OPINION SUR LA BOURGEOISIE
cachés clans le sein haletant des peuples modernes, et, sans prévoir quelle sera la forme future de leur existence, nous devons essayera force de charité, de foi, de raison, de les réconcilier à l'Église catholique, source unique de l'ordre et de la liberté sur la terre. La démocratie présente \ aée de la vieille société et corrompue par elle à son berceau, a commis déjà de grandes fautes et de grands crimes : mais ce peuple français nouveau a été un produit et non une cause ; il n'a pas encore possédé la puissance un temps suffisant pour être condamné à jamais. Il est d'ailleurs le seul élément fort aujourd'hui. C'est un enfant vigoureux d'une race vieillie ; au lieu de vouloir le courber sous la férule corrompue de ses pères, il faut que la Religion l'élève et l'éclairé '.
Lacordaire, du reste, a résumé lui-même en quelques points ses sentiments sur la question sociale liée à la question religieuse.
I. — « Toute forme de gouvernement, monarchie, aristocratie, démocratie, lorsqu'elle est réglée par la loi divine manifestée en Jésus-Christ et conservée au sein de l'ÉgHse, est suffisante pour établir ici-bas l'ordre, la liberté, le bien-être spirituel et temporel des nations.
II. — « Toute forme de gouvernement, quelle qu'elle soit, ennemie de la loi divine chrétienne, ou même réglée
1 II est évident que ce que le Pore nomme ici la démocratie présente (1830) n'est autre que la Bourgeoisie, i Lettre à M. de Monlalembert, 9 octobre 1839
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par le rationalisme, est insuffisante pour donner aux peuples l'ordre, la liberté, le bien-être ouquel ils ont droit.
III. — « La démocratie, en entendant par ce mot vague la situation sociale présente du peuple français, la démocratie ne pourra subsister si elle n'accorde à la loi divine chrétienne au moins pleine et entière liberté d'action.
IV. — « Les principes modernes sur l'égalité devant la loi, le libre accès à tous les emplois, le payement de l'impôt par tous ceux qui possèdent, la non-distraction du juge naturel, me paraissent chrétiens en tous temps et en tous lieux. La liberté de la presse, celle de l'enseignement et des cultes, nécessaires aujourdliui, ne peuvent être définitivement jugées, quant à leur valeur absolue, que par une expérience de plusieurs siècles.
V. — « Le gouvernement de l'Eglise et celui des ordres religieux anciens sont les gouvernements les plus parfaits qui existent. Mais on ne pourra jouir de leurs avantages, en les imitant dans l'ordre temporel, qu'en s'attachant à la source, c'est-à-dire à l'Eglise de Jésus- Christ. Sicîit palmes non fcrt fructum nisi manserii in vite^ ita et vos nisi in me manseritis \ »
Lacordaiie pai-le ici ;i cci'ur ouvert ; c'est à un ami in-
> « Comme le sarment ne peut jiorter de triiit >"i\ ne demeure uni à la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez en moi. » (Jean, XV, 4.)
Lettre à M. de Monlalembert, 'J octobre 1839.
Discorns si;r la loi de l'histoire. 485
time qu'il écrit; c'est bien sa pensée intime qu'il exprime. Il ne s'est pas toujours expliqué avec cette propriété de termes. Quelquefois la parure oratoire a plus ou moins voilé ce qu'il pensait, et c'est le reproche que je fais à son Discours sur la loi de V Histoire, prononcé à l'Académie de législation de Toulouse en 1854. 11 y a là des points de vue historiques très-contestables, et c'est ici le cas de se rappeler le jugement de M. de Montalembert sur son ami : « Ses connaissances historiques manquaient de sûreté comme d'étendue '. » Mais le tort capital de ce Discours, c'est d'avoir paru identifier l'esprit révolutionnaire et l'esprit moderne. Rien n'était plus loin de la vraie pensée du Père, et, dès que ses amis l'eurent averti qu'il venait de donner occasion à un malentendu, il s'empressa de leur adresser les explications les plus satisfaisantes -.
. Évidemment I.acordaire ne pouvait s'entendre avec ceux qui ne veulent pas, au fond, d'une liberté politique efficace et véritable, sous quelque forme que ce soit. Ceuxlà, il ne pouvait les contenter. Et pourtant avec quels ménagements il parle d'eux dans sa Notice sur Ozanam !
« Les uns pensaient que la société nouvelle, issue d'une révolution qui avait elle-même pour père un siècle corrompu, portait dans ses flancs un principe de mort irréconciliable avec la vérité ; que, quoi qu'elle fît, malgré
» M. DR MoNTAi.EMiîRRT, /,f' P. Lacordaire, p. 145. 2 A M. (le M )ntalemberf, 29 amU 185t. — Le Discours sur la loi de l'Histoire est du 2 juillet.
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elle, par les nécessités de son origine, elle refuserait éternellement justice à Dieu, à l'Évangile, à l'Eglise, à Jésus-Christ; que, d'ailleurs, outre sa haine native contre toute institution de l'ordre divin, elle reposait elle-même sur des fondements caducs, la liberté politique et l'égalité civile n'étant que l'anarchie cachée sous des rêves décevants. Ils concluaient de là qu'il fallait à tout prix rétablir l'ancienne société, et que, si cette espérance était chimérique, il n'y avait qu'à se voiler la tête et attendre avec résignation les derniers coups de l'abîme.
« D'autres, plus jeunes, trop confiants peut-être, selaissaient aller à de moins tristes et de moins extrêmes prévisions. Nés dans les ruines, s'ils ne les aimaient pas, ils les comprenaient mieux. La Révolution, disaient-ils, fut sans doute ii.n châtiment, mais le châtiment n'exclut pas le bienfait. Beaucoup de choses devaient périr, parce que beaucoup de choses avaient péché. Quand les tombes de Saint-Denis furent ouvertes et que les os des rois parurent dans la main dos enfants, l'histoire, sans justifier le crime, pouvait l'exphqucr, et Dieu, qui pèse les rois sur leurs trônes, les pèse aussi dans leurs tombeaux. Levons les yeux vers lui, et sachons avec lui tirer le bien du mal, et la vie de la mort. Pourquoi le dix-neuvième siècle hériterait-il à jamais des passions et des erreurs du siècle précédent? Dieu n'a-t-il pas fait gucrissahlcs les nations de la terre ? Est-il même assuré que le dix-huitième siècle ait enfanté le ncMre? I^e n(Mre veut l'égalité civile, la liberté l)olitique et la lil)erté religieuse : sont-ce \k des pensées et des volontés absolument inconciliables avec le Christianismo? N'est-co pas lo (Jhristiaiiisinc qui a révélé aux