1 Mùiiio C-oiiféreiice.