‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 182 sur 195 · LA MESSE DF P. LAGORDAIRE · texte numérisé non relu

LA MESSE DF P. LAGORDAIRE

liait l'entretien OÙ il l'avait laissé : c'était toujours l'amour de Notre-Seigneur, l'amour des souffrances et ce qui

s'y rapportait La journée se terminait toujours par

une flagellation, qu'il fallait lui donner malgré son extrême fatigue. Voilà ce qu'étaient ces journées de Notre- Dame, si éclatantes au dehors, mais au dedans si simples, si calmes, si saintement religieuses '. »

A l'occasion du pèlerinage d'Ars, j'ai parlé déjà de la messe du P. Lacordaire. On aimera toutefois à entendre encore sur ce sujet l'homme que Dieu a fait le plus intimé témoin de sa vie monastique. « Avec quelle imposante gravité, avec quelle douce majesté il célébrait le saint sacrifice ! Il lisait lentement et avec onction les paroles de l'Ancien et du Nouveau Testament ; et à mesure qu'avançait l'action, quel plus profond recueillement!. quel anéantissement ! quel air pénétré ! quel visage transfigui'é ! La routine, dans une action qui se renouvelle tous les jours, n'avait aucune prise sur lui : rien de négligé, rien de trop hâtif; il disait la messe chaque fois comme le premier jour de son ordination. Tous ceux qui en étaient témoins en recevaient uno impression ineffaçable d'attendrissement et de piété. «Jamais je n'oublierai la « messe du P. Lacordaire, me disait quelqu'un, je n'ai « rencontré qu'un prêtre qui m'ait produit une pareille « émotion : c'est Pie IX à l'autel K »

Après sa messe, rentré dans sa cellule, le Père lisait la Bible. C'était, avec \r Somme de saint Thomas, le seul livre qui fut toujours sur sa table. Il en' baisait les pages

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PENSÉES si:r L'IUMILITE. r>03

avec respect, lisait quelques versets, s'arrêtant à chaque pensée qui le frappait, plus désireux de méditer et d'approfondir que d'aller aux recherches savantes et à l'érudition. Il recommandait vivement cette lecture. C'était là proprement sa manière de méditer. « La présence de « Dieu, disait-il, m'est très-facile et très-naturelle, et « j'ai fréquemment des élans de cœur vers lui. Mais il « ne m'est guère possible de m'assujettir à une médita- « tion suivie, ou plutôt à une contemplation vérita- « ble. »

Je ne puis transcrire le livre tout entier du R. P. Ghocarne, et c'est à l'histoire même de la vie intime et religieuse du Père que je renvoie pour une foule de détails édifiants et charmants qui ne peuvent trouver place ici. J'insisterai seulement sur la façon dont le P. Lacordaire comprit et pratiqua l'humilité. « 11 n'eut pas, dit le R. P. Ghocarne, l'humilité qui fait qu'on se croit le dernier de tous par le talent et le mérite, surtout l'humilité qui le dit à tout propos et à tout venant. Il ne faisait nulle difficulté de s'avouer les dons qu'il avait reçus, et ne croyait pas en être, pour cela, ni meilleur, ni pire. « L'humilité, disait-il, ne consiste pas à se cacher ses « talents et ses vertus, à se croire pire et plus médiocre « qu'on n'est, mais à connaître clairement ton* ce qui « nous manque, à ne pas nous élever par ce que nous « avons, attendu que c'est Dieu qui nous l'a donné gra- « tuitement, et que, même avec tousses dons, noussora- « mes encore infiniment peu de chose... Il n'y a pas

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