‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 23 sur 195 · CAUSES DU MOUVEMENT CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

CAUSES DU MOUVEMENT CATHOLIQUE

enfin, s'il y a eu sur la terre des hommes providentiels, ceux-ci sont assurément du nombre.

Tout avait concouru à préparer l'ardeur et la virilité de cette lutte pour la liberté religieuse des Catholiques. Tout : la Révolution de 1830, en rompant violemment les attaches qui unissaient le clergé et la royauté ; V Avenir, en semant avec éclat, sous l'autorité d'un nom prestigieux, les germes d'une légitime réaction contre l'assujettissement de l'Église à l'État ; l'attitude royaliste de M. deQuélen. bien résolu d'empêcher l'inféodation de l'Episcopat à la dynastie nouvelle; les efforts persévérants de 1^4m^ de la Religion et des feuilles légitimistes dans le même sens ; le manque d'élévation d'àme et le manque de religion qui entretenaient chez Louis-Philippe les préjugés du dixhuitième siècle contre l'Église, avec l'arrière-pensée de parvenir à V enfourcher ^ et à s'en faire un instrument de règne, d'où une invincible répugnance à donner à cette Église la liberté; l'irritation croissante du clergé, à mesure qu'il eut conscience de cette répugnance du roi et de ce mépris. On a eu raison de dire, sous ce rapport, que le mouvement en faveur de la liberté d'enseigner n'appartenait à personne en particulier, qu'il venait de tout le monde. Sans doute, comme on l'a écrit ~, cette liberté, restée en arrière de toutes les autres, de la liberté de conscience, de la liberté de la presse, arrivait à marches forcées, comme un retardataire étonné, dans le mouvement général, de se trouver seul, et voulant rejoindre ses

' Ou sait le mut de Louis-Pliilijjpe sui* Casimir Périer : « Il m';» lonné bien du mal, mais enfin j'étais parvenu à l'enfourcher. » * M. Castan, p. 87.

M. DE MONTALEMBKRT EN 1844. 63

compagnons. Mais qui ne sent qu'il y a eu une raison pour que, du procès de V école libre au mois de septembre 1831 jusqu'au mois de novembre 1843, l'opinion publique soit restée inerte sur cette question, au lien f|u'elle prit feu tout à coup le lendemain de l'écrit intitulé : Du Devoir des catholiques dans la question de la liberté de l'enseignement? La raison, c'est qu'au mois de novembre 1843, un des deux champions de 1831 avait reparu dans la lice en jetant un formidable cri de guerre ; la raison, c'est qu'à partir de ce moment il saisit le drapeau et se fit reconnaître général sur le champ de bataille. La raison, c'est que ce général de trente-deux ans était, comme l'a dit Lacordaire, à l'âge où l'on n'a pas peur. C'est que, suivant un mot de M. Berryer qui restera, ce n'était pas un homme absolu, c'était par-dessus tout « un homme résolu. » C'est que non-seulement il allait au feu avec tout l'entrain de la jeunesse, mais qu'il portait dans les combats de la parole, avec l'aisance de manières et la simplicité de langage d'un gentilhomme, le mâle francparler, l'insouciance du qu'en-dira-t-on, la hardiesse de tout dire qui distinguent la tribune anglaise. C'est par là sui'tout qu'il étonna et déconcerta plus d'une fois ses adversaires du banc des Ministres. C'est par là aussi qu'il devint, en dépit de tout, l'enfant gâté de la Chambre des Pairs et qu'il donna quelque chose de son énergie et de sa trempe à ses frères les Catholiques. Le comte Charles de Montalembert avait, à la Chambre des Pairs, cet avantage (qu'il ne partageait avec personne) d'être libre de tout engagement de parti, pur de toute aspiration aux emplois publics, sans autre prétention (pie de défendre sa

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