ACTION DE M. AFFRE SUR LACORDAIRE
Gontro toute prévision, une copie de ce mémoire fut livrée à la rédaction de l' Univers et la pièce parut dans ce journal, le Garde des sceaux (M. Martin, du Nord) s'en fit un grief oiHciel, et il faut dire, à la louange de M. Atï're, que ce dernier répondit sur ce point au Ministre avec la plus grande fermeté. Mais le Prélat n'en persista que davantage dans la fausse idée qu'il s'était faite des inconvénients de la publicité. Le ^Ministre des cultes s'étant plaint aux Évêques delà vivacité des attaques auxquelles l'Université était en butte, l'archevêque de Paris leur écrivit, de son côté, pour les engager à dire au Gouvernement toute la vérité , mais sous cette réserve caractéristique : « On ne pense pas qu'il soit à propos de publier aucune critique de l'Université par la voie des mandements ou même de la presse. On croit que des lettres seraient le seul moyen à employer, du moins en commençant, et peut-être toujours^. »
C'est dans la même direction d'esprit que l'Archevêque s'efforça d'entraîner le P. Lacordnire. En le faisant remonter dans la chaire de Notre-Dame , il lui avait demandé de ne point faire partie du Comité pour la défense de la liljerté religieuse '. La précaution était pré-
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s Lettre de Mgr Menjaud à Liicordaire (Paris, 6 septembre 1843).
Le Comité, anleiument déliré parle grand géomètre Cauchy, ne fut formé qu'en 1844. Il no com|)tait dans son sein aucun ecclésiastique; on ne voulut j»as donner prise à l'accusation de ne revendiquer la liberté que dans une arrière-pensée de domination cléricale. Le Comité était présidé par M. de Montalerabert. Il avait deux vico-jirésidents, M. de Vatimesnil, ancien Miiiistrf de l'instruction publique, noblement impatient de réparer trèshaut la |)art qu'il avait i)rise aux ordonnances de 1828, et M. Charles Lenormant, professeur suppléant à la Faculté des Lettres de Paris, qui
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matnrée, car ce Comité n'existait pas encore ; mais la défiance du Prélat, ponr être anticipée, n'était que plus significative.
Le Père, disait M. Atfre, avait cessé de s'appartenir; il appartenait exclusivement, il appartenait tout entier à son Ordre et à l'œuvre si épineuse de sa restauration. Son premier devoir n'était-il pas de ne rien faire qui pût ajouter sans nécessité une difficulté de plus à l'accomplissement de sa mission providentielle ? Or, la question de la liberté de l'enseignement était une question ))rûlante outre toutes. Le Père, assurément, ne pouvait se désavouer lui-même et déserter la bannière qu'il avait tenue si haute dans le procès de V Ecole libre ; mais sans renier ce grand acte de sa vie, il devait se tenir à l'écart de la mêlée, où ceux qui combattaient le bon combat n'étaient pas, suivant M. Afîre, toujours exempts d'exagération et d'injustice.
Dans les termes oîi il était avec l'Archevêque, il était impossible à Lacordaire de ne pas déférer dans une certaine mesure à ses conseils ; il se tint donc en dehors du comité d'action, Il était loin toutefois d'approuver dans M. Atfre une ligne de conduite qui n'enchaînait le Prélat à aucune responsabilité autre que celle de ses propres actes. « En ce monde, disait le Père, on ne peut rien tout seul, et il faut savoir accepter les défauts de ses amis ' . »
n hésita point à exposer i-a place (et qui la perdit) par un dévouement qu'on ne saurait honorer assez.
Le Père applaudit haiitoraeiit à la pensée et a la composition de ce Comité.
1 A M"'- Swetchine, 16 s.-pt.'ml.rp 1843.